‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 102 sur 160 · Lizot, préfet de la Seine-Inferieure · texte numérisé non relu

Lizot, préfet de la Seine-Inferieure

CGLY

Croisset, mardi, 3 heures, 20 octobre 1874. Pauvre chat,

A quelle heure dois-je t'attendre samedi prochain; je dis samedi puisque tu restes inflexible?

Tu feras bien de venir. Je ne suis pas très gaillard, ni au moral, ni au physique. Je crois qu'en vieillissant la solitude me devient plus difficile à porter. Bouvard et Pécuchet allaient merveilleusement la semaine dernière, mais depuis que je me suis dérangé pour aller h Lizors, il y a une forte baisse, et dimanche je me suis ennuyé à mourir.

Hier j'ai été voir le sieur Beaucantin qui ne m'a donné aucun renseignement.

Dis-moi comment ton mari a supporté le voyage de Marseille.

Le bon Laporte vient dîner chez moi jeudio

Peut-être sera-ce une raison pour l'avoir un peu plus tôt, car je sais que ce troubadour te plaît.

Je f embrasse.

Ton vieux Cruchard.

Mardi, 6 heures sorr, 3 navembre 1S74.

Mon pauvre chat,

Je tombe sur les bottes, car je surs en courses depuis le matin et il faut que je m'habille pour la première de Zola qtii a lieu ce soir.

Je vais peul-ctre dîner chez toi, si j'y trouve ton mari que je n'ai pas encore vu. Demain re-rendez-vous avec Winschenk et Peragallo.

Ma lecture du Sexe faible est fixée au 19 prochain (de jeudi en quinze), j'aurai le temps d'avoir fini ma ferme. W.., veut engager Lesueur du Gymnase et me paraît toujours enthousiasmé...

Mes maux de ventre ont complètement disparu.

Je serai à Croisset pour dîner jeudi, c'est alors que j'arriverai par l'express de l'après-midi.

Deux bons bécots de

Ton vieux oncle.

Rûuon, samedi, 3 heures, 14 novembre 1874.

Zola iT\'a écrit, hier, que je ferais bien de venir tout de suite à Paris, pour surveiller les engagements d'acteurs, avant ma lecture. Il me dit de prendre garde à Mile Kléber et de ne pas faire comme lui, c'est-à-dire de ne pas me laisser leurrer, berner. De plus, Jules Godefroy m'a écrit ce matin qu'il tenait à ma disposition les notes agricoles que je lui avais demandées.

Donc, ma chérie, je m'en irai lundi avec un « des Chapeaux ^.. » et je dînerai chez toi. Mon intention était de t'écrire une vraie lettre pour répondre aux choses gentilles que contenait la tienne; mais à peine avais-je la plume en main que Nion est entré. Sa visite a duré près

1. « Les Chapeaux », surnom donné par mon oncle à Mmes Lapierre et Brainne, à cause de rélcûrance de leurs coiffures.

de trois heures! Il en est 6 maintenant. Du reste, elle ne m'a pas ennuyé, car il m'a conté des polins de Rouen assez drôles.

J'attends immédiatement le jeune Philippe. Laporte dînant demain rue de la Ferme, reviendra pour déjeuner. J'emploierai mon après-midi à faire mes paquets. Jamais je n'ai été moins content de partir. Tantôt, quand j'ai vu Julio s'en aller, j'ai été pris d'un mouvement d'amertume inconcevable. Ce trimbalage régulier de Paris à Croisset et de Croisset à Paris me devient lourd!

Et il faisait aujourd'hui un temps splendide. Je me suis promené pendant une heure sur la terrasse. Les feuilles des boules de neige étaient absolument pareilles à des feuilles d'or. Elle se détachaient sur le bleu du ciel avec une violence W tistique.

Adieu, pauvre chat, à bientôt.

Je t'embrasse à deux bras bien tendrement.

Ta vieille ganache d'oncle.

Paris, 52 novembre 1874.

Non, mon loulou, je n'irai pas dîner chez toi demain, parce que je ne sais où j'irai en sortant de ma lecture et que d'ailleurs je serai éreinté ^ Mais si tu passes dans mon quartier, vers 6 heures, informe-toi si je suis rentré, et daigne monter mes étages. Aujourd'hui je me

1. La lecture du Sexe faible aux artistes. Mon oncle, finalement, retira la pièce de Cluny et chargea Peragallo de la porter au Gymnase, où elle ne fut pas jouée non plus.

repose. Je n'irai pas à Saint-Gratien, voulant ménager mon galoubet pour demain.

Je crois que je me suis engagé dans une sotte affaire. Montigny, que j'ai vu hier, m'a refusé Lesueur. C'est le début!

A bientôt, pauvre chat.

Ton Vieux.

Quel dommage que tu ne sois pas venue hier! Il y avait un petit dîner, bien gentil ! Frais perdus !

Croisset, dimanche, 2 heures, janvier 1875.

Ma chère fille,

Je n'ai pas encore reçu ta lettre de mercredi! le télégramme d'Ernest, parti de Paris hier à 3 heures et arrivé à Rouen à 6, ne m'est parvenu qu'à 10 !

L'absence de toute nouvelle m'a bien tourmenté pendant trois jours. Quand on a comme ton vieil oncle, une sensibilité exaspérée et une imagination déplorable, on va loin dans les hypothèses funèbres. Espérons que demain matin, j'aurai de toi une autre lettre !

Il n'y a plus qu'une distribution par jour. Et le Furet ne marchant pas, la levée de la boîte se fait de midi à 4 heures, ad libitum.

Je n'ai rien à t'apprendre, bien entendu, vivant toujours dans une austère^. Hier pourtant j'ai eu une

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