‹ Lettres à Monsieur P.J. ProudhonChapitre 24 sur 36 · l.KTTKKs · texte numérisé non relu

l.KTTKKs

est jeuiie eiicoro ni n«* coinptf^ piis (jhi^ de six à S(*(>t mille ans d'existence.

Le colonel James Tod, tout en suivant une autre voie que Wilford, Harailton et Heeren, ses devanciers, arrive au môme résultat. Il prouve que l'origine des Hindous ne peut remonter au-delà de deux mille deux cents ans avant Jésus-Christ, c'est-à-dire à quelques siècles après le déluge.

Ainsi en esl-il du peuple chinois, qui s'attribue cent mille ans de durée, et pour lequel la certitude en histoire ne remonte pas au-delà du neuvième siècle avant l'ère chrétienne. Cong-Fou-Tseu, qui écrivit leurs premières annales sérieuses , naquit vers l'an 351 avant Jésus-Christ.

Ne savez-vous pas, monsieur, que le sphinx égyptien lui-même a laissé deviner ses énigmes ?

Les premiers Œdipes furent les deux ChampoUion, Young et Bankes, grâce à robéHsque de Philœ et surtout a la pierre bilingue de Rosette.

Si les chronologistes n'ont pu débrouiller encore le chaos des dynasties de Manéthon, malgré les travaux du protestant Coquerel, de Wilkinson, de Burton, de monseigneur Bouvet, de l'abbé Greppo, et surtout de

A M. P.J. PROUDHON, '2oo

l'abbé Rosellini, collaborateur de Champollion, les linguistes ont établi l'affinité de la langue égyptienne et de la langue bébraïque.

De leur côté, les naturalistes ont trouvé dans le type égyptien la double trace du sang africain et du sang arabe ou sémite.

Or, si le peuple égyptien est reconnu parent de peuples dont l'iiistoire véritable ne remonte qu'à plusieurs siècles en deçà du déluge, ne serait-ce pas une preuve que la sienne se renferme dans les mêmes limites et ne va point se perdre dans la nuit d'une fabuleuse antiquité ?

Manétlion, le seul qui nous ait transmis la liste des dynasties égyptiennes, écrivait sous les Ptolémées, à une distance de quinze ou vingt siècles des faits qu'il racontait : devons-nous avoir une foi aveugle dans sa relation ?

Âb ! si la Bible présentait cette incobérence et ces ténèbres, sous quelle avalanche de sarcasmes et d'injures n'eût-elle pas été écrasée I

Mais lorsqu'il s'agit d'une bistoire profano, on en aime jusqu'aux ombres, parce qu'on nourrit le secret

espoir de (loniicr, ù l'aide de cette obscurité même, un démenti à la narration l)il)lir[uc. L'incertitude de l'une devient une arme contre l'authenticité do l'autre.

Ainsi, lors de l'expédition française en Ei^ypte, on trouva à Esneh et à Denderali, trois zodiofjues qui, d'après le calcul des savants, remontaient à une antiquité prodigieuse.

La Bible avait menti !

Grand émoi dans toute l'Europe. Mais Visconti, Letronnc, CliampolJion exauiincnt plus attentivement le côté archéologique des zodiaques et des temples où ils ont été trouvés : on acquiert la preuve qu'ils remontent tout au plus à Tibère et à Commode. Pour J surcroît de certitude, M. CaiUiaud, de Nantes, aujour- j d'hui conservateur du musée de cette ville, découvre I dans une crypte de ïhèbes une momie, avec un zo- ] diaque parfaitement semblable à celui de Denderah. Par l'inscription tracée sur ce zodiaque on prouve qu'il se rapporte à un fds de Soter et de Cléopâtre, mort l'an MB de notre ère (i).

(I) Conmie astronomie, ces Zodiaques n'avaient aucune valeur. Ils n'étaient que l'histoire astrologique des personnageîdont ils accompagnaient les momies.

K M. P.-J. PROI'DHUN. â55

Voilà donc la Bible tirée d'un fort mauvais pas.

En 18o2, M. Emmanuel de Rouo^é, Tune des gloires contemporaines de l'égyptologie française, signale trois levers héliaques de Sothis ou Syrius, consignés dans trois calendriers trouvés, l'un sur un monument d'Éléphantine , l'autre dans un temple de Médinet- Ahou, le troisième dans les syringes royales de Bibanel-Molouck.

M. Biot, le savant astronome, calcule la date de ces levers héliaques : il trouve les trois chiffres 1444, 1300 et 1240.

Rien dans ces dates qui soit de nature à effrayer la Bible.

Le plus ancien synchronisme reconnu parla science ne remonte pas au-delà de Tan 965 avant Jésus-Christ, époque à laquelle régnaient simultanément Roboara en Judée et Scheschanck (1) en Egypte.

Conclusion, monsieur : laissez la science accomplir son œuvre; laissezles Lepsius, les Bunsen, les Hincks, les Emmanuel de Rougé, les Brugsch éclairer les ténèbres, ordonner le chaos. Le christianisme voit d'un

{{) LeScheschak de rEcriture.

^I6i> LETTRES A M. J.-P. PROUDHON.

fpil caliTJO toutes cos études, et la vraie religion ne s'eflVaic pas de la vraie science.

L'une, science divine, sert d'appui à sa sœur terrestre et la complète.

Fatij^'uce de ses recherches et plongeant un œil désespéré dans la profonde nuit des mystères qui l'environnent, si la science humaine perd courage et s'arrête au bord du chemin, sa sœur, la science divine, accourt à son aide et la soutient dans sa défaillance. Elle lui prête son flambeau ; elle soulève un pan du voile qui nous dérobe les secrets éternels, et dit :

— Lève les yeux, ma sœur ! Contemple les vérités que ton propre flambeau laissait dans l'ombre !

Ici monsieur, je répète, en la modifiant, une parole de celui qu'on a surnommé le Docteur admirable :

<( Un peu de science éloigne de la rehgion, mais beaucoup de science y ramène, n

Tâchez d'être de la force et de l'avis de Roger

Bacon,

Page 1