ORIGINE DE LA MISSION FRANÇAISE EN CORKB. DÉPART
DE MCR BRUGUIÈRE.
Pendant tout ce temps, la miséricordieuse Providence de Notre Seigneur avait maintenu parmi les Coréens les principes de la foi, en récompense de la générosité avec laquelle ils supportèrent les privations et les peines attachées à leur constance dans la foi. Ils ne se rebutèrent pas non plus de tant d’efforts, tentés jusqu’alors inutilement auprès du Souverain Pontife, près de qui ils firent de nouvelles instances en 181 7, et ensuite dix ans après. Cette fois leurs crisdedétresse devaient être entendus, et voici ce que M. Bruguière, alors missionnaire à Siam, en écrivait à M. de Gualy, vicairegénéral de Carcassonne ' : « Ils ont écrit de nouveau cette » année-ci. Le procureur de la Propagande, que j’ai vu à Ma- » cao, m’en a parlé. Il désireroit que quelque prêtre fran- » çais % plein de zèle et de courage , se dévoùat à une si » sainte entreprise. L’ecclésiastique qui aura cette vocation » peut être assuré qu’il aura le bonheur de souffrir beau- » coup pour la gloire de Dieu : il opérera bien des conver- » sions; et en peu d’années il obtiendra la couronne du » martyre. Plusieurs fois j’ai désiré d’aller au secours de » ces peuples : mais ne faut-il pas rester au poste qui m’a » été confié? et l’abandonner pour aller ailleurs, neseroit- » ce pas montrer de l'inconstance? Cependant, si la Sacrée
" M. de Gualy a été nommé depuis à l'évêché de Saint-Flour où il a laissé de précieux souvenirs. O prélat est mort récemment archevêque d’Alby.
À C’est une chose vraiment bien flatteuse pour notre nation, que cette confiance de la Propagande pour nos missionnaires qu’elle est habituée à voir, depuis bien des siècles, dans les postes les plus périlleux des missions catholiques.
» Congrégation s'adressoit à nous autres missionnaires ,
» comme elle s’adresse aux prêtres européens, je partirais à » l’heure même »
Ce moment arriva bientôt pour le généreux apôtre, qui obtint enfin de Notre Seigneur la grâce immense qu’il lui demandait depuis tant d’années. Une lettre de MM. les directeurs du séminaire de Paris lui ayant annoncé, que la Propagande proposait à notre Congrégation d’entreprendre la mission de Corée , M. Bruguière, alors sacré évêque de Capse, pria Msr de Sozopolis d’agréer le dessein qu’il avait de s’y consacrer. Malgré les besoins de sa mission, le vénérable évêque fit le sacrifice de son coadjuteur, et lui donna toutes les facilités nécessaires pour l’accomplissement de son projet. En conséquence, ce dernier en fit part à la Sacrée Congrégation et au Souverain Pontife, qui accueillirent ses lettres avec la plus grande joie. On le nomma aussitôt vicaire apostolique de la Corée, et cette nouvelle, lui étant parvenue le 25 juillet 1832, acheva de fixer invariablement sa résolution. Afin de se mettre à même de l’exécuter au plus tôt, il avait écrit d’avance à MM. Umpières et Lamiot, procureurs de la Propagande et de Saint- Lazare à Macao, afin de leur demander les renseignements nécessaires sur les moyens d’y parvenir; et il trouva près d’eux tout ce qu’il pouvait désirer de zèle et de charité pour le seconder dans son entreprise. « Combien grande a été la joie que m’a » procurée votre lettre! lui répondait le dernier; avec • quelle consolation baiserais-je les pieds du missionnaire « que la divine Providence enverrait en Corée! Cette mis- » sion est toute française 9 ! »
A cette époque, Notre Seigneur envoya à M®1 de Capse un compagnon de voyage qui lui fut plus tard d’un bien grand secours c’était un jeune Chinois nommé Joseph Taou, que sa mauvaise santé avait obligé de quitter le college de
’ Ann. delà Prop. t. IV, p. 204.
1 Ann. de la Prop. t. IX, p, 198.
Pinnng. Ce jeune homme était pieux, rempli de courage et de résolution ; il servit puissamment dans la suite à faciliter le voyage du vicaire apostolique jusqu'aux portes de sa mission. En 1835, Mer Bruguière parlait ainsi des fatigues endurées par cet ami dévoué de la croix du Sauveur : « A pied » ou sur une mauvaise monture , disait-il , il a déjà fait » plus de chcmiu, pour m’ètre utile, qu'il n’y eu a de Pè- « king à Paris ; et cependant il est d'une sauté très-frèle'. •
Le Ci septembre, ils s’embarquèrent l'un et l’autre pour Manille, où ils furent accueillis par Msr l'archevêque* avec cette bonté dont nous avons déjà eu l’occasion de faire l’éloge. Le 18 , ils arrivèrent à Macao. Là, M*r de Capse reçut ses bulles de vicaire apostolique pour la Corée, en même temps qu’une somme d’argent, assez considérable que lui destinait la Propagation de la Foi. Ce secours arriva dans le moment le plus opportun; car sans cela, peut-être, l’entreprise eût été retardée de nouveau, faute de ressources pour la poursuivre. Le 23, Joseph partit avec les lettres de son évêque pour M&r de Nan-king , alors résidant à la capitale de l’empire; pour les chrétiens de l’ambassade coréenne, et pour le P. Pacifique, prêtre chinois, destiné à se rendre au Leao-tong, afin d’y préparer à M*r de Capse l'entrée de sa mission. Ce prélat s'embarqua lui-même sur la fin du mois de novembre avec plusieurs missionnaires de différentes congrégations. Ils arrivèrent au Fokienle 1er mars 1833, après une longue navigation, pendant laquelle la barque, qu’ils
1 Loc. cit. p. 200.
2 «Ms1 2 Joseph Ségui, archevêque de Manille, est un religieux espaguol de » l’ordre des Augustins-déchaussés de la pro\iuce de Manille. Il exerça j.en- >» dant plusieurs années les fonctions de missionnaire dans la province de Can- » Ion, en Chiue, dépendante du diocèse de Macao. En 1829, Sa Sainteté le » nomma évêque in pa/iibus de Hiérocesarée et coadjuteur de l’archevêque de
* Manille. Il n’était pa» encore sacré lorsque l’archevêché étant devenu vacant,
• il se trouva archevêque en titre. C’est un prélat d’un mérite distingué, re- » commandable par ses vertus et par sa science. Il témoigne en toute occasion » une bienveillance particulière pour l’œuvre des missions étrangères, et reçoit ** dans son propre palais les missionnaires qui passent par Manille pour se reu- » dre à leur destination. » — Ann. de la Proj). t. IX, p. 202.
montaient, faillit être la proie des pirates. Le vicaire apostolique de la province fit la plus cordiale réception ' à SIRr Bruguière qui le quitta le 27 avril pour se rendre à Nan-king. Pendant ce temps, M. Maubaut, missionnaire destiné pour le Sse-tcliouan, pressé fortement par la grâce pour se rendre en Corée, fit examiner cet attrait par le vicaire apostolique du Fo-kien, qui crut y reconnaître les marques d’une vocation divine. Il fut donc décidé qu’il suivrait Mgr Bruguière. Le vicaire apostolique du Sse-tchouan, s’étant ensuite prêté à cet arrangement, qui intéressait la gloire de Dieu, rien ne s’opposa plus à ce que M. Maubant pùt entrer dans la voie où il était appelé. 11 le fit, et au moment où j’écris ces lignes, ce généreux confrère a peut-être été récompensé de son dévouement par le martyre.
Quinze jours après son embarquement, Mgr de Capse arriva au port d’ Ilia-pou, dans le Cbe-kiang et ensuite à Changnan-fou, ville du Kiang-nan *. Le 29 juillet, il passa près de Nan-king, mais, par mesure de prudence, il ne voulut pas s’y arrêter. Le 10 septembre, après avoir déjà supporté bien des fatigues et des souffrances, après avoir été reconnu plusieurs fois comme Européen et menacé, en conséquence, des plus grands malheurs pour lui et pour ceux qui l’accompagnaient, il arriva dans la résidence de MBr le vicaire apostolique du Chan-si. Il y fut accueilli avec les mêmes égards
1 « Rien n’égale, dit 3M8r de Capse, la charité que MSr du Fokien a montré » pour nous et pour moi en particulier. Nous nous sommes trouvés chez lui u jusqu'à quatorze, en y comprimant les courriers; quelques-uns y ont passé » plusieurs moip. Il a pourvu généreusement à tous nos besoins, il s’est donné • des soins pouf nous faire continuer sûrement notre voyage. Du reste, ce n’est » pas envers nous seulement qu'il s’est montré si généreux, il a rendu les memes >» services aux missionnaires qui nous ont précédés et à ceux qui nous ont sui- » vis, il les invite meme à passer par son vicariat. Une conduite si noble et si » digne d'un évêque catholique, lui a mérité les éloges et les remerciments de » la Propagande. Il est cependant peu riche, mais malgré scs faibles ressour- » ces, il donne beaucoup aux pauvres. Quelquefois nous lui manifestions la » peine que nous éprouvions en voyant les dépenses qu’il faisait, soit pour »• nous, soit pour les autres ; il nous répondait seulement : Deus providebity la » Seigneur y pourvoira. * ~ Ann. de ta Prop. t. IX, p. 214.
a Province de Nan-hing.
qu’à Manille et au Fo-kien , et il s’y occupa de suite des moyens de pénétrer jusqu’en Tartarie. Il fut cependant obligé d’y séjourner jusqu’au 22 septembre 1834. Là il apprit que, l’année précédente, une persécution ayant éclaté en Corée, plusieurs chrétiens y avaient été emprisonnés et torturés pour la cause de Jésus-Christ, sans qu’aucun d’eux cependant eût été puni du dernier supplice.
Pendant ce temps, le prêtre chinois était arrivé aux frontières de ce royaume; M. Maubant s’efforçait de traverser la Chine pour s’y rendre ainsi qu'un nouveau confrère, M. Chastan ', appelé pareillement à la même mission. On avait d’abord destiné ce dernier à l’éducation des jeunes Coréens, qu’on se proposait d’ envoyer de suite à Macao pour les y préparer au sacerdoce ; mais ce projet n’ayant pas pu se réaliser aussitôt, M. Chastan put suivre une carrière moins importante peut-être, mais que son zèle pour la gloire de Dieu et son amour pour les souffrances lui faisaient désirer de préférence à toute autre.
Le 7 octobre, Mgr Bruguière passa sans difficulté la grande muraille, autrefois si vantée, et dont les voyages récents de nos missionnaires ont fait plus justement apprécier l’importance \ Le lendemain il retrouvait à Si-van 1 M. Maubant, qu’il n’avait pas revu depuis son départ du Fo-kien. Le 9 janvier 1835, Joseph reprit la route de Pè-king, où déjà il avait fait plusieurs voyages pour s’entendre avec les membres de l’ambassade coréenne. Jusqu’alors aucun chrétien ne s’y était joint depuis l’arrivée du P. Pacifique aux frontières, et des bruits de persécution commençaient à se répandre. Cette fois il fut plus heureux; il eut plusieurs
• M. Maubant est du diocèse de Bayeux, M. Chastan est du diocèse de Digne.
* Celle muraille est beaucoup moins extraordinaire qu’on l’avait cru jusqu’ici . Dans plusieurs endroits, elle n’existe plus, si tant est qu’elle ait jamais existé.
3 Nous devons dire ici que tous nos missionnaires ont reçu le meilleur accueil de la part de MM. de Saint-Lazare qui desservent l'importante mission de la Mongolie.
conférences avec les chrétiens récemment arrivés, et il apprit d’eux l’entrée du P. Pacifique en Corée, ainsi que les obstacles et les facilités offerts pour l’iiitroduction deM«r de Capsc lui-même.