Le portrait du baron Cloquet envoyé par moi au Salon
était le seul convive avec Houzeau). Les amphytrions ont été bien aimables, mais... crevettes pas fraîches! lu sauras que je m'en gorge tous les jours (de crevettes), ne pouvant plus manger de viande. Fortin m'appelle plus que jamais « une grosse fille hystérique )). et comme il m'est poussé un clou abominable en plein visage, il m'a purgé ce matin. Au commencement de la semaine, j'ai eu mal aux yeux, au point d'employer un collyre. Voilà, et je dis comme Oreste :
Oui, je te loue, ô ciel ! de ta persévérance.
Mais tous ces maux-là ne sont rien près des autres, c'est-à-dire qu'ils n'arrivent pas jusqu'à l'âme...
J'ai reçu le livre d'A. France, et le Figaro contenant Télucubration de Zola*. Tu as dû toi-même recevoir, ce matin, un article sur son article? La fin est louangeuse pour moi et cruelle pour lui, mais il devient trop grotesque. Quel mauvais goût que de parler toujours de soi.
Je suis en train de corriger les épreuves de Salammbô pour Lemerre. Eh bien, franchement, j'aime encore mieux ça que V Assommoir.
Avant-hier visite de M. et de Mme Censier. Censier gobe Zola, le gobe complètement. Œuvres et théories, tant le succès en impose aux Bourgeois ! ! !
Et le père Harel regrette Villemessanl ! « c'est une perte ! » (s^c)...
Je t'embrasse.
Ton Nonagénaire.
1 Un article sur le naturalisme.
Paris, 3 juin 1879.
Quel froid et quel rhume! c'est plutôt une grippe! je n'en peux plus de fatigue, et bien que je dépense des sommes folles en voiture, mon pied enfle. Bref, ça ne va pas. Aussi n'irai-je point demain dîner chez Mme Adam; je crois que je resterai toute la journée au coin de mon feu. Il m'a fallu acheter du bois.
Pour tous les jours de la semaine j'ai des invitations à dîner, et déjcà deux pour la semaine prochaine.
Je viens de faire des courses depuis 9 heures du matin; je rentre et il en est 4. Aussi vais-je piquer un chien.
Tu auras des articles, sois sans crainte. Charpentier se charge de trois journaux, Guy de deux, etc., etc. Du reste, ton œuvre a du succès. Je n'ai pas encore vu Florimont, mais c'est de ma faute :je m'étais trompé d'adresse et je l'ai manqué. Je l'attends chez moi demain ou après-demain.
Je suis bien attristé par des avaries advenues à mon Bouddha. Un coin du piédestal est brisé, et une aile des bras partie. Où est le morceau?
Il me semble que j'avais laissé ici une paire de pantoufles en marocain rouge, toute neuve? Si je me suis trompé, qu'Ernest m'apporte la moins vieille paire des deux paires rouges, situées sur ma planche, dans ma chambre à coucher.
Vieux, bien éreinté.
Paris, jeudi matin, 11 heures, 12 juin 1879.
Ma nièce Caro m'oublie tout à fait : depuis douze jours une seule lettre! As-tu la migraine, pauvre chat? J'ai vu hier (et enfin) le fameux portrait, auquel je ne trouve rien à redire. Cependant je te ferai une observation sur le col, mais j'ai peur de dire une bêtise, et provisoirement je m'abstiens. J'ai cuydé crever de chaleur et de fatigue à l'Exposition. La marche m'est encore très pénible. N'importe, je suis resté trois heures devant les tableaux. Celui de Carolus Duran m'a enthousiasmé, bien que je ne le trouve pas très ressemblant, car je connais le modèle, Mme Vandal. J'admire sans réserve le portrait du père Hugo* : il est vrai jusque dans la forme des ongles. Mes courses pour t'avoir des articles n'ont fini qu'avant-hier. Si l'on me tient parole, tu auras une soignée Presse. En dînant avant-hier, chez Charpentier, Burty, à propos de rien, est revenu sur ton étude de femme nue : (( Savez-vous que votre nièce a du talent ». Alors ton vieil oncle se rengorge.
Pas de Princesse hier! J'étais trop éreinté pour aller à Saint-Gratien et pour remonter, le soir, mon escalier. Ce matin, j'ai envoyé promener définitivement Catulle^ quant à Salammbô,. Reyer est venu hier chez moi et nous avons eu là-dessûs une longue conférence. Il y a peut-être moyen de faire jouer la Féerie au Théâtre des Nations; des démarches à ce sujet sont entamées.
Tous les jours, à midi, je m'installe dans la Réserve'^,