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Concierge de la maison de ma grand'mère à Rouen

LliïTRES Dli G. FLAUBERT A SA NIÈCE CAROLINE 169

Vendredi soir, 10 heures, octobre 1870.

Mais, mon pauvre Caro, si je ne t'ai pas écrit cette semaine, ne t'en prends qu'à loi. Avant de partir de Lyndon lu m'as dit que tu m'enverrais ta nouvelle adresse à Londres. Je ne l'ai pas encore (nous n'avons pu, la grand'mère et moi, lire celle qu'elle a reçue de toi avant-hier) ; aussi je t'envoie celte lettre à tout hasard, chez Mme Herbert.

Rien de neuf! Nous les attendons toujours! et chaque jour redouble notre angoisse. Celle longue incertitude nous enlève toute énergie. Ce qui me paraît certain, c'est que Rouen ne sera attaqué qu'après une affaire importante sur la Loire. Elle doit se combiner avec la sortie de Trochu. Le sort de la Normandie (et celui de la France) dépend de cette double action. Si elle n'est pas décisive, la guerre peut durer encore longtemps, car Paris a assez de vivres pour résister jusqu'à la fin de janvier et peut-être au delà? Mais quand le moment sera venu de faire la paix, avec qui la Prusse pourra-l-elle traiter, puisque nous n'avons pas de gouvernement: il faudra en nommer un, ce qui prolongera le séjour de nos ennemis dans notre lamentable pays.

Comme j'ai envie de le quitter définitivement! Je voudrais vivre dans une région où l'on ne fût pas obligé d'entendre le tambour, de voter, de se battre, bien loin de toutes ces horreurs, qui sont encore plus bêtes qu'atroces. Par-dessus le chagrin qui m'accable, j'ai un ennui sans nom, un dégoût de tout, inexprimable.

Je regrette de n'avoir pas envoyé ta grand'mère avec toi, comme j'en avais l'intention, et de n'être pas parti à Paris! Là, au moins, je me serais occupé, j'aurais fait quelque chose et je ne serais pas dans l'état où je suis.

A quoi puis-je employer mon temps? je n'ai pour compagnie que celle de ta grand'mère qui n'est pas gaie et qui s'affaiblit de jour en jour! Pourquoi es-tu partie, mon pauvre Caro! ta gentille société nous soutiendrait. Ce que je dis-là est bien égoïste, car tu es mieux à Londres qu'à Dieppe; mais nous nous ennuyons de toi, tous les trois, bien profondément, je t'assure.

Une fois par semaine, je dîne chez les Lapierre qui sont des gens fort aimables et d'un bon moral. Je lis du Walter Scott (quant à écrire, il n'y faut pas songer); tu vois que je fais ce que je peux. Je me raisonne. Je me fais des sermons, mais je retombe vite, aussi découragé qu'auparavant. Ma vie n'est pas drôle depuis dix-huit mois! Pense à tous ceux que j'ai perdus!

Je suis moins sombre à Rouen qu'à Croisset, parce que j'y ai des souvenirs moins tendres. Et puis, je vais et viens, je me promène sur le port, je vais même au café 1 Quelle dégradation !

Ne juge pas des autres par moi! Personne assurément n'est gai. Mais beaucoup de gens supportent notre malheur avec philosophie. Il y a des phrases toutes faites au service de la foule et qui la consolent de tout.

Ce qui me navre c'est : 1° l'éternelle férocité des hommes, et 2° la conviction que nous entrons dans un monde hideux, d'où les Latins seront exclus. Toute élégance, même matérielle, est finie pour longtemps. Un mandarin comme moi n'a plus sa place dans le monde.

Et quand même nous finirions par avoir le dessus, la chose n'en serait pas moins telle que je le dis. Si j'avais vingt ans de moins, je ne pleurerais pas, peut-être, pour

tout cela. Et si j'en avais vingt de plus, je me résignerais plus facilement.

Adieu, ma chère enfant. Mon vieux cœur éprouvé se soulève de tendresse en pensant à toi. Et j'y pense presque continuellement ; je n'ai pas besoin de te le dire, n'est-ce pas? Quand te reverrai-je?

Croisset, jeudi, 3 heures, novembre 1870.

Mon pauvre Caro,

Nous sommes toujours dans le même état. Dimanche soir on nous annonçait 80,000 Prussiens se dirigeant sur Rouen à marches forcées. Aujourd'hui, on dit que c'est impossible, parce qu'ils doivent prendre auparavant les places fortes entre Metz et Amiens. Ainsi, nous ne les aurions pas encore tout de suite, pas avant huit ou quinze jours? D'autre part, on dit (toujours les on-dit) que les puissances neutres, l'Angleterre en tête, veulent à toute force s'interposer, mais la Prusse est plus forte qu'elles et peut les envoyer promener. Le moyen de croire qu'ils cèdent étant vainqueurs^ Pourquoi s'en iraient-ils puisqu'ils ont le dessus. Ils prendront Paris par, la famine. Mais combien de temps Paris peut-il lutter? Quelle angoisse ! c'est une agonie continuelle !

Les consolations m'irritent. Le mot espoir me semble une ironie. Je suis très malade, moralement; ma tristesse dépasse tout ce qu'on peut imaginer, et elle m'inquiète plus que tout le reste.

Ta grand'mère est chez toi, à Rouen. J'y ai couché

{ivant-hier.j'irai demain déjeuner; elle reviendra ici samedi et retournera à Rouen lundi. Ces changements de lieu la distraient un peu ! Si les Prussiens viennent à Rouen, elle ira loger à l'hôtel de France, ou même à l'Hôtel-Dieu, mais cela à la dernière extrémité et pendant trois ou quatre jours. Je ne veux pas qu'elle reste à Croisset. si nous y avons des garnisaires. Quant à moi (le cas échéant), je suis décidé à m'enfuir n'importe où, plutôt que de les héberger. Ce serait au-dessus de mes forces.

Peut-être la paix sera-elle faite avant cela?

Voilà ton mari devenu soldat. Mais comme il est du troisième ban, il n'est pas près de partir!

Il t'aura dit sans doute qu'on voulait couper les trois cours de Croisset pour faire une route de Croisset à Canteleu. J'en ai été fort tourmenté d'abord; mais le projet est impraticable, à cause de la dépense qu'il entraînerait. Néanmoins je n'ai pas le cœur complètement allégé de ce côté.

Voilà la neige qui tombe ! le ciel est gris, et je suis là, tout seul, au coin de mon feu, à rouler dans ma tristesse ! Adieu, ma pauvre Caroline, ma chère enfant !

Rouen, dimanche, 18 décembre 1870.

Ma chère Caro,

Comme tu dois être inquiète de nous! Rassure-toi, nous vivons tousj après avoir passé par des émotions terribles et restant plongés dans des ennuis inimaginables ! Dieu merci, pour toi, lu ne les as pas eus. J'ai cru par moments en devenir fou. Quelle nuit que celle

qui a précédé notre départ de Croisset! Ta grand'mère a couché à l'Hôtel-Dieu pendant toute une semaine. Moimême j'y ai passé une nuit. Présentement nous sommes sur le port où nous avons deux soldats à loger. A Croisset il y en a sept, plus trois officiers et six chevaux. Jus(ju'à présent nous n'avons pas à nous plaindre de ces messieurs. Mais quelle humiliation, mon pauvre Caro ! quelle ruine! quelle tristesse! quelle misère! Tu ne t'attends pas à ce que je te fasse une narration. Elle serait trop longue, et d'ailleurs je n'en serais pas capable. Depuis quinze jours il nous est impossible de recevoir de n'importe où une lettre, un journal et de communiquer avec les environs; lu dois en savoir, grâce aux journaux anglais, plus long que nous. Il nous a été impossible de faire parvenir une lettre à ton mari (et il n'a pu nous écrire?) Espérons que quand les Prussiens se seront établis en Normandie complètement, ils nous permettront de circuler. Le consul d'Angleterre de Piouen m'a dit que le paquebot de New-Haven ne marchait plus. Dès qu'il marchera, dès qu'on pourra aller de Dieppe à Piouen, reviens vers nous, ma chère Caro. Ta grand'mi're vieillit tellement ! elle a tant envie, ou plutôt tant besoin de toi! Quels mois que ceux que j'ai passés avec elle depuis ton départ! mes douleurs ont été si atroces que je ne les souhaite à personne, pas même à ceux qui les causent ! Le temps qui n'est pas employé à faire des courses pour servir MM. les Prussiens (hier, j'ai marché pendant trois heures pour leur avoir du foin et de la paille) on le passe à s'enquérir Pun de l'autre, ou à pleurer dans son coin. Je ne suis pas né d'hier et j'ai fait dans ma vie des pertes considérables, eh bien, tout cela n'était rien auprès de ce que j'endure maintenant. Je dis rien rien. Gomment y résister? voilà ce qui m'étonne.

Et nous ne savons pas quand nous en sortirons. Le pauvre Paris tient toujours ! mais enfin, il succombera ! et d'ici là, la France sera complètement saccagée, perdue. Et puis, après, qu'adviendra-t-il ? quel avenir! Il ne manquera pas de sophistes pour nous démontrer que nous n'en serons que mieux et que le « malheur purifie ». Non ! le malheur rend égoïste et méchant, et bête — cela était inévitable; — c'est une loi historique. Mais quelle dérision, que les mots « humanité, progrès, civilisation » î Oh ! pauvre chère enfant, si tu savais ce que c'est que d'entendre traîner leurs sabres sur les trottoirs, et de recevoir en plein visage le hennissement de leurs chevaux! Quelle honte! quelle honte!

Ma pauvre cervelle est tellement endolorie que je fais de grands efforts pour t'écrire. Comment cette lettre t'arrivera-t-elle ? je n'en sais rien. On m'a fait espérer ce soir que je pourrais te l'envoyer par une voie détournée. Ton oncle Achille Flaubert a eu (et a encore) de grands ennuis au Conseil municipal, qui a délibéré au milieu des coups de fusil tirés par les ouvriers. Moi, j'ai des envies de vomir presque permanentes ; ta grand'mère ne sort plus du tout, et pour marcher dans sa chambre elle est obligée de s'appuyer contre les meubles et les murs. Quand tu pourras revenir sans danger, reviens. Je crois que ton devoir t'appelle maintenant près d'elle. Ton pauvre mari était bien triste de ta longue absence. Ce doit être encore pire depuis quinze jours ! On dit que les Prussiens ont été deux fois à Dieppe, mais qu'ils n'y sont pas restés (la première fois c'était pour avoir du tabac; les gens qui en ont le cachent et il devient de plus en plus rare). Mais nous ne savons rien de positif sur quoi que ce soit, car nous sommes séquestrés comme dans une ville assiégée. L'incertitude s^ajoute à toutes les autres angoisses. Quand je songe au

passé, il m'apparaît comme un rêve ! Oh ! le boulevard du Temple, quel paradis ! Sais-tu qu'à Croisse! ils occupent toutes les chambres. Nous ne saurions pas comment y loger, si nous voulions y retourner! Il est 11 heures du soir, le vent souffle, la pluie fouette les vitres. Je t'écris dans ton ancienne chambre à coucher et j'entends ronfler les deux soldats qui sont dans ton cabinet de toilette. Je roule et m'enfonce dans le chagrin comme une barque qui sombre dans la mer. Je ne croyais pas que mon cœur pût contenir tant de souffrances sans en mourir.

Je t'embrasse de toutes mes forces. Quand te verrai-je?

Ton vieil oncle qui n'en peut plus.

La famille Grout va bien.

Lundi, 23 décembre 1870.

Chère Carolo,

J'ai reçu hier soir ta lettre du 15 par M. Berthelot. Nous t'écrivons au moins une fois la semaine, mais le service entre Dieppe et Rouen est si mal fait que la moitié des lettres s'égare, j'en suis sûr! Ainsi, nous n'avons encore reçu aucune nouvelle de ton mari qui nous a quittés mardi dernier. Il avait une lettre de moi pour toi.

Tu me reproches de ne pas te donner de détails. Mais ils sont si navrants que je te les épargne. Et puis, nous

sommes si las, si tristes, ta grand'mère et moi, que nous n'avons pas la force de faire de longues épîtres.

Je me lève très tard. Deux ou trois fois la semaine je sors pendant deux heures pour aller à l'Hôtel-Dieu, chez Baudry ou chez les dames Lapierre. Je lis au hasard et sans suite des livres qu'on me prête. Je dîne au coin du feu, dans la chambre de ta grand'mère. Enfin l'heure de se coucher vient. Mais je ne dors pas toujours! Ta grand'mère n'est pas isolée. On vient lui faire des visites, mais comme elle est triste! Tu la retrouveras bien changée! elle ne peut plus marcher dans sa chambre qu'en se tenant aux meubles. Ton absence prolongée la tue. Elle croit qu'elle ne te reverra pas et elle l'appelle, la nuit, en pleurant. Mme Achille a trouvé bon de lui dire qu'il y avait beaucoup de petite vérole à Londres et elle te voit défigurée. Rassure-la à ce sujet.

Je crois que les Prussiens ne vont pas tarder à prendre le Havre. Alors la Normandie sera peut-être libre et tu pourrais revenir. Lapierre et Piaoul Duval sont, la semaine dernière, revenus très facilement de Londres à Piouen. Un chemin de fer existe de Boulogne à Saint- Valery-sur-Somme. Là, une diligence fait le service jusqu'à Dieppe. Ton mari pourrait bien aller te chercher jusqu'à Saint-Yalery (15 lieues, pas plus) ou môme jusqu'à Boulogne. Je crois que ses craintes sont exagérées sur les dangers que tu peux courir (il ne m'a pas Pair de se soucier que tu reviennes)? Mais ici tout le monde pense le contraire. En tout cas, c'est une maliieureuse idée que tu as eue de t'en aller ! Mais je m'applaudis bien de n'avoir pas emmené ta grand'mère à Trouville. Elle y serait morte de froid, d'isolement et d'inquiétude^ car le bruit a couru que ton oncle Achille était tué, lorsque tes voyous de Rouen ont tiré des coups de fusil contre le Conseil municipal. Nous attendons maintenant les

troupes de Mecklembourg qui remplaceront celles de Manteufel. Les hommes qui occupent Croisset vont être remplacés par d'autres qui seront peut-être pires, car ils n'ont commis jusqu'à présent aucun dégât et ils ont respecté mon pauvre cabinet. Mais Croisset a perdu, pour moi, tout son charme, et pour rien au monde je n'y remettrais maintenant les pieds. Si tu savais ce que c'est que de voir des casques prussiens sur son lit ! Quelle désolation ! Cette affreuse guerre n'en finit pas ! Finirat-elle quand Paris se sera rendu? Mais comment Paris peut-il se rendre? Avec qui la Prusse voudra-l-elle traiter? de quelle façon établir un gouvernement? Quand je considère l'avenir, si prochain qu'il soit, je ne vois qu'un grand trou noir et le vertige me prend. Je ne doute pas, pauvre CarOj que tu ne ressentes toutes nos douleurs; mais il faut être là pour les subir en entier. Pendant deux mois les Prussiens ont été dans le Vexin. C'était bien près de nous et je voyais souvent quelquesunes de leurs victimes. Eh bien, je n'avais pas Vidée de ce que c'est que l'invasion. Ajoute à cela que depuis deux mois nous avons eu presque constamment de la neige, avec un froid de 10 à 12 degrés. Les glaçons de la Seine sont à peine fondus.

La vieille Julie est revenue à Rouen. Elle est presque complètement aveugle. Ah! j'ai une belle compagnie, ma pauvre Caro ! Au moins si je pouvais occuper mon <3sprit à quelque chose! mais c'est impossible! Le malheur vous abrutit. J'ai appris que Dumas est dans le môme état que moi et qu'il a du mal à écrire une lettre. Je ne sais pas comment j'ai fait pour t'en écrire une si longue. Tâche de nous envoyer des tiennes le plus souvent possible. Quand nous reverrons-nous?

Le seul espoir lointain que je garde est celui de quitter la France définitivement, car elle sera désormais inha-

bitable pour les gens de goût. Dans quelles laideurs morales et matérielles on va tomber.

Adieu, pauvre chérie. Mille baisers sur tes bonnes joues.

Rouen, samedi 28 décembre 1870.

Nous recevons bien rarement de tes nouvelles, mon pauvre Caro ! Ta dernière lettre était celle du 15. 11 me semble que tu pourrais nous envoyer une lettre par Dieppe, sous le couvert de ton mari. Il nous dit qu'il reçoit régulièrement les tiennes !

Ta pauvre grand'mère est de plus en plus mal, moralement parlant. Il y a des jours où elle ne parle plus du tout (tant elle souffre de la tête, dit-elle). Elle se plaint de ce qu'on ne vient pas la voir, et quand elle a des visites, elle ne dit mot ! Si la guerre dure encore longtemps (ce qui se peut) et que ton absence se prolonge, qu'en adviendra-t-il ? Ah ! quelle fatale idée tu as eue de t'en aller ! nous n'aurions pas (elle et moi) souffert le quart de ce que nous souffrons si tu fusses restée. Je te répète toujours la même chose, parce que je n'ai que cela à te dire. Ton oncle Achille Flaubert va devenir malade par le chagrin et les tracas que lui cause le Conseil municipal! L'arrivée des troupes du prince de Mecklembourg a été pour nous comme une seconde invasion. Leurs exigences sont insensées et ils font des menaces. Je crois, cependant, qu'ils s'adouciront et qu'on s'en tirera encore. J'ai été ce matin à Croisset. Ce qui est dur! 200 nouveaux soldats y sont arrivés hier. Mais M. Poutrel m'a

affirmé que (d'ici à quelque temps du moins) ils resteraient h Uieppedalle. Aurons-nous cette chance-là? Mon pauvre Emile n'en peut plus ! Sais-tu qu'ils ont brûlé en quarante-cinq jours pour 420 francs de bois. Tu peux juger du reste.

Avant-hier, nous en avons eu deux à loger ici. Mais ils ne sont pas restés.

Nous ne recevons plus aucun journal et nous ne savons rien. On dit les nouvelles de Paris déplorables. Mais avant que le pauvre Paris ne se rende, il se passera des choses formidables. Et quand il sera rendu, tout ne sera pas fini. Je n'ai plus maintenant qu'une envie, c'est de mourir pour en finir avec un supplice pareil.

Le froid a repris. La neige ne fond pas. J'entends traîner des sabres sur le trottoir et je viens de faire des comptes avec la cuisinière ! Car c'est moi qui m'occupe du ménage, jusqu'à desservir la table tous les soirs. Je vis dans le chagrin et dans l'abjection! Quel intérieur! Quelles journées !

Adieu, pauvre loulou. Quand nous reverrons-nous? Nous reverrons-nous ?

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