‹ Lettres à sa femme 1784-1792; avec une introduction et des notesChapitre 10 sur 15 · février · texte numérisé non relu

février

J'ai reçu, mon cher cœur, avec bien du plaisir, ta lettre du 25 janvier; mais; je vois toujours avec peine ton injustice. Tu oublies sans cesse que si je pouvais partir ce soir, je n'attendrais pas demain; que c'est ce que je désire le plus au monde. Mais, tu dois voir toi-même ce qui est possible et ce qui ne l'est pas ; tu

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es à portée des événements. Je crains bien que le même motif qui avait déterminé La Chose à me mander de revenir, soit la raison qui me fasse rester puisque par les lettres que j'ai reçues de Coblence par le prince de Nassau, on n'y savait pas encore le départ de Bombelles l'aîné, ce qui prouve une intrigue et une cachotterie. Bien loin que le retour de Nassau, qui est arrivé avec Richelieu et Charles de Sombreuil, accélère mon départ, comme je l'avais espéré, ça me demandera encore du temps. Monseigneur me mande que je ne puis pas m'y refuser, et qu'il te le mande lui-même. Tout cela me rend bien malheureux et je te jure que c'est la première fois que mon devoir m'a tant coûté.

J'ai donné mon appartement à Nassau afin de pouvoir loger ensemble, et j'ai pris une petite chambre dans la maison, où je suis un peu à l'étroit, mais pas trop mal. Son arrivée ici me fait grand plaisir; mais, j'ai bien peur que son séjour n'y soit pas long. Il attendra un courrier de Vienne.

Mardi, j'ai dîné chez l'Impératrice et elle m'a fait entrer dans sa chambre pour recevoir mes remerciements. Elle y a mis tant de grâce que quelqu'un qui eut écouté aux portes, aurait pu croire que c'était moi qui l'avais obligée. J'ai su qu'elle avait parlé hier de moi à Nassau dans les meilleurs termes. Nous nous sommes trouvés ensemble à l'Ermitage où. elle m'a traduit une pièce de sa composition, dont l'objet est

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de tourner Cafjliostro en ridicule. Il a fait ici un voyage; mais, au lieu de succès, il a reçu des. coups de bâton et n'a fait que peu de dupes. Ce fut à cette occasion que Tlmpératrice prit le parti de le jouer sur son théâtre. Ensuite la pièce a été imprimée et jouée sur. le théâtre russe, ici et à Moscou. Il est étonnant la quantité de pièces russes et françaises qu'elle a faites. Ces dernières sont imprimées; mais, elle m'a dit, l'autre jour, que pour avoir un exemplaire, il fallait au moins avoir fait un proverbe pour l'Ermitage. S'il me venait par hasard une idée heureuse, je la saisirais; mais, je ne suis ni assez tranquille ni assez gai pour l'espérer, et quoique j'en sois bien fâché, je me passerai de l'exemplaire.

C'est moi qui présente Richelieu, car pour Sombreuil, il a passé ici quelques mois et y connaît tout le monde.

Je n'ai pas encore l'uniforme du cornette aux gardes, à cause du sabre et du chapeau qu'il a fallu faire faire exprès ainsi que les éperons. Mardi, jour de la naissance de la grande-duchesse Marie Paulowna, au bal de la cour, je me suis trouvé à côté du petit Ribeaupierre qui avait le même uniforme. J'en ai été attendri jusqu'aux larmes ; il est très joli, il porte sa chemise dentelée et ses cheveux sans poudre, comme Valentin. Les deux Grands-ducs sont aussi sans poudre; mais, ils ont des cols. L'aîné est presque aussi grand que moi ; il n'a que quatorze

ans; il est beau comme un ange. Sa mère est grosse de trois à quatre mois ; mais sa grossesse n'est pas encore déclarée. Adieu, mon amour, plains-moi au lieu de me gronder et sois aussi sûre de ma tendresse que je me plais à ne pas douter de la tienne. Je t'embrasse mille fois; bien des choses à maman.

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