‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 125 sur 160 · Sa domestique et la femme du fermier · texte numérisé non relu

Sa domestique et la femme du fermier

mes douze pages auxquelles je trouve un coup de pouce à donner, si bien que je me trouve en retard d'une semaine. Des explications du Moscove, il résulte que si j'ai fini le 15 février (ou même le 30?) mon volume peut paraître cet été. Je ne bâcle pas la besogne pour cela, bien entendu.

Mon petit ménage continue à bien aller, mais j'ai eu un fort agacement causé par le bois qui ne brûlait pas du tout. Il m'a fallu en acheter une corde de sec.

Tu conviendras que je suis bien économe (j'aime qu'on me rende justice ! rends-la), il me reste encore 20 francs, c'est peu pour mes cadeaux de jour de l'an et pour vivre pendant le mois de janvier. Un filet du Pactole est indispensable.

Aujourd'hui je me débarrasse d'un arriéré de correspondance. Avant le bateau, j'aurai écrit dix lettres. Ça m'assomme et m'irrite. Tout ce qui n'est pas maintenant mon travail et ce qui dérange les habitudes de M. Vieux m'est odieux. Les journées passent vite, bien que je regrette (à chaque moment et deux fois par jour, régulièrement) la compagnie de ma pauvre fille î Nous nous entendons si bien, n'est-ce pas?

Adieu, chérie. Deux forts bécots de

Ta vieille Nounou.

Croisset, dimanche, 3 heures, 31 décembre 1876.

Allons! ma pauvre fille, que 1877 vous soit léger. Vous savez ce que je vous souhaite, c'est-à-dire ce que je me souhaite, car votre bonheur est le mien !

Autrefois, ce jour-là (le jour de l'an), Julie nous ayant

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pris par la main, moi et ta mère, nous allions d'abord : chez Mme Lenotre, qui nous engouffrait dans son bonnet, en nous embrassant; puis chez le père Langlois^ chez M. et Mme Bapeaume, chez Mme Lormier, chez Mme Enault, et chez la mère Legras, pour finir par Mme Lepoittevin'. Autant d'intérieurs différents et de figures que je revois nettement! La longueur des boulevards m'ennuie encore! Nous avions nos quatre petites fesses coupées par le froid et nos dents tenaient dans les morceaux de sucre de pomme à ne pouvoir les en retirer! Quel tapage chez ton grand-père. La porte ouverte à deux battants dès 7 heures du matin ! Des cartes plein un saladier, des embrassades tout le long de la journée, etc., et demain zéro, solitude absolue. C'est comme ça!

Je passerai mon temps à préparer la fin de ma seconde partie qui sera ratée, ou sublime. Je ne suis pas sans grandes inquiétudes sur Hérodias. Il y manque je ne sais quoi? Il est vrai que je n'y vois plus goutte ! Mais pourquoi n'en suis-je pas sûr^ comme je l'étais de mes deux autres? Quel mal je me donne !

Hier, pour rafraîchir ma pauvre caboche, j'ai fait une promenade à Canteleu. Après (ivoir marché pendant deux heures de suite. Monsieur a pris une chope chez Pasquet où on récurait tout, pour le jour de l'an. Pasquet a témoigné une grande joie en me voyant, parce que je lui rappelle « ce pauvre M. Bouilhet », et il a gémi plusieurs fois. Le temps était si beau, le soir, la lune brillait si bien qu'à 10 heures je me suis re-promené dans le jardin « à la lueur de l'astre des nuits ». Tu n'imagines pas comme je deviens « amant de la nature ». Je regarde le ciel, les arbres et la verdure avec un plaisir

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