‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 5 sur 160 · Récits des temps mérovingiens, par Augustin Thierry · texte numérisé non relu

Récits des temps mérovingiens, par Augustin Thierry

Tunis, 1858.

Ma chère petite Liliiine,

Tu es bien gentille de m'écrire régulièrement et de me donner des nouvelles de ta bonne maman : elles m'ont fait le plus grand plaisir. As-tu été contente de revoir Croisset? et Mmes Phipharo et Henry? A propos d'Anglaises, si tu étais ici avec moi, tu me serais d'un grand secours parce que je suis obligé de parler anglais^ et je le parle tant bien que mal. Il y a à Garthage un ministre anglais qui fait des fouilles. J'ai été chez lui plusieurs fois. Ni lui ni personne de sa famille ne dit un mot de français, ce qui n'empêche pas que nous nous entendions très bien. Ils m'avaient invité pour aujourd'hui à dîner et à coucher chez eux, mais j'ai une autre excursion plus intéressante à faire.

Je n'ai pas encore tiré un seul coup de fusil ni de pistolet, mais un de mes compagnons a tiré trois grands flamants sur le lac de Tunis. Ce sont des oiseaux semblables à des cygnes et qui ont les ailes roses et noires. Il y en a ici par milliers, et rien n'est plus joli que de les voir s'envoler au soleil quand on tire un coup de fusil sur eux.

Dans un mois, je serai de retour auprès de vous et nous causerons de tout cela.

Ta bonne maman m'écrit que tu ne fais pas grand'chose. Tâche cependant d'avoir recopié sur un beau cahier tes rédactions d'histoire du moyen âge et d'avoir un peu appris des dates.

Avec quel plaisir je reverrai ta bonne petite mine, dont je m'ennuie beaucoup, quoique mon voyage m'amuse extrêmement^

Embrasse ta bonne maman pour moi et soigne-la

bien.

Ton vieux bonhomme d'oncle.

Surveille le ménage.

Ordonne que l'on nettoie bien mon cabinet. A-t-on retourné le tapis et arrangé mes portières?

Fais mes amitiés à Narcisse^.

Dis à ta bonne maman qu'elle m'écrive maintenant à Philippeville, car sa réponse à celte présente lettre ne peut pas partir de Marseille avant le 21; elle arriverait à Tunis le 27, et il est probable que je n'y serai plus.

Groisset, mardi midi, 23 août 1859.

Mon bichon,

Je vois avec plaisir que vous vous amusez et je regrette bien de n'être pas avec vous, mais il faut être raisonnable !

J'ai reçu hier un mot du jeune Baudry ^ pour vous inviter à venir passer dimanche prochain à la Neuville : il viendrait dès le matin vous chercher en fiacre et vous ramènerait. Je ne lui ai point donné de réponse définitive, car si

1. Ce voyage était en vue de Salammbô, que mon oncle se mit à écrire à cette époque.

2. Narcisse, valet de chambre démon oncle. (Voir Mes Souvenirs intimes, t. I, page xxvii.)

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