VEAUX VICARIATS APOSTOLIQUES. — SCHISME DES POR- TUGAIS
MP d’Halicarnasse étant mort à Pondichéry le 5 octobre 1836, son coadjuteur lni succéda dans l’administration de la mission, d’abord avec le simple titre de supérieur qui fut remplacé deux ans après par celui de vicaire apostoliqne. Ce changement ent lien par suite d’une grande mesure prise, par le Souverain Pontife, pour le bien de la religion dans l’Inde. Voici comment les choses se passèrent.
1 Ann. de la Prop. t. VIII; p. 7t.
Depuis la chûte de la puissance portugaise, les évêchés à la nomination de cette puissance souffraient beaucoup d’un relâchement introduit dans la discipline par les circonstances fâcheuses où l’on se trouvait; quelques-uns même étaient vacants depuis un demi-siècle, lorsque le Saint-Siège résolut de mettre un terme aux maux de ces Églises. Le 24 avril 1838, par sa bulle Mulla praclarè, Notre Saint Père le Pape Grégoire XVI, usant de son autorité apostolique, supprima dans l’Inde, l’archevêché deCranganor et les évêchés de Cochin et de San-Thomé-de-Méliapour, en conservant seulement l’archevêché de Goa. Tout le reste du territoire fut partagé en sept vicariats apostoliques administrés par des évêques in partibus. De ce nombre était M«r de Drusipare dont la juridiction fut étendue à toute la partie méridionale de l’Inde, depuis le cap Comorin jusqu’au fleuve Krichna, sauf les points du littoral réservés au vicariat de Madras.
Une mesure de cette importance n'était pas de nature à s'opérer sans une violente opposition de la part des intéressés, d’ailleurs elle était trop évidemment la conséquence des principes posés lors de la création de nos premiers vicaires apostoliques, pour ne pas être fortement combattue par le gouvernement portugais constamment opposé à cet exercice de la puissance pontificale. Ce qu’on prévoyait arriva, et les choses allèrent même plus loin peut-être qu'on ne pouvait le craindre d’abord. Une grande partie du clergé portugais refusa d’obéir et ne craignit pas de consommer le schisme plutôt que de se conformer aux ordres du vicaire de Jésus-Christ. De grandes pertes pour les âmes suivirent immédiatement cette rupture, mais enfin ces malheurs inévitables ne doivent avoir qu’un temps, et l’ancien état de choses tendait directement à la ruine de la foi catholique dans l’Inde. U n’y avait donc pas à balancer sur le parti à prendre dans cette circonstance.
Dans la position délicate où il se trouvait par suite de ces évènements, M*r de Drusipare a constamment donné des
preuves d'une prudence et d’une modération chrétiennes qui ont puissamment contribué à maintenir la paix dans plusieurs chrétientés. Sa généreuse mansuétude lui concilia de même la bienveillance de plusieurs personnes égarées au premier instant et qu’il a ramenées ensuite à l'obéissance due au Siège apostolique. Toujours maître de lui-même par la patience, il sut, au milieu des circonstances les plus difficiles, donner à tous, ces paroles de paix qui, selon le langage de la sainte Écriture, brisent la colère et gagnent les âmes. En un mot, il s’est toujours montré comme un évêque et comme un père. Et afin, Monseigneur, de vous donner une idée plus complète des vertus apostoliques de ce prélat, je répéterai ici l’éloge bien mérité qu’en faisait naguère un jésuite du Maduré : « Une Providence toute paternelle a veillé sur nous » pendant le cours de notre traversée, écrivait ce père, elle » sembla plus attentive encore à protéger nos premiers pas » dans l’Inde ; vous en verrez une preuve dans le compagnon » de voyage qu’elle nous a choisi. C'était lui qui nous servait » à la fois de pourvoyeur et d’interprète; le matin il était » le premier sur pied, disposait tout pour le départ, pressait » ou retardait la marche de la caravane selon les circons- » tances et les localités, prenait les devants pour tout faire » préparer dans les stations où nous devions passer la nuit.
« Eh bien, ce guide charitable était M«r Bonnand lui-même,
» le vicaire apostolique de Pondichéry, qui, oubliant en » quelque sorte sa dignité et son âge, ne croyait jamais en » faire assez pour quatre pauvres religieux qui allaient, sous » sa conduite, travailler au salut de ses chers Indiens. Plus » tard, je l’ai vu prêcher comme un simple Missionnaire, en- » tendre avec bonté la confession des plus humbles parias,
» se faire tout à tous pour gagner tout le monde à Jésus- » Christ. Quelle leçon il nous a donnée ! quelle odeur de » vertu il a laissé parmi nous *. •
1 Ann. de la Prop. t. XIV, p. 115.