‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 22 sur 160 · V Éducation sentimentale · texte numérisé non relu

V Éducation sentimentale

^2. Où mon oncle habitait alors.

''\. Ami d'AcliilIe Flaubert, ayant d'importantes relations dans le i-ouvernement.

i. Le D' Diimont, camarade de collège de G. Flaubert.

mont, puis chez la mère Sand* qui est malade, et de là au dîner de Magny. Demain je m'enferme ainsi qu'aprèsdemain; jeudi soir je vais chez Michelet avec les de Concourt.

Faî fait cette nuit une nuit de quatorze heures, m'étant couché à 10 et levé à midi. Je voudrais bien vous voir, d'abord pour vous voir, et puis pour vous conter un tas de choses farces. J'ai dîné samedi chez la princesse M athilde, et la nuit d'hier (du samedi au dimanche) j'ai été au bal de l'Opéra jusqu'à 5 heures du matin avec le prince Napoléon et l'ambassadeur de Turin, en grande loge impériale. Voilà, ceci doit être lu en scheik : « Ah ! comme il ja loin de tout cela à notre bonne petite vie de province ».

Si quelque Rouennais t'interroge sur Faustine. je te supplie, mon loulou, de ne rien dire du tout : il faut être modeste dans la victoire et, quand on fréquente les grands, discret.

Tu t'imagines bien que je n'ai guère pensé à ton Homère. La meilleure traduction que je connaisse est celle de Bareste; patiente un peu, je te la trouverai...

M. et Mme d'Osmoy demeurent rue Duphot, 8. Comme je leur ai dit que nous devions, tagrand'mère et moi, aller à Trouville cet été, ils se proposent d'y venir en même temps que nous pour jouir de notre compagnie.

Si tu n'assistes pas à la première de Faustinej tu pourras voir celle du Château des cœurs...

Adieu, pauvre bibi. Embrasse bien ta bonne maman et soigne-la de ton mieux.

Reçois-tu toujours de beaux bouquets?

Suis-je gentil de l'écrire une si longue lettre, hein?

Je baise tes bonnes joues fraîches.

Ton oncle le timoré.

t. George Sand.

Jeudi, 1 heure^ 4 février 1864-

Qu'est-ce que ça veut dire, mon Caro? Avec qui viendras-tu à Paris? Ce ne peut être avec ta grand'mère ni avec ta tante Achille? C'est donc avec cette bonne Virginie ? Mais alors tu laisserais la pauvre vieille toute seule? Quelles personnes énigmatiques vous faites pour me donner toujours des nouvelles incomplètes; celle-là heureusement ne me tourmente pas!

La première de Faùstine aura lieu dans dix à douze jours. Ça va bien. J'assiste à toutes les répétitions. Ce qui nr'amuse et me tourmente tout à lafois ; c'est non seulement Bouilhet, mais Fournier qui m'a prié de venir à trois reprises différentes. Je ne crois pas leur être inutile, soit dit sans vanité. On commence à beaucoup parler de J^ai^stmer la mise en scène sera splendide. Comme je suis content de savoir que ta bonne maman va mieux. Peut-être que si elle eût employé la pierre infernale plus tôt, laguérison serait plus avancée?

Adieu, mon pauvre loulou. Je n'ai absolument rien à te dire, si ce n'est que je t'embrasse bien tendrement*

Ton vieil oncle.

Paris, lundi, 3 heures, 1864.

Ma chère Caro,

Je n'oublie pas du tout la Divine^ mais je n'ai pas eu jusqu'à présent de places à lui donner. Ce sera pour

cette semaine. Fausline commence à faire de Vargent : les receltes de ces jours derniers étaient très bonnes. Le feuilleton d'aujourd'hui est en somme très favorable, et ça va aller, je crois. Leurs Majestés ont paru très contentes l'autre jour, ce qui attire du monde. Bref, je suis paye de mes peines qui n'ont pas été médiocres. Je vais ce soir à la première * de la mère Sand, dans la lo^^e du Prince. Demainj'assiste au contrat de Guérard. Jeudi je vais chez Michelet. Voilà le programme de la semaine. Le service des billets de Faustine commençant à se calmer, je suis un peu plus tranquille. Comme je dors ! comme je dors!

Tu devrais bien me donner de vos nouvellesun peu plus longuement. Quand pensez-vous pouvoir venir à Paris? Meubles-tu ta maison ? Je serais content si vous preniez Touzan pour tapissier; il est « de bon goût » et pas cher.

L'idiot d'Amsterdam nous quitte à la fin de la semaine, la Féerie une fois réglée.

Adieu, pauvre loulou. Embrasse bien ta grand'mère pour moi. Je suis fatigué d'écrire des billets. Quand j'ai un moment de repos, je dors sur mon divan en songeant à mon roman que j'ai grande envie d'écrire.

Ton vieux ganachon d'oncle.

Amitiés à M. mon futur neveu ainsi qu'à cette bonne Virginie.

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