FONDATION DU SÉMINAIRE DF. PARIS
Un établissement d’un intérêt capital pour l’avenir de nos missions avait été fondé à Paris, dans le courant de l’année qui précéda le retour de M. de Bourges en Europe. Je veux parler du séminaire destiné à devenir bientôt le centre d’action et le point de réunion des intérêts communs à chacune des différentes missions de la Compagnie. Les vicaires apostoliques en avaient bien senti, dès le principe, la haute importance , mais le besoin des Églises les appelaient ailleurs, et ils s’étaient vus contraints de quitter la France, sans pouvoir accomplir ce projet déjà conçu. Afin de suppléer à ce qu’ il leur était impossible d’accomplir par euxmêmes , ils en confièrent le soin à quelques ecclésiastiques associés à leur œuvre, quoique destinés à demeurer en Europe. Fidèles à la mission qui leur était confiée, ces vénérables confrères de nos missionnaires mirent le plus grand zèle à s’en acquitter, et ils parvinrent à réaliser ce grand dessein en peu d’années. Voici un aperçu des faits qui en devinrent l’occasion.
Le R. P. Dom Bernard de Sainte- Thérèse, de l’ordre des Carmes-déchaussés *, avait été établi vicaire apostolique en
1 Jean Duval, connu en religion sous le nom de Dom Bernard de Sainte-Thérèse, naquit le 22 avril 15D7 à Claraecy, au diocèse de Nevers. Il prononça ses vœux au couvent de son ordre, à Paris, le 15 mars 1615, et se fit remarquer par sa grande piété aussi bien que par ses succès dans la prédication. Il eut des liaisons très-étroites avec C. Bernard, dit le Pauvre P/ être, à qui il écrivait encore de sa mission de Perse où il se rendit en 1640. Il y fut sacré, cette annéelà, évêque de Babylone. Il revint ensuite en France, afin de s’entendre avec le cardinal de Richelieu sur les moyens à prendre pour procurer à cette mission les sujets qui lui manquaient, et pour former un séminaire à cette intention. A. son arrivée dans' le royaume le cardinal était mort, mais Dom Bernard ne quitta point pour cela son projet d'établissement d’un séminaire. Quelques années après, ses infirmités le rendant incapable de retourner à son évêché, le Suvoerain Pontife lui donna pour coadjuteur Placide-Louis Du chemin, de l'ordre de Saint-Benoît, qui fut sacré sous le titre d'évêque de Néocésarée. En f G4 7 le roi ayant fait la conquête de la Catalogne, y envoya Dom Bernard pour régler les affaires ecclésiastiques de cette province, après quoi l'illustre
Perse et évêque titulaire de Babylotie. Après quelques années employées au ministère apostolique, il fut rappelé à Paris pour les affaires de sa mission, auxquelles se joignirent des infirmités devenues bientôt incurables; de telle sorte qu’il fut obligé de s’y fixer pour toujours. Des personnes pieuses, et d'un rang élevé dans le monde, se réunirent alors pour venir au secours de ce prélat, si vénérable par la sainteté de sa vie, et lui donnèrent quelques maisons et un assez vaste terrain situé rue du Bac, à l’angle de celle de la Fresnaie dite depuis rue de Babylone , du titre même de l’évêque. Alors D. Bernard, prévoyant bien qu’il lui serait désormais impossible de retourner en Orient, voulut au moins assurer T avenir d’une mission qui lui était si chère. Pour cela, il ne crut pas pouvoir mieux faire que de traiter avec la congrégation des nouveaux missionnaires. Il leur céda en conséquence sa propriété de la rue du Bac ', à condition que ces derniers s’engageraient à établir un séminaire destiné à fournir des sujets aux missions françaises de l’Orient, et en particulier à celle de la Perse*. Les choses étant ainsi arrêtées de part et d’autre, M. le marquis de Morangis , directeur des finances, et M. de Garibal , maître des requêtes, ayant bien voulu accepter en leur nom la donation que ne pouvait pas recevoir la société, dont l’existence légale n’était pas encore reconnue, sollicitèrent et obtinrent de Louis XIV des lettres-patentes pour le nouveau séminaire qu’on voulait fonder. Ce prince accorda ces let-
prélal revint à Paris où il continua à mener une vie pleine d’édification. En 1G63 il Gt sa donation à la nouvelle société des Missions-Étrangères, moyennant une pension annuelle de 3,000 livres et de 1 ,000 après sa mort pour divers legs indiqués dans l’acte. KnGn il mourut le 1 0 avril 1669 et fut enterré ans Carmes- déchaussés, mais son cœur demeura dans la chapelle des Missions- Étrangères. — Gall. christ., t. VII, col. 1034.
' L’acte de donation, qui est du 16 mars 1663, fut enregistré au parlement le 7 septembre de la même année.
1 Cette mission fut en effet desservie pendant assci long-temps par notre Congrégation et cédée ensuite, ainsi que celle de Québec, au Canada. Vovei du reste, pour e* qui les concerne l'une et l'autre, la note A à la Gn du volume.
très le 27 juillet, et les fit vérifier en Parlement quelques jours après. Il joignit, en outre, quinze mille livres de rente aux fonds laissés pour eet objet par les vicaires apostoliques, témoignant par là tout l'intérêt qu’il portait au succès de nos missions. L’autorité ecclésiastique témoigna la même bienveillance pour le nouvel établissement. Henri de Bourbon duc de Verneuil , abbé commendataire de Saint-Germain ', l’autorisa en cette qualité, le 10 octobre suivant; M«r l’archevêque de Paris s’en déclara de même le protecteur et le père, et le cardinal Chigi , légat à lalere vint y ajouter encore l’approbation du Siège apostolique. Ainsi autorisés et encouragés par les représentants augustes de ta puissance divine sur la terre”, les nouveaux directeurs du séminaire entrèrent dans leur maison le 27 du même mois \
1 Le faubourg Saint* Germain était alors sous la juridiction de l'abbaye dont il a pris le nom.
a Bossuet prêcha devant tous les membres assemblés pour la première fois depuis cette création. — Pie nouv. de H.-M. Boudon , p. 03.
3 Hist. de l’étab. du Christ, dans les Indes Orient., 1. 1, pp. 41, 122 et suiv. — Notes hist., p. 22. — Rel. abr. des Miss, et des Voy. des Ev. franç. par M. J. Pai.lv, p. 141. — Rel. du Voy. de M6r l’év. de Bérythe, p. 239. — La Vie de M6r Cotolcndi, p. 200. — Vie de M. Oiier, t. II, p. 411. — Vie nouv. de H.-M. Boudon, pp. 02 et suiv. — Mém. pour servir à l’Hist. ecc!., t. I. ïutrod., p, lxxx, cc xx vi ii. — Choix des Lettres édifiantes, écrites des Missions Etrangères, par M*** (M. de Montuiignon), ancieu archidiacre et vicaire-géuéral de Soissons. In-8. Paris, Mnradan, 1808, t. I, dise, prél., p. xcvn ; t. II, Tableau hist. du Christ, à la Chine, p. xxxix. — Même ouvrage, édition de Grimbert. Paris, 1824, t. I. Notice hist. sur les Miss. Étraog., p. xxiv. — Annales de l’association de la Propagation de la Foi. In-8, Lyon, 1826, t. II, p. 9. — Un Martyr ou le sacerdoce catholique à la Chine, poëme en cinq chants, Me desÀnuales des Missions Étrangères, parM. l’ahbé Acuta, chanoine honoraire de Poitiers, membre de la Société académique de la même ville, de la Soviité des antiquaires de l’Ouest, de celle de Normandie, de la Morinerie, etc., etc. In-18. Paris, Périsse, 1839. Noies du 1 *r chant, p. 46. Ce poème a été composé à la louange d’un de nos vénérables martyrs du Tong-King, M. Cornav décapité pour la Foi dans la persécution de Minh-ménh. — La Gloire de Louis-le* Grand dans les Miss. Elrang. pp. 94 et 118. — Nouv. Lett. édif. 1. 1, préf. p. xm. — Tableau pittoresque et historique de Paris, depuis les Gaulois jusqu’à nos jours, dédié au roi ; par J.*B. de Sa iiït- Victor. In 8. Paris, Carié de la Cbarie, 1827, t. IV, 2* partie, p. 422. — Gall. christ., t, Vf!, col. 1039.