La préface aux Dernières chansons de L. BouiUiet
Tu fais bien de te livrer au bon Plutarque : la fréquentation de ces bonshommes-là est tout ce qu'il y a de plus sain. Gela tonifie et élève. Moi, je relis les conversations de Gœlhe et d'Eckermann, le soir, dans mon lit, et, comme comique (un comique très froid), toutes les professions de foi de MM. les candidats démocratiques au conseil d'arrondissement. La platitude de ces idiots vaniteux me charme.
Je voudrais bien voir ton étude de poissons, et encore plus Tartiste.
A bientôt, pauvre chérie. Malheureusement, notre entrevue ne sera pas longue.
Mes amitiés à Ernest.
Mes respects à Putzel.
Je t'embrasse bien fort.
Ton vieil oncle, qui continue à n'être pas gai.
Nuit de jeudi, ^29 juillet 1870.
Mon pauvre loulou,
Je voulais t'écrire, tantôt, avant le dîner; mais j'ai reçu à ce moment-là la visite de Bataille et de son épouse accompagnée de ses deux enfants. Nous n'avons parlé que de la guerre, bien entendu. Je vois que tout le monde est inquiet. Moi-même je me sens le cœur tout serré. L'angoisse publique me gagne, et s'ajoutant à mes motifs personnels d'embêtement, ça ne laisse pas que de faire un joli petit total. Toi aussi, ma chère Caro, tu me parais un peu sombre? Est-ce que ton mari a de
sérieuses inquiétudes relativement à ses affaires? Ou bien est-ce toi seulement qui te préoccupes outre mesure? Je crois que de toutes façons j'ai mangé (comme on dit) mon pain blanc le premier. L'avenir ne m'apparaît point sous des couleurs de rose. Si je te savais absolument heureuse, au moins ! ce serait une consolation, car tu es bien la personne de la terre que j'aime le mieux, ma chère Garo. Comme je regrette ta gentille compagnie! Songe donc que je n'en ai plus maintenant aucune fNo'ûh que je vais m'attendrir comme une bête! Causons d'autre chose !
De quoi? du bon Saint Antoine, Eh bien, il va doucettement.
J'espère en avoir écrit quatorze ou quinze pages au milieu de la semaine prochaine. Alors j'irai te faire une petite visite.
Tâche de secouer ta grand'mère. Il faut ne pas la plaindre, et l'empêcher de penser à elle-même continuellement.
J'ai reçu une lettre lamentable de Mme Sand. Il y a une telle misère dans son pays qu'elle redoute une jacquerie. Les loups viennent la nuit jusque sous ses fenêtres, poussés par la soif. Et elle leur fait la chasse avec son fils.
Il y a des tableaux plus gais, tels que la vue de V Horloger dont j'ai joui ce matin.
Je m'aperçois que cet imbécile-là occupe une place dans mon existence; car il est certain que je suis joyeux quand je l'aperçois. 0 puissance de la Bêtise!
Je pense qu'Ernest a envoyé quelque argent à Duplan, le marchand d'étoffes.
Embrasse ta grand'mère pour moi.
Deux bécots sur tes bonnes joues.
Ton vieil oncle.
lis LETTRES DE G. FLAUBERT A SA NIÈCE CAROLINE
Croissct, lundi, 5 heures soir, 16 août 1870.
Merci de les conseils, ma chère Caro, mais Dieu merci, je les crois inutiles. Il y a cependant dans la lettre, apportée par le frère de Daviron^, deux ou trois expressions qui me mettent la puce à Toreille?
Comme ton mari doit être en courses continuellement, tu serais bien aimable de venir nous faire une visite, ne serait-elle que de quelques heures. La semaine ne passera pas sans qu'on te voie, n'est-ce pas?
Ta grand'mère va très bien.
Les habitants de Nogent me paraissent en proie à une horrible venettejetl'Automate'-^estdévissé complètement.
Nous avons eu ce matin à déjeuner le petit Baudry et Philippe \ Plus j'y songe, plus je trouve que j'ai besoin de te parler, pour convenir ensemble d'un tas de choses.
Ne te presse pas, car tu recevras de moi, mercredi matin, une lettre qui te donnera des nouvelles de Paris,
Adieu, pauvre loulou. Bon courage! Je t'embrasse.
Ton vieil oncle qui se ronge de son inaction.
Mardi, 6 heures, 17 août 1870.
Rien de neuf chez moi. Nous venons d'apprendre la dépêche de Verdun. Mais nous n'osons encore y croire.