‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 16 sur 160 · Le docteur Godard · texte numérisé non relu

Le docteur Godard

Ajoute à cela les épreuves et les discussions sur la féerie !

Il y a une malédiction sur elle (sur cette pauvre féerie), car la femme de d'Osmoy est revenue à Paris fort souffrante d'une maladie de foie, de sorte que le trio est maintenant rompu. A l'heure qu'il est, Monseigneur dîne avec Duplan chez Mme Cornu; Monseigneur déjeune et dîne demain en ville; Monseigneur, après demain, signe un contrat de mariage et redîne en ville; Monseigneur va bien; Monseigneur seul est beau! Monseigneur a un tempérament si peu nerveux! Monseigneur est un hippopotame si bien cuirassé! Il s'en va de Paris mercredi pour revenir deux jours au commencement de l'autre semaine et repartir définitivement.

De tout cela, il résulte que j'ai la plus grande envie et la plus extrême impatience de vous voir. Vous seriez bien gentilles si vous m'arriviez au milieu de l'autre semaine, vers le 3 ou le 4- novembre. Il faudrait, pour cela, vous priver du voyage de VerneuiH. De plus, sous la pluie qui tombe et le froid qui pince, il est insensé à ta bonne maman de se trimbaler dans une carriole. Je te prie de réfléchir un peu aux remords que tu aurais si elle devenait par la suite malade ! Je suis sûr qu'elle ne fait ce voyage que par complaisance pour toi. Donc, je te prie, chère Garo, pour moi et pour elle, d'être la première à l'en dissuader. Vous irez au printemps à votre retour, il fera plus beau. Assez parlé de cette afl'aire : j'en laisse la décision, ma petite Caro, à ta sagesse et à ton cœur.

J'ai eu, avant-hier et aujourd'hui, la visite d'Ernest Chevalier^ qui vient d'être nommé procureur impérial

1. C'était à Verneuil qu'habitaient nos amies Vasse Saint-Ouen.

2. Le plus ancien ami d'enfance de mon oncle. Voir Mes Souvenirs, Corresp. générale^ t. I", page vi.

à Lyon. Je l'ai trouvé très bon enfant et 1res gentil. Feydeau est venu me voir deux fois, ainsi que Saint Victor % et mes Bichons; il n'est pas jusqu'à l'aimable Claudin^ qui n'ait comparu au pied de mon lit. Je crois que je touche à la fin. N'importe! Ça été une drôle de manière de passer mon temps de Paris.

Lévy, qui est venu me voir aujourd'hui, m'affirme que mon livre peut paraître dans quinze jours, et même avant. J'aurais besoin de toi pour mes dédicaces et mes bandes.

Adieu, mes pauvres compagnes; prenez garde au froid, il fait un temps terrible.

Adieu, chère Caro.

Ton vieux scheik.

Paris, nuit de jeudi à vendredi, 20 novembre 1863.

Tu es bien gentille de me donner des nouvelles de ta bonne maman avec tant de régularité, mon bibi. Continue, je te serai fort obligé.

La lettre de ce soir me rassure un peu, puisque je vois que notre pauvre vieille a pu m'écrire. C'est qu'elle souffre moins. Soigne-la bien et tâche de lui faire prendre courage; persuade-lui que ça la purge.

Dis-lui de se rassurer quant à ses clefs : toutes resteront enfermées soigneusement.

Nous avons passé toute la journée à travailler, Monseigneur et moi; mais, franchement, je suis dégoûté de la féerie, j'en tombe sur les bottes. Cependant, je

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