‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 3 sur 160 · Rabbit, lapin en anglais, mon lapin favori · texte numérisé non relu

Rabbit, lapin en anglais, mon lapin favori

des nouvelles de ta banne maman qui a été souffrante.

L'as-tu bien soignée? As-tu été bien gentille pour elle? Il faut que tu remplaces ta pauvre mère qui était si bonne, si intelligente et si belle. Fais tous tes efforts pour conten ter ta bonne maman et lui faire oublier ses chagrins. L'année prochaine, tu feras ta première communion : c'est la fin de l'enfance. Tu vas devenir une jeune personne. Songes-y! C'est le moment d'avoir toutes les vertus.

Le curé de Canteleu a-t-il trouvé que tu étais forte en catéchisme?

Comment se porte ton lapin?

Ton chapeau de paille a-t-il eu du succès?

Écris-moi une lettre la semaine prochaine. Mon intention est toujours de revenir samedi, et dès le lundi suivant, nous reprendrons nos leçons; j'espère que ta petite caboche est bien reposée, et que nous ferons de grands progrès ; il faut d'ailleurs que nous finissions l'histoire romaine cet été.

Adieu, mon pauvre chat, embrasse bien ta bonne maman pour moi et continue à aimer

Ton Vieux.

Croisset, mardi soir, 55 novembre iS^.

Ma chère petite Caroline,

J'ai beaucoup de compliments à t'adresser. Il n'y avait pas dans ta dernière lettre une seule faute d'orthographe, et je l'ai trouvée rédigée comme par un notaire. Écris-m'en toujours de pareilles, tu me feras grand plaisir.

Comment vas-tu, mon pauvre loulou? Qu'il y a longtemps que nous ne nous sommes vus ! Mes joues, depuis que tu n'es plus là, augmentent et durcissent, car elles n'ont plus personne pour les pétrir et les amollir à force de bécots.

Je ne manquerais pourtant pas d'occasion si je voulais, car M. Huault* est, depuis que vous êtes parties, venu deux fois. La dernière était hier, il est arrivé à 11 heures du matin, dans l'intention de passer toute la journée; il venait exprès « pour me distraire ». On lui a dit que j'étais à Paris, alors il s'est rabattu sur Baptiste^ qui ne lui a pas même offert un verre de cidre. Il est parti à jeun et, je crois, peu content de l'hospitalité.

Il s'est beaucoup informé de toi.

Je n'ai vu aucune de tes amies, ni ces demoiselles Raymond, ni Palmyre, ni Hortense^ Mais je sais qu'elles vont bien.

Mme Phipharo*, qui s'obstine à rester sous les arbres, est un peu enrhumée à cause des feuilles jaunes qui lui tombent sur la tête : elle toussotle, je crains pour sa poitrine. On n'a pas retiré les inscriptions sur papier bleu que tu avais mises au coin des allées, et, quand je me promène après mon déjeuner, je vois la rue Verte sous le figuier et les Champs-Elysées contre le mur du père Defodon^

Le père Jean^' a demandé à Narcisse de lui donner un

1. M. Uuault, un vieux commensal de la famille, devenu fort indiscret et dont nous redoutions les visites. ^, Baptiste, notre fermier.

3. Petites villageoises dont je faisais mes camarades de jeu. •

4. Mme Phipharo, personnage imaginaire : j'avais ainsi peuplé tout le jardin de Groisset d'êtres fictifs. — Mme Henry, une de mes poupées.

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