‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 8 sur 89 · PREMIERS TRAVAUX UES VICAIRES APOSTOLIQUES POUR LA · texte numérisé non relu

PREMIERS TRAVAUX UES VICAIRES APOSTOLIQUES POUR LA

FORMATION DUR CLERGÉ INDIGÈNE El RETOUR DE

Mck D’HÉLIOPOLIS EN EUROPE.

Pendant que Notre Seigneur ménageait ainsi les heureux accommodements à l’aide desquels le séminaire de Paris se formait, !Pr d’Héliopolis se trouvant dans l’impossibilité de pénétrer au Tong-King , malgré son grand désir, réglait avec M§r i e Bérythe, tout ce qui intéressait le bien des missions. Ils s'occupèrent ainsi de la juridiction des vicaires apostoliques, de l’administration des sacrements, de la prédication de l’Évangile parmi les infidèles, et surtout ils fixèrent sérieusement leur attention sur la prompte formation d’un clergé indigène ; grande pensée qu’ils ne perdirent pas de vue un seul instant, l’un et l'autre, et qui avait en effet uniquement déterminé le Saint-Siège à créer les vicaires apostoliques demandés si instamment par le P. de Rhodes. Le Souverain Pontife leur ayant recommandé d’une manière toute particulière d’établir, dans ce but, des écoles et des séminaires partout où ils jugeraient la chose praticable , ils choisirent Siam pour y fonder l’établissement principal de toutes les missions. La position de cette ville et la paix dont on y jouissait, par rapport à l’exercice de notre sainte religion, justifiaient pleinement un semblable choix. Cependant des obstacles insurmontables en apparence s’y opposèreut d’abord, car jl fallait pour cela des sommes considérables , et les vicaires apostoliques pouvaient à peine se soutenir au moyen des ressources qu’ils tiraient de France. Il était encore nécessaire d’obtenir une autorisation du roi Chaou-Naraye auprès de qui leur influence était alors bien peu considérable; mais leur persévérance vint à bout de toutes les difficultés 1 .

1 Hist. de Siam, t. I,r, pp. 43!) el suiv.; t. Il, pp. 57, 6'2 el suiv.

Eu même temps qu’ils s'occupaient ainsi à fonder un séminaire pour le clergé indigène et qu'ils donnaient leurs soins aux néophytes formés parmi les diverses nations réunies à Siam, ils songeaient encore a lever entièrement plusieurs difficultés dont la solution devait avoir les plus graves résultats dans la suite. Pour y parvenir, ils se virent de nouveau dans la nécessité d’envoyer quelqu’un deux en Europe , alin d'informer le Saint-Siège du véritable état des choses, et cette fois, l’affaire était si importante qu'il fallut en charger un des vicaires apostoliques eux-mèmes. M"r de Bérythe en fit le premier la proposition; mais comme il avait une santé trop faible pour supporter les fatigues d’un semblable voyage, Mer d’Héliopolis dûtsc résigner à l'entreprendre.

« l’avoué, dit-il dans sa Relation, qu’il fallut que Dieu » me fortifiast extraordinairement ; je me seulois attaché à « ma Mission vers les Nations qui m'estoient particuliere- » ment commises , dont je me voyois si proche ; les liens du » devoir, de la tendresse et de la compassion pour ces » pauvres âmes abandonnées faisoicnt sur moy une puis- » santé impression ; et mon cœur ne pouvoit penser à s’en » éloigner, sans une extreme violence. I'avois encore pré- » sente à l’esprit la suite des difficultez et des fatigues » estranges que j’avois souffertes durant mon voyage, dont » je ne faisois que me délasser, et ausquels il faloit m’ex- » poser de nouveau; je pre voyois les divers jugemens qu’on » feroit de mon retour en France : Enfin je n’envisageois » partout que des obstacles à ma résolution; Cependant » considérant les pressans besoins de nos Missions entiere- » ment mourantes et ébranlées par la malice des ennemis » de notre Religion, je fermay les yeux à tout, pour ne

regarder que les ordres de Dieu, qui m’étoient déclarez >• par la bouche de ses serviteurs que je considerois comme » ses organes '. »

1 Rcl. ab. des Miss, el Voy. des Ev. franc., par M. J. 1*ai.lv, p. 40*

11 partit eu conséquence le 17 janvier 16tî5, accompagné de M. de Chamesson. Après deux mois de voyage par terre, ou de navigation dans le golfe du Bengale, ils arrivèrent à Masulipatam, où ils rencontrèrent un religieux franciscain retournant en Europe pour les affaires de sa mission. Comme ce missionnaire était absolument dénué de toutes ressources pour continuer son voyage, Msr d’Héliopolis n’hésita point à le prendre avec lui, bien qu’il ne fût pas lui-même beaucoup mieux pourvu; mais il comptait sur la Providence qui ne lui manqua pas en effet. « Je le regarday, dit-il, non-seule- » ment comme un sujet sur qui je pouvois exercer la charité, » mais encore comme un Ange que Dieu m’envoyoit pour » la consolation de mon ame durant le voyage qui nous » restoit à faire.

» Pour surcroist de bon -heur, je trouvay fort à propos » un secours de mille escus qui avoient esté envoyez de » Paris par charité pour la subsistance de nos Missions , et

• qui nous avoit esté apporté tres-fidelement par le sieur » Tavernier, fort connû en tous ces pais d’Orient; Cette

• assistance imprévue me donna dautant plus de sujet de » bénir Dieu , que ma compagnie s’estant augmentée , et

• mon voyage devant estre beaucoup plus long que je u’a-

• vois pensé, j’eusse esté obligé d’emprunter de l’argent, » si on m'en eust voulu prester, ou de souffrir une extrême » disette *. »

M«r d’Héliopolis continue ensuite la relation de son voyage en Europe : « De Massulpatan, dit-il, j’allay au fort de » Saint George, qui appartient à la Compagnie d’Angleterre,

» j’attendis là dix mois entiers l’oportunité de quelque vais-

• seau qui repassast en Europe, mais en vain, la guerre qui » estoit entre l’Angleterre et la Hollande empêchant les » Vaisseaux de se mettre en Mer : il fallut donc se résoudre » à traverser une seconde fois toute l’Inde, ensuite je m’em-

1 Rel. ab. des Miss, el Voy. des Ev. franç. |>ar M. J. Pai.lt, p. à2.

» barquay pour le port de Congo dans la Perse, d'où, après » avoir passé le sein Persique, j'aborday à Bassora, delà je » montay à Babylone sur les fleuves du Tygre et de l’Eu- » frate, j’y arrivay grièvement malade, et j'avoue que je » dois, après Dieu , ma guérison aux charitables assistances » que je receus dans ce rnesme lieu en la maison des Reve- » rends Peres Capucins, qui y font une résidence ordinaire.

» Eu suite, après avoir traversé la Mésopotamie, veu Mous- » sol, qui est l'ancienne Ninive, Nizibe et Edesse, qu'on » appelle maintenant Orfa, je me rendis eu Alep, où j’eus » la consolation de voir les progrez de nos Religieux Frau- » çois pour la réduction des schismatiques et heretiques à la » pureté et à l’unité de nostre sainte Foy; l’ordre qu’ilsgar- » dent en leurconduitepourroitservirde modèle àtoutes les » Missions du Monde; ils travaillent de concert sous la pro- » tection de M. Baron, Consul de France, qui résidé en cette » ville-là , et qqi fait heureusement servir l’autborité que sa » charge luy donne pour avancer les affaires de Dieu : l’a- » vois besoin de trouver à mon arrivée dans Alep un amy » aussi genereux que luy : j’estois extrêmement abattu, » après une marche de près de cinquante jours que j’avois » faite depuis Babylone, durant vne saison froide et plu- > vieuse : Le bon traitement que je receus chez luy, durant » prés d’vu mois repara mes forces pour continuer mon » voyage.

» le m’embarquay à Alexandrette sur vn vaisseau qui vr- » noit à Livourne , où j’arrivay le vingt-6eptiéme Mars en » bonne santé, et après trois semaines de séjour et de rafrai- » ebissememt que je receus de M. le grand Duc de Toscane, » j’allay à Rome rendre compte au Saint Siégé des motifs » de mon retour; Messeigneurs les Cardinaux de la Congré- » gation de la Propagation de la Foy en ayans eu nouvel- » les , en témoignèrent beaucoup de satisfaction ; d’autant » qu'ayant exécuté de ma part , avec assez de soin , en di- » versReux où j’avois passé, les ordresqu'ils m «voient dou-

v uez , ils estoient bien aises que je fusse venu en personne » leur exposer, le véritable estât de toutes choses »

»lsr d’ Héliopolis rapporte ensuite le succès de ses négociations à Rome et à Paris, mais avec moins de détails qu'on n’en trouve dans l' Histoire de l'établissement du Christianisme dans les Indes Orientales. L'auteur de cet ouvrage fait parler le prélat de la manière suivante : « Peu de temps » après mon arrivée à Rome, Alexandre VII mourut etClé- » meut IX lui succéda le 20 juin 1667. Dès que lescérémo- » nies de son exaltation fureut finies, et qu'il eut expédié

• les affaires les plus pressantes, il me douua audience. Je » lui exposai les raisons qui m'avaient obligé, malgré moi, à » entreprendre un si long voyage. Sa Sainteté m'écouta fa- » vorablement, et m’ordonna de m’adresser aux cardinaux » de la Propagande qui, par son ordre, examineraient mes » demandes et lui en feraient leur rapport.

» Je dressai un ample mémorial qui tendait à trois choses:

• 1° à faire sentir la nécessité de confirmer et d'amplifier » les pouvoirs qu’ Alexandre VII nous avait accordés, et à » étendre la juridictiou d’un des vicaires apostoliques sur » le royaume de Siam et sur sa ville royale ; 2° à montrer » combien il était important de faire des règles de discipline » pour réformer ou pour prévenir les abus auxquels les » Églises de l’Orient étaient exposées à cause de leur grand

• éloignement; 3° à obtenir l'approbation du livre des cons- » titutions apostoliques, composé à Siam , et la ratification » des vœux que nous y avions faits avec nos missionnaires*.

» Quelques soins que je me donnasse en huit mois de » travaux et de sollicitations, je ne pus que mettre les af- » faires en état d’être examinées et en bien instruire le car- » dinal Cazanata , président de la Sacrée Congrégalion. Cet » illustre cardinal rempli de zèle pour la propagation de la

1 Rel. ab. des Miss, et Voy. des Ev. frauç. par M. J. Pai.lt, pp. 63 et suiv.

* Il est question plus bas de ces deux objets dont l'importance était trèsgrande pour la conduite personnelle des missionnnaires.

« foi, m’ayanl promis de les proposer dans la première as- « semblée qui se tiendrait, et s' étant chargé obligeamment « de les faire examiner et décider, je jugeai que ma présence « n’était plus nécessaire à Rome , et j’en partis pour aller à » Paris, où j’espérais travailler plus utilement pour la » mission. A mon départ le pape me donna un bref pour • Louis XIV 1 dans lequel Sa Sainteté témoignait à ce grand « prince que les intérêts essentiels des églises de l’Orient m’a- « vaient contraint de revenir en Europe, et que mon retour « lui avait causé, et à tout le Sacré Collège, une grande sa- » tisfaction. Elle conjurait ensuite Sa Majesté, par tous les «sentiments de religion dont elle est pénétrée, de soutenir » nos missions par sa puissante protection et par ses libéra- » lités royales »

SERVICES RENDUS AU ROYAUME PAR LES VICAIRES APOS- TOL1QËS ET LEURS MISSIONNAIRES.

Pendant son séjour en France, Msr d’Héliopolis eut à traiter à la cour, les plus graves questions relativement au bien temporel du royaume aussi bien qu’au succès de nos missions. Il donna de très-grandes lumières sur la marche àsuivre pourl'affermissement de la Compagnie des Indes set il soutint en môme temps par ses encouragements les auteurs de cette entreprise, ébranlés alors par les premiers revers. Voici comment il parle lui-même du résultat de ses efforts auprès du roi.

« Arrivé à Paris dans le mois de février 1668, dit-il, » j’allais présenter le bref au roi, avec un mémoire dans » lequel je traçais le plan des missions françaises qu’on avait

1 Ce bref est du 27 janvier 1G58.

> Hist. dePétab. du Christ . dans les Indes Orient, t. II, )). 160.

3 Nous avons indiqué plus haut comment cette Compagnie devait naissance à ce prélat.

» dessein d étendre dans toutes les Indes1 * 3. Je faisais cuvisa- » ger les accroissements de la foi, qu’on avait lieu d’espérer, » la gloire qui en rejaillirait sur le règne de Sa Majesté , et » les avantages que son royaume en pourrait tirer par le com- » merce. Je finissais en la suppliant de m’accorder de nou- » veaux secours pour conduire aux Indes une nombreuse • troupe de missionnaires, dont le mérite était connu et la » vocation éprouvéq par les directeurs de notre séminaire.

» Le roi parut si satisfait du bref du pape et de mon mé- » moire , qu’il m’accorda deux mille écus sur son trésor » royal, et déclara que nous jouirions, pendant notre vie , » de la pension de trois milles livres chacun*, qu’il ne nous » avait accordée que pour six ans, sur deux abbayes, en se » réservant le pouvoir d'en prolonger la jouissance. Vous » vous souvenez que la reine-mère nous obtint ces pensions » et que peu de jours avant sa mort, elle nous rccommauda » au roi son fils. Je ne doute pas que ce généreux prince - n’ait encore eu égard à sa recommandation dans les nou- » velles faveurs dont il nous a houorés \ »

Indépendamment des motifs de piété filiale et du sentiment religieux qui avaient sans doute une grande influence sur la détermination de Louis XIV, ce prince dut être porté à la démarche qu’il fit en cette circonstance par d’assez graves considérations politiques. La présence des évêques et des missionnaires français dans des royaumes où notre nation était à peine connue auparavant avait une importance assez sérieuse pour qu’on y fit véritablement attention. Les étrangers le sentaient bien lorsqu’ils s’opposèrent si vivement au maintien des vicaires apostoliques. Quelques années plus

1 Je u’ai rien trouvé de précis sur ce plan magnifique dont la réalisation pouvait avoir une iufluence si salutaire sur toutes les missions de cette partie de la terre ; seulement on en peut voir des indications suffisantes dans les positions prises plus tard ou seulement indiquées à Java.au Bengale, et ailleurs.

* Ces pensions accordées aux deux premiers vicaires apostoliques, étaient prises sur les abbayes de Saiut-Ouen de Rouen et de Saint Etienne de Caen.

3 Jlist. de l’étal)!, du Christ, dans les Indes Orient, t. H, p. 10?.

tard, Mer d’Hcliopolis écrivant au ministre lui disait eu parlant d'un religieux fort oppose à nos missions : « Ce Pere, > dit il, ne fut pas plus auisé en ce qu'il adiouta qu'il est

* vray qu'au commencement de nostre mission, tout le mon- » de y auoit concouru, que ie sçauois ce que luy mesme » y auoit fait en nostre faveur, et bien dauantage que

* l’Assistant de Portugal y auoit aussy beaucoup contribué : » Mais que quand les Portugais ont veu que cette mission » auoit esté suiuie de l’establissement d'vue Compagnie en » France pour les Indes Orientales, de lenuoy de plusieurs » flottes et des efforts qu'on y a fait pour y faire des con- » questes;ou s’est tellement animé en Portugal contre les » vicaires apostoliques et leurs missionnaires, qu'on regar- » doit comme les couses de toutes les entreprises, qu'ils ont » résolu de les exterminer entièrement de tous les lieux où » ils seront establys *. »

SUCCÈS DK M1-* d’hÉLIOPOLIS A ROME. — APPROBATION

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