Defodon, un voisin
6. Le père Jean, conducteur d'une petite voiture qu'on nommait la Gondole et qui faisait le service entre Groisset et Rouen.
bouquet de fleurs pour en faire cadeau aux commis de la barrière, afin de s'attirer leur bienveillance. Narcisse, qui déteste Tautorilé, a refusé.
Il prétend que Julie ^ lui fait perdre la tête : elle se fait tant servir qu'il en deviendra fou. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'autre jour, pour partir par le bateau à 9 heures, elle l'avait réveillé dès 5 pour lui faire son café au lait et surveiller le passage de la vapeur...
Tu diras à ta bonne maman que dans ma prochaine lettre je lui parlerai du ménage.
Te conduis-tu bien? es-lu bonne et obéissante?
Adieu, mon pauvre Carolo, embrasse bien ta grand'mère pour moi et embrasse-toi toi-même de ma part.
Ton vieux bonhomme d'oncle.
Croissct, samedi soir, 1858.
Mon pauvre chat,
Je m'ennuie beaucoup de ta petite personne. Aussi ta lettre m'a fait grand plaisir; écris-moi le plus souvent que tu pourras, et le plus longuement possible.
Dis-moi si l'Anglaise qui te donne des leçons te plaît : fais-moi son portrait. Je compte que l'on me régalera à mon arrivée d'un trio piano, violon et cor de chasse. J'aimerais à te voir te débattant entre deux musiciens.
Maman t'a-t-elle conduite à une gymnastiqi^e?
1. La vieille servante qui avait élevé mon oncle et ma mère. Voyez Souvenirs, pages ii, xl.
Je n'ai aucune nouvelle à t'apprendre, car je ne vois pas un chat. On a découvert, dans le jardin, un lapin sauvage qui s'est réfugié là. J'ai empêché qu'on ne le tuât.
Voilà quatre jours que Narcisse et Edouard s'occupent à abattre et à fendre du bois : aussi vais-je avoir un bûcher bien garni.
Au milieu de ma solitude, j'ai eu ce matin un événement bien agréable, à savoir la visite de l'horloger*. Il m'a encore parlé du temps (qu'il trouve toujours beau), mais comme je dormais encore à moitié, je crois avoir perdu deux ou trois rognonnements de la fin. Quel dommage! en voilà maintenant pour quinze jours ! C'est long à attendre.
Je suis bien aise que les Récits mérovingiens^ t'amusent; relis-les quand tu auras fini; apprends des dates^ tu as tes programmes, et passe tous les jours quelque temps à regarder une carte de géographie.
Ma lettre t'arrivera demain soir au moment où vous vous mettrez à table; je boirai, de mon côté, tout seul, à votre santé.
Adieu, mon pauvre Karo. Sois bien gentille et pense à
Ton Vieux qui t'embrasse.
1. L'horloger, dont la visite se renouvelait tous les quinze jours, était un sujet de gaîté pour mon oncle et moi. Il avait une perruque jaune, trop petite sur une figure de poiipard, entrait souvent pendant notre déjeuner, prenait avec des précautions infinies une chaise pour remonter la grande pendule Louis XIV, et ne cessait de faire entendre un « rognonnement » dans lequel on percevait les mots d' « huile grasse.,, échappement ». Il quittait l'appartement en faisant force saints et sourires.