‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 7 sur 160 · Poète et romancier anglais · texte numérisé non relu

Poète et romancier anglais

les semaines pour 4 sols de mou : c'est la quantité qu'il faut; mais il ne paraissait pas disposé à vouloir quitter sa maison. Ça Tennuyait, évidemment.

J'ai reçu dimanche dernier une lettre qui était à mon adresse, mais écrite à ta bonne maman, lettre fort aimable de Mme Tennanl ^, pour la prier de lui envoyer une bonne d'enfant française. Je vous l'apporterai, et comme j'ai pensé qu'à Paris vous ne connaissiez guère de bonnes d'enfant, j'ai donné la commission à Narcisse et à Julie qui ont découvert la fille d'un douanier. Cette jeune personne joint à ses talents celui de savoir faire la barbe ; mais, à ce qu'il parait, c'est un très bon sujet. Je verrai demain les parents et j'écrirai à Gertrude leurs conditions.

Probablement que ta tanle Achille^ arrivera à Paris demain dimanche, c'était du moins son projet mercredi dernier. Je dois dîner chez eux tantôt, mais je serai peut-être le soir fort embarrassé pour revenir, à cause de la neige ?

As-tu bien travaillé pour moi? Je me présenterai avec une quantité de programme effrayante. J'aurai ce soir fini tout le cours du moyen âge : voilà deux jours entiers que j'y travaille sans discontinuer. Je partirai d'ici probablement jeudi et je coucherai à Mantes, chez Bouilhet^.

Adieu, mon aimable nièce,

A bientôt. Ton scheik.

1. Gertrude Collier, une amie de ma mère et de mon oncle, femme d'un rare esprit, belle-mère de Stanley l'explorateur. (Voir Mes Souvenirs intimes, p. xiv et xv.)

2. Julie Lormier, femme du chirurgien Achille Flaubert, frère aîné de mon oncle.

3. Louis Rouilliet, au moment où il lit représenter sa première pièce, Madame de Montarcijy à l'Odéon, vint habiter Mantes où il séjourna quelques années.

Croisset, mercredi soir, 1" mars 1861.

Ma chère petite Caro,

Tu peux dire à ta bonne maman que j'espère la voir à la fm de la semaine prochaine. Je lui écrirai encore dimanche comme d'habitude et vous saurez mardi le jour positif de mon arrivée. Je resterai deux jours chez Bouilhet. Narcisse arrivera avant moi.

J'ai demain à dîner Juliette^ et son mari, avec leurs père et mère.

Je suis indigné contre ton cousin Bonenfant ^ qui vous lisait du Scribe et du Casimir Delavigne. Voilà de belles lectures î et un joli style!

SérieusementJ'ai envie de lui écrire une 1 ettre d'injures.

Tu me dis que tu oublies ton histoire. Mais je vous avais recommandé, jeune fille, de repasser vos cahiers; il me semble que tu te lâches un peu. Au fait, M. Scribe est plus amusant. Très bien ! Ah ! c'est unejolie conduite.

Malgré les gros yeux que je te fais, j'ai bien envie de t'embrasser, mon pauvre Carolo. Je suis sûr que je vais te trouver grandie.

Comment va le clou de ta bonne maman. Il me tarde d'être à demain matin pour avoir des nouvelles de votre voyage.

Quant à moi, je jouis dans ce moment-ci d'un rhuma-

1. Juliette Flaubert, fille du D' Flaubert, frère de Gustave; mariée à Adolphe Roquigny.

2. Un parent du côté de mon grand-père Flaubert, dans la famille duquel nous étions allées passer quelque temps, à Nogent-sur- Seine.

tisme dans l'épaule qui n'est pas mince. Ça me ^ène même pour écrire.

Adieu, mon pauvre loulou.

Ton vieux ganacbon d'oncle.

Soignebien ta bonne maman, tâche d'être l'ange du foyer.

Paris, 11 mai 1861.

Mon Carolo.

Le pjiotograpbe a soutenu à Narcisse que vous n'aviez payé que quatre photographies; je viens d'en envoyer une à Jane et voici les deux qui me restent.

J'ai été moi-même, hier, chez Mme Chansac. Vos robes, m'a-t-elle dit, ont été adressées à l'Hôtel-Dieu avant-hier matin. C'est aujourd'hui que Bouilhet va finir sa pièce ^ Il se cache de ses amis et, depuis qu'il est ici, n'a pas mis une fois les pieds dehors. Je saurai demain soir ou lundi le jour de sa lecture aux Français. D'ici là, je ne peux fixer mon départ. Ce sera dès le lendemain de sa lecture.

Mme Feydeau^ t'enverra sa carte. Je viens de voir son mari tout à l'heure.

Suis-je obéissant? J'ai été hier faire une visite à MmeDelporte^! !! Travailles-tu ton histoire? Songe que je vais revenir féroce.

Adieu, vieux bibi, à bientôt.

Embrasse bien ta bonne maman pour moi.

Ton vieux ganacbon.

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