‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 8 sur 160 · Dolorès · texte numérisé non relu

Dolorès

2. La première femme d'Ernest Feydeau, Mlle Blanqiii, nièce de Louis-Auijuste Blanqui, homme politique.

3. La baronne Dupont-Delporlc, veuve du préfet de Rouen sous Louis-Piiilippe.

LETTRES DE G. FLAUBERT A SA NIÈCE CAROLINE l:i

Croisset, 4 décembre 1861.

Ce ne sera pas pour ce soir, mou Caro, que je t'écrirai une longue lettre, parce qu'il est une heure du matin, et depuis hier 2 heures d'après-midi, heure où Monseigneur^ est arrivé, nous nous sommes reposés en tout quatre heures. Nous nous sommes couchés à 3 heures et à 9 heures du matin nous étions à la besogne. Aussi ce soir ai-je besoin de dormir.

Je crois que mon chapitre ira assez rondement. Mais j'ai des corrections importantes à faire à celui que je viens de finir et je vais les expédier pendant l'auguste présence de Monseigneur.

Tu ne m'as pas dit ce que Maisiat^ avait trouvé de tes portraits?

Mme Lebret^ est venue aujourd'hui me faire une visite. Elle n'a aucune nouvelle de son neveu. L'avezvous vu?

Avez-vous été chez Mme Gloquet^ ?

1. Surnom donné à Louis Bouilhet, à cause de sa belle prestance et de ses manières un peu bénissenses.

Ce surnom engendra la création d'un archevêché idéal. Il y eut le grand vicaire, qui était mon oncle; l'abbé Bougon, curé du quartier pauvre; un missionnaire, l'abbé Serpet; Zéphyrin, neveu de Mlle Placidic, la lingère; Onuphre, valet de chambre de Monseigneur, et bien d'autres.

Pendant plusieurs années, cette plaisanterie humoristique fut pour mon oncle, qui aimait beaucoup ce genre de farces, une source de g;iîté ; les initiés s'en amusaient comme lui.

2. Johanny Maisiat, peintre de fleurs, mon professeur de dessin.

3. Une voisine, tante d'Edouard Lebarbier, élève de l'École d'Athènes et qui collabora à la Vie de César y de Napoléon III.

4. La baronne Jules Cloquet, femme du professeur à TEcole de médecine, vieil et excellent ami dç ma grand'mère.

14 LETTRES DE G. FLAUBERT A SA NIÈCE CAROLmE

Comment avez-vous trouvé mon logement?

Tu peux dire à ta bonne maman qu'elle n'a plus d'autres ouvriers dans la maison que les élagueurs.

Avez-vous reçu la boîte mise au chemin de fer par moi samedi dernier?

Soigne bien ta vieille compagne, mon pauvre Caro. Songe qu'elle n'a que toi pour l'entourer d'attentions et de douceurs, et que tu dois être son bâton de vieillesse.

Adieu. Embrasse-la pour moi qui te bécote sur tes bonnes joues fraîches.

Ton vieil oncle.

Croisset, dimanche, 16 décembre 1861.

Mon bibi,

Si je ne t'écris pas des lettres bien long;.ues5 c'est que je suis harassé d'écrire; voilà mon excuse. Mon moral est cependant un peu remonté, mais le départ de Monseigneur w'afai^por^e' i^m cowp.

Je suis bien content de savoir que Maisiat a été content de tes travaux. Il me tarde de te voir avec la boîte à couleurs; mais j'ai peur qu'il ne cède trop tôt à cette envie.

Edouard m'a écrit qu^il s'était présenté deux fois chez vous sans rencontrer personne. Il a carillonné à la porte, vainement, et le concierge n'était pas dans sa loge.

Je ne comprends rien h la disparition de Feydeau? Il est malade sans doute?

Je passe aujourd'hui mon dimanche complètement

seul. Mme Achille m'a écrit qu'ils allaient dîner en ville, mais je suis invité pour mardi prochain. « Il y aura du monde » : je ne sais qui. Le jeune Ernest^ a maintenant sept dents. Tu devrais bien, en te promenant cette semaine, me découvrir un beau joujou pour lui, quelque chose qui puisse l'amuser et qu'on ne trouve point à Rouen.

Donne-moi des nouvelles détaillées de ta bonne maman et soigne-la bien.

Embrasse-la pour moi et qu'elle te rende la pareille.

Ton vieil oncle qui t'aime.

Croisset, mercredi soir, 1861.

Ta lettre m'a fait bien plaisir, mon bichet; je trouve seulement qu'elle était trop courte; tu aurais dû réjouir ton pauvre vieil oncle par quelque chose de plus abondant. J'ai vu avec plaisir que ton ami Maisiat n'a pas trouvé que tu aies trop reculé pendant les vacances. Etudie bien la bosse afin de faire plus tard mon portrait; et la musique, comment ça va-t-il avec le père Goret? Ton chat ne me tient pas compagnie dans mon cabinet parce qu'il pousse trop de miaulements; je crois qu'il te cherche toujours. Mais chaque matin il assiste à mon déjeuner et en prend sa part. Si tu veux que Bouilhet s'en charge, il est temps de lui écrire.

Tes lapins font un ravage affreux dans le jardin et le père Bellami n'en est pas du tout content.

1. Ernest Roqiiigny, petit-fils d*Achille Flaubert, petit-neveu de mon oncle par conséquent.

16 LETTRES DE G. FLAUBERT A SA NIÈCE CAROLIiNE

La mère Lebret va bien. Yoilà toutes les nouvelles de Groisset.

Quant à moi, je travaille sans désemparer toute la journée; je me couche et me lève à des heures indues; je ne vois personne et n'entends aucun bruit. Depuis trois jours la pluie ne cesse de tomber. Dès quatre heures il faut allumer la lampe. 11 y a une boue atroce devant la grille...

A propos de lampe vous feriez bien d'essayer la mienne pour voir si elle va bien.

Avez-vous été chez Duplan^? 11 doit être dans touf le feu du jour de l'an? Tu me dis que Feydeau a l'air très triste dans ses visites; il ne me semble pas plus gai dans ses lettres.

Es-tu bien gentille? Ne forces-tu pas trop ta grand'mère à sortir? Soigne-la bien, tâche d'être Vange du foyer, ce qui est un joli titre de romance, et surtout, ne prends pas la maladie des Parisiens qui ont la rage de faire un tour tous les jours...

Adieu, mon pauvre Caro. Dans trois semaines j'espère bien baiser ta gentille mine. Tâche par tes vertus et amabilités d'avoir un K...- tout particulier.

Encore un bécot.

Adieu. Ton Vieux.

Embrasse ta bonne maman pour moi ou plutôt embrassez-vous toutes les deux en pensant au pontife de Moloch qui est là-bas.

1. Jules Duplan, un ami qui, bien que n'appartenant pas au monde des lettres, avait un jugement sûr, et souvent mon oncle faisait appel à sa critique.

2. Lettre voulant dire « cachet », expression dont mon oncle se moquait.

Croisset, jour de Tan, 1" janvier 1862.

Que faut-il le souhaiter pour ta bonne année, mon bibi? Imagine tout ce que tu pourras de meilleur et de plus extravagant et sois sûre que je le désire pour toi.

Donc je te souhaite :

Bonne santé.

Bonne humeur,

Des progrès miraculeux dans tous les arts que tu cultives avec distinction,

Un trésor que tu trouveras et qu'il ne faudra pas rendre.

De beaux sermons pendant le Carême,

Soixante-douze mille mètres de moire antique,

Un camée pour mettre en bague,

Quinze milliards de paires de gants beurre frais, etc.

Moi aussi, mon pauvre loulou, je m'ennuie de ta gentille personne et il me tarde de vous revoir toutes les deux. Mais dans cinq ou six semaines, je ne serai pas loin de mon départ. Salammbô sera terminée et je pousserai un grand ouf/.,.

Je mets sur le compte des lettres que tu avais à écrire pour le jour de Tan le peu de détails que tu me donnes. Ta lettre était bien aimable, mais bien courte.

Ton ami le père Calame* est mieux portant que jamais. Je lui ai fait cadeau ce matin de 50 centimes. Il porte avec lui dans son panier une bouteille d'eau-de-vie, non qu'il en boive, mais tous les petits verres qu'on lui offre, il les verse dans ladite bouteille, qu'il compte vider

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