‹ Lettres à sa femme 1784-1792; avec une introduction et des notesChapitre 7 sur 15 · janvier · texte numérisé non relu

janvier

Je commence, mon cher cœur, à espérer un peu plus mon retour. J'ai écrit aux princes; j'en ai parlé à l'Impératrice. De l'événement dont je te parle dans ma dernière lettre, résultera mon départ d'ici. Tu verras même que je n'y serais plus bon à rien. Tout le monde ici n'est pas de mon avis ; il y en a qui voudraient que je reste. Mais, je suis si content de trouver un prétexte plausible pour aller retrouver tout ce que j'aime, qu'à moins d'ordres contraires, très positifs, j'en profiterai. Je fais déjà préparer ma voiture et si je puis, de toi à moi, je n'attendrai pas le retour du courrier, quand même je devrais le rencontrer en route et qu'il m'obligeât de revenir! Mais, tout cela dépend un peu des nouvelles que nous attendons et qui doivent àrrivei* d'un jour à l'autre.

On a donné avant-hier à l'Ermitage Biaise et Babette^

qui n'a eu aucun succès. L'Impératrice aime peu la musique et point du tout la musique française ; il est vrai qu'il a manqué bien des choses dans l'exécution. Ce soir on donne la Partie de chasse de Henri IV et Guerre ouverte. Je ne suis pas averti > mais je suis bien sûr de l'être, car l'Impératrice, avant-hier, s'est justifiée d'avoir oublié d'envoyer chez moi le jour qu'on a donné r Amant bourru. Elle me traite toujours à merveille et n'ignore pas le désir que j'ai de te revoir.

La princesse Galitzin est accouchée heureusement d'un garçon ; au bout de neuf jours, les accouchées reçoivent toute la ville et tous ceux qui viennent les voir mettent un ducat sur la table qui est près d'elle. Elles sont assises en travers §ur leur chaise longue et les pieds à terre .

Il y a trois dames de la société accouchées, et il y en a encore deux qui attendent le moment. On ne baptise les enfants que huit à dix jours après leur naissance et je dois aller voir baptiser Galitzin, pour avoir vu, à peu près, toutes les cérémonies russes.

Je me suis promené hier en traîneau avec ce qu'on appelle ici un trotteur, c'est fort joli, mais on ne peut mener personne; on va très vite. Les courses sur la jSéva commencent demain, on dit que la vitesse des traîneaux est prodigieuse.

Pendant le carême qui commence ici le 2G-16 janvier, il n'y a pas de spectacle; mais, cela ne me fait pas grand'chose, car j'y vais bien rarement. Les

visites absorbent tous les après-dîners, surtout quand on fait une partie; pour la matinée, elle est donnée tout entière à mes affaires ou à Texercice et, toute la journée, je pense avec regret que je suis si longtemps séparé de mon amie.

Je t'embrasse mille et mille fois ainsi que nos enfants; bien des choses à maman.

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