Tome II, page
« N'avons-nous pas, depuis un siècle, parla critique^ la science^ la liberté^ épuisé ce que nous avions de ferveur? Or, à présent que l'indifférence nous a tous envahis, n'est-il pas vrai qu'une corruption universelle nous dévore, corruption de V esprit^ corruplion du cœur, corruption des sens? La piété diminuant, les mœurs se sont corrompues. »
Morbleu ! ce n'est pas moi qui vous le fais dire!
Cette dernière phrase, aussi nette qu'explicite, se trouve à la page 14 de votre deuxième volume, et nous voilà singulièrement empêtrés dans vos contradictions.
Si, d une part, croyant avec vous que l'àme humaine est la source de tout bien et de toute sainteté, nous séquestrons de notre esprit la pensée de l'absolu ; si nous cherchons l'efficacité du sens moral dans le retour de Vâme à soi et dans la fin du règne de Dieu; si, en un mot, par la critique, la science, la liberté, nous épuisons notre ferveur, nous tombons dans la triple corruption de l'esprit, du cœur et des sens.
Si, d'autre part, nous évitons d'épuiser notre fer-
Itit) LETTRES
veur par la srienco ot la critique, si nous appuyons notre justice sur la relii'ion et sur Dieu, nous sommes des égoïstes et des hypocrites.
Irréligieux, nous sommes corrompus jusqu'à la moelle des os, tout en ayant, il est vrai, conquis le prioilége de VimpeccahUiU'^ deux choses pariaitement inconciliables.
Religieux, nous devenons hypocrites et égoïstes.
Ma foi, que vos lecteurs se tirent de l'entortillage, si la chose est possible, monsieur le philosophe; moi, j'y renonce.
Et de quatre !
Nous vous avons déjà vu faire de la justice tantôt une faculté immanente^ tantôt une science expérimentale.
Gomme si ces deux expressions ne juraient pas d'être accouplées et n'étaient pas la négation l'une de l'autre, vous renchérissez là-dessus, et vous dites que Thomme est tout à la fois le législateur unique etTai^ieur de la justice.
Ainsi justice immanente, justice expérimentale ^ justice créée par l'homme, triple contradiction.
Et de cinq !
A M. P.-J. PROUDHÔN. i&î
11 n'est pas jusqu'à cette révolution i»'loricuse de 93, mère de la Justice, qui ne vous offre l'occasion de plaider le pour et le contre.