‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 65 sur 89 · RÉVOLUTION FRANÇAISE. — EMPIRE. — RESTAURATION · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION FRANÇAISE. — EMPIRE. — RESTAURATION

Les grands événements de 1 789, ayant entraîné la ruiue de toutes les institutions religieuses en France, le séminaire des Missions Étrangères disparut aussi pour un temps; mais Dieu, qui veillait sur nous, ne permit pas que cet établissement fût enseveli dans cette commune ruine. Le mal temporaire qui en résulta fut bien déplorable sans doute; mais, comme dans toutes les grandes afflictions envoyées à notre œuvre, on sentit plus vivement qnc dans

les temps ordinaires le besoin d'un clergé indigène, et ce résultat fut un bien.

Dès le commencement de 1 791 , on put facilement prévoir les maux qui s’apprêtaient à fondre sur la Congrégation; la chapelle du séminaire fut fermée, par suite du refus de serment des directeurs, et bientôt il fallut songer à quitter le royaume. Six nouveaux missionnaires furent cependant envoyés cette année-là; ce furent MM. Langlois, destiné pour le Tong-king; Dubois, pour l'Inde; Jarot et delà. Villegonan , pour la Cocliinchine; Duval, mort deux ans après son départ, et M. Hébert, devenu depuis évêque d'Halicarnasse. Quatre autres de leurs confrères, partis d'Angleterre à la même époque, furent pris en mer par les Français, avec le navirequi les portait, et ne purent se rendre au lieu de leur destination.

Les ressources pécuniaires de l’œuvre étaient bien peu de chose alors et l’on pouvait craindre de se trouver, sous ce rapport, dans l’impossibilité de la soutenir, mais ce malheur n’arriva pas , et la Providence nous vint en aide dans cette détresse. Plusieurs des directeurs parvinrent à se réfugier à Rome et les autres à Londres , d'où l’on entretenait la correspondance avec les missions, et où l’on put se procurer quelques secours. D'un autre côté, M. Létondal, procureur de la Congrégation à Macao, recueillit des aumônes assez abondanles à Manille et au Mexique, et l'œuvre se continua. Six nouveaux missionnaires s’embarquèrent à Londres dans le courant des années 1796 et 1799, et quatre autres partirent également de Rome, de 1800 à 1807.

Aussitôt que le calme, renaissant en France, eût ouvert les portes de la patrie aux prêtres exilés , M. Bilhère, l’un des directeurs réfugiés à Londres, revint à Paris, où il parvint, en peu de temps, à racheter la plus grande partie des bàtimeutsdu séminaire. Les affaires publiques continuèrent à prendre de jour en jour une marche plus consolante,

sous la direction de l’homme providentiel, placé alors à la tête de l’État, et on obtint en 1805 , le rétablissement officiel de la Congrégation des Missions-Étrangères. Le décret impérial qui s’y rapporte est daté du 2 germinal an xm. Rendu à la sollicitation du Souverain Pontife, il s'étendait également à la Congrégation de Saint-Lazare, et au séminaire du Saint-Esprit.

Cet acte de réparation, exécuté dans un moment où la haine contre les corporations religieuses était encore dans toute sa force, fut bien apprécié à l’époque où il eut lieu. « Les sociétés de missionnaires sont rendues à la re- » ligion, disait M. l’abbé de Montmignon, dans son Choix » des Lettres édifiantes; de nouveaux ouvriers évangéli- » ques partent pour la Chine sous la protection déclarée » et aux frais de l’ Empereur. Ce prince, à qui tout ce qui » est grand ne parolt que simple et naturel, s’associe au » génie et à la munificence de Louis XIV, qui sut si bien » apprécier ces institutions religieuses, même sous le point » de vue politique. Le rétablissement de rUniversité1, et » celui des missions françaises seront inscrits dans les fastes » de Napoléon , parmi les plus belles époques de son rè- » gne*. »

Cependant de nouveaux malheurs nous menaçaieut; Napoléon, engagé dans une déplorable lutte avec le chef de l’Église, s’était laissé aveugler par l’orgueil et préparait sa ruine en s’attaquant à l’arche sainte. Quatre années s’étaient écoulées à peine, lorsque, par suite de ces funes-

* Pour bien apprécier l’importance do rétablissement de l’Université, à celte époque, il faut se rappeler l’état déplorable dans lequel se trouvait l’enseignement public en France, et certainement Napoléon rendit un service immense à la société, en reconstituant ce corps, dont la nécessité se faisait vivement sentir. Mais comme il portait partout une unité de vues et une pensée de centralisation, nécessaires alors dans les institutions nationales, il donna aux bases de celle-ci un caractère de dépendance exclusive du pouvoir , incompatible, aujourd’hui, avec les besoins de l’époque.

3 Choix des I.ett. édif. (1807), t. Ur, dise, pré!., p. xcvn.

tes événements, il annula toutes les concessious faites aux différentes congrégations par son ordonnance de 1805. Le nouveau décret, daté du 26 septembre 1809, remit donc notre société dans l'état précaire où elle demeura jusqu’au retour de l’ancienne famille royale.

Pendant ce temps, M. Chaumont, l’un des directeurs réfugiés à Londres au commencement de la révolution, continuait à y séjourner pour entretenir avec les missions une correspondance impossible à établir autrement que par la voie d’Angleterre ou de Portugal. La nouvelle décision de l’Empereur y rendait sa présence encore plus nécessaire, aussi ne revint-il en France qu’après les événements de 1814. Les malheurs publics tournèrent, cette fois, à l’avantage de notre Compagnie; la paix revint, les directeurs du séminaire dispersés de nouveau, se réunirent et élurent pour supérieur M. Chaumont, dont toute la vie avait été consacrée d’une manière si utile au bien des missions*. Enfin, le 2 mars 1815, une ordonnance royale de Louis XVIII rétablit la Société des Missions Étrangères, telle quelle avait été reconstituée en 1805.

A peine cette ordonnance avait-elle paru, que la révolution du 20 Mars s’opéra d’une manière aussi imprévue qu'instantanée. Les nouvelles craintes qu’elle occasionna déterminèrent une seconde fois le départ de M. Chaumont pour l’Angleterre, d’où il revint lorsque le calme fut rétabli. Le 15 octobre 1823, une nouvelle ordonnance royale acheva de fixer définitivement l’état de la Congrégation des Missions- Etrangères par la confirmation et l’approbation des lettrespatentes de 1 775, et du règlement annexé à cet ancien titre.

Pour y parvenir, on avait éprouvé bien des difficultés auxquelles on ne pouvait pas s’attendre, et qui faillirent ruiner entièrement notre établissement. 11 fut très fortement

1 Une notice biographique sur cet homme si dévoué aux missions étrangères a été insérée dans le cinquième volume des Nouvelles lettres édifiantes , pp. 345 etsuiv.

question de placer dans la maison, le séminaire diocésain, h la condition que les directeurs choisis pour le diriger s’engageraient à fournir, selon les besoins et les ressources, les sujets nécessaires pour le soutien des missions. Ce projet, assez spécieux en apparence, n’était cependant pas exécutable sans que notre œuvre souffrit beaucoup d’un pareil rapprochement. Un système mixte, tel qu’on le proposait , a même été regardé de tout temps, comme tellement impraticable, que dans le commencement de la société, M®r d’ Héliopolis sollicita vainement, pendant longues années, les supérieurs des principaux séminaires de Paris pour les déterminer à s’aggréger à la procure centrale des missions. Il fiten particulier tout ce qu’il put pour décider MM. de Saint- Sulpice à prendre cet engagement , sans jamais y réussir, malgré toute la sympathie que notre œuvre excita toujours dans le cœur de ces hommes si recommandables dans l’église et si dévoués au salut des âmes '.

1 Quoique le séminaire de Saint-Sulpice ait toujours été, comme corporation, étranger à l’œuvre de nos Missions ; cependant, il n’a jamais cessé de demeurer attaché de cœur aux travaux et aux succès des hommes apostoliques. Nous avons vu que plusieurs de nos plus illustres missionnaires avaient été élevés dans cette maison de si sainte et si chère mémoire. Ce n’est là, du reste, que l’accomplissement des vœux ardents de M. Olier, le pieux fondateur de Saint-Sulpice. Sincèrement affligé de ne pouvoir se dévouer lui-méme au service de Dieu, dans les missions étrangères , il demanda souvent à Notre Seigneur, qu'il daignât susciter, parmi ses enfants, des apôtres qui répandissent jusqu'aux extrémités du monde la connaissance de cette vie divine ignorée par tant d'âmes. Yoici ce qu’en rapporte l'auteur de la vie de ce grand serviteur de Dieu. « Ne pouvant suivre lui-méme le P. de Rhodes, dit-il, » M. Olier le conjura d’obtenir au moins pour lui , et pour les ecclésiastiques » de Saint-Sulpice, la grâce d’étre présents en esprits à tous ses travaux , et le » supplia encore d’accepter quelques prêtres de son séminaire. Il fut exaucé » cette fois , plusieurs partirent pour la Chine, où ils consumèrent leur vie au » service de Jésus-Christ. Mais le projet d’envojer dans les Indes des vioaires- » apostoliques, éprouva de grands obstacles, et ce fut pour M. Olier le sujet

• d’une continuelle affliction. Il était sans cesse en esprit au milieu de ces na- » lions infortunées'; et uu jour qu’il fut visité par M. Fallu, il ne put s’empê- » cher de protester qu’il s’estimerait heureux s’il pouvait employer le reste de

• sa vie à la conversion de ces infidèles. Pour le consoler, Dieu lui donna , ce

• semble, comme un pressentiment de ce qu’il avait résolu d’opérer en leur fa- « veur. Au sortir de l'oraison, M. Olier écrivait à son directeur : Dieu, qui

Cependant M&rde Qnélen, considérant tout l’avantage que le séminaire diocésain devait retirer du projet proposé, insista pendant quelque temps pour le faire mettre à exécution ; mais enfin, mieux éclairé sur les suites désastreuses qu’il devait avoir pour les missions, il y renonça entièrement. Il approuva en conséquence le rétablissement et le règlement de notre congrégation selon l’ancienne forme, et, depuis cette époque, la bonté divine a daigné faire marcher dans la paix l’œuvre éminente à laquelle les directeurs de notre séminaire travaillent avec tant de constance et de succès.

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