‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 84 sur 160 · Le buste de ma grand'mère fait par Guilbcrt · texte numérisé non relu

Le buste de ma grand'mère fait par Guilbcrt

ce IV

Groisset, mercredi, 6 heures, 1873.

Eh bien, mon Caro, je ne t'en verrai que plus tôt. Bien que je sois fâché pour toi de ce petit désappointement, un peu de dérangement vous aurait fait du bien à l'un et à l'autre.

Faut-il, lundi soir, vous garder à dîner? J'aimerais mieux vous attendre et dîner avec vous. Prenez avant de partir un bouillon, puis nous ferons ensemble un vrai repas.

Aucune nouvelle de Mlle Julie! Comme Emile n'est nullement pressé de la revoir, de la re-servir, il ne lui a pas écrit, se fiant là-dessus à Mme Commanville.

Ma caboche est un peu fatiguée, mais le second acte du Sexe faible touche à sa fin! Tout sera (provisoirement) fini avant un mois, et je ne te cache pas que je commence à avoir bon espoir. Pour te dire la vérité, je brûle même de lire mon premier acte à quelqu'un pour juger de l'effet. Mais à qui ? Tu subiras cette lecture, mon loulou, mais tu n'estimes que les choses poétiques! Ce bon Tourgueneff! c'est gentil son attention de t'avoir envoyé son volume.

A bientôt donc, pauvre chérie.

Ta Nounou t'embrasse.

Oui, je trouve la peinture de l'escalier très bien. Mais vous ne serez pas mécontents, je crois, de la façon dont j'ai orné votre immeuble.

Du reste, Croisset est charmant ! C'est à présent qu'il faut y venir, et y rester le plus longtemps possible.

LETTRES Dli G. FLAUBERT A SA ?<IÈCE CAROLINE 259

Croisset, mercredi, 1 heure, 1873.

Mon loulou,

Jusqu'à présent tu ne m'as pas Tair de t'amuser beaucoup dans ton voyage. Et j'aime à croire que tu regrettes un peu le pauvre Croisset et la société de Vieux? Laissemoi cette illusion ! Je ne suis pas cependant assez égoïste pour ne point te souhaiter un changement d'humeur; il aura lieu avec le changement de temps : maintenant il fait beau, ici du moins, et les orages paraissent s'en aller.

L'éditeur Charpentier m'a annoncé hier qu'il viendrait me voir vendredi. Je suis toujours fort incertain de savoir ce que je ferai. Je lui ai promis les suppléments en question et je regrette ma promesse; cependant... bref, je change d'avis là-dessus vingt fois par jour.

Putzel va très bien et me tient compagnie pendant presque toute la journée. Mais dès que je caresse Julio, elle entre en fureur; hier elle a sauté dessus comme un bouledogue et l'a mordu au museau. Julio n'a pas eu l'air de s'en apercevoir et est retourné se coucher sur le divan.

Lundi j'ai été à Rouen payer mes cadres et m'acheter des torchons et des chaussettes. On m'a retenu à dîner chez les Lapierre où j'ai vu Tillustre Tavernier, bellesmoustaches. Laporte m'a envoyé VA^itechrist de Renan, sachant que j'avais envie de le lire et que mon exemplaire' devait être resté à Paris. Je suis attendri par les aimables procédés de ce brave garçon. Depuis hier au

soir j'ai donc expédié ce volume qui m'a charmé. Je

vais me remettre à mes lectures pour J5. et P., lesquelles

sont moins drôles. Pas de nouvelles de Carvalho. S'il

persévère encore deux jours dans son mutisme, je lui

re-écrirai.

J'embrasse mon Caro.

Nounou.

Croisset, samedi, 4 h. 1/2, 26 juiHet 1873.

J'ai un joli mal de tête, pour avoir trop pris de notes dans Daremberg, et je voudrais piquer un chien avant de me baigner dans les eaux sales de la Seine, Donc, la lettre à ma pauvre Caro ne sera pas longue. Que lui dirai-je, après bien entendu l'avoir embrassée? Que je m'ennuie d'elle? Comme elle le sait, c'est inutile.

Mais que je te plains, mon pauvre loulou, de tes mésaventures murales (belle expression). Est-ce assez ennuyeux! Sans compter la dépense! Il me semble que tu prends cela philosophiquement, ce dont je l'applaudis.

L'abbé Chalons^ peut venir. Je suis tout prêt à le recevoir. Mais qu'il ne compte pas sur de grandes distractions.

Tu as dû recevoir une boîte de photographies et ta robe des Magasins du Louvre. J'ai tout payé 96 francs, ce qui fait que j'attends de l'argent avec impatience. Emile s'est couché ce matin à 4 heure, emporté par le délire des confitures. Il y a six pots de gelée de gardes^ pour

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