janvier
Il est arrivé hier soir, mon cher cœur, un courrier de lassy, M. Markoff, frère du ministre des affaires
étrangères. Comme on n'avait pas envoyé un courrier aussi considérable sans une grande nouvelle, on se flatte qu'il a apporté celle de la conclusion de la paix avec la Porte. Elle fera d'autant plus de plaisir ici, que les gazettes, depuis quelque temps, assurent qu'il s'y présente de nouvelles difficultés, et la disgrâce de celui qui avait signé les préliminaires du côté des Turcs, faisait craindre que le peuple et le Grand-Seigneur lui-même, ne fussent pas contents des conditions.
Je ne pourrai pas te mander ce qui en est, parce qu'il faut que j'aille à la cour de bonne heure; c'est une très grande fête ici ; on bénit les eaux en mémoire du baptême de Notre-Seigneur. Autrefois on faisait venir trente mille hommes de troupes des environs et c'était sur la Neva que se faisait la cérémonie; mais, comme il mourait toujours quelques soldats du froid, l'Impératrice a rendu cette cérémonie aussi peu nombreuse que possible, et, au lieu de la Neva, la bénédiction se fait dans les fossés de l'Amirauté qui communiquent à la Neva. L'Impératrice n'y assiste que par une fenêtre du palais.
Avant-hier, je suis arrivé trop tard à la cour, ayant voulu déchiffrer les lettres de Vienne. L'Impératrice m'a fait chercher pour dîner chez elle. Ses premières bontés ne se démentent point et tu sens combien c'est ime raison pour n'en pas abuser. Il paraît que tout prend une meilleure tournure. Si, seulement, on pou-