‹ Lettres à sa mèreChapitre 6 sur 72 · ACROSS THE JURA · texte numérisé non relu

ACROSS THE JURA

Genève (par Femey), mardi, 20 septembre 1823.

Je suis ici depuis dimanche à l'entrée de la nuit. Brun est venu me prendre à Nantua et nous avons voyagé dans une carriole jusqu'à Bellegarde avec des contrebandiers, un prêtre et une jeune Genevoise.

L'endroit où le Rhône se perd sous le roc m'a moins étonné que celui où il se resserre tout à coup entre deux rochers et 30 d'où il s'élance avec tant d'impétuosité. Je suis descendu au bord de la Valserine ; c'est le lieu le plus pittoresque que j'aie jamais vu. J'ai aussi mis le pied sur la terre de Savoie.

Nous avons continué de là à pied jusqu'à Saint-Gerry, où nous avons couché. Je n'oublierai jamais le ravin où coule le Rhône au bas du fort de l'Écluse, ni la solitude sauvage de ces montagnes, ni le bruit lointain des eaux. Le fleuve est à l'étroit dans ce vallon ; on voit bien qu'il est de noble origine.

A Gex, nous avons trouvé Montpelas qui nous a priés très-instamment à un grand dîner et qui nous a accompagnés au haut du Jura. J'ai bu du lait merveilleux dans un chalet ;

lo ces grands hommes sombres, avec leurs chemises noires et leurs pipes à la bouche, n'exaltent pas l'imagination sur la simplicité pastorale, et leurs énormes chaudières rappellent plutôt une forge qu'une bergerie. C'est à grand'peine que nous sommes arrivés au haut de la Faucille. Nous avons vu dans la vallée opposée la Valserine. Un moment, nous avions le lac de Genève et les Alpes devant nous. A gauche s'élevait une montagne à pic dont le sommet était environné de nuages. Au milieu de ces vapeurs je distinguais une petite croix ; c'était le point le plus élevé vers le ciel. J'entendais

20 les sonnettes des vaches, et le bruit d'un tambour que les bergers font retentir pour éloigner l'ours des chalets. Il était trop tard et trop nuit quand je suis arrivé à Ferney. J'y suis retourné ce matin. La chapelle ressemble fort bien à l'église de Certines augmentée d'un clocher. On nous a montré le salon, la chambre, le lit, les fauteuils du grand homme. Un cosaque a volé la couverture. Les enthousiastes ont déchiré les rideaux pièce à pièce. Pour moi, je trouve que ce château, ce beau parc, cette pièce d'eau m'émeuvent moins fortement que la petite maison, où je vois au-dessus de

30 la porte, d'un côté : Iso/m, marcJia7id d'outils, et de l'autre : Ici est né Jean-Jacgites Rousseau.

J'ai fait hier dans une barque légère une promenade sur le lac. Notre petite voile latine nous a fait glisser jusque vis-àvis du môle. J'ai cherché à voir le pays de Vaud, Versoix, Coligny, Crans ! Mais il était caché à moitié par le brouillard. La vue s'étendait au loin sur les eaux. Les vagues balançaient notre barque, je pensais à toi, à ma sœur. Etais-je

triste ? Non. Etais-je heureux ? Non. Je vous regrettais ; j'aurais voulu vous voir ou dans la barque ou sur le bord.

Demain je pars pour Versoix ; je retrouverai Brun à Lausanne. J'ai arrangé cette séparation pour pouvoir visiter à mon gré ton village. Je te récrirai de la première \àlle où je m'arrêterai. J'espérais avoir hier une lettre, poste restante. Adieu, ta pensée me suit partout.

Edgar Quinet.

Mon oncle Aillaud a fait de très-grands frais d'amabilité pour moi ; il voulait me forcer à accepter un renfort de i o finances avec beaucoup d'empressement et de naturel. J'ai refusé comme bien tu penses.

LETTER 10. (Lxxxvi.)

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