LETTRE NEUVIÈME
INFLUENCE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE SCR LA MARCHE DES MISSIONS. — ASSOCIATION DE LA PROPAGATION DE LA FOI. — ESTRIT ET CONSTITUTION DE LA CONGRÉGATION DES MISSIONS-ÉTRANGÈRES.
Monseigneur,
Après vous avoir entretenu des détails relatifs à chacune de nos missions en particulier, il me reste à vous rapporter quelques faits d’une haute importance pour l’ensemble de la Congrégation ; je veux dire les épreuves auxquelles elle fut soumise par suite des grands événements de la révolution française, les vicissitudes quelle éprouva sous l’empire, et les espérances que lui donnèrent le rétablissement de la paix et la création de l’œuvre de la Propagation de la Foi. J’ai aussi à vous indiquer une amélioration assez considérable opérée dans la constitution même de la Compagnie quelques années avant la révolution.
Vers le milieu du siècle dernier, des semences de division s’étaient introduites entre les directeurs du séminaire
de Paris et les missionnaires; et comme cet inconvénient tenait à l’organisation même du séminaire, il occasionna, pendant assez longtemps, des débats fort pénibles en euxmômes et non moins funestes aux missions. En 1775, Louis XV f y mit un terme par ses lettres - patentes dans lesquelles il fixa d’une manière plus précise et plus convenable, la nature des rapports nécessaires entre les deux portions de la société. Par suite de cette mesure, l’union se rétablit, et le bon accord dans lequel on vécut exerça la plus heureuse influence sur la marche des missions; de part et d’autre, on se prêta de tout son pouvoir à ce qu’on jugeait capable de contribuer au bien de l’œuvre commune et Dieu répandit d’abondantes bénédictions sur les efforts tentés pour y parvenir. Les vocations au ministère apostolique se multiplièrent aussi parmi les jeunes membres du clergé de France, puissamment encouragés par la lecture de quelques lettres des missionnaires, qu’on recommençait alors à publier; en un mot, une vie nouvelle semblait promise à nos missions, lorsque la révolution française éclata. Ainsi, à peine sortie d’une épreuve, la Congrégation victorieuse par la grâce qui l’assistait se voyait engagée à de nouveaux combats.