EUGÈNE SUE
Et ce romancier de la haine et du désordre, qui empoisonnait chaque jour les quarante-deux mille abonnés du Siècle, qu'allons-nous en dire ?
Il est mort, répondrez-vous. Paix à sa cendre !
Non, monsieur, non ; car il n'a malheureusement pas emporté ses œuvres sous la tombe.
Eugène Sue, comme vous, s'acharnait, dans un autre genre, à la propagande ignoble des doctrines de la matière; il faisait appel aux appétits voraces, aux instincts corrompus.
Avait-on le droit de descendre au foyer de cet agitateur, de montrer cet aristocrate qui jouait au
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hnagogue, cet épicurien t'orcené qui se consolait dei mtiiauces populaires au milieu d'un liarem; ce pliinthi'ope qui a scandaleusement dissipé vingt fortunes, ; cela, — curieux spectacle î — à la barbe des sociaîtes, ses frères, qu'il excitait à dévorer la fortune autrui.
Renverser la table de ce banquet immonde, souffler l'amphitryon, souffleter les convives goulus qu'il ppelait aux joies du ventre, est-ce un crime?
Alors, ce crime, je l'ai commis, etje m'en fais gloire.
MO.NSIEUR BOCAGE
Vous le voyez, je les prends tous l'un après l'autre.
En voici un que les lauriers révolutionnaires du colédien CoUot-d'Herbois empêchent de dormir depuis s journées de juillet.
Pauvre nature, pétrie de ridicule et d'orgueil.
Ce noble ami de la citoyenne Sand n'en est pas loins convaincu, jusqu'au fond de l'âme, que la France commis une injustice énorme en ne lui accordant as la dignité de premier consul. Il a voulu monter à levai en 1848, comptant sur un triomphe populaire,
et sur toutes ses conséqueucet.-. Chaque soir, pendant les jours sinistres et les heures de temp(3te, il a lait hurler la Marseillaise aux échos du théâtre dont il avait le privilège.
En un mot, il a manifesté de la manière la plus éclatante l'intention de passer de la rampe au Forum.
Halte-là, citoyen !
Désolé de mettre obstacle à vos rêves ambitieux. Mais on siffle partout les mauvais acteurs ; on arrache les oripeaux, on montre le squelette, et tout est dit.
JULES-ISAAG MIRÉS
Le terrain devient briilant. Procédons avec logique et parlons avec calme.
Vous connaissez l'histoire du bouc d'Israël, un animal fort innocent, qui portait le poids des iniquités de la nation juive, aux siècles anciens. Les Juifs, dans tous les temps, ont commis beaucoup d'iniquités. Eh bien, l'histoire de ce malheureux quadrupède ne manque pas d'une certaine analogie avec la mienne.
On m'a très-rudement écrasé les doigts à coups de férule pour un article que vous avez écrit sur Jules-
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Isaao Mirés et que j'ai eu la naïveté de reproduire, monsieur.
En conséquence, il vous sied mal de me jeter la pierre.
Cet article, on peut le lire encore aujourd'hui dans toutes les éditions de votre Spéculateur à la Bourse, pas^e 131. Notez, je vous prie, que je ne le condamne pas. 11 rentre tout à fait dans ma manière de voir.
Mais, pour une fois que cela m'arrive avec vous, je ne suis pas heureux.
Jules-Isaac Mirés, plus que tout autre, est un personnage qui appartient à l'analyse et qu'on a le droit de présenter au public sous ses faces les plus cachées, parce que c'est un homme-réclame, un banquier-trompette, qui souffle du matin au soir dans le fifre du Pays et dans le cornet à bouquin du Constitutionnel pour attirer les capitaux et les faire pleuvoir aussi dru que possible sur le vaste réservoir de sa caisse.
De leur nature, monsieur, les capitaux sont imprudents.
La pièce de cent sous a la tête folle.
Elle roule de droite et de gauche, à tort ou à travers, sans voir le piège, car elle est aveugle ; donc, il
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laut lui crier : <( Cas^;n-cou ! » ('t iir pas atbîiidrft qu'elle soit au l'onil du... sac
Avant quo, vous et moi, nous ayons eu l'honneur de discuter le célèbre banquier juif, y avait-il eu, oui ou non, des entreprises financières directement placées sous sa tutelle et suivies de désastres?
Oui.
Donc, il appartenait à la discussion, des pieds à la tête, corps et âme; donc il a eu tort de se plaindre, et surtout de me faire payer, monsieur, les pots que vous aviez cassés.
En réponse à vos articles comme aux miens, Jules - Isaac Mirés n'avait qu'un parti à prendre : enrichir SES ACTIONNAIRES. Il le fera peut-être un jour.
Ainsi soit-il !
De tout ce qui précède, il faut conclure que mes torts de biographe sont beaucoup moins énormes qu'il n'a plu à tous les personnages cités plus haut de le proclamer.
L'histoire vivante rencontre à chaque pas, dans s£ marche, les broussailles de l'amour-propre et les or nières de l'hypocrisie. Que de gens, hélas ! ont intérê
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1 faire trébucher riiistoricn et à l'assommer sur place.
Heureusement la vérité a le crâne solide.
(( Frappe, mais écoute ! »
Voilà ma devise. Elle n'est pas neuve; toutefois, son cinciennoté même en garantit la valeur^ et ce qui oo 3asionne ma faiblesse dans le présent sera ma force ians l'avenir.