LE ROT ET LE PEUPLE
pour qui ils professent le plus violent mépris. Ils ont quelques sentiments justes. Leur idéal, c'est Vancienne corporation revisée et perfectionnée. Le syndicat est, dans son essence, chose d'ancien régime. Ils sont ou se croient antimilitaristes, mais ils obéissent, et avec passion, à une discipline toute militaire. Chacun d'eux se subordonne au groupe, parce que, seule, la puissance du groupe saura protéger chacun d'eux. Ils s'éloignent de la conception d'un Etat où l'émiettement des individus supposés égaux permet et entretient la tyrannie d'un parti de profiteurs. Ils le concevraient plus volontiers comme un système de groupes, professionnels ou régionaux, entre lesquels le pouvoir central, réduit à ses fonctions essentielles (défense extérieure et maintien de l'ordre au dedans) jouerait le rôle d'arbitre. Ou, s'ils n'en sont pas encore là, ils y tendent visiblement.
Et c'est pour cela que l'Action française, tout en réprouvant certaines chimères des syndicats engésine, ne les a pas traités en ennemis : car elle reconnaissait en eux une c âme » de vérité et de justice et certaines conformités avec l'ordre ancien.
Si toutefois, je ne sais pas au juste (et j'en conviens sans peine) quels sont les sentimenls du peupletouchantla royauté, je saismieuxquels seraient les sentiments du Roi pour le peuple.
Je crois que, par un très grand malheur, la seconde moitié du règne de Louis XIV et presque tout le règne de Louis XV, Roi trop caché, ont obscurci dans l'esprit des Français la notion même de la fonction royale. Mais avant eux, toujours, et notamment avec les saint Louis, lesPhilippe le Bel, les Charles V, les Louis XI, les Louis XII, les Henri IV, la Royauté française fut, essentiellement, une royauté « populaire ». M. Paul Viollet définit ainsi le caractère de noire ancienne Monarchie : « L'autorité du Roi était à peu près celle du père de famille ; aussi le pouvoir patriarcal et le pouvoir royal sont-ils, à l'origine, apparentés de très près. »EtM. Flacii : « Le principe du pouvoir royal est donc familial. Le Roi est chef de famille. » Le vieux Bodin (xvie siècle) écrit dans ses Livres de la République : « Le Roi traite ses sujets et leur distribuelajustice comme le père à ses enfants. » Et encore : « Le Roi doit accorder ses sujets les uns aux autres, et tous ensemble avec soi. » Et M. Luchaire : « Le Roi est le souverain juge de paix. » Saint Louis disait que le Roi est « l'apaiseur ».
Louis XIV lui-même écrit : « S'il est un caractère singulier de cette Monarchie, c'est l'accès libre et facile des sujets au prince. » Et, durant la première partie de son règne, « il recevait chaque semaine tous ceux qui se présentaient,