‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 24 sur 160 · V Education sentimentale · texte numérisé non relu

V Education sentimentale

que j'aimerais mieux me promener sur le Grand Canal ou au Lido !

On nous fait beaucoup de visites. Toute la famille, sauf Achille, est venue aujourd'hui ici et va y dîner. Le jeune Roquigny crie maintenant dans le jardin, avec son chien. Le temps est superbe et tous les arbres sont en fleur. N'importe, moi, qui déteste la nature, je préférerais une longue station devant la Magdeleine du Giorgione. Et les Jean Belin, hein? est-ce farce? Adieu, mon pauvre loulou. Revenez, qu'on vous embrasse tous les deux : vous serez bien reçus.

Ton vieux bonhomme d'oncle qui te chérit.

Je voudrais savoir si vous resterez à Paris quelques jours et le jour que vous y arriverez, parce que ta grand'mère s'y transporterait avec moi. Dans le cas contraire, je vous attendrai ici et ne m'en irai que quelques jours après, quand je t'aurai usé un peu les joues. J'ai besoin de passer à Paris un bon mois, au moins, à consulter des collections de journaux.

Croisset, vendredi, 4 heures soir, 22 avril 1864.

Ma chère Caro, • l Ta réponse à la présente nous arrivera peu de temps avant loi, probablement.

Ta lettre de Venise, datée de mardi, nous a fait bien plaisir. Ta grand'mère a eu le temps de la lire, sur le quai, avant de prendre le bateau de 2 heures. Elle est à faire des courses avec Mme Desvilles; elle m'a chargé de

t'embrasser et de te remercier de ton exactitude, pauvre chérie.

J'imagine qu'étant à Milan, vous avez été aux îles Borromées, ou tout au moins au lac de Corne; cela en vaut la peine.

De Milan à Paris, vous ne vous arrêterez guère, probablement. Nous vous attendons vers le milieu de la semaine (si vous ne vous arrêtez pas à Paris). Aucune nouvelle à vous apprendre. La famille vient très souvent ici, et tout le monde s'informe de vous avec empressement. Il fait chaud comme au mois de juin, et j'ai cuydé crever de chaleur, hier, à Rouen (J'ai rencontré dans les rues l'avocat Nion qui m'a assommé avec 1 es potins locaux ! Quel être ! quelle portière !), en allant voir ce malheureux Ernest Lemarié ^ retenu chez son père par la goutte. Si la pudeur ne m'en avait empêché, je me serais assis sur une borne.

Ta grand'mère a reçu ce matin une lettre de Mme Lepoittevin-, pour la prier de venir la voir à Étretat. C'est ce qu'elle fera cet été quand tu seras à Dieppe.

Adieu, ma chère Carolo; amusez-vous bien et aimezvous fort, c'est de votre âge et il n'y a que cela de bon dans la vie.

Regrettez-vous déjà Venise?

Encore un baiser (uno baccio) sur chacune de tes bonnes joues.

Ton vieil oncle qui te chérit.

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