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â"* Mme Doche a été acceptée d'emblée. Je viens de lui écrire. J'ai trouvé sur ma table trois énormes paquets d'épreuves de Lemerre et je viens de les corriger...
On ne parle que de la fusion et on est monarchique. J'ai affiché des principes rouges !
Il faut que j'aille au spectacle deux ou trois fois pour voir des acteurs : c'est ce que je ferai cette semaine, où je vais me livrer aussi à des courses de livres.
Vieux était un peu triste hier dans le wagon, triste d'avoir quitté sa pauvre fille. Et je suis arrivé à Paris, en regrettant mon petit Duplan .
Encore un bon baccio.
CCXYII
Croisset, mercredi, 4 heures, 18 septembre 1873.
Tu as parfaitement 'deviné ma conduite. Lundi, j'ai été dîner chez Lapierre, où il n'y avait avec moi que M. le Préfet; puis le soir est venu Houzeau, le professeur de chimie. Ce jour-là, la noce de M. Leroux a bien tiré cent coups de fusil ! et les salves ont recommencé le lendemain! C'était, au dire d'Emile, «tout à fait très bien ». Huit fiacres ! et on avait tué six poules.
Moi, je continue toujours mon Candidat^ dont je ne suis pas mécontent, quoique (j'en ai peur) il y aura bien des retouches à faire? Mais ça m'amuse énormément et, en somme, je mène une bonne vie, seul, dans mon domicile, sans personne qui m'embéle, et poursuivant la même idée du matin jusqu'au soir et même quelquefois pendant toute la nuit. Je me suis un peu calmé, tou-
lefois. car la semaine dernière mon exaltation allait trop loin !
Que me manque-t-il? Ma pauvre nièce ! pour lui faire part de mes élucubrations. Si Tourgueneff n'est pas à Croisset le 1'' octobre, je décampe pour aller le voir, car il y a trop longtemps que je n'ai eu ce plaisir. Je t'avouerai que le Moscove commence à me dégoûter par sa mollasserie î Je suis sûr qu'il a envie de venir, mais les Viardot l'entraînent ailleurs, et il n'ose pas affronter leur courroux...
Dans les intervalles de l'art dramatique je me bourre d'un tas d'œuvres édifiantes, peu fortes à tous les points de vue. Monseigneur Dupanloup a cependant du bon. Je lis de lui un traité sur l'éducation, et à la fin du mois j'aurai avalé (et annoté) vingt volumes que je renverrai à Mlle Cardinale
Le citoyen Émangard n'en trouve pas moins que « je ne fais rien ». C'est à moi-même qu'il l'a dit...
CGXVIII
Croisset, mercredi, 6 heures, 24 septembre 1873. Mon loulou,
Je ne te cache pas que le Moscove m'embête avec ses retards continuels et son mutisme, car je n'entends pas parler de lui. Bref, je ne remettrai pas ma visite à Dieppe au delà de la fin de la semaine prochaine. Ça fera deux mois passés sans voir ma pauvre fille : c'est trop bête !
1. Qui tenait un cabinet de lecture à Paris, place Saint-Siilpice.
-276 LETTRES DE G. FLAUBERT A SA iNIÈCE CAHOLINE
Je ne te €ache pas non plus que prendre l'air, ne serait-ce qu'un jour, me ferait du bien, car, depuis que je suis revenu ici, j'ai travaillé d'une façon insensée. Sache que j'ai fini le premier acte du Candidat^ dimanche dernier, à 3 h. 1/2 du malin ! Maintenant j'expédie un tas de livres assommants! Je suis écœuré par les élucubrations de MM. les Jésuites. Et je m'en bourre! je m'en gorge! à en crever. Mais je veux en avoir fini cette semaine, pour les renvoyer à Mlle Cardinal et me mettre dimanche ou lundi prochain à préparer mon second acte.
Si je continue de ^e train-là, j'aurai certainement fini en janvier et peut-être avant! Il faut que l'été prochain je commence enfin Bouvard et Pécuchet...
Comme il a fait beau hier! Moi aussi, Madame, j'ai admiré la nature et j'avais bien envie de m'en aller... je ne sais où... de sortir enfin, pour jouir du beau temps. Mais, après un lourde terrasse, je suis remonté dans mon cabinet afin de relever des notes dans le Christianisine de l'abbé Senac, aumônier du collège Rollin! Voilà!...
Adieu, pauvre chat. Tu ne m'as pas l'air de inen^r une vie très active? ni très intelligente? Pardon du mol. Que lis-lu? que fais-tu? Il me semble que. lu n^ profites pas beaucoup de la paix des champs, pour te recueillir dans le silence du cabinet?
Et la peinture? que devient-elle?
Ta Nounou.
CGXÏX
Croisset, dimanche, 1873.
Mon Moscove m'a quitté ce matin, parce qu'il faut qu'il soit ce soir au diner des Viardot où il doit y avoir (mystère) un fiancé !
LETTRES DE G. FLAUBERT A SA NIÈCE CAROLIiNE 277
Tu l'as loiit à fait séduit, mon loulou! car à plusieurs reprises il m'a parlé de « mou adorable nièce », de « ma charmante nièce », « ravissante femme », etc., etc. Enfin le Moscove t'adore! ce qui me fait bien plaisir, car c'est un homme exquis. Tu ne l'imagines pas ce qu'il sait ! Il m'a répété, par cœur, des morceaux des tragédies de Voltaire, et de Luce de Lancival! Il connaît, je crois, toutes les littératures jusque dans leurs bas-fonds! Et si modeste avec tout cela! si bonhomme! si vache! Depuis que je lui ai écrit qu'il était une (( poire molle », on ne l'appelle plus que « Poire molle » chez les Viardot! Nouvel exemple de mon génie, pour inventer des surnoms. Je l'ai mené vendredi à Jumièges ! Mais tout le reste du temps, nous n'avons pas arrêté de parler, et franchement j'en ai la poitrine défoncée ! Ah ! voiLà trois journées^ H tistiques!
Je lui ai lu le Sexe faible, la Féerie et le premier acte du Candidat axée le scénario d'icelui. C'est le Candidat qu'il aime le mieux; il ne doute pas du succès du Sexe faible. Quant à la Féerie, il m'a fait une critique pratique que je mettrai à profit. Le Pot-au-feii lui a l'ait pousser des rugissements d'enthousiasme! Il prétend que ça écrase tout le reste. Mais il croit que le Candidat sera une forte pièce! Ce jugement m'encourage beaucoup, et dès demain je m'y remets.
J'irai donc à Neuville vers la fin de l'autre semaine, c'est-à-dire dans une petite quinzaine. J'espère de là aller à Paris, pour V Oncle Sam. Jusqu'à présent aucune nouvelle de Garvalho ! La mère Sand m'a répondu pour me remercierde la biographie deCruchardquil'afortdivertie.
1. Dessin qui, dans les lettres de mon oncle, signifie — à lui seul le [)lns souvent — le mot « aitistc » ou «artistique». Mon oncle imitait ainsi le geste en zigzag qu'un peintre de Rouen, nommé Mclotte, faisait avec le pouce quand il parlait de son art.
Ce matin, j'ai eu la visite inattendue de Guy de Maupassant avec Louis Lepoittevin^ J'ai été jeudi à l'Hôtel- Dieu, mais Achille n'y sera de retour que le 10. Donc, il me faudra y aller dans une huitaine. Cette pauvre Julie me fait pitié, tant elle a peur de l'opération et de l'hôpital-? Te voilà donc en pleine campagne, mon pauvre Caro, au milieu des bons paysans, dans tes terres. Vastu y répandre des bienfaits î moraliser les classes pauvres! instruire les enfants! etc., etc.; enfin être assez châtelaine et ange du hameau!
Mme Commanville ou la Madone de Pissy, romance! Paroles de M.Amédée Achard, musique de M. Madoulé, vignette de M. Melotte. Se vend au profit des pauvres.
Je ne me figure pas, du tout, quelles peuvent être tes occupations dans ton manoir? As-tu au moins emporté ta boîte à couleurs, pour te livrer à des études II tistiques? Par ce temps d'automne les feuilles sont bien jolies à peindre. Il est vrai que Pissy manque de sites. N'importe, tu trouveras peut-être quelque recoin convenable.
Le Moscove a contemplé tes panneaux et trouve que tu as le sentiment de la couleur.
Adieu, ma pauvre chère fille.
Deux bons gros baisers de
Nounou.
Croisset, jeudi, 30 octobre 1873.
Mon loulou.
Je suis arrivé ici hier à 11 heures, très éreinté par mon voyage en chemin de fer ! ! Afin de moins m'ennuyer
1. Louis Lepç>ittevin, cousin de Maupassant, peintre paysagiBle.