MISSIONS DE CORÉE, DE MAND-TCHOURIE ET DU LEAO-TONG
Monseigneur,
Les missions de Corée, de Mand-tchourie et du Leao-tong sont les dernières dont j’aie à vous parler ici ; nouvellement confiées à notre Congrégation , elles ont déjà peut-être été fécondées par le sang de nos martyrs; déjà, sur cette terre récemment ouverte à notre zèle, se prépare une riche moigson pour l’Église, et, pour nous , d’amples douleurs. Glorieux partage que j’aimais à demander à mon bon Maître, et qu’il me refusera peut-être pour me punir des fautes de ma vie. Et cependant, quelle joie pour mon âme, s’il m’était donné d'attacher quelques fleurs au bandeau de cette nouvelle fiancée, de cette Église virginale, si belle dans sa jeunesse ! Avec quel inexprimable bonheur je la foulerais cette terre illustre où la croix de Jésus-Christ, relevée seulement depuis un jour, et devenue pour plusieurs un si
triomphant étendard! Terre désirable où de pensées de dévouement et d’amour m’ont si souvent porté, je m’incline à l’aspect de ton sacré rivage, et mon àme te désire autant que Jésus, le roi de mou cœur, me permet encore de désirer quelque chose en ce monde. Vénérable évêque, et vous, mes frères, qui combattez ett ce moment les combats du Seigneur sur cette terre si féconde en sacrifices; vous qui, peutêtre, goûtez déjà dans la gloire le repos qui ne doit plus finir, âmes lavées dans votre sang mêlé à celui de l’Agneau , oh ! je vous en conjure , appelez sur ce corps de mort les souffrances et le martyre que vous êtes allés chercher avec tant de courage. Obtenez pour moi dd divin Père de famille qu'il m’envoie, moi aussi, à ce grand travail auquel vous avez tant désiré vous épuiser vous-mêmes! Car je les aime, ces pauvres âmes à qui votre voix annonça les paroles de la vie éternelle ; ministre et imitateur de Jésus- Christ, je l’aime cette terre de privations et de misères où vous avez vécu : enfant du Nord, j’aime jusqu’à ses frimats et aux glaces de ses hivers, parce que les frimats et les glaces bénissent le Seigneur aussi bien que les torrents de lumière et de chaleur réservés à des climats plus heureux! Je les aime surtout, parce que les frimats et les glaces recèlent en eux- mêmes des trésors de souffrance dont mon âme est altérée. Oui, mon Jésus, oui, je la dirai dans la force de votre grâce, cette parole que vous fîtes entendre du haut de votre croix, silioJ Oui, moi aussi, j’ai soif de souffrir, et parce que j’ai soif d’amour, depuis le grand sacrifice du Calvaire c’est la douleur qui enfante l’amour et qui le nourrit. Rigueurs excessives des saisons, privations de la misère, tortures des boufreaux, venez donc, bâtez- vous de saisir cette chair autrefois révoltée contre Dieu que je vous livre en victime d’expiation pour toutes ces longues années de ma jeunesse passées si loin de ce Dieu d’amour ! Époux de sang, marquez donc enfin mon àme du sceau de votre fiancée; car l’alliance promise à cette àme si faible cepen-
dant est aussi une alliance de sang et de douleurs ! Qui donc me donnera de cette eau puisée à la citerne merveilleuse de cette nouvelle Bethléem? Qui donc m’attachera enfin, pour jusqu'au dernier jour de ma vie, sur cette croix désirée, où mon Jésus est mort et où je veux aussi mourir? O amour! amour! qu’il est bien vrai de dire que tu es plus fort que la mort !
— il o au mtm-