Tome premier, pat^e
(1 Les conquêtes de la révolution, ses établissements, ses organes, ses libertés, ses droits, ses garanties, tout a péri; il ne lui reste que l'âme du peuple, de plus en plus faite à son image, et, de ce temple inaccessible elle impose sa terreur au monde, en attendant qu'elle lui impose de nouveau sa loi... »
Dieu nous en préserve ! Quod Deus avertat.
Mais quel est donc ce peuple, temple inaccessible de la révolution? Ce ne peut être la classe moyenne qui se meurt de poltronnerie et de bêtise, ni la plèbe qui s'affaisse dans V indigence et les mauvais conseils (pages 3 et 4 de votre prologue). Où est- il donc ce peuple dont Vâme est faite à V image de la révolution , temple inaccessible d'où elle impose sa terreur au monde? Je le cherche et je ne le trouve pas.
Et de six !
Page 498 du tome III, vous dites :
(( L'homme est tout à la fois le législateur, la loi et sa sanction. »
Page 516, même volume :
(( La justice (ou la loi) est plus grande que le moi. »
Comment la justice (ou la loi) serait-elle plus grande que le moiy c'est-à-dire que l'homme à la fois législateur, loi et sanction ? Comment la loi serait-elle plus grande que celui qui l'a portée et qui la sanctionne ?
Et de sept !
D'un bout à l'autre de votre livre, vous niez à l'âme la faculté de s'élever jusqu'à la conception de Vahsolu. C'est même sur cette base que repose votre livre tout entier, et je lis, page 466 du même tome :
(( Il est impossible de se dérober à la conception de l'absolu. »
Comprenne qui pourra. Qui potest capere capiat.
Et de huit !
Nous n'en finirions pas, ô facétieux philosophe, si nous entreprenions d'enregistrer tous les démentis que vous vous donnez à vous-même.
Le plus surprenant, sans contredit, est le double portrait que vous tracez de la femme. Après l'avoir
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ensevelie sous une avalanche d'injures ignominieuses et de paradoxes grossiers, vous la réhabilitez par un saut de carpe inattendu et vous chantez des hymnes à sa louange.
Une simple volte face, et le noir devient blanc, la lumière succède aux ténèbres.
Demi-tour à gauche, et le médecin Tant-pis disparait avec sa face de croque-mort, pour nous montrer le médecin Tant-mieux à la mine souriante, guillerette et fleurie. L'un porte à la main un buisson de houx, l'autre tient un bouquet de roses.
Lecteurs, prêtez l'oreille au dialogue qui va suivre.
LE MÉDECIN TANT-PIS
a D'elle-même la femme est impudique ; si elle rougit , c'est par crainte de l'homme . » ( Tome III , page 372.)
LE MÉDECIN TÀNT-iUEUX.
(( Seule, la femme sait être pudique, et, par cette
pudeur qui est sa prérogative la plus précieuse, elle
triomphe des emportements de l'homme et le ravit.
Il n'y a pas de femme impure. » (Page 444.)
nu LETTRES
LE MÉDECIN TANT-PIS
u [rnpi'ocluctivc de sa nature, sans industrie ni entendement, sans justice et sans pudeur, la femme a besoin d'un maître qui la rende capable des facultés sociales et intellectuelles. » (Pa^çe 372.)
LE MÉDECIN TANT-MTEIX
(( La femme, transparente, lumineuse, est le seul être dans lequel l'homme s'admire. Elle lui sert de miroir, comme lui servent à elle-même l'eau du rocher, la rosée, le cristal, le diamant, la perle. Elle est un auxiliaire pour l'homme, parce qu'en lui montrant l'idéalité de son être, elle devient pour lui un principe d'admiration, une grâce de force, de prudence, de justice, de patience, de courage, de sainteté, d'espérance, de consolation, sans laquelle il serait incapable de soutenir le fardeau de la vie, de garder sa dignité, de remplir sa destinée, de se supporter luimême. )) (Pages 440 et 447.)
LE MÉDECIN TANf-PlS.
« On prétend que les femelles d'animaux, par je ne
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sais quel instinct, recherchent de préférence les vieux mâles, les plus méchants et les plus laids. La fennne se comporte de même. » (Page 367.)
LE MÉDECIN TAXT-MIEIX.
« La sagesse de la femme, non plus que sa beauté, n'est commutative ou vénale (443). Par la sensibilité de son cœur, par la délicatesse de son âme, elle arrondit les angles tranchants de la Justice. On la compare atout ce qui est jeune, beau, gracieux, luisant, fin, délicat, doux^ timide et pur : à la gazelle, à la colombe, au lis, à la rose, au jeune palmier, à la vigne, au lait, à la neige, à l'albâtre (440). Contre l'amour et ses entraînements, la femme est pour l'homme l'unique lemède. » (449).
L£ .MÉDECIN TANT-PIS
<( La femme préférera toujours un mannequin conteur de fleurettes à un honnête homme. La femme est la désolation du juste. )) (367, tome III.)
LE MÉDECIN TANT-MIEUX
« La femme veut riioniiue fort, vaillant, ingénieux
cllo le méconnaît s'il n'est que p^entil et mignon. Par la femme l'homme apprend le véritable héroïsme. » (Idem, 443.)
LE MÉDECIN TANT -PIS
(( Qu'est-ce que la justice pour un cœur de femme? de la métaphysique, de la mathématique. Leur triomphe est de faire prévaloir l'amour sur la vertu, et la première condition pour rendre une femme adultère est de lui jurer qu'on l'aimera et l'estimera davantage pour son adultère. » (Page 367.)
LE MÉDECIN TANT-MIEUX
(( La femme est la conscience de l'homme personnifiée. C'est l'incarnation de sa jeunesse, de sa raison et de sa Justice, de ce qu'il y a en lui de plus pur, de plus intime, de plus sublime, et dont l'image vivante, parlante et agissante lui est offerte pour le réconforter, le conseiller, l'aimer sans fin et sans mesure. Elle naquit de ce triple rayon qui, partant du visage, du cerveau et du cœur de l'homme, et devenant corps, esprit et ^^' conscience, produisit, comme idéal de l'humanité, ^'^
la dernière et la plus parfaite des créatures. » (Page 44G et 447.)
Et cœlera!.,. .... .
Grâces soient rendues à cet honnête docteur Tantmieux, qui a pris à tâche de contredire et de réduire^ à néant les accusations de son détestable confrère.
Impossible d'être en plus complet désaccord. Jamais
portraits plus dissemblables ne furent tracés d'après le
même modèle.
Et quand on pense, ô philosophe incompréhensible,
que vous réunissez dans le même homme ces deux médecins si difierents d'allures, et que les deux. portraits sont dus à votre pinceau... ma foi, tout est dit! Chacun se prosterne, et l'on n'a plus qu'à vous déclarer le chef suprême, le roi, l'empereur, l'absolu de la contradiction.
Semblable à la lance du héros antique, votre plume guérit les blessures qu'elle a faites.
Pour vous punir du premier portrait, si ces dames
vous lapident d'une main, de l'autre, à coup sûr, et en
reconnaissance du second, je les vois d'ici vous tresser
des couronnes.
Il n'appartenait, sur ma parole, qu'à un lop^icicn de votre calibre de se contredire aussi radicalement, et je commence à croire, monsieur, que vous êtes tout simplement un dilettante littéraire, un amoureux de l'art pour l'art, un fantaisiste quand même, un écrivain jongleur qui veut attirer le regard des passants et leur l'aire dire :
— Voyez donc comme ce gaillard-là joue de la plume, comme il taille joliment son style à facettes et comme il assaisonne une page de contradictions piquantes I
A la page 446 de votre troisième volume, vous dites :
(( Combattre l'amour est une chose immorale, ))
Et page 465 :
« Il faut que l'amour obéisse. L'amour est Vincita^ teur, le promoteur^ le coefficient de la Justice. »
Comment serait-il immoral de combattre l'amour, s'il faut que l'amour obéisse, et comment l'amour doitil obéir, s'il est immoral de le combattre? Vous oubliez que vous avez clos votre dithyrambe en l'honneur de la femme par cette comique boutade :
« C'est à devenir fou d'amour! Et cependant
l'amour, même sanctionné par la Justice, je ne Vaime pas. »
D'où il suit que vous n'aimez pas Vincitaleur et le promoteur de la Justice, et qu'en n'aimant pas lamour et en le combattant vous êtes immoral.
Brid'oison s'écrierait :
(( — On ne se dit pas de ces clioses-là à soi-même ! »
N'est-ce pas vous encore qui avez posé aux Œdipe? futurs, cette énigme :
« La philosophie sait aujourd'hui que tous ses juiïements reposent sur deux hypothèses également fausses, également impossibles, et cependant également nécessaires et fatales : la matière et l'esprit. i)
Qu'est-ce qu'une chose à la fois impossible et nécessaire, fatale et fausse?
Du reste, il paraît que l'antithèse, l'antinomie et la contradiction sont chez vous maladies héréditaires; vous tenez cela de famille.
« La rehgion. disait votre oncle Brutus, (un nom prédestiné!) la religion est aussi nécessaire à l'homme-
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que lo pain ; elle lui est aussi pernicieuse que le poison! ))
Superbe maxime !
En voyant son neveu profiter si bien de ses admirables enseignements, de sa judicieuse logique et de son génie dans l'art de la contradiction, bien certainement l'oncle Brutus doit tressaillir d'aise au fond de sa tombe.
Si vous affligez les vivants, monsieur, vous égayez les morts , — d'où je conclus qu'on ne ferait pas mal d'enterrer vos livres.