‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 66 sur 89 · ORIGINE ET PROGRÈS DE L’ ASSOCIATION DE LA PROPAGA- TION DE LA FOI · texte numérisé non relu

ORIGINE ET PROGRÈS DE L’ ASSOCIATION DE LA PROPAGA- TION DE LA FOI

Pendant que les missions reprenaient ainsi une vie nouvelle, Dieu qui sait ménager des ressources pour tous les besoins de l'église, et de qui nous pouvons dire, dans l’ordre de la grâce plus encore que dans celui de la nature : Tu das escam illorum in fempore opporluno *; Dieu faisait naître au sein de notre France l’œuvre providentielle destinée à seconder si puissamment les efforts des missionnaires auprès des peuples infidèles. Dans le sileneede l’humilité chrétienne surgit tout d’un coup cette création inespérée, qui, faible et inaperçue dans son origine , devait prendre en si peu de temps, un accroissement aussi merveilleux. Le 3 mai 1822, la pieuse et catholique Association de la Propagation de la Foi prit sa forme définitive aux pieds d’un autel vénéré de

». ni 'animait, me faisait dire, étant hors de moi-même, et voulant répandre la » foi par toutes les créatures, si je pouvais : O donc , mon Totit, que j'envoie » par tout le monde! et il me semble (pie je voyais ici un commencement de » séminaire pour les nations étrangères, auquel quelques personnes très-zélées, » qui ont vocation pour ces peuples , pourront contribuer beaucoup. » — Fie de M. Olicr, t. II, p. 411.

1 Vous leur donnez la nourriture au temps opportun. — Ps. 144, 15.

Marie 1 . Ce sera un jour une belle histoire que celle des développements de celte œuvre immense dans ses résultats, la gloire de notre époque, et qui répand déjà sur tout l’univers les bienfaits de ses prières et de ses aumônes. Je ne chercherai pas, Monseigneur, à vous parler des fruits incroyables produits jusqu'à présent par cette inappréciable association; les faits dont j'aurais à vous entretenir sont trop présents à votre peusée pour qu’il soit nécessaire de vous en rappeler le souvenir, et d’ailleurs votre nom ne se trouvet-il pas inscrit dans les annales de l’œuvre, parmi ceux des prélats illustres auxquels elle doit ses progrès et ses succès1? Je me bornerai donc ù vous rapporter ici l’origine et les premiers progrès de l’association dont les rapports avec notre société furent dès lors trop intimes pour que je puisse les omettre.

Jusqu'à nos jours nous ne connaissons pas d’exemple d’association parfaitement conforme à celle dont nous nous occupons en cet instant. Seulement nous voyons le P. Hyacinthe, religieux capucin, établir à Paris, en 1632, une confrérie dont la dénomination a beaucoup de rapport avec l’association lyonnaise, mais dont le but n’était pas le même, puisqu’on se bornait à la conversion des protestants et à la confirmation des néophytes dans la foi catholique s.

La première pensée d’une pieuse société formée en France dans le but d’obtenir de Dieu la conversion des infidèles, parait avoir été émise à l’époque où notre Congrégation elle-même fut instituée; nous le voyons par les démarches de Mgr d'Héliopolis, qui, pendant son séjour à Rome, en 1665, sollicita auprès du Souverain Pontife l’approbation

1 Notre-Dame deFourvières, à Lyon.

3 Ann. deIaProp.,1. IX, p. 585; t. X, p. 340 ; t. XI, p. 3C5.

3 Celle confrérie , formée sous le nom de Congrégation de V Exaltation de la Sainte-Croix pour la Propagation de la Foi, fut approuvée d’abord par l’Archevêque de Paris , ensuite par le Souverain Pontife, et confirmée par lettrcs-pateutes du Roi.

d'une confrérie formée à cet effet, sous le titre des Saints Apôtres. Toutefois, il ne parait pas avoir réussi comme il le désirait; car nous ne retrouvons dans la suite aucune trace de cette congrégation. Seulement, il se conserva dans notre séminaire quelques pratiques traditionnelles observées dans le but d'attirer les bénédictions de Dieu sur l’œuvre des missions étrangères; mais on ne forma point pour cela de confrérie proprement dite. On imprima aussi quelques livrets relatifs à cette dévotion qu’on cherchait à répandre parmi les fidèles de France; et nous allons voir que ce fut là réellement l’origine de l’association actuelle de la la Propagation de ta Foi.

Pendant les premières années qui suivirent le rétablissement de notre séminaire, on se trouva dépouillé entièrement des anciens revenus anéantis précédemment, et impossibles à remplacer dans un temps où la charité des fidèles était alors surchargée d’aumônes exigées par la détresse des églises de France. En présence de pareils besoins, il n’y avait pas d’espérances à fonder sur les secours humains, aussi s’adressa-t-on d’abord à la miséricorde divine qu’on tâcha de se rendre favorable parla prière. Dans cette vue, on se rappela les anciennes pratiques conservées par quelques-uns des directeurs, et l’on s’efforça de les répandre de nouveau parmi les fidèles. On s’adressa de plus au Souverain Pontife, pour obtenir des indulgences eu faveur de ceux qui voudraient entrer dans cette communauté de bonnes œuvres.

La supplique, datée du 7 octobre 1817, fut présentée par Mgr le secrétaire de la Propagande à Pie VII, qui en renvoya l'examen à la Congrégation des Rits. Ensuite, sur le rapport de l’assesseur Luigi Gardinclli il autorisa l’association proposée, et accorda pour ceux qui en feraient partie, des iudulgences plénières fixées aux fêtes de l’Épiphanie, de la Peuteeôte, de Saint-Joseph, patron de nos missions, et à celle de Saint-François-Xavier. L'Induit pon-

iifical est daté du 30 novembre 1817. Pour être membre de l’association, il suffisait do s’unir d'intention aux autres personnes déjà réunies pour la même prière; seulement on désirait que dans les lieux où les associés seraient assez nombreux, on se ût inscrire sur un registre ouvert à cet effet.

l^s choses étant ainsi établies, les directeurs du séminaire publièrent quelques imprimés destinés à faire connaître les pratiques de piété proposées ; et afin d’y intéresser un’plus grand nombre de personnes, ils donnèrent en même temps quelques détails sur les besoins des missions, et sur les efforts tentés par les sociétés protestantes pour la propagation de leurs doctrines. Ils firent ainsi conuaitre l’usage des troncs exposés dans les magasins, et de l’aumône du sou par semaine adopté pour cet objet dans les grandes villes d’Angleterre.

Cet ex posé émut profondément la charité française; et plusieurs villes s’empressèrent de venir par leurs aumônes, au secours des missions abandonnées. De toutes uos cités, Lyon sut le mieux comprendre les misères des infidèles ; habituée elle-même à verser du sang pour toutes les causes quelle croit voir marquées au signe du dévouement et de la générosité, elle voulut deveuir la mère de ceux qui n'hésitaient pas à exposer leur vie pour Jésus-Christ. Dès-lors ces jeunes filles se réunirent pour recueillir auprès des Âmes pieuses l’obole deslinée à procurer le pain de chaque jour à nos missionnaires, et à leur fournir les moyens de poursuivre leur œuvre de salut au milieu des infidèles '. En peu de temps les aumônes augmentèrent, le nombre des associés s’accrut et l’on sentit le besoin de donner à la nouvelle association la forme stable qu elle demandait.

' A la télé <le cette tenue se trouvait, dès le principe, nue personne de piété, dont le nom se cacha toujours dans le silence de l'humilité chrétienne, et dont nous craindrions de blesser la modestie, en la faisant counaitrc.

Dès ce moment l’œuvre de la Propagation de la Foi fut établie telle que nous la voyous aujourd’hui, et le jour de l'inventiou de la Sainte-Croix, 3 mai 1822, elle fut spécialement placée sous la protection de Marie devant l'autel de Fourvières. Alors un conseil de fidèles dévoués se chargea de régulariser, et d’étendre l'association devenue catholique ; notre congrégation cessa aussi de recevoir exclusivement, comme elle l’avait fait dans le principe, les au mènes recueillies; les églises naissantes de l’Amérique du Nord furent appelées à partager avec nous ces offrandes de la charité française ; puis d’autres missions se formèrent ou s'agrandirent , et la Propagation de la Foi répandit bientôt ses bienfaits sur l’uuivers qu elle embrasse dans le domaine de sa charité 1 .

Vous savez, Monseigneur, les merveilles de cette extension rapide et de cette diffusion universelle, qui a fait connaître, d’un bout du monde à l'autre, l’association populaire dont l’avenir est immense comme la charité qui l’aiuspirée ; vous savez que de l'Europe en Afrique, des bords de l’Amérique aux terres inhospitalières d’Asie, au milieu des jeunes et llorissautes chrétientés de l’Océauie, formées à l’aide de ses aumônes et de ses prières; partout enfin la Propagation de la Foi répaud sur les peuples et sur les apôtres qui lesévau-

* Choix des Lettres édit. (1807), t. Ier, Disc. prêt. p. xcvn; t. 111, p. 448 ; t. VIII, p. 453. — Notes bisl. p. 19. — Mém. de Picot, t. 111, p. 479.

— Nom. Lett. édif. t. Ier, Préf. p. xxtiij t. V, pp, 353 el suiv. — Vie de JV1- O lier, t. II, p. 165. — Aun. de la Prop. t. 1er, numéro ri, pp. |» et suiv. ; t. XIV, p. 153. — M. Henrion, t. XI, p. 233 ; t. XII, pp. 348, 557.

— Un Martyr, etc. p. 40. — Gall. christ, t. VII, col. 1003, 1004. — Asso-

ciation de prières pour demander à Dieu la conversion des Infidèles, la persévérance des Chrétiens qui vivent au milieu d'eux , et la prospérité des établissements destinés à propager la Foi, brocli. in-8", Paris, A. Leclère, 1818.

Exposé de l’état actuel et des besoins des Missions françaises de la Chine, du Tonking, de la Cochiuchine, de Siam rt des Indes-Orientales, confiées aux soins des Missionnaires du séminaire des Missions-Etrangères de Paris, Broch. iu-8", p. 9. Paris. A. Leclère. — Nouvel exposé, etc. Broch. in-8°, p. 6. Paris. A. Leclcre.

géliscut, les trésors de sa fécondité', en échangé des peines sans nombre et des glorieuses souffrances endurées sur les terres infidèles, pour le saint nom de Jésus-Christ. » Comme » parle passé, disait le rédacteur du compte-rendu de 1841, » c’est à de solennelles recommandations qu’elle doit, après » Dieu, la reconnaissance de ses accroissements. Aux ac- » cents que fit naguère entendre pour elle l'auguste voix de » Pierre, cette voix dont les cris vont frapper si loin, la bien- » veillance de l’Épiscopat n’a cessé de répondre; et la parole » des pasteurs elle-même n'a pas retenti vainement à l'o- > reille des troupeaux. Non-seulement elle a provoqué des • offrandes nouvelles, au sein des diocèses, enveloppés déjà » dans le cercle de l’œuvre ; mais elle a ménagé l’adhésion » de provinces restées jusqu’à ce jour étrangères à nos rangs; » et c'est ainsi qu'au moment où l’Espagne nous retirait, en » gémissant, sa part de sacrifices, la Lombardie ébranlée par » le zèle d’un autre Ambroise, est venue nous offrir le con-

* D’après le compte-rendu de 1841, l’Association avait recueilli près de trois millions de francs en aumônes, somme considérable, sans doute, mais bieu inférieure à celles prodiguées avec si peu de fruit par la Propagande protestante. Voici ce qu’on lit à ce sujet dans une Revue mensuelle : « Nous avons sous les yeux, » dans le journal anglais The Mission tiary Register, du mois de décembre der- » nier, un compte-rendu des recettes faites en Angleterre, dans le courant de » l’année, par la société Biblique, pour l’entretien des Missionnaires protes-

• testants, et la publication de Bibles et autres livres de religion. La somme des » recettes a été de 1,058,515 livres sterl., faisant environ 27 millions de

* francs. Le nombre des Bibles et autres imprimés religieux a été de 3,937,944. » Les recettes, dans les États-Unis du Nord de P Amérique seulement, ont

• été de 944,648 dollars, environ 5 millions de francs. Les recettes dans les » Etats du Sud, qui ne doivent pas être moins considérables, ne sont pas men- » tionnées.

» Si l’on ajoute à ces recettes celles qui sont faites dans les pays protestants » et mixtes de l’Europe , dans les immenses possessions d’outre-mer soumises » au domaine de l’Angleterre , on restera, sans doute, bien au-dessous de la » réalité, en portant la somme totale des recettes pour les missions protestantes à cinquaitti'. millions de francs.

» Le nombre des Bibles et autres livres de religion, imprimés pendant l’an » née aux Etats-Unis seulement, a été de 254,710 volumes; et depuis sa

* fou dation la société Biblique a publié 59,383,771 ouvrages. >* — Bibliographie catholique , numéro xii, Juin 1 842.

» cours de ses bienfaits. Où le zèle des pontifes u'a pu faire » des conquêtes, il a du moins soutenu la générosité. Au- » jourd’hui , comme hier , les offrandes nous arrivent de » tous les vents du monde; nos chrétientés naissantes con- > tinuent à mêler leur tribut à celui de nos vieilles Églises ;

» et telle est encore la gloire de notre humble trésor, qu’il » s’alimente au milieu même des peuples qu'il soulage, et » qu’en distribuant des secours à nos différentes missions , » il échange plus d’une fois entre elles de fraternelles au- » mènes*. »

Ainsi étendue à toutes les nations du monde, la charité de l’association ne cesse d’opérer des merveilles et d’attirer au sein de l'église des enfants nouvellement conquis à la foi; et dans les transports de notre reconnaissance, nous pouvons bien nous écrier avec un de nos vénérables confrères du Toug-king : « O belle œuvre que celle de la Pro- » pagation de la Foi ! Œuvre venue du ciel ! Le Seigneur » dans sa miséricorde, en a inspiré l'établissement et favo- » risé les progrès pour le bonheur des deux mondes; le petit » paieu baptisé au moment de la mort, le païen converti, le • pécheur repentant, le fidèle soutenu, la religieuse affermie, » le catéchiste formé, le prêtre consacré au service de Dieu » et des âmes , le missionnaire joyeux au milieu de ses tra- » vaux, lui doivent des actions de grâces. Oui, sainte œuvre » de la Propagation de la Foi , voilà votre ouvrage ! Si les » collèges sont construits, les séminaires érigés, les églises » bâties eu l’honneur du Très-Haut, c’est le fruit de vos im- » menses charités. La Propagation de la Foi appelle dans le » centre de la France tous les peuples de l’univers, pour » partager avec eux les faveurs que le Seigneur accorde à la » ferveur de ses prières; elle se transporte chez tous les » peuples, pour répandre sur eux la rosée de son inépui- » sable charité *. »

1 Ann. delà Propag. !. XIV, p. 153.

• Ann. de la Propag. t. VII, p. 479.

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