‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 67 sur 89 · ESPRIT ET CONSTITUTION DE LA CONGRÉGATION DES MIS- SIONS ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

ESPRIT ET CONSTITUTION DE LA CONGRÉGATION DES MIS- SIONS ÉTRANGÈRES

Maintenant, Monseigneur, que je vous ai dit le* obstacles apportés jusqu’à présent aux travaux de nos missionnaires et les espérances de l’avenir, il me reste à vous donner une idée sommaire de la constitution de notre société et de l’esprit qui l'anime. J’emprunterai ces détail* à un article inséré, il y a quelques années, dans l’Ami de la Religion, qui résume d'une manière assez précisées que j'ai à vous rapporter à cet égard. Après avoir fait envisager la formation du clergé indigène comme le but primitif de notre institution , l'auteur de l’article ajoute ce qui sait : » Rome » qui désiroit voir s’établir une congrégation de laquelle » on pût tirer les évêques et vicaires apostoliques, sans que » ces prélats cessassent, par l’effet de leur promotion à l’é- » piscopat, défaire partie de cette même congrégation, et de « jouir de toutes ses prérogatives, s’opposa constamment à » ce que ses membres fussent liés par des vœux Du reste, » cette nouvelle société, qui formoit une véritable congré- » galion par son organisation et ses constitutions, qui » sont basés sur l’esprit de dévouement, d’union et de cha- » rité, ne tarda pas à justifier les sages vues du Saint-Siège, » et elle continua à remplir avec gloire et snccès, la su- » blime mission qui lui a été confiée dès l’origine de sa » fondation.

• Le séminaire des Missions-Étrangères, situé rue du Bac, » à Paris , est regardé comme la maison-mère et le novi- » ciat de la congrégation, et il est dirigé par quelques-uns

' Ceci répond, de la manière la plus satisfaisante, à des difficultés qu’on non» oppose quelquefois par rapport à la natnre du lien qui réunit les divers membres de notre Congrégation. L’absence de va*ix semble à quelques personnes, un vice capital d'organisation pour la société, tandis que l’expérience, appuyée sur le désir formel du Saint-Siège, prouve qu’il résulte le plos grand bien de cet état de choses.

» de ses membres, dont la plupart sont des missionnaires » députés par les missions; car, d’après les constitutions » de ce corps respectable, les évêques et les prêtres euro- » péens de chaque vicariat apostolique ont le droit d’en- » voyer un représentant à Paris. C’est de cette maison cé- » lèbreque sortent tons ces nombreux enfants1 * 3 4, ces hom- » mes généreux, qui vont à travers mille périls annoncer » Jésus-Christ aux peuples des Indes, de la Ghine ët des » royaumes qui sont voisins du céleste empire. Mais les » missionnaires en quittant la France né restent point on- » bliés; la sollicitude de leurs confrères de Paris les suit » au-delà des mers*. Au sortir des vaisseaux qüi les ont » portés sur les rivages lointains , ils entrent dans la mai- » son de procure, dont les supérieurs, nommés par les di- » recteurs du séminaire, ont soin de les fairë pénétrer « dans leurs missions respectives, et, une fois arrivés au » lieu de leur destination, ils sont reçus comme des frères 1 » par les vicaires apostoliques , qui sont , comme nous » venons de le dire , membres de la même congrégation ; » tous les ans eucore d’abondants secours sont envoyés » de France à chacun d’eux \ Poilr imiter, autant que les

1 Cette expression pourrait faire croire que notre Congrégation envoie seule dot missionnaires dans l’Inde et à la Chine, mais vous savez, Monseigneur, que plusieurs autres sociétés religieuses partagent les mêmes travaux; cependant notre Compagnie est la seule en France, consacrée exclusivement aux missions chez les infidèles.

1 Ceci me fournit une occasion de relever une erreur assez répandue, qui consisle'à représenter nos missionnaires comme indépendants de tout lien de congrégation, une fois hors deFrance.il n’en est rien, et cette fausse opinion vient de ce que l’on confond quelquefois notre œuvre avec d’autres qui lui sont tout-à-fait étrangères.

3 Cette expression est vraie à la lettre ; rien n’égale la charité avec laquelle nos dignes évêques accueillent les nouveaux missionnaires, et leur continuent les mêmes bontés dans le cours de leurs travaux apostoliques. De leur célé, les missionnaires aiment à vénérer en eux plutôt de tendres pères que des supérieurs exigeants, et celte mutuelle affection devient, pour les uns et les autres, le gage le plus assuré de la déférence, du respect et de la paix.

4 Les aumônes de la Propagation de la Foi mettent à même, en effet, d’envoyer aux missionnaires de quoi s'entretenir, sans être à charge aux chrétiens.

>. circonstances le permettent, l'exemple du Sauveur, qui » faisoit partir deux à deux les disciples qui alloient évan- » géliser les bourgades de la Judée et de la Galilée, les » supérieurs des missions confiées à la congrégation ont » soin de ne point laisser dans l’isolement les ouvriers qui » travaillent sous leurs ordres1. Le missionnaire, dans les » temps ordinaires , se trouve souvent en compagnie de » quelqu’un de ses confrères et surtout des prêtres indi- » gènes qu’il est chargé de diriger. L’esprit de charité » qui unit les différents membres de cette société se mon- » tre surtout à l’égard de ceux que l’âge, la maladie et les » infirmités empêchent de travailler. Ils deviennent l’ob- » jet de toute la sollicitude de leurs confrères. Et même, si * les supérieurs respectifs de chaque mission jugent à pro- „ pos de faire repasser pour cause de maladie quelqu’un » en Europe, les directeurs de Paris pourvoient à tous » ses besoins pendant le reste de ses jours ; et il jouit lui- » même de toutes les prérogatives de la congrégation » auxquelles sa qualité de membre lui donne droit a.

A tout ceci j’ajouterai, Monseigneur, le témoignage suivant, qui dans notre bouche pourrait blesser l'humilité chrétienne, s'il n’était pas dû spécialement à la fidélité de nos pères. « Il faut avouer qu'une société ainsi cons- » tituée, et dont toutes les vues sont dirigées vers un but » unique, l’extention du règne de Jésus-Christ dans les

■ Ce fait est de ia plus haute importance à bien établir , car l'opinion contraire est extrêmement répandue. Ou se persuade faussement , d’après la lecture de certains faits, rapportés dans les pubbcalions relatives aux Missions- Etrangères , que les missionnaires se trouvent, la plupart du temps, privés des secours des Sacrements. Il faut remarquer que dans ces publications, on n’a du et voulu faire connaître que les faits capables d’exciter l’intérêt et d’animer la foi ; tandis qu’au dessous de tout cela, il se trouve une vie habituelle, aussi agréable à Noire-Seigneur , sous bien des rapports , que celle exigée par les circonstances extraordinaires dans lesquelles les missionnaires peuvent parfois se trouver, mais beaucoup moins propre à flatter ou à effrayer l’imagination.

* L’Ami de la Religion, journal ecclésiastique, politique ét littéraire, t. CIV, pp. 97 et suis.

» pays étrangers, doit donner une forte impulsion au » zèle de chacun de ses membres. Ce qui justifie notre » opinion à cet égard, c'est la haute estime et la consi- » dération distinguée dont cette congrégation, comme on » le sait, jouit auprès du Saint-Siège’. »

Jusqu’à présent on n’avait guère admis au séminaire que des ecclésiastiques engagés dans les ordres sacrés; mais les besoins des missions croissant de jour en jour ont déterminé les supérieurs à former un noviciat spécialement destiné à ceux dont la vocation a été suffisamment manifestée avant l’époque de leurs études théologiques*. Là, occupés du travail ordinaire des autres maisons d’éducation cléricale, ils se prépareront de loin à l’accomplissement des desseins de Dieu sur eux; éloignés des bruits du monde et dans la paix de la solitude , ils pourront pendant plusieurs années écouter, dans le silence intérieur de l’àme, cette voix divine à laquelle il ne faut jamais résister sans doute, mais qu’il faut aussi, bien clairement reconnaître, avant de se consacrer au glorieux ministère de l’apostolat.

Huit ecclésiastiques se trouvent maintenant réunis dans ce noviciat; treize autres attendent au séminaire de Paris le moment de leur départ et soixante-dix-huit missionnaires se rendent aux lieux de leurs missions ou supportent déjà le poids du travail confié à leurs soins1 * 3. Enfin, huit directeurs sont chargés de gérer en France les affaires des missions ou de régler tout ce qui a rapport à la vocation et à la destination des nouveaux missionnaires4.

Le nombre des aspirants réunis dans les deux séminaires

1 Loc. cit.

' Ce noviciat, établi depuis un an, se trouve placé à Meudon, près de Paris.

3 Ces missionnaires sont répartis dans les missions, de la manière suivante : Chine, quatorze; Siam et Pulo-Pinang , dix-huit; Tong-king, huit; Cochinchine, huit ; Pondichéry, vingt-trois ; Corée, cinq; Mand-tchourie, deux.

4 Dans la note £, qui se trouve à la fin du volume, nous donnons les noms de tous les missionnaires envoyés dans les missions d’Asie, depuis le commencement de la Congrégation.

est très-satisfaisant sans doute, comparativement à ce qu’il a été jusqu’à ce jour; mais en regard des besoins immenses des missions, combien n’a-t-on pas sujet de le reconnaître insuffisant encore ? Du reste, il n’y a pas lieu de s’étonner de voir les missionnaires si peu nombreux, quand ou songea la nature d’une pareille vocation et aux obstacles sans fin qu’on rencontre pour la suivre. Obstacles intérieurs et extérieurs, luttes avec soi-même et avec ce qu'on aime et ce qu’on respecte le plus au monde, voilà ce qu’il faut vaincre la plupart du temps et ce qui explique pourquoi notre nombre a toujours été si restreint. Il semble pourtant que Notre-Seigneur bénisse nos efforts en proportion des besoins que nous tâchons de secourir. Depuis près de deux siècles que notre congrégation existe, quatre cents missionnaires seulement ont propagé ou souteuu la foi dans des contrées immenses; Us ont partout fondé des chrétientés florissantes, établi de nombreuses écoles, créé des catéchistes capables et des religieuses pleines de ferveur; et surtout, malgré les difficultés de tout genre qu’on leur opposait, ils ont su former autour d’eux un clergé indigène digne de sa mission. Voilà ce qu’ils ont fait; encore un pas de plus, et le principe des églises nationales sera mis en application dans toute son étendue. Daigne Notre-Seigneur nous rendre témoin de cette conséquence nécessaire de notre institution et le but constant de tous nos efforts !

1 Le nombre des missionnaires, sortis du séminaire pour se rendre dans les missions d’Asie, s’élève jusqu’à présent à quatre cent deux, y compris ceux qui ne sont pas encore parvenus au terme de leur voyage. De ce nombre, il y en a eu soixante-quatorze élevés à l'épiscopat ; savoir : vingt-deux pour les différentes missions de la Chine, treize à Siam, seize au Tong-king, quinze en Cochinchine , cinq à Pondichéry , deux en Corée et un en M&nd-tcbQurie. Parmi eux , neuf n’ont pas reçu la consécration épiscopale.

CONOU'SION.

loi, Monseigneur, se termine le développement des principes et du but de l’œuvre à laquelle nous travaillons dans les missions étrangères ; eu vous disant notre origine, nos succès et nos combats, j'ai voulu reconnaître l'intérêt que vous portez à notre congrégation , et vous mettre à même d’apprécier eiactement le résultat de nos efforts, et ce qui nous reste à tenter pour remplir complètement la pensée fondamentale de notre institution. Dans ce récit, je me suis fait une loi de n’avancer que des faits précis, dont l’exactitude m’était attestée par les relations primitives que j'ai eues entre les mains, ou par la tradition fidèle des anciens missionnaires avec qui j’ai pu m'entretenir. Obligé parfois de traiter certaines questions délicates, j’ai lâché d’y apporter la modération et l’impartialité désirables , et je vous avoue que ce serait pour moi une satisfaction bien douce si j’y avais réussi. Enfin , Monseigneur, en vous indiquant une partie des travaux du passé, j’ai voulu vous faire connaître le terme réservé à nos efforts dans l’avenir ; et puisque nous pouvons nous appliquer à tant de titres cette parole de l'Esprit de Dieu : FilH sanctorum sumus ', espérons de la grâce divine, que nous ne nous rendrons pas indignes de marcher sur les traces de ceux qui nous ont frayé, jusqu’à ce jour, un chemin si glorieux.

Toutefois, Monseigneur, le magnifique tableau dont je vous ai retracé les principaux traits, en vous indiquant

■ Nous tommes les enfants des Saints. Tobif, cliap. vm, je. à.

l’ensemble des faits qui intéressent nos missions, n’est encore qu’une faible partie des scènes imposantes offertes par l’Église, toujours forte, toujours puissante, et qui ne cesse, dans tous les siècles , de poursuivre avec constance et bonheur, l’œuvre de son divin époux. Gloire dans les combats, fruits abondants pendant la paix , voilà ce que cette sainte mère des élus recueille, pour prix de la fidélité avec laquelle elle s’attache aux traces pénibles, mais triomphantes du Sauveur. Et aujourd'hui , comme toujours, nous la voyons sur tous les points de la terre, gagnant, par ses travaux et sa patience, des âmes égarées , ou retenant , sous ses lois maternelles, celles que la tentation éprouve et voudrait arracher de son sein. Aujourd’hui, comme toujours, plus encore qu’à bien des époques , un immense horizon se déroule à ses yeux, et elle se hâte de presser de nouveaux guerriers sur ces champs de bataille, illustrés déjà par tant de victoires.

Ce n’est pas ici, Monseigneur, le lieu de vous développer l’ensemble des événements qui s’accomplissent sous nos yeux ; trop souvent votre cœur d’évôque a tressailli de joie ou de douleur, à la pensée de ces succès et de ces combats ; et d’ailleurs , ce vaste sujet n’entre pas dans le plan que nous nous sommes tracé pour ce travail. Cependant, afin de compléter en quelque manière l'aperçu rapide qui nous a servi d'introduction au récit des faits particuliers à notre œuvre, il ne sera pas déplacé, peut-être, de résumer en peu de mots ce que l’Église conçoit d’affiietion ou d’espérances à la vue des luttes violentes, des défections et des triomphes qui ont signalé notre époque.

Vous le savez, Monseigneur, d’un bout du monde à l’autre, les nations, ébranlées par un mouvement religieux qui se fait sentir de toutes parts, lèvent les yeux vers le ciel pour implorer du secours, et appellent à grands cris, un libérateur inconnu que la foi catholique peut seule leur offrir. Plusieurs d’entr’ elles , il est vrai, se refusent encore à re-

connaître la seule voie qui puisse les conduire à la 'vérité, dont elles ont le besoin; mais d’autres, plus vivement pressées par cette impérieuse nécessité, tentent les premiers pas vers le retour. Déjà en France, au milieu de ce grand foyer de toutes les idées destinées à devenir populaires dans le monde , la religion, affranchie de tout servage politique, commence à reprendre l’importance qu’elle y a trop long-temps perdue. Désabusés ou garantis des erreurs transmises par une génération qui s’éteint, de jeunes hommes, pleins d’avenir, marchent avec une grande plénitude de foi et d’amour dans les voies de cette régénération religieuse, que nous verrons, et à laquelle, de loin comme de près, nous sommes tous appelés à concourir. Hors de France, la même tendance se manifeste, et nous voyons, tout autour de nous, l’Église recouvrer ses droits partiellement et avec patience, jusqu’au jour où elle entendra proclamer ses lois par des puissances long-temps hostiles à sa maternelle domination.

Je sais que les Eglises d’Espagne et de Portugal, désolées par le schisme et l’impiété, supportent des malheurs comparables à ceux qui éclatèrent autrefois parmi nous; mais en Espagne et en Portugal, comme chez nous , une grande épreuve était peut-être nécessaire pour déraciner bien des abus , et Dieu, pour punir les fautes des pasteurs, aussi bien que les crimes des peuples, livre les uns et les autres, pour un temps, aux vengeances de sa justice. Un jour viendra où ces Eglises , rajeunies par la persécution, verront aussi un clergé, plein de vie et de vertu, reparaître au milieu des ruines amassées par la tempête. Je sais encore que l’ambitieuse et despotique Russie, non contente d’appesantir sur ses sujets, le joug d’une puissance sans bornes, veut encore leur imposer une tyrannique uniformité de croyances, contraires à la loi divine ; que, pour reconstituer une nationalité gigantesque, le czar a dit dans son orgueil, qu’il élèverait son trône temporel au-dessus de tous les trônes de la

terre, et que, dans l’ordre religieux , il le placerait à l’égal du siège éternel de Pierre j je sais que deux millions de Grecs-unis viennent, à sa voix, de quitter de nouveau la communiou romaine, et que la Pologne, cette nation de douleurs, a vu ses prêtres persécutés pour la foi, ou mourant dans les prisons pour la cause de Dieu. Mais je sais aussi, que la voix puissante de l’Église catholique, parlant par la bouche de son chef, a fait entendre, jusqu’aux extrémités du monde, le récit de ces attentats , et que de semblables accents n ont jamais ému la terre sans monter jusqu’au ciel, où se trouvent également les trésors de la vengeance et de la miséricorde. D’ailleurs, les combats n’ont-ils pas toujours été la véritable vie de l’Église notre mère?

Mais à côté de ces sujets d'affliction, quel consolant spectacle n’offre pas aujourd’hui l’Angleterre dans sa marche rapide vers une réunion prochaine au centre commun ! Conquise depuis hier, l’émancipation catholique de la Grande- Bretagne donne déjà des fruits immenses en eux-mêmes, et plus consolants encore par les conséquences nécessaires du pnncipe qui les a produits. Dans toute l’étendue des irois royaumes, les conversions se multiplient avec une rapidité prodigieuse; partout des églises s’élèvent, les préjugés tombent pour faire place à uue sympathie aussi puissante que la haine était prononcée; de toutes parts l’église établie lutte avec peine contre les attaques de la vérité qui la presse partout; les universités s'ébranlent à la voix généreuse et indépendante de leurs jeunes docteurs qui déjà n'ont plus qu’un pas à faire; en un mot, les destinées de l’Angleterre s’acoomplissent et la terre des saints va de nouveau se ranger parmi les plus belles provinces soumises à l’autorité suprême du Vicaire de Jésus-Christ. Impossible à espérer, il y a peu d’années, ce retour nous touche peut-être aujourd’hui, et il est facile de prévoir toutes les conséquences de ce grand événement, car aujourd’hui l’Angleterre est partout; de 1 Indoustan au Labrador, de l’Australie à Gibraltar, partout

elle porte sans fruit , les doctrines et les subsides du protestantisme ; devenue catholique, elle enverra également partout des apôtres forts de la vérité et de la promesse divine, des apôtres qui marcheront avec constance et succès sur les traces des plus illustres missionnaires1.

Je pourrais encore, Monseigneur, vous parler ici des progrès du catholicisme dans les autres pays de l’Europe, vous dire ses succès de chaque jour, en Allemagne , en Suisse, en Hollande et ailleurs ; vous dire comment la parole de vérité commence à se faire entendre jusqu’aux royaumes du Nord où l’erreur règne encore en souveraine ; comment enfin la glorieuse lutte de Cologne a ranimé le zèle et la foi des populations catholiques des bords du Rhin ; mais bien mieux que moi, Monseigneur, vous avez compris tout ce qu’il y a d'avenir dans cette tendance religieuse que, de toutes parts, les sociétés éprouvent sans trop s’en rendre compte, et suivent souvent sans le savoir.

Si maintenant, portant nos regards au-delà des limites de 1 Europe, nous contemplons ce qui se passe loin de nous, que d’actions de grâces à Dieu, que de cantiques à sa louange en présence de tant de bienfaits ! Partout l’œuvre des missions prend un développement comparable à celui qu’elle a obtenu dans les plus belles époques du christianisme. L’Afrique ouvre une large carrière de zèle et de succès aux hommes apostoliques destinés à replanter la croix sur cette terre si long-temps maudite de Dieu. Déjà ce signe vénéré de notre rédemption s’élève sur les hauteurs d’Alger, à l’endroit même où tant de chrétiens ont souffert -, au sein de la ville des barbares, les mosquées purifiées par le culte si pur de l’Agneau divin retentissent déjà des chants sacrés ou pro-

< Un séminaire pour les Missions Etrangères vient de se former à Dublin, sous la conduite de quelques pieux ecclésiastiques séculiers. L’établissement a été récemment approuvé par le Souverain Pontife, ainsi que le témoigne la lettre écriteaux nouveaux directeurs, par le cardinal Frausoni, préfet d» la Propagande, en date du 28 février 1842.

voquent le recueillement de l’Ame fidèle dans le silence de la prière ; déjà la voix d’un apôtre, digne successeur d’Augustin, s’est fait entendre à ces peuples si long-temps et si obstinément ennemis du nom chrétien , et cette voix a été écoutée avec amour et vénération ;’et dans ce moment même, la plage africaine sanctifiée par les pas de nos évêques, tressaille d’allégresse eu recevant de nouveau , après bien des siècles, les restes augustes du plus grand pontife de cette Église.

Ailleurs, c’est l’Égypte qui demande à la France l'appui de sa civilisation et de son épée, sans comprendre qu’elle ouvre ainsi à la croix du Sauveur une voie inconnue à la sagesse humaine. Préoccupées par leurs intérêts politiques, les puissances de l’Europe s’apprêtent à se disputer les débris d’un empire qui s’épuise dans les langueurs de son agonie, tandis que l’Eglise catholique attend aussi dans le silence, que l’ambition des souverains et des peuples lui ouvre, à elle-même, un chemin vers des nations jusqu'à présent rebelles à ses lois. La schismatique Russie pèse, il est vrai, de tout son poids sur les destinées du grand peuple qui meurt ; elle espère bientôt l’asservir sous sa puissance et rallier en même temps de nombreux adhérents à cette communion orientale qu’elle veut opposer à l’église romaine; mais il est également vrai que les desseins des hommes s'évanouissent comme un songe devant la Toute-Puissance du Dieu que nous servons, et que cet arbitre souverain des destinées des empires saura bien, ici comme partout, procurer malgré les hommes, la gloire de son nom. Si cependant il entrait dans les desseins de ses vengeances de livrer, pour un temps, nos frères d’Orient à l’oppression religieuse qu’on leur [prépare, malgré le mal immense qui en résulterait pour le présent, peut être pourrions-nous encore y voir un sujet d’espérance pour l’avenir. Car, je n’hésiterai pas à le dire, Monseigneur, bien des chrétientés catholiques du levant se trouvent aujourd’hui dans un déplorable état de langueur et peut-êjre faut-

il un violent remède pour ranimer ces cœurs où la charité s’éteint.

Je ne vous parlerai pas ici des missions voisines de celles où nous sommes appelés à travailler nous-mêmes ; le récit que je vous ai fait du bien opéré par nos missionnaires et des obstacles qu’ils rencontrent pour le rendre complet , vous donnera la juste mesure de ce qu’on peut attendre ailleurs. Mais j’appellerai, avec une complaisance toute particulière , votre attention sur la marche que prennent en ce moment, les jeunes églises des terres australes et du reste de l’Océanie. Nées d’hier, ces florissantes chrétientés voient leur nombre s’accroître incessamment par de nouvelles conquêtes; surtout, elles prennent dès maintenant, la forme hiérarchique nécessaire pour les mettre en état plus tard , de se suffire à elles-mêmes , en perpétuant dans leur propre sein, le sacerdoce de Jésus-Christ. Des vicaires apostoliques revêtus du caractère épiscopal s’y multiplient dans une proportion des plus encourageantes , et l’Australie en particulier vient d’être l’objet d’une mesure qui doit remplir de joie l’Église universelle et lui inspirer une vive reconnaissance pour le saint Pontife qui la gouverne. De véritables sièges épiscopaux s’y établissent ou s’y préparent, et l’érection récente de Sidney ' en archevêché, nous montre d’une manière bien positive comment l’assistance spéciale du divin Esprit conduit en toutes choses, le Pontife de Rome sur les pas du Sauveur.

Et il faut bien le redire , puisqu’il est important que cette vérité devienne pratique désormais dans toute l’Église, les hommes apostoliques envoyés maintenant à la conquête des âmes chez les peuples infidèles , secondent plus efficacement qu’autrefois cette tendance du Saint-Siège vers l’établisse-

1 M6‘ Polding, nouvel archevêque de Siduey, a la contiauce de tonner , en un certain nombre d’années, le clergé indigène nécessaire à sa province ecclésiastique. Cependant, aucun peuple de la terre n’oflre plus d'obstacles intellectuels à ta réalisation de ce projet.

ment complet de la hiérarchie chez toutes les nations ; supérieurs en cela à ceux qui les ont précédés, les missionnaires de notre époque s’occupent plus spécialement de la fondation des Eglises que des conversions individuelles qu'on a vu opérer autrefois d'une manière éclatante, il est vrai, mais souvent aussi passagère. Le Japon et le Paraguay nous en ont donné le mémorable exemple. Alors détruire les missionnaires c'était anéantir la foi, tandis que désormais, détruire les missionnaires serait retarder la foi , mais l’anéantir, jamais.

Sous ce rapport, c’est avec une grande satisfaction que nous portons notre pensée vers cette Amérique du nord où de véritables Églises s’établissent tous les jours.. Formées en grande partie par les prêtres de l’émigration française, les congrégations catholiques des États-Unis, se sont appuyées, dès les premiers jours, sur les bases véritables de la constitution ecclésiastique, dont les nouveaux apôtres portaient avec eux la tradition. Séculiers par leur vocation ou sécularisés par les circonstances, ces dignes ministres de Jésus-Christ, cherchèrent naturellement dans l’établissede la hiérarchie ordinaire et apostolique, le principe d’union et d’obéissance qu’ils ne trouvaient pas, comme d’autres, dans les liens plus spéciaux d’une règle religieuse. Ils demandèrent et obtinrent facilement des évêques pour les chrétientés naissantes, et Icomme d’ailleurs il n’y avait pas de successeurs à espérer facilement d’Europe, la pensée du clergé national devint naturellement le but de leurs plus grands efforts.

Voilà, Monseigneur, les faits qui doivent puissamment encourager les missionnaires dans les travaux entrepris pour réaliser ailleurs la même idée. Ainsi affranchie de tout précédent funeste, leur œuvre reprendra partout une. marche trop souvent oubliée par plusieurs, dans les derniers siècles, mais qui doit être à l’avenir une règle dont il ne sera plus permis de se départir. Ces principes remis primitivement en

pratique par le Saint-Siège, dans l'institution de notre Compagnie, et poursuivis avec patience par nos vénérables prédécesseurs, porteront désormais, il faut l’espérer, des fruits abondants pour la propagation et surtout pour raffermissement de la foi chrétienne dans l'univers. C’est là notre gloire, Monseigneur ; que ce soit donc aussi une leçon constante qui nous montre avec quelle fidélité nous devons remplir tous les devoirs de notre vocation, et combien nous serions coupable d’oublier ce qui doit être notre vie.

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