‹ Lettres a SophieChapitre 11 sur 31 · LETTRE CXI · texte numérisé non relu

LETTRE CXI

A LA MÊM£.

i*"" décembre 1779.

M. Boucher m'envoie^ ma tendre Sophie^ ta lettre dont la brièveté ne me donne pas une haute idée de ta prétendue santé^ dont tu te loues en vraie fiuiÊironne^ et il a la bonté d'y joindre la lettre de ta mère, que tu lui as bit passer. Yoid les réflexions.dont il l'accompagne : <c Je vous envoie la lettre de madame » de Kuffei^ qui s'explique assez clairement 3 mais; quoi n qu'en dise la charmante et vive Sophie (je sois d'ao* » cord de ces deux épithètes), je crains qu'il ait i> quelque dessous de carte, M. de Marville a été chargé }> et a accepté de veiller sur l'enfant. Cette époque a » même pensé rompre toute correspondance; nous » sommes venus à bout de la rétablir 5 mais prenons » garde de la troubler. U me parait que madame de » Monnier, pouvant voir M. de Marville à Gien, devait » le charger d'arranger ce déplacement entre vous et » nous. Cette confiance le flatterait^ etc. » Je suis, quant au conseil^ absolument de Tavis du bon ange. Ce n'est pas que je voie comme lui un dessous de carte à une chose aussi simple que le déplacement de tafillc; dès que ce déplacement ne coûte pas un sou aux Kuffei ; mais il est plus sage de mener de front tous les intérêts; de se conciUer M. de Marville, qui, au foaJ;

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n'a point eu àe mauyaîs prcNsëdéd pour toi ^ qui est^ à ce qu'il paraît^ le principal nœud des Begociations réelles ou feintes des Ruffei^ et qui^ du moins^ est le point de contact entre eux et toi. En conséquence, suis à la lettre le conseil du bon ange. Si tu vois encore M. de Marviile à k réception de ceci^ dis-lui; si tu ne le vois pas^ ccris-lui que tu le pries d'accepter la marque de confiance de se charger du déplacement de ta iille^ pour lequel tu as l'autorisation de ta mère; mais que^ comme M. Lenoir est^ pour bien long-îcmps peut-être, le protecteur unique de cette enfant^ et qu'il a d'ailleurs sur ta reconnaissance des droits sacrés, que comme aussi j'ai tous les titres du monde, secrets à Ja vérité, mais non moins saints, sur cette eniant^ et que d'ailleurs ce sera moi qui suppléerai à l'excédant nécessaire que ne fourniront pas tesparens, tu espères qu'il voudra se concilier avec nous^ et que tu approuveras aveug^lément ce que nous ferons; bien entendu que nous nommerons la maison où on la placera. Je prie le bon ange d'aviser aux moyens de la faire inoculer secrètement avant un déplacement quelconque, parce qu'il lui faut le téton de sa nourrice. J'attends sa réponse à cet ^pard.

Je te dirai peu de chose de la lettre de ta mère, qui, je Tavoue, me paraît de très-mauvaise foi sur presque tous les points^ et fort déraisonnable sur tout ce qui n'est pas le déplacement de ta fille. Je ne sais si elle te croit aussi instruite que tu Ves; mais, si elle le croit en effets il fiiut qu'elle ait beaucoup de front, pour oser te dire que ton idée éternelle qu'elle te trompe lui paraît extraordinaire. Qu'elle la fatigue, à la bonne heure; l'on n'aime point à être deviné ; mais cette idée n'est

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point une idée; e'^st tout simplem^ une eoaviotioii t

car il est de fait qu'elle ne t'a point encore dit une BeuIe vérité dans ton affaire^ qui ne £At du moins altfiM rée ou mutilée. Ce n'est point le cas de lui ftire m

arirm^ pour t'avoir dit que ta ^uatura lté) pôuyait ^eligager dansta poiàtion. Mais^roi^itre que cettsaseeiii

tlon renferme évidemment un piège, il me semble qu'on çmbar^ras^rait une iemme aussi pieuse qu'elle^ en loi <Usant ; «Ma mère, il est donc honnête de signer ce » qu'on est bien convenu avec soi-même de ne pas H tenir, et d'appuyer ainsi un mensonge snr la Is^ie » de la loi. On peut être très-malhonnête sans contMH j|) venir à la loi,, et, même en lui obéissant. On peut M être infâme aux yeux de tous les honnêtes - {y w a j uii )) n'être point encore répréhensible à ceux de la loi. Si ce n'est pas de mentir que vous me proposez^ et de » promettre ce que je ne tiendrai point, qu'ai-jebaadii n de savoir que, dans ma position, ma signature ne » m'oblige point? c'est tout au plus une tmsskjài^^ï» » rien signer. » Je ne sais par cpielle magie les consoiâii^ ces di^votçs sont si souples^ mais la mi^iWê9.qui 11 est nen moins que pétrie de dévotion, ne çait etfteijdsmj^ aucune réponse à ce raîsonnement-là. Je trouve en* core qu'il y a beaucoup de diureté à limiter pour ma âlle une somme si modique sans qu'on pittSflie4a passer nous quelque prétexte que ce soit : de sorte donc que si e^Ue enfant iaisait une grande m^Udie, e0mlneL^^e vient à peu près d'en faire une, il faudndl^'flt nous étions dans rimposslbilité de suppléer à rargent-lliittei,

la metue d$iU9 w hôpital. Madîuôie de Auffeîal|ieiMl(^ la peine à imaginer, ou plutôt elle ne se dira jamafa quQ m^ UUç e^t aa peûier-ilUe. .t^eut-ètrûi'embauââser

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rait*oa «ncm^e lui denmtidÉiit qaèHes «ont ddnc les

&utes récentes auxquelles tu donnes pour prétextas leurs menaces? Je dis récentes | car^ comme elle écrit toujours^ il est apparemment question de rechutes; et l'on n'a apparemment qu'à Dijon de bons yeux et des principes sains : car part<mt ailleurs tu t'es acquis l'es* tîme et l'intérêt de lous les honnêtes gens^ et tu as conquis jusqu'à mon père> ce qui ne devait pas t^être chose âicile. Mais finissons ces épilogages; ce n'est pas d'aujourd'hui que mes annotations embarrassent la mère^ et je ne veux nullement vous aigrir Tune contie l'autre. Je Toudrais seulement que de tous les êtres le

plus faux, sans en excepter un seul, ne suspectât pas la franchise de la femme la plus remplie de naïveté et de candeur qui ait jamais existé. Je relèverai cepen** dant encore une phrase de son autre lettre dont tu ne m'envoies que la substance. Ces traités qui peuvent se faire sans ici ne peuvent me regarder; ce trait serait trop absurde et trop impudent. Je crois que cette expression annonce un plan de ton père^ que j'ai deviné il y a long^temps. Il fera^ s'il peut^ un traité avec M. de Monnier, par lequel il se fera donner à lui ou à quelqu'un de tes frères^ ou. a madame de ^if-^ fredy^ la confiscation de ta dot, à la charge par eus de t'en donner la jouissance subordonnée à leur volonté^ qui te la donnera ou t'en privera^ suivant la conduite que tu tiendras. Ceci est si bien d'accord avec la cupidité'^Ruâei et la dévotion^Monnier^ je ne doute pas que ce ne soit leur projet mignon* Je nû doute pas même qu'il ne réosirft fort aisément, m nous n'y mettions nulle opposition ^ mais c'est là que je les attends^ et ib venftmt qu'avec leur» airs deim^ret

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9l44 LETTRES ÉCRITES

de orédit^ moi^ qui n'ai ni crédit ni hauteur^ je les mènerai en enfans de bonne maison.

Le bon ange ne veut pas croire^ ou. du moins fait semblant de ne pas croire^ que le projet de Dupont soit concerté avec mon père^ mais en attendant^ il se conduit comme s'il le croyait ^ car il a suspendu l'envoi de la lettre à ma mère^ et je crois qu'il a fait en sage et bon ami. Nous avons attendu long-temps Dupont à Paris, et le bon ange comptait s'expliquer verbalement avec lui j enfin nous en avons reçu la IcLU c que je joins ici, et qui nous montre qu'avec toutes ses gambades il n'a pas bougé de sa place, ni au sens naturel ni au sens figuré. M. Boucher, dont il se méfie, avec grand tort assurément, ne se fie pas trop à lui, et je crois qu'il a raison. Il le trouve trop prévenu pour Pami des hommes, et dit fort bien qu'il n'a pas même à cet égard la fermeté d'un homme ordinaire. En conséquence il n'a voulu lui donner aucune explication par écrit, et lui a dit seulement qu'il crojait devoir suspendre l'essai de son projet. Il résulte de là deux fort boimes choses: la première, que je ne fais point une sottise; la seconde, que, tout en ne la fisusant point, Dupont ne peut pas se plaindre que j'aie barré le moins dn monde son projet de concihation. Et voilà à quoi sert un ami prudent et zélé I De mon côté, j'ai répondu à la lettre de Dupont que tu vois ici^ avec une force et une franchise à laquelle je l'ai déjà accoutumé, mais non à ce poin^. Je lui dis tout net que je ne le crob point de bonne foi^ que je n'attends rien de mon père, que je ne veux rien de la Provence^ je lui £us entendre que je comprends qu'on n'a voulu et qu'on ne vent que ine lier les mains , j'observe qu'avec toutes ses belles phra-

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ses nous n'avons pas ayancé d'un iota^ au moins par lui; et je lui demande une explication nette sur tous ili ces points. Je n'ai point gardé la copie de cetté lettre, que j'ai écrite dans mon lit^ assez incommodé de néphrésies^ ou du ^oins de ce qui y mèm, et par conséquent ayant présentes à l'esprit mes souffrances et la barbarie de mon père. iXous verrons ce qu'il répondra. J'ai prié le bon ange de lui envoyer tout de même la lettre destinée à mon père, afin qu'il ne pût soupçonner aucune collusion entre nous. Il aurait d'autant plus tort que M« Boucber, en bon et sage ami, m'a prié de ne lui rien demander de relatif à ma mère^ parce quïl voulait que lui et moi pussions toujours affîrmer que je. n'avais rîen su de ce qui se passait à Paris» Il a toute raison. Je suis à peu près sûr qu'on n'y travaiDe pas contre moi : voilà tout ce qu'il me faut. A ce propos, M. Boucher m'assure que madame de Cabris et M. de Briançon ne peuvent entretenir aucune intrigue avec ma mère.

Je ne sais quelles galanteries tu as tant dites à Dupont^ qu'il te croit si contente de lui. De ton naturd, cependant, tu n'es pas plus adulatrice que moi, et nous pensons tous deux que flatter c'est isiire un outrage à la vérité; et se rendre coupable d'une lâche et basse trahison. Mais Dupont est si content de lui-même^ qu'il imagine aisément que l'on en est satis&it. Sans doute il faut tenir un milieu entre le flatteur et le misantrope, comme entre la trop grande confiance et la trop grande méfiance en soi; mais trop de complaisance, surtout quand elle peut paraître intéressée^ est plus

le

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avoir besoin de lui^ je lui passerai tout^ il a tort. Jf serais plus indulgrat^ et surtout moins suscepiibie^ si mon indépendance était bien éviddnte.- Mais je n'afi^ plrerai jamais plus que toi à ce caractère^ qui n'en est point Vin, avec lequel^ dit-on^ on'plait ijr'tout le monde. Eh! comment ose-t-ôn»8e vanter de^Éivoîr se métamorphoser ainsi selon que ilntérét personnel le demande^ et de changer d'esprit>et de principes dâdl chaque maison où Fon entre? Sérieux avec ceux qui le sont^ gais avec les personnes enjouées^ mais jamais mal* heureux avec ceux qui le deviennent , ces pfécilidui hommes aimables ne sont très -précisément bons que pour eux ; et La Fontaine n'a point fait de veri>|ÏMi frdppânt qiie celui-ci i Tout flatteur vit aux dépens dis celui qui r écoute» Cependant le monde n^est rempli que de gens que ce caractère séduit^ parce qu'il n^ii point de maladie de l'esprit plus agréable et plus e'iendue que Tamoui' de la ilatterie; et dans ces États et despotiques^ où une longue domination a ^traâné l'esprit de servitude, les hommes en viennent promptement vis-à-vis les uns des autres à cette bass^sô qui nous &it mettre^ même dans les choses les plus simples^ le faux, à la place du vrai. La société civile n'offre plus qu'un commerce de tromperies^ où Ton se prodigue , mutuellement des louanges sans sentiment^ ei'faém contre sa propre conscience. Savoir vivre dans de tels pays^ c'est savoir flatter^ c'est savoir feindre^ dégm^^ contrefaire ses afi'ections; et les pères et les mères, et les éducateurs, et les amis^ conseillent ce trafic indigne, coknme la base de tout succès 1... O mon amie ! quand serons-nous à tous deux notre univers?... Ce sciait un bel ouvrage à faire que le recueil des maux queM^**

DU DONJON D£ YXNCENNES. ^4?

311 1 tarie a 'faiu aux Hadoiis^ et mm des services que les

ptil)i!, âivoris ont rendus à leurs maîtres. £t les imbéciles en jei't sont toujours la dupel Ua des plus magnifiques moroîA «eaux, et peut-être le plus beau qu'ait ëorit Thomas, à II c'est celui qui termine son admirable éloge de Marclai Aorèle, a Mais toi qui vas succéder à ce grand homme^ m ^ ô fils de Maro^urèle ! ... songe au fardeau que t'ont es .1) imposé les dieux ; songe aux devoirs de celui qui comif\ ^ ^ mande, auxdrmts de ceux qui obéissent. Destiné à m » régner^ il faut que tu sois ou le plus juste ou le plus

m -» coupable des bommes On te dira bientôt que

uji » tû es tout puissant : on te trompera; les bornes de jflij M ton autorilc soni dans la loi. On le dira encore que

k » tu es grande que tu es adoré de tes peuples. Écoute : ^ 4) quand JNàron eut empoisonné son frère, on lui dit lil » qu'il avait sauvé Rome; quand il eut fait ég;org;er

1^ » jsa femme^ on loua devant lui sa justice ; quand il eut

^ ik assassiné sa mère, on baisa sa main parricide, et l'on g I) courut aux temples remercier les dieux. Ne te laisse

^. » pas non plus éblouir par les respects. Si tu n^as des

y » yertos^ on te rendra des honounages et l'on te baïta. jj » Crois-moi^ on n'abuse point les peuples; la justice

1^ ,» outragée veille dans tous les cœurs. Maître du monde^ » tu peux m'ordonner de mourir^ mais non de t'es-

j » timer « Dieu! que ce mouvement est beau!

^ Scoute i quand JSéron eut empoisonné son frère ^ etc. Mais où sont les rob qui lisent?

Tu as eu tort de gronder si vertement mademoiselle Diat. D'abord j je l'avais prévenue que j'étais dans 1'^- I ttvet^ et que ton énfant arait eu tous les secours nécessaires. Ensuite, il faut toujours mettre de la modération dans leà demandes ou les reproches que Ton fait

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^48 / L£TTJa£S ÉCRITES

aux gens qui ne sont point obligés de faire ce âont oa

les charge. Tu me fais rire avec tes terreurs sur les rêveries de, ta fille, bi tu avais autant étudié l^eci&as que mdi^ tu saurais qu'ils méditent et observent iofinimeut plus que ue croit le vulgaire. Mon pauvre fils, â six4nois, avait des combinaisons tout-à-^it estiaii» dinaires, et qui supposaient beaucoup de replis sur soimême. Laisse donc ta fille rêver, sauter^ courir^ 4^ âge, on ne fidt que ce que l'instinct nous ordonne^itt rinstinct est un .«^uide qui ne trompe point.

Je suis tout-à-iait étonné que mon père ne t'aitfi«|i)|( écrit; parce qu'il est dans sa nature d'écrivailler él»^ nellemeat. Apparemnient que ta lettre l'aura embar^ rassé, et que, ne pouvant pas te donner tort, ;^l^ voulant pas te donner raison, il a pris, comme le plus court, le parti du silence.

Je suppose que M. de Marville, abimé danS 'le84K>]S fois célèbres cérémonies de sa réception, se sera arriéré" et que voulant profiter du reste des jours doux pour voir celles de ses terres qui sont auprès de Gien^ d'Orléans, il le verra au retour. Il j a à parier qu'il n'a rien de pressé à te dire : au moins sa mai^che leiût présumer. Mais je le crois un peu de cette espèce d'hommes, plus commims qu'on ne croit, qui n'imaginent pas que la mort puisse jamais les atteindre. J'en ai un de cette sorte ici; c'est le Rongemont : il se ruiné, ou plutôt il est ruiné, lùh bien 1 il n'y a point de j(^ur où il ne fasse de nouveaux projets de dépense^ de plantations, de bâtimens, de réparations, etc., et où il ne les commence; le tout dans un sol qui n'e^t pcôatà lui ^ qui ne dépend que de sa place, qui n'en- dépend pas même, et dont on lui a déjà pté la plus grande

D0 DOKJOSr DE VINCENIIES*

'^^ partie. Il est évidejat qu'il croit conserver sa place éterle^ i nellement^ c'est-â-<dire vivre éterneUement ; autremau^ ^ tout fott qa'il est^ ayant déjà vendu tont le bien de ses Hiî eofans^ et n'ajant précisément que du viager^ empruniti^ terait-il encore pour £ure des réparations viagères I £h {b» bien ! cet homme a soixante ans^ est apoplectique ; et ors de pius^ je 1@ déiie^ actuellement qu'il n'a plus de resiix sources pour boucher les brèches qu'il fiut joumelle-' iMjj ment^ de garder sa place trois ans, au train qu'il y va.

Revenons au Marville. Je prie m^n bon ange de te ^ faire passer ceci tout de suite^ afin que tu sois avisée à ^. temps de lui parler au sujet du changement de ma fille. 4 Je te remercie tendrement de la peine que tu t'es donnée d'expliquer mon af&ire à ton graveur. Presse- ^ le un peu.

Oui^ chère amie^ la confiance mutuelle est le seul î garant de ta constance | car on change volontiers de 1^ situation quand on y est mal, cl je ne connais rien de si I pénible que k méfiance de ce qu'on aime. Chère Sophie ! j c'est en cda, comme dans tout le reste, que tu n'as rien j laissé à désirer à ton amant j aussi sa vie iie lui est-elle l pas plus indissolublement unie que son amour. Mais ^ conserve-toi pour cet amour ^ tant que ta poitrine ne ^ sera pas tranquille, je ne le serai point. Ne va pas, pour j m'en imposer^ te tuer à m'écrire de longues lettres; M. Boucher, qui est tout attention et toute bonté^ a celle de nous faire passer plus souvent des lettres depuis qu'elles sont plus courtes ; cela me dédommage un peu; ainsi, ne consulte pour finir ou continuer une lettre, que ta situation dans le moment ou tu écris. Ne te tue pas non plus, à renvoyer tout de suite les miennes^ quand elles sont un peu longues; copier fetigne I

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UTTRis ÉcarrEs

plus <jue composer^ et ii ne faut s'adonner à cette occupation pénible qu'au fiir et à mesure.

J'ai reçu les deux charmantes ganses, que je m'attendais à trouver toutes grises, tant tu les dis vieilles. Ah! ma Sophie ! l'amour et le bonheur nous rajeuniront.

■ Je ne serais point étonné, mon amie si chère, que rinconunodité que tu as depuis quelque temps> et qui peut venir dé bien des causes, t^eût donné la plupart des symptômes que tu as ressentis et que tu ressens peut-être encore, sans Touloir me le dire» L6s iem blanches soin souvent accompa(>nées de pâleur, quelquefois de bouffissure, surtout aux paupières, de dégoût et d'abattement de forces, etc^ Cependant lei fleurs blanches sont rarement dangereuses par elles-mêmes. Il faudrait être habile pour en démêler la vraie cause^ et j'ai peur que tu n'aies point d'habiles gens là ou m «s. Ordinairement les purgatifs hydragogues (que Ton prend «n? bols, ce qui ne te déplaira pas), les eaux mbérales ferrugineuses, les diurétiques, les sudorifiques, associés sagement avec les toniques, et surtout des martiaux, sont les meilleurs spécifiques. Lis ceci à J..., etconr duis-toi en conséquence; mais^ mets-toi bien dans la tête, quoi que Ton puisse te dire, que, quand lesileu» blanches sont invétérées, et éludent l'efiet des remèdes, il ne reste à tenter que les mercuriels, qui ont presque toujours un succès infiedllible. C'est une enâmce que cTy répugner; c'est Une tfreur que de les craindre qcwuid ils sont bien et doucement administrés. Ainsi, c'est toujoiM là que j eu retiendrai en dernière ansJyse; mais songe que l'usage de ces diffcrens médicamenSj pour opérer avantageusement, demande à être secondé par U régime, par la dissipation de l'esprit^ et smrtout par

Fexercice. Je sais que dans les sujets robustes^ et dont le {rente nerveux est fort irritûUe> oA prend souvent une route dilîerente de celle que je viens de tracer ; que les adoucissans, les humectans^ les antispasmodiques, les tisanes ëmulsionnées^ etc., sont les renoièdes que l'en emploie alors. MaÎ3 comme je connais ton tempérament mieux que tout autres comme je sais que tes forées et tes désirs vénériens sont fort loin d'être excessifs j comme je vois que cette incommodité a résisté à tous les remèdes que l'on vient de te £ûre^ vomiti&^ saignées, purgatifs ; que dans cette dernière méthode il faudrait recommencer, je n'en suis nullement d'avis. Consulte-toi sur tout cela avec J...^ qm a fort bien^ quoique un peu brusquement, mené ta maladie. Soti-^ viens-toi ^ussi de ne jamais employer, sous quelque prétexte que ce soit, les astringens. On ne doit jamaifet arrêter bmsquonent aucun écoulement du cotps; C'est enfermer, comme on dit vulgairement, le loup dans la bergerie, d'où s'ensuivent 1^ dépôts funestes.

Adieu, mon tout chéri; adieu, mon amante et mon bien. Chasse de ton esprit toutes les inquiétudes vives j elles sont vraiment déplacées; tout va lentement, mais tout va, et tu peux enfin compter sur ton tendre époux.

Je te conterai, la première fois, une action admirable et toute récente que je ne sais que de tout-à-l'heure, et qui te prouvera que la v^tu n'est pas chassée dé de^ sus la terre, et qu'on peut gagner des procès contre la lettre de nos folles et barbares lois. - ' M < Boucher va fmtof& des contes ; j'en ai neuf de

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dSs I£TTBE5 éCEITBS

faits. Renvoie-les aassitôt que tu les auras lus 3 je le les fierai copier^ et peut-être mieux.

LETTRE GXII.

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