‹ Lettres a SophieChapitre 10 sur 31 · A U. I.£K0IR · texte numérisé non relu

A U. I.£K0IR

ft9 août 1979.

Comme M. dcKougemonl m'annonça hier, monsieur, dans un tas de propos ti*op incroyables pour être répétés, quoique sa violence en ait rendu tout le donjon témoin, que M. de Mautepas, M. Amelot, et vous, monsieur, m apprendriez si un homme de sa sorte était «t lait pour venir aux ordrea d'un homme de la mienne 1

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(je répète ses propres termes), je m'attendais presqâe à une lettre formidal^le qui m'apprendrait qudl crime de lèse- majesté -Rougemont je m'élsâs rendil coupable en lui mandant que son devoir était de venir nous , entendre qumd nM& le ijkmmdimu\, t avoue eneore que cette ehose neme parail point pro** blématique, et que, tout respectables que sout lesp^ fiOnnaget dout M»de RougfefiioatVaiitûtÎBey îlandfapyîendraient pas à me détromper. Cependant voire lettre de réprimande ne vient point |; aiûsi il faut que je vitsk*^ plique. M. de Rougemont m^a appris hier^ monsieur, « que j'étais aux ordres du dernier des porte-clefe lorsj9 qu'il jugeait à propos de le commettre à cet e&t; ir tfa'il ne me^kvait aueM «empie de nés tefeé; que jf mon père lié lui doiîlianl que 1800 liv., et ihoi lui ji coûtant 4^0 Uv.^ il ne Me devâit dëânCil' c[ae ^ li botiilli \ qué j'étais m honimô foit Itigc'at, fort àlàl» » honnête^ etc., etc. » J'espère, monsieur, que, d'a^ près cet exposé, vous ne trouverez pas mauvais que je sollicite ma transfération. Toutes les raisons qui m'y décident se résument en deux mots, que j'oserai vous dire. H est trop ddr dé fenéoiittéf dans la même personne les procédés d'un juif fripon et les insolences d'un cocher ivre.

Je dois à la reconnaissance infime dont je sais pénétré pour vos bienfaits, monsieur, de ne me plaindre au mimstre que par. vousi et je m'ac^ittis cte ce devoir.

J'ai rbouneur d'être^ aVec le plus sincère et le pluB respectueux dévoùment, moaâeuri votre très^^bumUe et très-obéissant serviteur.

MlHABfiAU fils.

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m ooHJOIr m tjk€ennes. 191

LETTRÉ CVIi.

Je commencerai , ma chère amie , par te remercier de la lettre éloquente que tu as écrite à ino& père. Elle est f>l6ine de noblesse, de ofaaleiir^ et ifiéhie d'idrasé, $\, comme je le crois^ il n'existe quune adresse, la candeur et la franchise : c'est du moins la seule qui con^ ticone à ROtre ftme, ei la seule que aoas empîoiisxafii toiijonrs. Comme il est très-certain que cette letti e par*vieuilra à ta mère^ comme elte j verra Tunité de tâs tentimens et de tc^ ôpinions^ comme les uni ûi les autres sont motivés par des raisons qui me paraissent flans réplique^ elle réfléchira peut-être> et désespérera de te gagner pat lassitude : elle nmgita aaile demie aussi d'avouer à mon père qu'elle aimerait mieux ne te sauver jamais qu'aider à me sauver ; et^ quoique ses cfibrts et les liena finsent^ à mon aTÎs^ paiÊinettem inutiles en ma faveur, tant que mon père s'obstinerra, il n'eu est pas moius vrai qu'on ne peut exiger de toi^ ave» quelque homiétetéi cpie to me àa^ito* De ce que l'on se sent dans l'inipossibiUté de tirer un homme des Huains de ses assassins^ il ne s'ensuit assurément point ipi'oa doive les aider à l'assaniiicr : or, c'est frife Gisement cela que de déserter sa cause dans des circoflstances où l'on peut^ du moins en partie^ lui seFvir de sauve-garde.

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Voilà^ ma tendre enfant, ce que je peiise ; mais n'en conclus pas que je sois éloigné^ même pour toi^ d'un accommodement ; je crois et je te prie de penser ainsi, que rien ne nous est plus avantageux à tous deux que d'en signer un, s'il est possible que tu y trouves toutes tes sûretés. Prends pour guides des gens de loi non suspects^ ne fais rien que de leur avis, parce qu'enfin les intentions des négociateurs, qui t'ont déjà tant menti et caché de choses, ne sont pas liès-neiles; mais va en avant dans tout ce que tes conseils approuveront, pourvu que le premier pas soit l'anéantissement de la procédure. Je dis l'anéantissement absolu, qui me parait ôter toute espèce de preuves contre moi, et par conséquent acquitter de mon côté tes devoirs. Voici ce que le bon ange, qui, très-certainement, est un ami bon, sage et zélé, me mande an sujet de ta lettre : « Ou je me trompe, ou l'aimable Sophie n'a pas bien i) compris la proposition dont on veut tenter le succès. » £Ue ne peut pas rentrer avec son mari, la procédure » subsistant ; très-certainement on n'a pas ce projet, » puisqu'alors il serait de l'honneur et de l'intérêt du » mari de la Êdre annuler; et la révision du procès^ » en déchargeant Sophie, ne laisserait qu'un pas a iaire » pour que la procédure qui vous regarde fût égalen ment annulée, et vous ne doutez pas qu'on nt pa^ )) vienne à toutes les voies de conciliation qu'on pour- » rait mettre en usage en cette circonstance. C'estluen » là, mon bon adii, de l'aven dé tout le mèùAéy le » moyen d'opérer la liberté de tous deux, et l'affaire | » serait bien avancée si l'on n'y avait pas mis tant de }) résistance. En vérité, mon ami, personne ne m'a | N suggéré celle idée^ elle est naiurclic, et je la regarde

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ou DONJON DE VINCENNES. 1^3

Il presque comme la seule qui puisse réussir plus aisé- » ment. Elle a des inconvéniens^ des gênes^ et peut- » être des dégoûts ; mais on peut dompter tout avec la }) liberté et la raison. £t qu'est-ce que la raison contre » la captivité ? Oh I mon ami^ réflécliissez--j bien ; on n n'est pas éloig^né du but de la conciliation. AfFermis- » sez ce plan, et je pense que vous ferez l'avantage de » tous deux. Bonsoir^ mon ami : si vous jugez que je >i m'égare, je vous assure cependant que je ne quitte pas » le jardin et le temple de Tamitié. » Je ne pense point qu'il s'égare^ et^ sans être entièrement de son avis^ je vois que cet avis contient du bon. Je ne croîs pas, i** que M. de Monnier pense à te reprendre^ mais je puis me tromper en cela ; car ce n'est qu'une conjecture purement fondée sur la connaissance, très-parfaite il est vrai, que j'ai de son caractère, et des intérêts des Valdliaon, qui le mènent. Je ne crois pas, 2^ (et en ceci je ne me trompe assurément point) que ce soit jamais par la révision du procès que M* de Monnier consente à annuler la procédure; ce serait alors que, comme le dit trcb-bica le Lon angc^ il ne poun^ait te justifier sans me justifier 3 mais ce ne sont là ni ses vues ni celles des Ruifei. II te reprendra purement et simplement par le privilège qu'a tout mari Je reprendre dans l'espace de trois ans sa femme, la peine de l'authentique eûtûle été exécutée sur elle. C'est de cette manière que je le crois pas qu'il le coii vienne de retourner chez lui. >i la révision du procès avait lieu, et te réinstallait dans .es droits, je ne verrais plus au recouvrement de ces Iroits par ta rentrée chez ton mari qu'un inconvénient ne ton courage pourrait te persuader de iranchir ^ et, ins prendre sur moi de te conseiller cette démarche^

je ne me déciderais pas davantage k Fimprouver et à l'empêcher. Voilà en quoi je suis de l'avis du bon ange, lequel, au reste, ne me persuadera pas aisément que rien de tout cela avançât ma liberté^ mais le<}uel aussi mérite assurément, par son active et constante amitié et tant de bien qu'il nous a fait, que l'on raisonne avec lui. Je lui ai exposé naïvement mon opinion, et sitôt que j'aurai sa réponse décisive, je me déciderai aussi et me fixerai à mon tour irrévocablement à un avis, soumettant toujours mes lumières^ très-bornées en^ût d^af&ires judiciaires, aux gens de loi non suspects auxquels je désire que tu t'en rapportes.

J'ai peur, ma bonne amie, que cette extrême faî^ blesse et surtout ces sueurs dont tu parles n'annoncent que tu as. quelques restes de fièvre qui pourrait dégénérer en fièvre lente, et serait d'autant plus crudle que voici une saison qui, par son propre maléfice, la prolongerait et la ferait peut-être dégénérer en quarte. Ifas-tu pas quitté trop tôt les fébrifuges ? Dès que ton chirurgien t'a sagement conduite jusqu'ici, ne le contrarie pas par des répugnances au fond trè^uénles; car c'est toujours une sottise de sacrifier au dégoiit d'un moment des mois entiers de santé. Prends-y donc garde, ma chère amie, et songe que ton Gabriel prendra pour son coniple tous les soins que tu donneras à ta santé, e.t te devra en reconnaissance toutes les contrariétés que ta éprouveras pour elle.

Mon amour si cher, ta pauvre abbesse a une trèsgrande maladie -, c'est quatre-vingts ans ou tout proche. Ce n'est presque pas la peine dé se rhabiller à dix heures du soir poiu" se coucher à minuit, et je trouve qu'elle ùix une sottise pour elle d'en réchapper^ Pour

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DU DONJON DB VINCBNNES. ^gS

toi, c'est autre cbose. La pauvre fille t'est chère, parce

Ml

â tes yeux qu'il y ait un prodigieux mérite à l'aimer, comme si tu n'étais pas infiuiment aimable. Au reste , moD tottt^ elle te sera désormais peu utile^ et il ne te faut pas espérer qu'elle recouvre à son âge assez de santé et de facultés pour qu'elle puisse s'occuper toute MoIe de sa beso^e. C'est une yilaine maladie que celle de Tambition, et c'est celle de tous les états. Il est incUgne à ces béguinjcs d'avoir projeté d'affliger la vieillesse presque expirante d'une femme cpii n'a de dé&uts que ceux qui, du moins, lui auraient du concilier l'amitié de sa maison. Mais l'intrigue est la passion dominante des cloitres^oà l'on n'a que cette manière dese dédommager de toutes les privations et de tous les desfK)dsfflea réunis. Je ne sois pas étonné qu'on moine, afnrès le portrait que tu m'en as tracée ait de cette sorte de manège, quoique turbulent, brusque et indiscret. D'aJb<Nrd il peut là ce qu'il veut^ et c'est un grand en- ' conragement a youloir plus qull ne peut. Ensuite l'ambition a ce rapport avec la colère, que^r si elle ne s'exliale ati dehors, elle nous mine et nous consume an fend de l'âme, et se transforme en jalousie dans nn mauvais cœur. Kien de ton cher homme ne m'étonuÊra donc. Au reste, je crois qfue le grand crime de ta bonne abbesse dans son esprit, c'esir d'être un peu moins son esclave, depuis qu'elle est ton amie j il veut qu'une de créatures, dévouées lui succède^ et il pourrait s'y tromper par quelques nœuds qui la tiennent j car il vise à lui donner l'autorité de les rompre et de les remplacer« Quoi qu'il en soit, défends ta pauvre amhf cela est

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ÏQÔ LETTRES ÉCRITES

juste^ honnête et sage ; mais ne t'expose pas an reprodie

d'intriguer. Quand La ne seras que l'avocale de celle que tu aimas^ nulle personne honnête ne pourra s'en étonner ; quand tu voudras lui désigner un successeur^ la malignité pourra te prêter des intentions louches. *

Mais^ ma bonne amie^ tu as bien raison^ ce n'est que dans un état obscur qu'on peut se mettre à Fabit des méchans et des rois. La noblesse^ qui fut et sera toujours la pépinière des satellites du despotismè, a trouvé dans son crime même sa punition. Promoteurs du pouvoir arbitraire^ nous en sommes les premières victimes^ et cda est juste. J'ai bien démontré cela dàiâ un ^rand ouvrage que tu verras quelque jour^ et qui, je crois^ sera mon dernier tribut à mon pays. Voilà où nos folles sollicitations nous conduisent ; nous ne comp* tons que sur le crédit pour nous défendre des lois, et les lois ne peuvent plus nous défendre contre le crédité Puisqu'elles n'ont plus de pouvoir contre nous, pottf^ quoi en auraient-elles pour nous? 0 pauvre^ pauvre humanité I c'est de toi que te viennent tous tes maux:

Je te loue de tout mon cœur de celle dévotion si fervente qui t'acquiert de si pieuses amies. Mais je n'ai point été inquiet sur l'événement de notre correspondance, sur, comme je le suis, des bontés de M. Lenoir, de la vigilance active et tendre de notre bon ange^ et du consentement formel de l'autorité. Mais il vààt béati^ coup mieux que tout se soit arrangé à l'amiable, parce que madame de Ruffei n'a pas eu le temps de tfmk'tùè^ 1er et de tracasser. Cependant j'ai un peu le soupçon qu'elle gémit sur la perversité du siècle et de l'adminbtration^ dont elle devine l'indulgence^ mais qu'elle

DU BONJOn DE VINCBjINES. ig^

a pris son parti sur celte tant redoutée correspondance, dont elle ne doute g^ère^ ou elle et le Marville sont bien sots.

. Je ne te sais assurément point mauvais gré de rémotion que t'a faite la lettre de mon père^ ni des illusions qu'a pu produire cette émotion ; car elle ne peut être relative qu'à ton amour. Tu juges bien^ ma mimi^ qu'il ne doute du tout point que ce ne soient mes conseils que lu écoutes, si nous correspondons : ainsi les ménagemens perfides tombent sur M. Lenoir, et les funestes conseils sur moi. Je ne pense pas de même, s'il lui plaît de raisonner une fois de sang-froid sur mol, qu'il croie que tu t'opposes à mon raccommodement arec madame de Mirabeau. D'abord cela est absurde à imaginer, si l'on le suppose vraiment passionnée pour moi, ce que tu me parais n'avoir pas trop mal prouvé. Ensuite il est tout aussi probable pour ceux qui me con^ naissent un peu, que, si tu l'y étais opposée le moins du monde, je n'aurais fait aucune espèce d'avances. Sûrement j'avais plus besoin pour ceci d'être encouragé que d'être détourné. Si M. Dupont voulait être et faire ce qu'il ne sera ni ne fera, mon père saurait bientôt à quoi s'en tenir sur tes principes et ton honnêteté; mais il semble que ce héros de prudence craigne quelque souillure de son commerce avec nous. A ce compte il devrait le rompre, et non se cacher ; car une chose malhonnête ne devient pas honnête paice qu'on l'ignore; et si elle est honnête, pourquoi la cacher .'^ U ne peut pas prétexter ici l'intérêt de la négociation, car il est convenu qu'il était temps et utile de se déclarer. A sa commodité I mais je ne l'en prierai plus^ et je n'écrirai plus en Provence. Ma dernière lettre

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igS tiETTRES ÉCRITES

outrait la modération : poussée plus loin^ elle deviendrait lâcheté ; j'aime mieux me taire^ car jè ne sais pas

être lâche.

Tu vois bien^ ma tendre amie^ que tu n'as pas en

le sens commun de prendre mon frère pour l'insensé ^ui intrigue platement^ puisqu'il ajoutait ces mots^ après celui JPimemi^ dont vous êtes la victime : assurément cela est plus que clair. Tu conviendras aussi au'il est impossible que ni mon père ni madame de Ruffeî pensent, espèrent, projettent que, si nous recouvrons chacun notre liberté, nous ne nous revoyions jamais; ce serait un peu trop présumer de leur auUH rite ou de leur éloquence. Je te réponds encore que mon père continuera à l'écrire tant que tu voudras, car c'est son plus ^rand plaisir ; et que tu lui écrinâi dix ans, que tu n'obtiendrais pas de lui la pointe d'une aiguille : mais du moins tu pourras lui glisser quelques insinuations, et c^est quelque chose, quoique tu ddvei te renfermer dans des bornes fort étroites ; car tu ne peux paraître ni trop instruite, ni trop inspirée par mm. Poinr Dupont, il fera ce qu'il voudra. Si dans peu dé jours il ne m'écrit pas, je lui écrirai une lettre honnête, mais froide, pour lui dire que mes amis me conseillent de retirer mes lettres à mon tour, puisqu'il a demandé les siennes, et que je le prie de me renvoyer une vie d'Agricola que j'ai traduite de Tacite, et que jé lui ai confiée : je ne lui parlerai pas d'autre chose; et s'il rompt; il voudra bien faire tous les frais de la rupr ture; c'est une conduite que j'ai observée toute nui vié avec ceux qui se sont dits mes amis, et qui m'ont assw fréquenmient prouvé qu'ils n'étaient que les leurs. Puisque tu as un bon graveur et les wam de moa

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ou OOITJON DB VINCEVNES. I99

père, ne pourrais-tu pas me faire graver un cacbet de cuivre ou d'aciér? car il est assez ridicule que je n'aie pas mon blason. Observe qu'il ne faut point y mettre le cordon et la plaque de Fasa^ mais pour support deux anges couverts d'une robe d'azur, parsemée de fleursde-lî^ d*afgent. Je Renverrai ce que cela te éoulera ; et à ce propos, comme ta maladie peut et doit t'avoir àrriérée, ne demanderas-tu donc pas quelque chose au bon angé? Tu as bien mauvaise mémoire, et tu oublies bien vite nos conventions.

Ma bonne Sophie, ne t'étonne point de ce que j'écris si inégalement et si mal aujourd'hui. Je suis à la belle étoile, et il fait une bise que le diable souffle, je crois. Je me suis obstiné à dire que le temps se réchaufferait;, et à ne pas vouloir me retirer dans les galeries^ où le bon ange m'a ménagé un asile, et où je puis faire dii feu. Le dessein de M. de Rongemont était de me forcer, par ses refus de loule retraite^ à me renfermer dans ma chambre, où je me serais remis à mon train ordinaire, de lire et d'écrire sans cesse, et où, pair conséquent, je serais devenu bientôt aveugle. Il a manœuvré en conséquence de toutes ses forces ^ mais il n'a ni n'aura le crédit nécessaire pour me priver des bontés de M. Lenoir, tant que j aurai auprès de celui-ci un ami qui, à beaucoup dejsagesse et une humeur très-concilianié, jokit toute la sagacité nécessaire pour apercevoir les cornes dè la bête, lors même qu'elle les cache.

Les raisonnemens de ta mère au sujet de ta fille ne sont pas très-déraisonnables; mais c'est qu'elle la croit mieux qu'elle n'est. Fontelliau a enfin été la voir 5 il l'a trouvée à peu près remise d'une fièvre rouge dont elle a été fort mal. Elle n'avait plud de fièvre, mais était

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triste et remplie d'humeor; ce qui est toujours^ snrtout dans un eiifeiit aussi yify un symptôme de mttu*-^ yaise santé. 11 â fait de vifs reproches à la nourrice de ce que son mari n'allait pas tous les quinze jours, seb% Tordre de M. Boucher^ lui rendre corapte de l'état de cet enfant, et de ce que^ dans cette occasion, entre autres, on n'avait pas été le moins du monde averâ; Elle a donné d'assez mauvaises raisons^ mais a juré sa pari du Paradis que personne ne lui avait donné d'ordres contraires. Elle a reçu de Fontelliau un petit écu que le bon ange voudra bien lui rendre. Il a examiné la bnilure de l'enfant ; c'est le plus grand bonheur que sa main gauche n'ait pas été estropiée ; car c'est précisément sur le nerf extenseur qu'a été la plaie, dont elle portera toute la vie la marque. Tu vois ce que c'est que de mettre des cnfans en nourrice. Insiste donc avec douceur, mais instances fondées sur des raisons^ poiir que cet enfuit ne reste pas plus long^temps qu'il ne sera absolument nécessaire dans ce chenil. A propos de Fontelliau, il me dit qu'il est très-probable que tss grandes sueurs viennent d'un mouvement de fièvre qui se dérobe à ton chirurgien, parce qu'il te prend la nuit; que, si tu es sûre du contraire, ce qu'il âtut absolument vérifier, ce n'est qu'une extrême faiblesse; qu'il faut manger peu à la fois et souvent, prendre ppur alimens des viandes légères et bien cuites; mieux. que cela^ du beau et bon poisson bien cuit, que la Loire doit aisément te procurer, et surtout boire jusqu'à parfaite santé de l'excellent et très-vieux vin. Soigne ces sueurs, qui ne lui plaisent point, chère amie; ne te crois point guérie avant de l'être; songe qu'il j vada tout pour ton amant, et que ces restes de levain né-

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DU DOMJON DE ymCBmES. 301

gligés produisent souvent des rechutes plus sérieuses que la lualadie. O ma bonne Sophie ! si tu pouvais concevoir et nombrer la moitié des mauvais momens que m'a fait passer le dérangement de la santé^, tu y veillerais comme sur la prunelle de ton œil. Je ne connais que cette sorte d'inquiétude et de douleur qui m'abatte, me consterne, et me rende une vraie femmelette insupportable à moi-même. Il m'est infioimenti infiniment moins dur de souffrir en moi.

Je ne crois pas, mon cher amour, que ta mère s'attende beaucoup à ce que tu changes tes opinions relatives à Pontarlier, parce qu'elles tiennent à ta tendresse pour moi, et qu'elle a enfin appris, par une • triste expérience^ que, quand l'amour est passion^ rien n'est si constant qu'une femme. Je crois bien que son cœur tout seul ne lui aurait pas fait deviner cela, car elle n'a jamais eu de passion que pour sa chère réputation ; Famour n'a été pour elle qu'un goût, et il est certain qu'avec cette manière d'être, une femme est le plus léger de tous les êtres : car alors elle n'a plus ce trouble, et ces combats, et cette douce honte, et ces délicieux souvenirs qui gravent si bien le sentiment dans l'âme ^ il ne lui reste que des sens et de l'imagination; des sens gouverne's par des caprices, une imagination qui s'use par son ardeur même, et qui en un instant s'enflamme et s'éteint, de sorte qu'il est assez fitcîle, avec un peu de manég^e, d'arranger tout cela avec les convenances. Ah I mon amie, le désir général de réussir et de plaire est un sentiment très-£rivole, très-vain, et nullement tendre et profond ; il dessèche lame, il étoulTe la sensibilité. L'araour-propre, toujours calculant, toujouiB mesurant, vit de tout, dit M. Thomas^ s'inite de

i09 LETTRES ÉCRITES

tout, et se nourrit même de ce qui l'irrite. Yoilà poiir^ quoi^ ma chère Sophie^ il absorbe tout et détruit tout. Il est absolument incompatible^ quoi qu'en ait dit ce La Rochefoucault^ qui ne croit à aucune yertu^ avec ce sentiment qui demande tant d'énergie dans Fâme, de profondeur et de ténacité dans le cai âcière ^ avec cette union sainte qui^ par une espèce de culte, consacré tout entière une amanie à son amant, qui iransfornie deux volontés en une, et fait vivre deux êtres de la même vie. 0 amiel ô épouse! ô cher tout! telle est notre passion^ née tout-à-coup, nourrie dans le silence, irritée par le combat, devenue plus ardente par la persécution. Sût» de notre conquête, nous avons copias de tendresse que d'orgueil j mais, attachés l'un à l'autre par nos sacrifices mutuels, cet orgueil nait au souffle infect de la calomnie. Nous savons ce que nous sommes, ce que nous nous sommes, ce que nous nous devons Ya, crois-moi..... ils ne nous vaincront pas...

0 amie! que je meure le jour où je te donnerai un conseil que je croirai mauvais ! Notre situation est bien délicate ; elle est compliquée par mille et mille circon* stances. J'admire ton courage : ah! le courage est la base de toute vertu, et c'est des vertus que naissent tons les plaisirs ; elles lui sont même supérieures poar le bonheur. Mais ce courage, je ne le guiderai plus^ on me soupçonne, on m'accuse presque de mêler des vues d'intérêt personnel aux inspirations de mon amour, moi, qui n'eus jamais qu'un intérêt et qu'un désir, celui de ce que j'ai aimé L'on Vétit que toi, qui ne

scîîs rien qu'avec excès, toi, ma Sophie, tu eusses été la proie et le jouet d'un vil ég^oïste ; ou plutôt on veut, fc'tdut prix, tômpre les nœuds sacrés qui nous lient;

DU DOKJOIf DE yiNCENNES. 2o3

on t'isole de tout ce qui est moi. Ah I c'est auprès da

berceau de ton enfant, c'est dans les souris et les baisers de ta fille, que tu Jifais ton devok*.* Ta o'as pas,

tu n'auras pas sons tes yeuv ce doux spectade Eh

bien ! cherche dans ton âme brulaQte et passionnée le vrai guide de ta conduite^ pour moi, je ne te dirai plus rien, je t'ai tout dît, et le jour qui changera chacune de mes actions, chacun de mes sentirnens en actions de grâces, ea 4e reconnaissance et d'amour, pour l'amante à qui je reconnais devoir tout..., ce jour n'est pas encore venu.

Adieu, mon amie^ adieu, mon tout. Adopte le régime que te prescrit Fonlelliau, recouvre ta santé, ta beauté^ conserve ton amour, et trouve toujours quelque prix à celui de ton Gabriel.

Tous tes cheveux vont tomber; ma chère Sophie, garde-les-moi. Pourquoi m'oublîes-tu toujours quand tu &is ta toilette ? Je te dirais volontiers comme Renaud disait à Armide :

« Tourne, ah 1 tourne sur moi tes regards qui portent dans mon âme l'ivresse du bonheur I c'est dans mon cœur que tu verras ton imagée ^ l'amour d'un trait de flamme Vy ^rava bien mieux que ne le rend cet infidèle miroir... Cruelle, tu me dédaignes; un vil mortel est indigne de fixer les yeux et ta pensée : ne contemple que ce ciel qui s'embellit de tes charmes, et ces astres jaloux qu'efface ta beauté. »

• r • • r • • • • Vplgî..,,. 40ll| T<*ÏS»f

A me quegH occhi, onde beato leî :

Che son, ie tu no'l soi, ritratto vero Délie belleze tue gl* îucendj n^ie^.

La forma lor, le maraviglie appieno, Biù che '1 criauUo tuo« mostra il mio leiio.

ao4 XJBTTRES ÉCRITES

Dell! poichè sdegni me, com' egli è vago Mîrar tu almem potessi 'l proprio volto :

Che *1 guardo tuo, ch'altrove non è pago, Gioirebbe leltce in te molto»

Non pnô speochio ritrar sè dolce immago ; Né in picoiol rétro è un paradîso aTTolto* Specchio t'è degno il cielo» e nelle sieUe Puoi riguardar le tue sembianse belle.

LETTRE GVIII.

A LA MÊME

a4 octobre 1779.

Non, ma tendre amie, non ; madame deVence n'a point tort j c'est toi qui^ dans ceci, Tas tout entier, et qui es contrevenue formellement à ton engagement* Ce n'est que par hasard, et parce que j'ai TorciBe fine sur tout ce qui te regarde, que Foiuelliau m'apprit, sans le vouloir^ que tu étais malade. Je lui lisais quelque chose de ta lettre du 3i, qui était relatif à ta fille; il me croyait instruit de ta maladie^ et me dit : Madatm la marquise est donc mieux? Je ne lâchai pas prise, comme tu crois, et je découvris la vérité. Ce n'est pas seulement de l'avoir tue que tu dois te reprocher, c'est d'être assez folle pour écrire jusqu'à deux heures du matin avec la fièvre. Cette madame de Vence, dont tu te plains, a beaucoup adouci mon inquiétude, en me faisant donner de tes nouvelles plus souvent que je n'aa« rais pu en demander au bon ange, ou que tu ne lui en aurais adressé* Puisque tu es mieux, je puis te gronder^

DU DONJO.N DE VINCENNES. .Qo5

ei te prier très-sérieusement d'être scrapuleusement fidèle à tes engagemens, et de ne pas te dire bien portante quand tu souffres. Ménage beaucoup ta convalescence^ chère amie ; elle ne tombe pas dans une bonne saison ; en général^ prends un genre de vie plus sage et moins renfermé. Ma bonne Sophie ! tu es d'une constitution TÎgonreuse et sanguine^ qui^ dans nn état de contraction morale et physique^ ne peut qu'être sujette à de dangereuses explosions. La théorie des tempéramens est fondée sur la diverse texture des solides^ et les différens degrés de consistance des humeurs, ou^ pour mieux me faire entendre^ la santé dépend d'une certaine proportion entre les fluides et le calibre des yais* seaux dans lesquels ils doivent circuler. Le tempérament sanguin, qui se fait reconnaître par une iigure pleine, des membres charnus et fermes et un teint fleuri, exige des solides d'une texture spongieuse;, et un sang riche et délié qui puisse y couler librement. Si tu le forces à la stagnation par une vie studieuse et sédentaire^ tu contraries les vues de la nature, et tu te mines à plaisir. Cela même peut porter sur le moral ; car enfin il est un caractère affecté à chaque tempérament. Aussi voit-on que ceux qui possèdent le tempérament sanguin, qui est celui où les fonctions s'exécutent avec le plus de facilité, sont ordinairement fort gais, décidés et francs, tandis que l'exercice pénible et difficile de ces £:>nctions, comme dans le tempérament flegmatique, réduit à un état d'indolence et de timidité qu'on porte dans la conduite ordinaire de la vie. Un homme flegmatique est presque indifférent, parce qu'il sent qu'avec des organes sans consistance il ne peut presque rien : car les parties aqueuses qui les humec-

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ao6 LETT&ES ÉC&ITES

tent continueliement leur ôtent le ressort et la force nécessaires aux grands mouvemens. Il ne me ser^pas dUEcile d'étendre cette hypothèse très-ingénieuse, qm est de Stahl^ à tous les lempéramens et à tous les caractères, quoique je ne donne pas^ comme Montesquieu, Cout à rinâuence <ïes climats (opinion féconde et spécieuse qui n'est pas de lui, mais d'Hippocrate) : mais |e suis convaincu, par mon expérience propre et mea études^ que nos goûts et nos humeurs sont, jusqu'à im certain point, subordounés à la disposition phj^^]^ de nos organes. Vois, ma Sophie, combien il est impQff tant de ne pas les altérer. Ali! que sais- tu si Sophie cacoclijiJie et maladive aimerait avec autant d'énergie ce Gabriel que Sophie bien portante adorait? £ir général les humeurs des femmes ont un plus grand degré de fluidité que celles des hommes. Un sang bien coostiiué tel que le tien, nuis en jeu par les forces multipliée^ de cette innouibrable quantité de petits vaisseaux^ qiû ferment la substance solide des tempéramens satùguins, cfoît naturellement avoir un cours facile et uniforme, et former ces teintes admirables d'albâtre et de rose, qui te rendent si belle, et auxquelles on tente vainement (ïç suppléer par le plus grossier de tous les artifices. Ton tempérament est le plus favorable à la beauté, et le pl^s approprié à ta sensibihté, à ton imagination brillante, à ton aimable gaîté. Vois si tu veux me voler tous mes

trésors? ...

jTe ne fe parlerai point ici de la manière dont tu as été conduite. En général, l'émétique convient Lieu peu à tes nerfs, mais il est des circonstances qui neciessitent ces grandes secousses. Continue avec patience ïes fébrifuges, jusqu'à ce que tu te sentes vraiment revenue

DV OONJOir OB YINCBNNES. ^Oj

en santé. J'ai grand^péiir que le triste accident d« ta paiiyre abbesse ne t'ait bit du mal encore. Ta en as va d'un coup-d'œîl les suites ; et l'attachement de cette bonne fille avait louché ton oxcellent cœur. Je ne te donnerai pas de conseils sur le parti â prendre dan9 cette circonstance* car tout sera décidé quand tu recevras ceci. Sommer M. de Marville de sa parcJe^ et recourir^ au besoin^ au bon angpe et à M. JLenoir^ voiUt ton dièrne. Mais ce n^est pas pour notre cori espoudauce ijue jai peur^ ceux qui ont le droit d'ordonner sauront bien la maintenir. C'est pour les agrémens donc tu jouissais sous cette abbesse, qui pourront diminuer ou disparaître^ au moins pendant quelque temps ; car ton ascendant aura tôt on tard son effets et il est si doux et si facile de t'aimer, que la nouvelle en viendra bien là comme l'ancienne que tu avais touchée dans un âge ou L'on ne sent plus rien. Je ne suis point fiché, pauvre chère toi, que tu n'aies pas pu aller chez cette femme. J'ai eu le spectacle de la mère de ma mère ex» pirante. Je ne connais rien de si douloureux. (Je ne Pavais revue, depuis Fâ^^^e de sept ans, qu'en enfance, ainsi je ne lui étais point attaché.) Les jeux d'un mou^ rant se ternissent; ib sont iSxes et ne voient plus rien; la lace de la terre et des cieux s'éclipse pour lui dans une nuit profonde il n'entend plus ni la voix des hom» mes, ni les tendres gémissemens de l'amitië ; lui-même il ne peut parler, sa lang^ue tremblotante peut à peine bégayer un adieu plein de trouble; bientôt il respire plus profondément; une sueur froide coule le fong de sa face ; son cœur bat leutemeai y son cœur ne bat plus; n meurt.. . Ah ! ne vois mourir que moi, et meurs austttôt après.

Sto8 LETTRES ÉCRITES

Ta pauvre abbesse promettait encore une longue

vie pour son âge, et l'espérait sans doute ; car on espère toujours^ et c'est fante de pouvoir porter miè vae fixe sur Féternité d'anéandssemenl qu^on se repaît de tant d'illusions. Ualler a dit^ en parlant de Téter- . nité : La pensée^ dans, son vol rapide^ plus prompte cent fois que le vent, le son, le temps, les ailes mêmes de la lumière, se fatigue à te parcourir, et désespère jamais d'atteindre tes limites. Cette image subUrne^ qui semble donner la mesure la moins imparfaite de l'infini même, nous donne la clé de toutes les rêveries humaines sur la mort. Personne n'ose la fixera personne n'y croit, quoique personne ne puisse douter qu'il mourra. J'ai souvent cherché la raison poar'Iaquelle, à mesuré que nous vieillissons, chaque moiSe nous parait plus courte que la précédente; et je l'ai j trouvée, et te l'ai dite long-temps avant d'avoir ren- ; contré ma pensée chez M. Denyns. Toutes les idées que nous avons du temps dérivent de la portion de l'espace dans laquelle nous avons existé ^ cette portion est donc la règle sur laquelle nous devons le mesurer; or, comme cette mesure s'étend à proportion que nous avons vécu, diaqne période doit paraître plus comte. Ainsi, lorsque nous avons vécu dix ans, une année est la^ dixième partie de la durée de notre existence; mais lorsque nous avons vécu trente ans, une année ! n'en est plus que la trentième partie; voilà pourquoi les vieillards sont beaucoup plus attachéi à la vie que les jeunes gens. C'est une grande pitié que la nature nous intéresse chaque jour davantage à cè qu'elle va nousôter.

Je suis fort loin d'être aussi content que tu le parais

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DU DONJÛIi DE yiNCENJUES. SkOQ

âe la lettre de mon père^ et voici ce qne j'en mande à Dupont^ à qui j'en envoie copie : « L'espiègle Sophie lïii a joué au pauvre chevalier un tour de son métier de nfî femme ; elle a adressé à mon père une espèce de letli' tre pour lui. Je ne l'ai point vue^ car la pauvre petite, ^ qui a eu vingt-deux jours de fièvre, n'a la force que de m'envoyer ce qu'elle vient de recevoir de mon père. 2f£ La lettre de celui-ci me prouve assez que celle de Sophie était adroite et convenable, telle enfin qne la pe-* & tite magicienne les sait écrire. Voici Ja réponse, etc. a « Sophie, toujours en vraie iemme, séduite par la

p surprise, par son émotion à la vue d^une écriture qu'elle uic connaît, et dont elle n'attendait pas des honnêtetés 1^ presque galantes, par ia générosité apparente ou réelle

i du fait, par l'espoir vague qui en résulte, etc., etc. ,

ii m'écrit : O mon ami, etc. Moi, que rien n'étonne, et t à qui une longue et triste expérience a appris à me fl méfier de mes premiers mouvemens, j'ai été touché de i cette lettre, dont la tournure est noble^ mais je n'ai I voulu la juger et en rien cQuçlure qu'à la seconde lecr tnre. A travers les amphiI)oIogies de son style, j'ai vu,

i i° que, comme tous les gens entêtés et prévenus, mon \ père ne croit qne son opinion, et trouve M. de Mani repas et M. Lenoir perfides et presque barbares pour ; nous avoir sauvé la vie par un prétendu ménagement, qui n'était pas du tout nécessaire, comme vous sentez bien ; car nous serions morts sans cela, ainsi nos tourmens seraient finis. J'ai vu, 2^ qu'il annonce à peu près l'arrêt de ma prison perpétuelle par cette phrase trèsclaire : Il n'y en aura jamais pour vous autrement. J'ai vu, 3^ qu'il ne daignait pas même révoquer en doute que le mémoire ne fiU de moi, puisqu'assuré- VI. i4

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klÙ iiÉTT&ES ÉCIUTEB

lïïèïll je swis l'insensé qui intrigue si platement. Ceci est cruel pour moi^ je lavoud ^ et^ s'il faut; paxler uet« temênt^ je né sais^ ttiofl cher Dutiont^ i quoi votre amitié me sera jamais bonne^ si^ toujours ardent à ol'fiicettser, pusiUakiinie à me défendre^ indulgent pour les nutres, injuste pour moi seul, vous ne daignez pas vous inscrire eu faux contre les calomnies même les plâë évidentes doiit on me harcèle. Je suis très-navré de celle-ci; je ne vous l'ai point dé[^uisé^ et je vous ai demandé assistance* Si je suis assez malheureu:i^ pour votre santé s'y oppose, je n'ai qu'à gémir surmon état, qui, me poussant au milieu des précipices, m'ôte tout moyen de salut ; mais si vous pouvez parler^ j'attdtidd de Votre amitié que vous parlerez^ et je vous en somme.»

Tu vois par cttie lettre^ ma tendre amie, que je sois

assez loin d'être content de celle de mon père. Dupont, qui n'a plus de prétexte à délais (bien entendu cependant qu'il m'aparlé de soixante ouvriers, deifonbureau^ de ses rois, etc.), s'avis% d'être malade, et nous voilà gigeibcbéstoutnet^ carcommentdemanderàun homme màkd^ de Voyager? Mon père a été le voir^ accompagné dô Dusaillant^ ce qui ne faisait pas un cortège uégfûciatetir. U verra; il parlera; il suivra peut-être mon conseil (celui de se déclarer) ; en attendant , il attend; «t puis il uUendra jusqu'à ce que qudque nouvelle ùiiei^te Irbmpe encore no^e attente^ Il faut convenir que Dupont n'est pas le plénipotentiaire le plus actif de lïluropei, quoiqu'il soit sans contredit le^^ prw dent et le plus occupé.

Je finissais cette phrase> lorsqu'on m'a remis de ce beau sire le billet suivant : « le me hâte de tous len-

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DV BOXfJOK DE VJU<iC£NliES. ftlX

D rojrer vdti'e lettre (celle à ilion père) oteo qudqtiei

» légères corrections^ dont la premièxe porte sur une » phrase qu'on désavouerait ; car on reut bien vous » accorder ce dont on ne tous croit pas digne y et les » autres ne touchent qu'a des tournures qui ont de la » froideur^ (Tu trouveras tout simple que le chaud Du* » pont me donne des leçons de chaleur.) Je suis un peu D mieux \ je n'ai pas eu de lièvre aujourd'hui ) je suis n très-âiible. Ce que vous me dites de la santé de la » marquise nlafill^jc beaucoup. (Tu vas voir le remède » qu'il t'a préparé.) Jen'ai encore pu lui écrire \ je n'ai )i pu aller au Bignon» Votre père n'y est pas; il a dt\ » parlir hier pour Montargis. ( Tu comptes bien que la D chaste et pudiqueKemigny lui montrera de ta prose.) n Ils iront tons diner après demain à Fressarg^ ches » M. de Saint- Vincent. Il m'invite à m'j trouver^ je ne }> pourrai. Je tâcherai d'être au Bignon à la réception n de cette lettre que je vous renvoie^ Adieu^ mon cher » comte... Ah! j'oubliais de vous dire que la mauvaise » santé de la marquise^ la mienae^ la vôtre (laquelle I» tu voudras Inen observer être fort bonne) me font }) faire de graves rffîexions qui aj outent a ma prudeuce> » et me font penser qu'il vaudrai\t mieux que nous noue » renvoyasrions nos lettres. Fai tes un paquet des mien^ » nes; et fsûtes-^ks-moi passer p<ar Mé Boucher. Je/cher*ïi chersi les vôtres pour en fai re autant. Si ee n'est pas )) trop tourmenter la pauvre * SophiC;, je lui demanderai » la même grâce. Il faut nou3. mettre tous hors de prise » et de caquets. Je n'ai pu f «aire la lettre i votre onole> » mais elle me paraît très- aisée. Vous deveî être assez n grand pour aller tout se ul^ et mon bra» malade esc n un pauvre appuis Porte? s^-voue QÛeige^ ei^ dites à iiia<«-

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ai 2 LETTKES ÉCRITES

» dame ée Monnier combien je sais touché de la sardr

» souffirante. £n voilà bien long. Adieu. »

(jae ce biUet m'a mis en colère^* et ^e je * me suis battu en ma vie, n'étant pas, à beaucoup près^ aosiû offensé. Oiuie Findigne méiiance dont voici le second Tolume, Tidée de penser sur-le-champ à tes lettres quand il te sait malade^ et la barbarie de in insinuer ainsi que tu en peux mourir, m'a profondément aifecté. H s'en apercevra^ car j'ai répondu en post» scriptum au moment où j'envoyais cette lettre à M. Boucher: «J'ai reçu votre billet du ai. Votre santé » m'inquiète, et il est cruel que je ne puisse aimer paî- » siblemeut personne. Je vous remercie des corrections ii de ma lettre, sur lesquelles j'observerai seulement, » que je me crois très-digne de pardon ^ 2° que mon » père, qui ne se connaît point du tout en chaleur de style, n'aime pas la véritable, outre la &as8e, et » que c'est d'après cette certitude que je me tiens à » quatre pour être froid quand je lui écris. Keste à » répondre à la demande que vous me faites de vos » lettres. Mon principe à moi est que ces choses-là ne ji se demandent jamais et ne se refusent jamais^ ainsi » vous les aurez ; mais vous voudrez bien remarquer I) que voici la seconde fois que vous me donnez une » marque de méfiance qui, si je ne me trompe, vous » fait encore moins d'h onneur qu'a moi. Je ne sais, » mon cher Dupont^ si j'i li la tête très-faible^ très-foile, » très-insensée, comme y ous êtes deux ou crois à me » le répéter sans cesse 5 m ais je sais que j'ai le cœur j) droit, chaud, sensible, in> capable de se méfier de ce » qu'il aime, et pour qui cei Ue méfiance serait un sup- D pUce. Les têtes sages me p. araissent autrement orga-*

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}) nisées : à leur coiumodilé ^ je ne les envie pas. Quant Maux. lettres que vous avez adressées à madame de

» Monnier, vous voudrez bien les lui redemander vous- )) méme^ parce que je ne suis point d'humeur à me i> charger de commissîons insultantes; af* parce que je »■ n'irai pas^, dans un moment où elle peut a peine » m'écrire quatre lignes^ la tracasser^ lui donner un » chagrin qu'elle ne mérite pas^ et lui &ire croire qu'on » la suppose en dang;er. M. Bouclier aura mardi toutes » vos lettres^ dont je veux tirer du moins les brouillons » que je n'ai pas. Pour les miennes, Êdtes^n ce qu'il » vous plaira. J'écris toujours ce que j'ai dans Tâme , )) j'avoue tout haut mes amis^ et je me moque des » caquets. »

Je te prie, mon amie^ s'il t'adresse la même supplique^ de lui renvoyer tout ce que tu as de lui avec la hauteur et la sécheresse que tu nous dois à tous deux. Je ne te dis rien sur la réponse à faire à mon père^ qui probablement sera partie long-temps avant que ta reçoives ceci.

Mon amie, tu me fais une sortie tiès-vive sur la supposition gratuite que je f ai priée de retoiurner à Ponlarlîer^ gratuite^ dîs-je, car je ne t'en ai point parlé; et tu dois croire que je ne te le proposerai jamais que je ne voie des avantages incomparables aux înconvéniens, et aussi que je ne sois convaincu que ceux-ci n'attaqueront ni ta santé, ni ta vie, ni ton amour. Tous nos amis ne pensent pas sur ce sujet comme nous deuX; parce qu'ils ne connaissent ni le local ni le personnel de nos ennemis. D'ailleurs personne n'a encore répondu à cette question simple, laquelle coupe tonte discussion : M» de Monnitr t'a-t-il redemandée? Vssût

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3l4 LETTRES ÉCRITES

qu'il ne le fera pa£^ il y aurait de la démence à aller se présenter chez lui ; quand il le fera^ nous en raisonnerons. Quant à la procédure, je suis, par ma probité fit mon amour, si au-dessus de tout soupçon d'intérêt pèrsminel^ que je vais t'en parler nettement. Un détachement d'Anglais, débarqué sur les côtes du continent de TAmérique^ ayant été massacré par les Caraïbes^ un jeune homme^ long-temps poursuivi^ se jeta dans un bois, où une Indienne sauva ses jours, le nourrit^ et le conduisit secrètement sur les bords dé la mer. La chaloupe l'attendait ; sa libératrice voulut le suivre. Dès qu'ils furent arrivés a la Barbade, le monstre vendit celle qui lui avait sauvé la vie, qui lui avait donné son cœur, avec tous les seiiliineiis et tous ies trésors de l'amour : Yariko^ qui aimait l'abominable

• Ynkel, s'écria: Moi, qui suis enceinte I moili....

Ah ! ce cri sublime est celui de la nature. Ce moi renferme tout à la fois et les reproches les plus amen^ et les représentations les plus pathétiques qu'elle e&t pu faire à son amant. J'ai lu une imitation en vers du conte où Gellert a tracé cette histoire, où, pour l'emporter sur l'original, on ajoute à ces paroles un long discours ^ur la vertu, la reconnaissance, 1 humanité, le châtiaient du crime. . . Mon amie, voilà ton véritable emblème et celui de tes discoureurs de vertu ; ils te conseillent en longues et grandes phrases académiques un crime, tandis que ton cœur te crie..... Moiy la mère de sa Jilkyje Iq sacrifierais I.^,.. Eh bien ! que ta botiche n'en dise pas davantage, et malhenr à qoi ne t'enteU'* dra point!

J'aurais voulu que tu m exphquasses et comment la lettre de mon père t'est parvenue d'après l'acddent de

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DU DONJON DE VINCCNNES. ^iÇ

ton slbhem, ot qui te Fa donnée^ et n on Và lue^ et A

tu l'as adressée par la vole droite au bon ang^e. Il me jsemble que si Ton t'a remis s^m dUriculiéa uae kitre ouverte et si^ée de mon wm^ c'est que ta mère avait prévenu qu^il devait en venir une. Au reste, mon père ne 86 cadie du tout point dans sa çQrrespoudanceaveo die» Je crois que^ si ta saisis bien cette occasion , ta pourras faire insinuer à ta mère plusieurs choses qui te seront utiles^ car enfin mon père ne peut paa être ansâ déraisonnable qu'elle sur Ion affaircvel i) me seni'^ ble que lu as plus d'une bonne raison à alléguer contre les plans de réconeîliation qu^n t'a proposés^ Nem'en» Yerras*tn pas copie de la réponse que tOLaiiraa fiâte i mon père ?

J'écrirai demain à mon onde^ et> a'il n'avait pas plu à Dupont de me &ire attendre un mois cette lettre^ il

y a un mois qiVelle serait partie. Je 3ui9 persuadé que ce bon et respectable Bailli m'aime^ et souffre de n'o^ ser me le. dire nettement. Le pauvre chevalier a couru le risque d'expier bientôt sa détectable perfidie* Q^^ pendant il est apparemment gnién, car Dupont ne m'en dit pas un mot. Tu es bien bonne de t'affeoter des sales mensonges d'une telle espèce. Le premier élément de tout homme qui connaît un peu les femmes^ c'est qu'il n'y en a de sages que celles qui sont tendres 5 et que la galanterie^ qui mène tout droit à ce vil trafic appelé passade^ est précisément l'extrémité opposée de la ten* dresse .

Mais; mon amie^ il y. a à peu près cent mille ans que je t'ai dit de demander toi-même à Dupont son nom*

Que ne l'as-tu fait? Pour moi, je ne veux plus lui demander quoi que ce soit. Cet homme a démenti l'opi-

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nion que j'avaid de lui, et je yeux enrayer sur les obln

gâtions même les plus simples que je pourrais lui avoir.

FouteUiau devait aller ces joura à la Barre-Saiot- Denis, et en avait déjà la permission ; mais il Ini est venu un tel torrent de maladies qu'il est exactemeat vrai qu'il n'a pas un moment à lui. Cependant il me fait toujours espérer qu'il ira incessamment. Cette petite morveuse me parait en effet très-résolue et trèsfamilière ayec les hommes. Cela lui passera^ mon Dieui cela lui passera ; mais c'est précisément alors qu'il y faudra prendre garde. Ah 1 Gabriel-Sophie sera sensible et tendre^ puisqu'elle ressemUe à sa mère^ et ce n'est pas cela que nous voudrons jamais l'empêcher d'être.

Adieu, ma Sophie-Gabriel I voici tout ce que je veux

te dire ; d'abord^ parce que c'est bien assez pour une convalescente ; ensuite^ parce que> jusqu'à ce que le fil de notre correspondance soit renoue, je ne veux pas trop m' expliquer sur tout plein de choses f eniin^ parce que j'ai encore beaucoup à écrire, beaucoup de mal auxyeux^ et que je suis pressé d'expédier mon paquet, afin que le bon ange ait le temps de hre mes papiers et de les faire partir mardi. Apprends-moi le plus tôt que tu pourras, chère et tendre amante, que tu es tout-a-^aitbien, que tu as recouvré ta santé, ta beauté, èt que Famour circule toujours avec ta vie daps tes veines.

Surtout point de médecine, la fièvre passée; c'est

* le moyen sùi' de la redonner; seulement des fébrifuges.

Je te renvoie la lettre de mon père. .

GA£ilIËL.

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LETTRE GIX.

A LA MJÈME.

Notre Jbon et 8à(re ami n'a pas tort de t'exhorter à la patiaice, ma tendre Sophie; car^ontre qu'on exerce un peu la nôtre ^ et que la mienne n'a pas besoin d éue décourag^ée, l'impatience n'est bonne à rien. Ed. vain mon [rrand-père disait-41 que la patience est la vertu des cocus et des dues; elle est souvent une philosophie très-nécessaire et une politique fort utile. Le yrai^ mon amie, est qu'ils sont dans nos filets, et. s^ débattent en vain; il n'est pas possible qu'ils nous échappent; nous sommes au bout^ ne gâtons pas la pi-* pée par une finisse démarche. Je ne puis te dire rien de nouveau puisqu'il n'y a rien de nouveau, si ce n'est que mon père ne veut aucun accommodement avec ma mère; ce qui me dânontre très^bien que celle-ci perdra inlailliblement soji procès ; je n'en ai jamais guère douté. Je sais comment les procès se per<dent et se gagnent. Quel que soit le résultat de celuici; il sera bien triste pour ma famille^ et surtout pour mon cœur.

Tu as tort de croire que j'eusse été à Pompignan sans lettre de cachet. Cela ne se peut absolument point, tant que i'aifairede Besançon n'est point arrangée. Mais tu te trompes si tu imagines que rien en ce genre ne coûtera que le premier pas. Laisse-moi franchir le. seuil ^ et sois tranquille sur tout le reste. Ce qui est beançpup

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2l8 LETTRES ÉCIUTES

plus redoutable qae le château de Yeuce, c'est le

vojage que lu dis, et il n'est point du tout sûr encore que je puisse l'éviter : j'en serais désolé^ et je n'en témoîgfnerais rien, ce qui ne serait pas le plus doux de la chose; enfin ne nous tuons pas la vue à percer m brouillard qui va se dissiper*

Pour toi, nous verrons; nous avons des vues^ et tu crois bien que je ne lâcherai pas prise. Quant au Marville, suis à la lettre les instructions de ta mère^ sois très-honnête, très-polie, nullement rancunière de platitudes si au-dessous do toi; ne lui parle point la première d'afFaires ; mais s'il t'en parle, discute sans chaleur aucune, ferme dans ton opinion^ d'ailleurs pa« raissant reconnaissante de tout, on ne saurait plus oon* fiante dans les bonnes intentions de tous ces personnages, mais pas pressée ; et laisse bourdonner toutes ces mouches du coche. Quelqu'un de ma connaiasanod me contait un jour qu'ayant un rapport à faire à Versailles, il était couché chez un baigneur, et dormait d'un profond sommeil, lorsque tout»à-coup il s'entend éveiller par une voix très-sonore, qui se met à crier :

boire au roi. Mon homme prête l'oreiUe. L'instant d'après, à boire au roi d'un ton plus grave ; puis un peu plus fort, puis les mots traînés. Enfin cette voix s'étè?e, crie encore plus haut, tousse, crache, s^égosills, et toujours^ à boire au roi. Mon ami (suppose que ce soit m.oi) ne pouvant comprendre ce que cela veut dire, je fiiis sonner ma montre; — Deux heures et de*

mie du matin Que diable!... à cette heure-ci

à boire au roi. Le grand couvert est fini il 7 a longtemps. Qu'est-cecpic cela veut dire ? Je frappe du poing contre la cloison. Chez ces baigneurs, les chambres ne

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sont séparées que par des volig^es jointives ; on s'entend comme si tout n'çtait qu'une chambre. Le voisin étsit cette voix. Il s'aperçut bientôt qu'il avait réveillé quelqu'un. Il sort avec sa lumière^ et;, du ton le plus empressé, cogne à ma porte^ que je suis obligé d'ouvrir en chemise... Hélas I monsieor^ me dit ce voisin , vous m'avez donc entendu ? — Qui diable ne vous entendrait pas^ monsieur.'* Ah I monsieur, que vous o> me Élites de plaisir! je vous ai réveillé, je vous der mande excuse : mais, avant de crier après moi, dai- '^^ gnez m'entendrez — £h ! monsieur, qu'avez-vous ? que vous est-il armé? ïe n'ai pas l'honneur de vous connaître... (Je crojais que cet homme était fou.) — ^ Monsieur, je viens d'acquérir cette semaine une charge' ii^ chez le roi. Je suis commensal. Mon cousin Fofficier * achète la charge de grand-queux, mon neveu celle de ^ hâteur, et on nous en of&e une de tourne-brochier. S' Mais^ monsieur, je sens bien que c^est moi qui ai la ^' plus délicate de la famille, la plus difficile à exercer. i £lle ne dépend pas seulement de ma bonne volonté, }: j'y ferai de mon mieux ; mais songez donc, m Ton ne i répond pas, si l'on n'apporte pas à boire au roi, que t puis-Je faire? Je n'ai pas par ma diarge le droit d'ap' i porter à boire. C'est le ^^obelet-vîn qui remplit cette i honorable fonction.... 11 est vrai que le gobelet-vin ne f peut se mouvoir que sur l'ordre que je lui en donne... ( j'ai bien l'action ; je commande par mes provisions ; mais le gobelet-vin a le pouvoir négatif. Il ne peut pas remuer, et la puissance aetive ne réside pas en ma per* sonne. Si l'on ne m'obcit pas^ si l'oti ne m'entend pas, si i on feint de ne m'avoir pas entendu, il faut que je vende ma diarge; ma légitime y est, je n'ai que cela *

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»20 L£TTK£S ÉCEITES

pour vîvre, je ne puis la vendre qu'à perte ; j'ai doimé un pot-dcrvin qui sera perdu j me voilà ruiné, et, ce qui est bien pis, déshonoré aux yeu£ de ina Jaimife

Je n'aurai pas eu le talent de remplir mes fonctions, tandis que mon parent le hàteur, mon cousin le grand? quetisc, exercent depuis quinze jours les leurs à la éi^ tisfaction de tout le monde. J'ai été tantôt au p^rand couvert^ j'ai bien étudié le son de voix de mouymr àeuv, voilà mon diapason. J'ai bien le ton ; mais j'ént^ dimanche; et croyez-vous, monsieur, que d'ici là je puisse apprendre, saisir, réussir, faire ce qu'il fautFvivi ^ boire au roi! c*est-îl bien? Vous allez peut-être sou* vent, monsieur, au grand couvert, faire votre cour; ah! daig^nezme le dire : A boire au roi! c'est-ilassez haut?;»* Enfin, vois-tu.' cet iioaiiue se Jcsespérail, s'égosillait, s'enrouait, était hors de lui-même. Je le calmai. «ive.c beaucoup de peine; je cherchai à lui expliquer qp^ces charges tenaient beaucoup plus à l'étiquette qu'à la nécessité intrinsèque de leur exercice ; que des ministres avides ou embarrassés avaient imaginé, dans dés temjps difliciles, tous ces pelîts moyens pour se procurer de modiques ressources, et qu'on avait travaillé en finance jusqu'à Féliquetle ridicule des cours; qu'il pouvait dormir tranquille, parce qu'à sa voix ou sans voix, le service du gobelet-pain ou du gobelet-vin se ferait avec ou sans la concurrence du commensal-juré-crieur à boire au roi, — Comment, naonsieur^ me répondit cet homme, vous croyez que cela se peut comme , cela ? Vous croyez que la boisson du roi mon maître est indépendante des fonctions bien ou mal remplies de la charge dont les bontés de M. le grand-maitre viennent de me revêtu!' Comment.... — lih! oui,.moji6ieiu^,je

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le crois etj'en suis très-sûr. Cet homme entre dans des transports de joie ; il me remercie mille fois^ il m'assure que je deviens sa consolation; qu'il en serait peutêtre devenu fou; qu'il va écrire aussitôt dans le Morvan^ où est sa femme^ et dans le Hurepoix^ où est son cher père, pour les assurer qu'il sera en état d'exercer sa place avec honneur^ et à la satisfaction de toutes les parties contractantes... Enfin je passai^ me dit mon homme, la moitié de la nuit à écouter M. le commensal, et je maudis Fétiquette. Or sais-tu^ ma fanfan, ce que c'est que cette histoire Ce n'est pas seidement celle des Laurée et des Marvilie, et autres seigneurs enorgueillis d'être douze ou quinze fois sur l'almanach roj^al^ c'est celle de tous nous autres humains^ plus ou moins ^ selon que nous avons plus ou moins d'esprit Mais de tous un peu^ nous regardons notre individu, notre influence^ notre chose, conmie infiniment importans*

L'étourderie de Dupont, relative aux femmes du château, pourrait u ès-bien me priver d'y rester j car madame de Pailljr a trouvé très-mauvais que l'on craignît pour moi cette sorte de dangers. Que veux-tu que je te dise.^ le Rougemont avait tourné la tête à Dupont, et c'est de la meilleure foi du monde qu'il croyait et qu'il croit encore un peu que le château sera en feu le jour où jy entrerai. Eh! mon Dieu! que ces gens-là connaissent mal le véritable amour I Sais^tn ces jolis vers?

Que je sait Bien Tesdare du démon!

Et vers le mtH qne mon ftme est encline!

Je me croyais un saint; mais, qiiand je m'examine^

Te vois avec componction Qu'en moi tons les péchés ont déjà pris racine.

Je suis gounnand, et c'est nn fait certain;

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Je dérore le firait q&*aiira toadié U main^

Se le savoure avec délice.

Je m'accQse aassi d'avarice :

Le mban qui servit à nouer tes cheveux

Est mon trésor ; je le couve des yeux.

Si d'oii regard Églé me favorise, Je ressens aussitôt un mouvemeat d'orgueil :

Au-dessus des humains placé par ce coup-d'oûi^ Je les affronte et les méprise.

Je ne pense jamais qu'à toi; De cet unique soin je m'occupe sans eesae^ Et, si je m'y connais, c'est là de la paresse. Le bonheur de ton chien est envié par moi; Je sens contre un rival une colère extrême.

En voilà six, bien proscrits par la loi.

Kgle^, crois-tu de bonne foi Que je sois exempt du septième?

Voilà^ ma chère enfant^ ma confession, ma vraie confession ; je suis capable et coupable de tous ces péchés, mais seulemeui poiu^ toi. Au reste, tu Tas coulé bas, le pauvre Dupont, et ton sermon sur les purga-

tions est charmant : je t'en remercie, tendre et charmante amie.

Tu as tort de croire que Dupont ne me désire point

au Bois-dcs-Fosscs ; il m y désire merne vivement, car il m'aime et prise ma société, attendu que je sens bien tout ce qu'il vaut (et il vaut beaucoup)^ et que même, au besoin, je lui laisse croire qu'il vaut encore phis : car pourquoi mutiler le bonheur de son ami, quand la vérité ne lui servirait qu'à détruire^ et pas même, mais à contrarier une charmante illusion? Au reste, entre toutes les obligations que j'ai à cet excellent homme^ en ce moment je doî^ sciuir vivement le sacrifice qu'il me fait de ses affaires^ en restant à Paris contre vent et marée^ jusqu'à la décision de mon sort, de pem* de donner prétexte à de nouveaux délais.

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DU DONJON DE VINCENNES. ftftS

Je ne t'ai point parlé de ma smté, parce qu'eOe m

tracasse, à raison de Fagitation morale^ sans être séneudement inquiétante : j'ai eu^ il y a quelques jours^ un vif ressentiment de néphrétique^ qui parait être la rente que me paieront désormais les premières geléesj à^a suite de cela, deux accès d'une sorte de fièvre bilieuse^m'ont mis à la limonade cuite^ pour toute nourriture. Je suis guéri, et heureux d'en être quitte à si bon marché, car cette saison a vomi les maladies en foule.

Pour toi, mon ange, tu fais bien de continuer un peu la ciguë, si tu aperçois un changement ; mais ne

laisse point grossir les doses; Ton se blase, et Ton mine sa constitution. Quant à tes yeux, de Teau-de^vie et de Feau, peu de travail à la lumière, un jour doux et du sommeil^ et je le reponds qu'avec les beaux et bons jreuxque je te connais, tu verras très*clair jusqu'à cent cinquante ans.

Tiens ^ madame la vierge maculée^ voici ce dernier ouvrage qui est livré; puisse- t-il t'amuser ! Tu me le renverras, entends-tu? carjen'enai point de copie. Comme mes citations sont très-exactes^ lu verras si ces gravelures sont de mon invention, ou si les livres saintscontiennent réellement des choses très^singulières. M. Boucher ne m'a encore envoyé qu'un exemplaire de mes contes j mais il m'en a retenu douze. Je le prie d'en joindre un à celui-ci, et je joins Ferrata des principales fautes, que tu corrigeras à la main \ je le joins, dis-je, manuscrit, dans le cas où l'imprimeur ne l'au-* rait pas fait imprimer.

Linguet est en effet arrêlé, mais je ne sais où il est « Au reste, cela est vieux comme les nieiB ; est certain

qu'il y a de la démence à être reyenu^ lui et tous ses

papiers, dès qu'il n'avait pas de sûreté que sa liberté serait respectée. An reste, c'est un être bien peu intéressant^ et qui dans le fait, beaucoup plus de perversité et d'impudence que de talent^ sa verve, qui est son principal talent, et peut-être son unique, est empreinte de tous les vices de son âme.

Adieu, mon épouse et ma vie. Je suis bien fâché jiè n'avoir rien de positif à te dire sur ton impatience, n^ais tu aurais tort de regarder comme vagues, et même comme reculées, nos espérances. Il est impossible que les délais se prolongeiu plus loii(^-temps; on le sent si bien au Bignon, que Ton n'y écrit plus, ce qui est assurément avouer que l'on est court de raisons. Je croisbien qu'au fond mon père et ma mère sont les seuls qui aient vraiment quelque bonne volonté; mais ils sont tous trop avancés; moi ne leur donnant pas prise^ ils ne peuvent reculer, et c'est tout de bon et bientôt que sera délivré ton Gabriel, qui t'adore.

Gabriel.

i3 novembre 1779.

LETTIiE GX-

A LA MÊME

19 noyembre 1779*

Si les deux dernières lettres de Dupont t'ont fait plai'

sir, ma tendre amie, il se pourrait, sans miracle, que celles que je joins ici t'en fissent beaucoup moins. Ce

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DV DONJON DE VINCENNES. âaS

n'est pas qa'an fond il n'y ait de la noblesse et même

des choses bien vues dans son plan; maïs, peu payé jusqu'ici pour m'enthousiasmer de sa bonne foi et de sa véracité^ je trouve plus que possible que cette pro* position Joice de raccommoder mon père avec ma mère^ ou plutôt ma mère avec mon père, ne soit le Toile qui nous dérobe une bydre nouvelle de chicanes €t (le délais. La proposition en soi est selon mon cœur; mais quand j'y réfléchis, je la trouve si absurde, que j'ai de la peine à croire qu'un homme qui connaît bien la domesticité de mon père m'ait écrit de bonne fbi^ vous devez réussir. Que M, Boucher, qui joint à beaucoup d'esprit beaucoup d'amidë^ de zèle^ et un g^oât de conciliation qui perce dans toute sa conduite, que M. Boucher^ dis-je, qui, touché de mes maux^ et persuadé des injustices dont je suis la victime^ au moins autant que de mes fautes très-exagérées, ne croit pas, en tâtant son propre cœur^ qu'un père puisse haïr^ me mande^ comme il l'a &it, que ce plan est dès longtemps le sien; je trouve cela tout simple, surtout lorsqu'il m'ajoute : JN^ous n'attendons que des circonstances fevorables; ce qui s'appelle avouer naïvement que jusqu'ici elles ne lui ont pas paru telles; mais que Dupont^ qoi n'ignore pCHut qu'en 69^ 70^ 71^ 72, ma mère a fait aux conditions les plus raisonnables l'offre de l'espèce de traité que l'on veut que je lui propose aujourd'hui, et qu'elle a reçu depuis les outrages les plus sanglans, qui n'ont pas détruit le souvenir des premiers^ que ce Dupont, qui sait cela, me montre maintenant une négociation si épineuse comme la seule avenue honorable qui puisse me conduire à la liberté^ mon premier mouvement, quel qu'il puisse être, ue VI- i5

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«aniciit préveiur la r^fUsion rapide qui me montre iimr t6t ce soweau plan comme m ômple joujou dont on veut m'endormir^ ou comme une proposiÛQii trè^ issétmét de la part de mon père^ inquiet des mouvep

mens de ma mère, laquelle proposition ne devait pas m'étre pré;»entée par im homme qui se dit mon ami| iH^xome une idée partieulière à lui, qu'il vent me bm adopter. Ce qu'il y a de bizarre, c est que, pour me prouver combien il est nécessaire que je mette en avant tontes mes forces pour parvenir à ce but qu'on me ]XU>ntre^ on ne me paile que de l'obsession de ma mère^ menée par madame de Cabris et ce scélérat de Briant* çon, et de toutes les conséquences de ce triumvirat, dont il doit résulter ma ruine* Je ne sais si tout cela aubsiste encore^ et je ne devw pas le présumer, d'après les satires sanglantes que ma mère m'a adressées en Ilollandâ contre ce vil couple; mais je sais que Ton ne me fera pas &ire la moindre démarche dans la seule vue de garantir une fortune à laquelle je me ëuid àh& loog'-tempe refusé tout autre droit que ceux que ym^ drait m'y donner ma mère, qui me doit peul-êU'e quoique amitié et quelque estime, mais qui ne me doit qua cela. Je sais de plus que, si la Cabris et Briançon eut conserve quelque ascendant sur ma mère, il est fou de croire que la proposition dont on me charge pourra I réussir. Ehl grand Dieul n'y a-tnli done pas encaie assez d'obstacles sans celui-là? Ma mère, pauvre mère me ^disait eu 1 770 ; a Yolf a piàre m'a empoison^ 11 née âe«it fois pour me &ire avorter. Et de qui était* » il jaloux? de son frère. Votre père m'a donné troi^ D foîaïajimal honteax; votrepère a dissipé ma forttuie, » m'a sacrifiée à des courtisajuies, 4 meâ iemmes, m'a

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nf mlé^ à leur vQhmé^ m <lân« rin^îg^Da^j >i moi ]a mère de onze enfàm^ moi qvA loi aî ioxmé

M 5q,ooo livres dq reiitCt U JQ^e déchira pwT ciJoW"

A» nies le« plus «Kocea^ ^% 00 qn'U dit de moi 3ermt )) core atroce à dire^ quand ce ne seraient pa^ des ca*^ >; Ipmuieâ^ voilà le dont i) paie m ardei^t, smom n que j'ai senti pour lui pendant dou^e anjp ; tout Pmi^

» m'en est témoin j des services essentiels et rendue )} avec tou( le zçle pois^il^Ie, depuis que ses prpQedé^ » ont banni toqt amour de mon cosiur; ma foUe com^

» plaisance à me prêter à son dérangement^ et à m'eu^

)) {jager pour lui. Maintenant il m'gte 1^ d^i)m da n l'héritage de ma mère, me diiipute mes biens para-^

» phernaux, refuse de tenir la couyenilon qu'il a signée. }) Je lui propose de vous assurer tout mqu bien p^ » une donation, après laquelle il ne pourra plu^ çrai^-t )) dre que je le dissipe; je le lui propose au pri;^ de Xi i O;0oo livrejs de rente qu'il m'a pronûs de tou t tempi }i après la mort de ma mkpe; promesse rédigée dan9 nn » bdlet que j'ai de lui^, de 1 J^ooo livres de rente après sa mort, de 24^^*^^^^^^ d'argent canipta^t, e( dê » 7 5; 000 livres à disposer après moi; il se relîise è » tout, il demande et veut en mêpie temps iai^e la loi.

i) U o^i^ tient daojs la n^ère^ Pt Proit pie subjuguer par ^.là, Je plaidisrai. i> lie m'y apis opposé Ipug^temps^ je m'y serais opposé tQjujours et avec sucpès, si mon père

pfi m'avait pas enfin réduit k voir de sal^t poujc moi

et pour ma mère qpie dans le gain de ce procès, qu'au dirç de xoi^s Im bpnnêtes geps ejie ne, pouvait fofi perdre.., Je ne ferai nulle pbservatipn sur çe t^U^ifi discours que ma mère me tenait en 1770; mais enfin il ei^deuotAriété publique qu^j» depi^S;, le reâ$ej;i,timent

a été porté entre elle et mon père jusqa'à la pins extrême

violence; qu'ils ont attaqué réciproquement leur réputation et leur honneur; que ma mère a été obligée d'obtenir^ par des arrêts, des provisions, de faibles proviâfotis pour vivre, et que, peu de jours après où elle a perdu ce funeste procès, elle s'est vu arracher sa liberté, et traîner dans un couvent qui ressemble beaucoup à une màiion de force... Et c'est cette femme qu'on veut que j'amène i se livrer à la merci de mon père! Di^moi, Sophie, n'est-ce pas vouloir me brouiller à jamais avec cette femme?«....Je le pense, je l'avoue. £h bien I je me serai sacrifié encore une fois moi-même; car je faû ai écrit... Mais pourquoi?... parce que je pense qu'au fond ce conseÛ est le plus sage qa'on puisse lui donner, et que je ne veux pas que, d'un cété, l'on puisse dire que je me suis refusé à inspirer des mouvemens de condliation à ma mère, et qu'ainsi je n'atteiids qae l'époque de ma liberté pour intriguer avec elle; et je ne veux pas, de l'autre, avoir à me reprocher qiie la crainte de déplaire à ma mère m'ait empêché de la servir. Voici cette lettre, et c'est la plus difficile que J'aie écrite de ma vie. - t • ^

d Si je ne pensais qu'à moi, et ne sentais qnépflM » moi, ma très-chère maman, je serais horriblement » las de lutter contre le sort. Malheureux depuis mon » enfance, quelle que puisse être la cause d une si lon- » gue infortune, et soii que je doive me l'imputer uni* » quement, ou en rqeter une partie sur le destin, au- » quel on n'échappe point, rien ne m'a réussi; mes » ÊLUtes les plus légères ont eu des suites plus funestes >i que les plus graves d'un autre ; mes lEautes essentielles » m'ont perdu 3 mes bonnes actions ont été travesties

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DU DONJOK DE VINGENKES. 229

» on méconnues, l'ai été accusé de tout, et de cela

)) même dont, par caractère, instinct et principes, je ,» suis le plus incapable : enfin, né avec quelques talens » peut-être, avec le goût de la vertu, avec un cœur » honnête, une constitution forte, un nom, l'espoir » d'une assez grande fortune, je me vois, à la fleur de » mon âge, à peu près imbécile, chargé de &utes, » perdu de réputation, infirme, presque aveugle, iu- » digent, captif, misérable dans moi et dans tout ce » qui m'est cher..... Vous conviendrez, maman, que si » j'étais égoïste, je n'aimerais pas la vie. Mais je ne le » suis point, et les objets de mon affection, entre les- » quek vous tenez, conmie il est juste et simple, une » des premières places, me sont plus chers que moi* }) C'est donc de vous queje vais vousparler» Maman, ma » chère maman, écoutez un fils que vous aimez, qui vous » chérit, qui vous révère, qui a cherché à vous le prou- » ver à tous risques; qui, dans la plus affreuse des so* » litudes et l'adversité la plus continue, a eu le temps » de réfléchir sur lui, sur vous, sur les iaits, et les choses, et les personnes; qui donnerait son sang n pour sa mère; qui, dans les fers, ne demande d'à- » doucissement que votre bonheur.

, » Ce bonheur tient à un point unique, la paix ré^ » tablie entre vous et mon père; et c'est là tout l'objet . » de ma lettre.

D Daignez m'entendre, ô ma mère! ne me jugez pas » daiis un premier mouvement. J'ose me dépouiller » presque de la quahté de fils, et jçisquer de vous dé- II plaire pour pouvoir vous donner, dans toute son M austérité, un conseil qui vous est nécessaire : et croyez » que j'ai bien réfléchi ce que je vais vous dire^ croyez

â30 tËtTKES EGÏLITËS

)î siiftôtit que volts ne recevrez de hltl autre que de » moi uu avis franc et courageux. A Dieu ne plaise que n Je là'abdsse à une sàtire personnelle contre des gens » ttop punis de leurs fautes, quelque énormes qu'elles I) soiènt ! Mais \é vous dois de yotis diré que ceux qui » m'ont perdu (et vous le savèz, ma mère, que c'est » par eux que je le suis) vous perdront aussi; que leur » but n'est pàs^ îie iiii jamais, de voud aider, de vous » consoler^ de vous servir ; mais de se servir de vous, » et de vous engager dans une guerre funeste et iné- » galé^ ôfi vous n'auriez triomphé que pour éux, et >) dans laquelle, Vaincue, vous avez été abandonnéepar i} eux, après en avoir été trahie. Daignez vons rappe- Il 1er les événenienft qui se sont passés pendant mon » séjour en Hollande, et ce que vous-même m'en avez

écrit; les délations, leM calomnies, les mémoires ar- )) rêtés, les contes abominables dont on a souillé vos >i oreilles, les diffamations sans nombre contre vous , n eonti*e mon frère, contre moi : tout cela approfondi )) (et je n'en ai que trop eu le temps)^ j'ai trouve la » trame la pltis noire, ourdie par la plus perverse mali- » gtiîté, par l'improbité la plus yile^ par la cupidité la » plus dénuée de toute pudeur, de toute pitié.

» Hélas ! où vOuS ont-ils conduite ces conseillers per- » fides?.... Maman, je pleure amèrement sur votre » sort, je pleure sur votre bonté trompée, je pleure ft suif léft âft^edfs de NTotre imagination trop sensible, M qui, embrasée par nii cœur brûlant, comme tous les » bons cœurs, vous a égarée dans vos vues, vos opi-

nion^l 61 tos démarches. Ici je pOttrfàis, ma mèife^ en » vôufi peignant et vos infortunes et les miennes, vous

démontrer titop bien què vos projets de gilerre ont

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DIT DOHJON DE TIlfCEinfES* s3t

n été mai combinés ; mais ce tableau me coûterait trop n à tracer. D'ailleurs^ les circonstances me g^ênent : je » ne puis pas vous dire naïvement tout ce que je pcnse^ » parce que la prudence^ le respect^ l'amour filial et » l'honnear m'empêchent également d'y mêler ce qui » pourrait vous en adoucir la salutaire amertume. Mais n je puis et je dois vous faire observer ce qui est évi-« n dent de soi ; que les hostilités nous ont été fimestes » à tous deux^ et qu'à quelque cause qu'il vous plaise n en attribuer le résultat trop incontestable, il est pea » vraisemblable qu'elles cessent jamais de vous l'être.

» Je vous dirai plus, ma mère.... Je bais, j'abhorre » toute espèce de despotisme^ je suis trop pajé pour » sentir ainsi ; j'ai fait preuve de courage et de liberté » d'esprit dans les fers, c'est-à-dire dans une situation » contre nature, et qui brise l-âme même la plus forte. » Je ne puis donc vous être suspect ni de pusillani-

» mité, ni de fausseté, ni de flatterie..* £h bien!

I) mon père, que je ne dois pas juger, mon père, que w vous avez aimé^ que j'ai toujours aîmé^ quelquefois » même malgré moi^ que j'aime par instinct, outre le » sentiment que j'ai de mes offenses réelles et très-graves » envers lui^ sentiment qui me force au repentir et à » toutes espèces de réparations..., mon père n'est pas n tel qu'il vous est trop pardonnable de le penser. Je » sais qu'il se prévient aisément ; je sais qu'il saisit trop » facilement les impressions défavorables ; qu'une fois n conçues, sa tête de feu les porte dans leurs coiisé- » quences aussi loin qu'elles peuvent aller; et que cette ») marche trop active le conduit à l'injustice; mais en* mon pèfe<a l'âme noble et le cosnr sensible. Cela, » je vous le garantis sur ma vie, parce que j'en ai

aSs LETTRES ÉCRITES

» la preuve. Toute guerre longue peut irriter sans j» doute^ accroître les préventions^ aigrir les ressenti- }) meos; mais elle fatigue un bon cœur... Hélas! peuf n sez-vous donc qu'il ne soit pas malheureux aussi^ cé » vieillard chargé d'années et de maux, isolé de plré^ » que toute sa famille mutilée^ qui voit sa femme^ sa >i fille, son fils dans les fers, son petit-fils mort, sa mai- » son à peu près détruite, une vieillesse triste et soli- » taire s'avancer sans dédonoonagement, sans compen- » sation?... Ah! ma mère, je suppose qu'il nous ait » haï..., on ne hait pas toujours. Ce sentiment doit liii » peser chaque joiu: davantage, et je gagerais ma vie )i qu'il porte dcms son sein le désir d'une paix honorâ- )} Lie. 0 ma mère! daignez vous y prêter, au lieu de » vous en éloigner, ce qui ne peut que l'en écarter » aussi. Soyez généreuse autant que vous êtes dig^ne, » autant qu'il est en vous de l'être. Vous avez à pardonn ner de longues persécutions, de longs malheiûs^: fap- » donnez-les. Vous êtes faite pour croire à la vertu : » mettez hien au-dessous de vos pieds des propos exa* 1» gérés, sans doute, des calomnies dont les délateuis » sont peut-être les seuls auteurs tous ces fantômes » de discorde qui blessent davantage que les injures » les plus réelles. Songez que vous avancez dans la » carrière que vous a destinée la Providence, et qu'il » vous faudra combattre peut'-étre jusqu'à voue der- » nier soupir, dans l'espoir au moins très-incerl^ » d'une victoire toujours cruelle; tandis qu'en vous » çondlîant, vous, vous prépareriez encore de beaux V jours, et surtout le plaisir flatteur, doux et consolant » de guérir les plaies de votre famille. Je vous le r^ p pète : mon père est noble, il est fier : intéremzîflft

» gloire^ prenez-le ppur juge dans sa cause » et, de » deux choses l'une^ ou, comme je le crois, comme » j'ose presque vous en répondre, il en usera plus gé- » néreusemeui avec vous, dans tous les sens, que vous » ne pouveas vous y attendre, et qu'aucun tribunal ne » ferait^ ou il vous donnera, par un refus que je ne » devinerai jamais, beaucoup d'avantages. Tous les » procédé seront de votre côté; on ne pourra plus )) dire que vous vous laissez conduire à Tav eugle par » des gens qui ne veulent que la désunion et le dépouit D lement de votre maison.

» Pour moi, ma mère, moi qui ai vu fuir dans des » prisons les plus beaux de mes jours, moi qui n'es- » père plus une longue vie ni un bonheur pur, je me » croirai cependant plus que pajé de mes maux si j'ai » contribué le moins du monde à rétablir la paix entre » les auteurs de mes jours. Je sais, je sens^ je vois qu'il » serait plusieurs mojrens pour que cette paix fut mon }) salut, et pour que ce salut même en fut le sceau et » le gage. Mon père ne me préférera pas volontiers, au M moins je le crois^ aucun de ses enfans, parce qu'au » fond il ne me croit pas un homme pervers, ni peut- » être même un homme médiocre. U a raison ; je ne » suis point médiocre par le cœur^^ et je vaux par le » courage. Le prindpal fruit de ce courage est aujour- » d'hui d'avouer à moi et aux autres mes torts, de » vouloir constamment les réparer. Ainsi je ne de- » mande rien autre chose pour moi que la possibilité » de le faire. Votre bonté sera plus féconde et plus éten- » due que mes désirs. Mais je n'ai voulu, je ne veiix » que vous montrer ce que je crois la seule avenue ho« » norable, courte et sûre, qui puisse vous conduire à

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'i34 LETTRES ÉCKITES

» la tranquillité et à la liberté, sans lesquelles il n'est » point de bonheur... Eh, grand Dieu ! que g^agnerez- }} vous à d'éternels procès> dont le succès même, tou- 3» jours si problématique, est un tourment?... 0 ma )) mère ! que je puisse encore une fois me trouver dans D VOS bras ! arroser de mes pleurs, mais de pleurs doux, n tendres et salutaires, vos mains maternelles, et mt » dire : Infortuné et trop long-temps coupable jeune » homme I tu as eu un mourement bon et juste; ta » as désiré d'allier tous tes devoirs^ tous les senti- » mens de ion cœur 5 tu as désiré le bien, rintérêt, la j» tranquillité, l'union de tous les tiens : le Ciel a béni » tes intentions, tes vœux sont exaucés : maintenant; N vis ou meurs ; tu vivras ou mourras en paix, n

Voilà ma lettre, ma chère amie. Si tu l'approuves, quel qu'en soit le succès, je suis tranquille. Tu sentiras tres^aisément pourquoi je n'ai suivi qu'en partie le conseil de Dupont; il ne me convient point de prononcer le mot de donation à ma mère ; et je ne saurai jamais capter des .dons pécuniaires* Parlons d'antres choses.

Rien n'est si tendre que ta lettre et tes espérances et tés illusions mêmes. Chère amante, tout sentiment que produit ion âme respire la vertu, la tendresse et la douceur; et je suis encore à concevoir comment, avec èttte souples^ d'imagination et de sensibilité^ si je puis parler ainsi, tu peux avoir autant de force, d'énergie, dé ténacité. Ahl je l'ai* écrit il 7 a long'^temps, ton âme est sortie dés mains de la nature dans un moment de magnificence. Je me garderai de détruire tes espér^es^ que je partage; mais je voudrais voir plus clair que je ne v ois à la conduite de Dupont, que je crois

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DIT DONJON DE VINCENKES. û3S

beaucoup plus concertée a\ ce le Bignon qu'il n'est convenable, dès qu'il ne me le dit pas.

Je ris de la longue digression que t'a âite Dupont pour te dire le nom de sa ville et son âge ; j'en ris, dis-je, sans l'avoir lu : il n'aura pas manqué de te parler de ses rois, et même de su mère; car cét homme, qui fiait profession de mépriser la noblesse bcrcditaîre, et qui a tort, parce que des avances de considération ne sont jamais rien, répète avec complaisance que sa mère était fille de condition. Le vrai est que Dupont est un homme dé beaucoup de mérite; mais je commence à craindre qu'il ne s'en croie trop. Âuréste, il est excellent pour ce à quoi tu l'as destiné^ car son intég^rité est parfaite : je me console de ce que tu l'as traité un peu sèchement au sujet de la demande de sed lettres; avec deux mots tu l'amadoueras. Dis-lui qu'il me garde les tiennes.

C'est cinq mille et quelques cents livres qu'on a payées pour nous à Amsterdam, sur lesquelles on a été fort volé; mais mon père trouve plus commode de doubler. D'ailleurs i! me porte peut-être en li^ne de compte d'obligations pécuniaires et autres les frais de la poursuite que son coquin de Mouron et son non moins coquin de Brug^niçre ont faite de moi pendant près d'un an; alors il ne se trompe {juère.

Assurément quand madame de Ruffei t'appelle une femme galante, elle dit une atrocité bien absurde, qui tie persuaderait pas même de très-épaisses bétes. Une femme galante ne sacriiSe pas tout à un homme, elle sài^ fcrifie tous les hommes à elle : c'est être aussi ignorante dans la langue que dans les procédés; c'est être aussi

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vQement calomniatrice que platement ridicule, que de

confondrelâ tendresse etla galanterie, ou de les assimiler.

J!^on^ sérieusement f je n'y crois pas à cet accommodement, et le bon ange sait bien que je n'y crois pas. Mais cela n'empêche pas que je ne te conseille d'y donner les mains s'il y avait lieu à des conditions honnêtes/ parce qu'enfin je puis me tromper. Je croîs que Ton veut perdre ta fille, et t'éterniser^ toi^ dans une prison douce ; je crois qu'on te trompe ; j'en suis même sûr, et je n'entends pas qu'on trompe à bonne intention quelqu'un d'autant d'esprit que toi \ avec tout cela, qti'on me tire d'ici, et ils en auront le démenti. Patience donc, tout tient à ce point : cependant n'en néglige aucun autre. Si le Monnier &it un mémoire contre ta fille, j'en ferai, moi (non pas sous mon nom, comme tu crois), un à consulter, qui, je te le promets, rendra infiniment odieux les tyrans et les cupides Valdhaon.

l'a mère t'a mandé une aLsui dllé en te disant qu'elle ne te paierait plus pour ta fille. Ou cette iiiie est à madame de Monnier; et alors ton arrêt tombe de luimême, et tu peux faire danser les Ru£fei, Valdhaon, Monnier et consorts : ou cette fille est à mademoiselle de Ruffei, et alors ta famille lui doit, ou à peu près, une pension alimentaire proportionnée à l'état de la mère. Je les défie d'échappar à ce dilemme. Mais il est inutile de relever des phrases d'humeur, que de loin en loin, pour montrer qu'on n'est pas dupe; s'ils en venaient à réduire en pratique leur théorie barbare, alors nous verrions.

Tu as très-mal cru, si tu as pensé que je l'envoyais pour t'induire à retourner chez le marquis. Si telle edt

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m DONJON DE VINCENNES. ^JJ

\ écë ma pensée qae tu dusses y aller^ si^ par impoaûble^ j'eusse cm devoir te la commumquer^ je te l'attrais dit

jQiettemeût^ et je l'aurais motivée ; mais uon-seulement je pense comme toi sur cela^ et je trouve sans répliques les raisons que tu as alléguées, mais j'y en ajouterais mille autres^ et toi aussi^ s'il était question de plaider cette opinion. Cependant je ne me suis point servi, et ne me servirai plus sur cela de phrases tranchantes : parce que la première lettre^ où je te disais tout à cet égard^ n'a pas passé, et qu'ainsi il ne te &ut plus parler le même langage ; 2? parce que je dois, et j'ai assez de confiance à ton amour pour ne croire pas avoir besoin de grands efforts pour te maintenir dans des principes que te dictent également l'honneur et l'amour. Je m'abstiendrai donc de tout ce qui^ dans ma bouche, pourrait avoir l'air de l'animosité ou de Fintérêt personnel. Eh! quel autre ai-je donc que le tien? N'ai-je pas assez prouvé que je nous regardais comme les deux parties d'un même tout? et que ce qui peut te nuire, ou même te coûter trop, ne peut jamais me servir? Au reste, tout ce que tu me mandes sur ce sujet est plein de chaleur, d'éloquence, d'amour et de vertu; et si jamais on ic jxjiisse sur ce sujets je te le dis nettement, réponds ce que tu m'as écrit y et si l'on persiste, conclus hardiment que le négociateur a des principes odieux. VolLi^ ma bonne amie, la profession de foi de ton Gabriel^ et permets-moi de te dire que ta n'as pas dû la révoquer en doute.

Tu as très-bien fait de soutenir ton amie. Voilà de ces occasions où le respect humain n'est le Jârein que des mauvais cœurs. N'est-ce pas une grande hoireur qu'on oit choisi les premiers jours d'une attaque d'apo^

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plexie pour rechercher les preuves de rimbéclUité d'une

est comme devant? Yoil bien F^ime infernale de»

dévQt3.

I^e champ de mes âmes est d'azur^ la barre est d'or; la demi-fleur^de-lis (et non fleur^de-lis) est d'ar^ çent^ aussi bien que Iqs vases. La devise est juvat pie^ tas s les supports^ comme je te l'ai dit* Tâche qu'ils soient pitloresquement arrangés et vêtus. Je n'ai plus d'jreu^; sans quoi je t'enverrais un.croquisi Los de qualité prennent tous une couronne de dQC> parco qu'il n'est point de procureur qui ne porte celle de comte pu de marqui». Cette çroix de chevaUer> tu vois au cachet de mon père^ e^t la plaque de grand" commande^u: de Y^sa-

Je t'ai trop alarmée sur ta, fiUei J'ai vu depuis qaa le mauvais bon ange avait su sa maladie aussitôt, y avait envoyé Charles, et y aurait enyojrc son médepiii, pour peu que cela fut devenu sérieux. Il n'en est pas moins vrai qu'il faudra la sevrer après son inoculation j mais les mois coiirentj et pqus apporteront qu^qu^ chose de nouveau,

Ne doute point, m^i tendre amie, que dau^ tQUtes le§ occaâons où mes conseils te seront nécessaires, je m le les donne avec tout le zèle d'un amant et la naïveté d'un boa frère ^ mais il est inutile que je m'appe§4û-r tisse à te répéter des choses que tu sais aussi biea que moî^ et sur lesquelles nous ne pouvons pas avoir deux sentimens et deux principe, La tolérance du boa auge est très-grande, parce qu'il est notre ami 3 mais je ne yeuJik ni ne dois oublier qu'il a une place qui lie peut

pas être- à l'unisson de son cœur. Voilà pourquoi je

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'm négUge quelquefois d'appuyer sur des faits ou des perspù sonnes, dont assurément je ne puis que penser et dire fi 4 la même chose. Toi, ma douce Sophie, toi qui dai^^^nes

m'appeler ton g;uide^ et que je regarde comme mon ih témoin et mon jug^e, ne doute jamais de la franchise lie de mes moindres actions, de mes moindres discours, ifi surtout quand ils ont trait à toi. Tu sais qu'en général

je puis me taire, mais non pas me déguiser. J'ai de pins iji fait serment de penser toujours tout haut avec toi. Ah ! f ce commerce est si doux^ nous n'avons qu'une âmel \i Nous sentons, nous sentirons toujours de méme^ et li c'est mon bonheur^ et c'es^ ma gloire. Adieu, ma toute KL aimante Sophie^ qui te Tantes de ue pay savoir plaire^ i et qui, par un charme irrésistible, subjugues même sans y penser, et malgré toi-même, tout ce qui te connaît. I Adieu, chère amante. Je t'ai déjà vue doqner des sens I à la vieillesse, de la sensibilité à Findififérence, et de lactivité à la paresse; mais ce que je ne verrai jamais^ î c'est quelqu'un qui t'aime comme tou époux*

; GABEIEI..

Je t'envoie quelques pièces fugitives^ je t'envoie^ de

plus, un conte que j'ai imité de Ferrante Pallavîcîno, j qui a noyé quelques jolies idées dans un prodigieux ^ amas de concetti, de platitudes et de grossièretés. Dismoi comment tu trouves le mien.

Au nom de Tamour, soigne ta santé et ce maudit rhume. C'est ta poitrine surtout que je te recommande^ et tes nerfs. Use beaucoup dc6 gouttes d'Hoffmann et 1 du lait. J Renvoie-moi mon conte quand ta l'auras copié . i

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