Edouard Lebarbier
3. Une des buvettes de Vichy. Endroit oii nous allions souvent nous asseoir, mon oncle et moi, l'été précédent, pendant une saison que ma grand'mère fit aux Eaux.
Paris, lundi matin, 6 octobre 1862.
J'ai reçu une lettre de Maisiat, timbrée de Vouvray, dans laquelle il me charge de vous faire ses excuses. Il est encore retenu à la campagne pour une quinzaine, après quoi il se propose d'aller à Croisset, ce qui ne fait pas mon aiïaire, ni la vôtre sans doute, car j'ai bien envie de vous voir et le temps sera mauvais.
Tu n'imagines pas combien je suis fatigué, irrité, excédé par la correction de mes épreuves. Je découvre à chaque phrase des fautes, et il faut que je me dépèche. Lévy va très vite. J'aurai quatre chapitres d'imprimés à la fin de la semaine. Je vous enverrai Dolorès,
Adieu, pauvre bibi. Embrassez-vous bien Tune et l'autre en souvenir de moi.
Paris, lundi soir, 9 heures, 13 octobre 186:2.
Mon aimable nièce, Mon bibi,
Oui!!!
Tu peux prendre les fi^agmenls de rideaux qui (e conviennent et en orner ton appartement.
Je le prie en iTiême temps de rétablir mon'trophée et de raccrocher mes cadres : cela rentre dans ta spécialité. Fais de même arranger mon tapis dans ma chambre à coucher. Je pense que Lallemant ne se refusera pas à
LETTRES DE G. FLAUBERT A SA rsIÈCE CAROLINE 25
poser dans mon cabinet des rideaux et un tapis fournis par un autre?
Quand tu iras à Rouen, fais-moi aussi le plaisir de me commander chez la mère Plichon une paire de pantoufles que vous m'apporterez.
Tu te plains, mon pauvre loulou, de la brièveté de mes lettres. Mais loin de mener la vie brûlante et de voir beaucoup de monde, je vis présentement fort retiré. J'ai passé toute la semaine dernière dans mon lit. J'ai un clou qui a un peu frisé l'anthrax; celui-là est parti, mais d'autres me sont survenus. Je me suis encore purgé aujourd'hui, et j'ai de la bouillie autour du cou. Ma seule distraction a été de corriger des épreuves, et comme Monseigneur était à Mantes (je l'attends demain), je me trouvais parfaitement isolé. Voilà pourquoi j'ai fort peu de choses à te narrer.
J'ai eu hier la visite d'Hamilton Aidé; il est pour peu de jours à Paris. Ton analyse^ m'a été d'un grand secours.
Pendant qu'il était là, est survenu le sieur Cordier^^ (de Rouen), qui m'a donné des nouvelles de THôtel- Dieu.
Les affaires de Duplan se calment, mais il se retirera du commerce sans un sou. Mme Cornu tâchera de lui faire avoir quelque place; il s'est habitué à son désastre, et le porte avec philosophie.
Je sais au moins maintenant à quelle époque vous viendrez; ne la reculez pas. Salammbô ne sera pas encore parue. Tu m'aideras à faire les dédicaces et à coller les bandes sur les volumes. Il faut que je retire quelque fruit de l'éducation que je t'ai donnée.
1. J'avais analysf-, pour mon oncle, un roman anglais d'Hamilton Aï.lé.