‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 59 sur 89 · ÉTAT ACTUEL DE LA MISSION · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUEL DE LA MISSION

Le vicariat de Pondichéry renferme aujourd'hui environ deux cent trente mille catholiques, dont quatre-vingt mille administrés par vingt-un missionnaires de notre Congrégation et deux prêtres indigènes. Les autres sont confiés aux soins des PP. de la Compagnie de Jésus. L'attention de nos missionnaires est, dans ce moment, plus fixée que jamais sur la formation d’un clergé capable de faire prendre à la mission le développement qu’on peut en espérer; ils s'occupent aussi spécialement de l’éducation des catéchistes dont l’emploi sera toujours si nécessaire auprès des infidèles. Depuis longtemps encore on y sentait le besoin de contrebalancer l’influence des publications protestantes par l’établissement d’une imprimerie catholique en langue tamoule; mais jusqu’à ces derniers temps on s’était trouvé dans l’impossibilité d’y réussir. Aujourd’hui enfin, grâce aux secours providentiels de la Propagation de la Foi, on est parvenu à réaliser ce projet dont l’importance sera de jour en jour plus vivement sentie. Déjà même nous sont arrivés des exemplaires du premier ouvrage catholique imprimé en langue du pays, par les presses que nos missionnaires y ont établies.

A côté des misères intellectuelles que les missionnaires ont à secourir dans l’Inde, on en rencontre encore d’autres, plus généralement et surtout plus immédiatement senties par la plupart des hommes apostoliques, et auxquelles cependant il a été impossible jusqu’à présent d’apporter remède. Je veux parler des hideuses maladies qui affligent ces peuples, et que la charité catholique pourra seule faire disparaître un jour. Parmi ces fléaux, il en est un dont la seule pensée afflige le coeur : c’est la lèpre , mal horrible dont le souvenir reste à peine aujourd'hui au milieu de nos sociétés civilisées par le christianisme. Dans l’Iude,

au contraire, cette maladie est si commune que des villages entiers s’en trouvent bien souvent atteints. Les malheureux ainsi attaqués répandent au loin une odeur infecte , leurs chairs se rongent peu-à-peu, leurs oreilles, leur nez, les phalanges de leurs doigts tombent successivement, jusqu’à ce qu'ils expirent enfin dans l’état le plus lamentable. 11 n’est pas rare d en rencontrer dans les bourgades et dans les villes, abandonnés et croupissant dans leur misère au coin des rues, où des feuilles d’arbres les garantissent seules des ardeurs du soleil, et où personne ne leur adresse jamais un mot d’espérance ou de consolation. Souvent, il est vrai, les chrétiens les recueillent à l’entrée de leurs maisons et exercent à leur égard cette touchante hospitalité qu’ils pratiquent, pour l'ordinaire, à l'égard des étrangers sans asile ' ; mais les secours qu'ils leur donnent ainsi sont bien faibles comparativement aux maux inouïs dont , ces malheureux sont accablés. Les soins de nos frères hospitaliers, ceux plus maternels encore de nos sœurs de la Charité pourraient seuls venir suffisamment en aide à tant d’infortune; seuls ils pourraient adoucir, pour ces malheureux, les derniers jours d’une existence trop souvent suivie d’une éternité plus déplorable encore. En soulageant les corps on parviendrait à sauver bien des âmes et c'est quelque chose de si grand que le salut d’une âme rachetée au prix du sang d'un Dieu 9 !

D’après tout cela, Monseigneur, vous vo^ez combien les missionnaires de l’Inde rencontrent de misères à soulager, de ténèbres à dissiper, et d’ennemis à vaincre danB la carrière

1 Daus la plupart des maisons aisées de l’Inde, on construit un abri pour les voyageurs pauvres et sans ressources.

2 Ann. de la Prop. 1. 1, numéro deux, pp. 16, 20; numéro quatre, p. 140; t. III, pp. 49, 67, 71, 80, 85; t. IV, pp. 119, 147, 162; 1. V, pp. 9, 13, 16, 30, 33; t. VII, pp. 27, 33, 37, 40, 43, 47, 49, 52, 59, 64, 67; I. VIII, pp. 62, 77; t. IX, pp. 115, 118, 134, 136, 416; t. XI, pp. 579 etsuiv.; t. XII, pp. 327, 453, 455, 460; t. XIV, p. 124. — Lelt. édif. t. VI, pp. 408, 41t.

qui s’ouvre devant eux ; je vous dirais bien aussi plus eu détail, les obstacles qui s'opposent à leur œuvre apostolique et les facilités qu’elle présente, mais ce serait m’écarter du plan que je me suis tracé ici et que j'ai tâché de suivre jusquà présent. Seulement, je terminerai en vous rapportant les paroles d’un missionnaire, qui appelait autrefois au secours de ces âmes abandonnées, les hommes apostoliques dont l’Église de France est si richement pourvue. Sans doute la position des chrétiens était alors plus triste qu’elle l’est maintenant; mais elle n’en est pas moins bien pénible encore et des millions de païens demeurent auprès d’eux, ensevelis dans les ténèbres de l’infidélité, parce qu’ils manquent des instructions nécessaires pour parvenir à connaître la vérité de l’Évangile.

« De temps en temps, écrivait M. Supriès, on voit arri- >» ver ici des députations de ces chrétiens abandonnés. De- » puis que suis ici, j’en ai vu arriver deux, dont l’ une, com- » posée des trois principaux personnages du pays, avoit fait » près de cent lieues pour venir à Pondichéry. Ils appor- » toient une lettre écrite sur des feuilles de cocotier ; cette » lettre étoit très-touchante : ils se plaignoient de ce que de- » puis six ans aucun père n’étoit venu les visiter, quoiqu’ils » l’attendissent avec impatience, et qu’ils lui eussent préparé » une belle cabane pour le loger; ils ajoutoient, dans leur style » simple, mais sublime, que leurs âmes avoient faim de Dieu; » ces paroles touchantes, que je ne pus entendre sans verser » des larmes, me rappelèrent ce passage du prophète Jéré- « mie : Pervuli palier unt panem, et non erat qui frangerel » eis ' . »

* Ann. de la Prop de la Foi, t. IV, p. 1G9.

JEStS, MARIE, JOSEPH.

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