‹ Lettres a SophieChapitre 9 sur 31 · LETTRE CV · texte numérisé non relu

LETTRE CV

, 4 LA BIÈMB. - '

9 octobre 1779.

Chère amie, je commencerai par un reproche bfen g£4kVe^ ^ la néce&siié oà je me vois de te le iaire m'em-^ pouonoeiOiit le pkisir que }'ai eu i tire ta cbarMante lettre, et que j'aurais eu à y répondre. On a su, par i^ie de. tes ai^iqs» envers qui tu a'es pas «nssi discrète qu'envers moi, que^ dès le «9 septeBoiKre^ tu avais k, fièvre. Dans les t^ix (grandes pages que tu m'écris le 3o, tu ne m'en dis pa;^ un mot. Quoi 1 tu as la fièvre, et tu ne me le dis pas l tu aa la fièvre, el tu écris six mortdies pages! £h! mon amie, est-ce donc comme cela (jue

Dtr DONJON DE VINGENNES. l63

Ut m'aimeSj et que je puis ma fier à toi du soin dp ta sâDté? G Sophie I Sophie! pourquoi de vaines rêà» cences? Mes jours ne sont-ils donc pas bornés au même

terme que les tiens? Tu le sais, mon imagination

brâknte dépasse toujours le but ; mais^ de ce qui Vm^ flamme^ rien n'est aussi violent que l'incertitude, et surtout la eraiûie d'être trompé. Chère amie ! ta bonté est omelle e pour m'épargner un petit mal^ tu m'es donnes un bien grand. Je n'aurai pas un moment de tianquillité jusqu'à ta procliaine lettre ; j'aurais su du BUMUs la ydnur etl'intCDsita de ma orainie^ si lu m'a* vais dit la vérité. Au lieu de cela, ton silence la rend vague et sans bornes^ et je suis fort malheureux. C'est ton engageoieni formel que de me dire formdlement toutes les variations de ta santé 5 Tas-tu rempli.'^ Oh non I jet les caractères épars^ sautillajas^ tremblans, iné^ gasQC die tes tmis dernières pages, et la précipitation du style des deux dernières, et la gaîté forcée que j'y remacque m^appr ennent trop^ue tu souffres beaucoup. £st»-cis doue par sympathie que j'ai tant souffer^t 4Sqs joursr-ci ? Hélas ! il est bien vrai que l'âme a ses pressentimens j je l'éprouve en ce moment -, je l'ai éprouvé mille £ms : |e n'aî mcm mégie £&e de mal et de éouf^ leur, mais un mal-être physique et moral, tel que le plus vaporeux des hommes ne le eonnait point. Oh ! guém^i, Sopiie] gnéris-^oi ; 4}ue je nexe a^e pas

souffrante ! que. . . Mourir n'est rien j mais se voir fcMCcé <d§ âMi'viyse à ce qu'on aim» pour apprendre que son mml^ M^tsi plfiSi . . • c'eijst «a supplice qui excède mes forces et me glace d'horreur. Chère amie, écris moins, je t'en QOi^re^ aussitôt que tu «s lasse, arrête- toi.

•Moi^ hcnuQQ do l^c»; mai, tmt acdoutumé à éta-^

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d!er^ à écrire^ j'en suis excédé^ suffoqué. Tes organes délicats ne peuvent que se ressentir davantage des inconvénlens inévitables qu'entraîne ce genre de vie. On n'achète la science qu'aux dépens de la santé : je sais que tu ne veux point de science ; que c'est ton cœur, et non Famour-propre qui te pousse. Mais qu'importe, si ton genre de vie devient absolument celui des hommes de cabinet? Toute forte contention d'esprit, en dirig;eant vers la tête la plus grande partie des forces vitales, fait de cet organe un centre d'activité qui ralentit d'autant l'action- de tons les autres organes. Une personne profondément occupée n'existe que par la tête 3 elle semble à peine respirer. Toutes les antres fonc* lions se suspendent ou se troublent plus ou moins 5 la digestion en souâre surtout : les sens mal élaborés deviennent plus propres à former des embarras ou de mauvais levains qu à réparer les déperditions qui sont une suite nécessaire du mouvement qui entretient la vie. Le corps^ privé des sucs qui le renouvellent, languit, se fane, et tombe comme un arbrisseau planté dans un terrain aride, et dont l'ardeur du soleil a desséché les branches. O ma mie si bonne ! quitte ce genre de vie destructeur ^ marche, promène-toi, distrais-toi... Mais, mon Dieu ! qu'as-tu? que £ais-tu ?

J'ai mille et mille choses à te dire; mais les idées sinistres qui m'occupent m'en laissent bien peu la force. Je ne pense qu'à ta santé : tout le reste m'est iboiportan et frivole. Ah! pourquoi mon amante n'est-elle qu'une mortelle ?. . . Dupont m'a écrit, et je l'ai vuj et, comme s'il ne m'écrivait pas assez en absence, il m'a encore donné une lettre en présence : c'est là sa méthode, quand il ne veut pas que M* Boucher voie ce qu'il écrit -,

DU OONJON DE YINCENNES. ]65

mais il n'y gaguera rien. Ayant de te parler de lui^ je véasi te rendre compte d'une antre visite a Jaqnelle ta t'attends moins^ et qui est plus récente. J'ai vu ton amoureux M. de Marviiie^ qui m'a beaucoup parlé de sa profonde estime pour toi. Si je pouvais avoir envie de rire, je te demanderais comme ce confesseur à je ne sais quelle femme : Combieu de fois vous a-t-il estimée? Réellement il m'a parlé très^convenablement de toi^ et est on ne saurait moins d'accord avec ta mère sur tes sentimens^ tes principes^ et même tes projets. Si tu me demandes ce qu'il est venu faire, je serai très-embarrassé de te le dire j car, en vérité, je n'ai rien du tout conclu de sa conversation. Il a commencé par m'expliquer la nature de ses relations avec ta fisimille, en me disant de deviner où tu étais j je n'ai rien répondu. Il a passé à la connexité de ton affaire avec la mienne^ et je me doutais en effet qu'il y avait quelque rapport à la vérité de ton amour pour moi, et j'avais bien encore soupçonné que tu ne me haïssais pas^ à son désir de terminer pour nous deux^ au désir que Jut avait té» moigné M. lenoir, qu'il me consultât sur mes projets et mes vues à cet égard, etc., etc. L'objet de ma visite, m'a-t-il dit, est donc de savoir ce que vous désirez, ce qtie vous demandez de M. de' Monnier. Ma réponse a été laconique : Rien, monsieur. — Conmient? vous vous amusez donc idP — Non, monsieur; mais comme ce n'est pas M. de Monnier qui me tient ici ; comme mon affaire avec lui est si triviale et si plate que ni moi ni les miens ne daignent y penser ; comme ma détention et nià liberté dépendent imiquement de mon père^ je n'attends grâce et faveur que de lui, — Mais encore vous imÀ des lettres de grftce, et croyez'vous qu'elles

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s'obtiennent comme cela? — Monsieur^ je ci^oîs, et vous savez mieux que moi> que les lettres de grâce s'ob* tlennenl foil aisément pour ceilaiiies gens : or, je rie rougirai du tout point d'en demander. Je n'aurais aucune honte de les solliciter^ si j'avais eu le malheur de tuer un homme en duel; j'en aurais encore moins d'en ôblenir pour avoir couché avec une jolie femme».. U s'est mis à rire, et cela Fa mené droit â itie demafidef si j'avais donc quelque espoir du côté de mon père* Oui^ monsieur.— Mais de quelle nature? De là ha*ture du simple espoir. — Sans certitude? Sans ce^titude. — Qui plaide pour vous auprès de lui? — Mes amis et quelques-uns de mes pareiid.i... J'ai remârqué que ce début de conversation le rendait très-visiblemélit plus circonspect. Il est retombé sur toi^... ceci est différent. — Monsieur, je ferais sans exception, tout ce que me permettra mon honneur pour madame de Monftier. — Mais elle ne veut pas finir ^ans vous. — Voici ma réponse mot pour mot.) Monsieur, cela me parait tout simple, et je connais trop la générosité, la tendresse et les principes de madame de Monnier pour ne l'avoir pas prévu $ «mais il est certaiti que je ne le lui ai demandé^ ni ne le lui demanderais quand je le pourrais. £Ue ne peut pas me tirer d'ici sans l'aveu de mon fiète; mon pèr« peut me sauver sans elle , je ne sds donc point intéressé à ce qu'elle s'obstine ; mais^ 4aâs l'impoissibilité de correspondre et de traiter d'af- Ëiiiiès avec die, fort peu aU kit de ce qui s'est pjSSisë^ ^e ce qui se passe^ je ne puis ni lui donner des avis, ni taxigieir qu'dle s'ea rappmte à knoii optaiofi^ qfumd înéme eite la sautait... Alors M. de Marville s'est jeté dans un grand éloge de tes principes^ de ta pj^sévé-

rance^ de ta conduite^ et m'a en piopm teroM :

0, Que ta profession de foi à mon égard^ et ton refus â . ji quelque prix que ce fût de retourner chez m homnap » que tu avais ontrag^é^ l'avaifflit pénétré d'estime pow » toi. D Que ta mère accorde donc, si elle peut, see déclamations avec la déclaration de son négociateur. Il m'a exposé son plan, qu'ilcompte feire réassir an moym d^nn prêtre qu'il ne m'a point noipmé, et qui est maintenant auprès de M. 4c Monnier. Ce plan se réduit à &ire une nran^saclion, où interviendra le proenreww général, par laquelle tu renonceras à tes droits matrimoniauxy et déclarera^ n'avoir point d'enfant de M» 4e Monnier, pour prix desquelles renonciations et aveuxi ta dot te sera restituée, et ta liberté rendue, moyenpant qu'un ordre du roi te constituera prisonnière jus^ qu'au décès de M. de Monnier. Je lui ai dit tpe la dér claration me paraissait forte ; qu'il ne convenait jamais de se recounaitre adultère^ et q(i^ tu pouvais jurer der yant Dieu et les hommes que tu ne l'étais pasi qoe cependant, comme, dans le fait, tu ne pouvais nuire à ta fille, mon opinion était que tu devais tout signer pour avoir ta liberté^ ta dot et l'aBéantissem^t de lu procédure. — I^ien entendu ^ ni a-t-ii répondu. Que

(a mère s'accorde donc avec lui — Mais vous dites

qu'elle n'est point adultère; die a vétm mariitnlemeitt quatre ans avec M. de Monnier, et madame de Ruffei jure... — Il serait singulier, monsieur, que madame deRuffidi en sût autant que madame de Monnier sur In puissance on l'impuissance de sou beau-fils; mais ce qae je puis di^e,, moi, c'est qu'^1 me par^ bmani^ qu'un îeime homme ardent^et trèsiamiMUreuK ml trouvé des difficultés uès-fori^s où un sepî^uag^naire n'en a

l68 ■ L£XTJ&£S £ClUT£â

tl'ouvé aucune. (L'argument lui a paru péremptoire.) — Mais est-ce donc votre avis de recommencer ce procès?.., «-*- JN^on^ mondeur. — Madame de Monnier s'y obstine. — Elle a tort ^ mais ce tort vient probablement de madame de Huifei y celle-ci me hait^ et cela est assez simple ; mais cette haine lui ùit croire que sa fille doit m'oublier comme une de nos femmes de Paris oublie celui qui a passé une heure en vis-à-vis avec elle. ~ Cela ne me pardit ni juste ni sensé... Ici il m'a iait un portrait très-peu flatté de madame de Ruffei, dont jè lui ai parlé très-modérément et avec éloge ^ il prétend qu'elle t'aime^ et il a raison; mais qu'elle t'aime en J.-C, et je lui ai répondu que je me trompais, ou que cet amour n'était pas assez substantiel pour toi. £n tout^ il ne m'a guère paru plus dévot que nous, d m'a parlé de V énorme sottise que tu avais faite de faire baptiser ton enfant sous ton nom; je n'ai point pris pard^ pour me tenir dans mon système d'ignorance ; mais j'ai dit que les Yaldhaon le méritaient^ et j'ai peint énergiquement leurs jurocédés in£imes. II a paru de notre avis. Il est tombé un peu sur moi^ et m'a demandé pourquoi donc^ vivant avec toi^ je t'avais emmenée. *. •—Parce que^ lui ai-je dit^ je n'ai jamais su prendre un bénéfice sans les charges, et qu'elle craig^nait pour sa vie et invoquait mon secours. — Mais elle ne serait pas partie si vous n'aviez pas voulu. — Non ; mais elle serait peut-être morte. Il m'a beaucoup entretenu de l'intérêt que nous lui inspirions à raison de nos malheurs. Je lui ai dit que tu en méritais infiniment plus que moi, parce que tes torts étaient, si tu en avais, les miens, et que j'mi avouais qui ne t'étaient point con^ mons. . Jl à Joué mon honnêteté, je n'étais que juste.

Digitizec

nv DONJON DS VINCENNES. 169 '

— Elle veut sa fille, et cela est déraisonnable. — Cela est natorel du moins ; mais 3 me semble qu'elle doit se contenter d'obtenir qu'elle soit élevée convenablement dans un couvent^ puisque tu pouvais lui laisser une subsistance honnête, sans ce que je ferais un jour. . c'était son avis^ a-t-il dit. Somme toute^ le résultat de notre conversation^ que je lui ai promis par écrit; et envoyé le même soir^ est que je ne demande rien pour moi; que je ferai tout ce qu'on voudra pour toi, que tu peux iinir a tout prix, si tu crois le devoir : mais que mon nom ne se trouvera jamais au bas d'une transaction avec celui d'un homme qui m'a fait exécuter en eiïigie. H m'a quiué au bout de trois quarts-d'heure de conveisation, et m'a promis de me revoir. Je ne sais ien vérité pas pom*quoi ; car je suis persuadé qu'il n'est venu que pressé par ta mère de savoir s'il était réellement question de mon âargissement. Je ne lui ait dit que ce que je voulais bien, et il me trouvera toujours égalemœt circonspect. Quoi qu'il en soit de ses vues^ voilà ce que tu as recueilli de ta persévérance, c'est que l'inflexible madame de Ruffei, voyant que tu t'obstines à ne traiter que pour nous deux, sent qu'il faudra sacrilBer sa r^ugnance, et elle en viendra là, sans que j'aie même daigné le demander.

Venons à Dupont, dont tu me fais un panégyrique assurément fort plaisant, et qui m'a bit rire, quoique je ne l'approuve pas dans tontes ses parties, mais qui, probablement, ne le chatouillerait pas de même. Il m'a écrityavant que de me voir, en date du 17 septembre, f la longue lettre suivante ; je te la copie tout entière, | parce que ma réponse importe, et que tu ne i'enten- . ^» dmis pas sans ceb : « J'ai reçu> mon cher comte, votre

f^O LBTTRBS ÉGBITB5

» lettre du 1 1 en réponse à la mienne du 6, et cetie .» répoQfiem'a fait uu véritable piaisir. Tant que Tow ».9erez.à>..» j) Je p^se que ceci serait fort long; car y en a huit pages j j'aime donc mieux t'eavojer sa lettre^ renvoie-iiioi^k tout de suite. Voici quelle m cette belle lettre de M. de Marignane, qu'il m'envoyait: /( U m'est impo^sible^ monsieur, de jusliiier n^a lilie n des plaintes que vous .m^mfcUtes indirect^m^t I) sans que cette justification n'amène nécessairement » des choses qu'il m'est pénible de vous rappeler daqs « la position où vous êtes» Voos été tyrm dtms » le temps qu' elle a passé avec vous. Elle n'en est ce- D peaikni sortie qu'à votre sollicitation^ pour im^ n tons ses efforts auprès de vos parens pour les adoi^ •> ciTy et obtenir le pardon des torts sans nombre que » vous aviez avec eux et 4utec toute la terre^ soit par

voire dérangement poussé au dernier excès, soit par » les affaires que vous vous faisiez journellement, nou- » seulement avec tous ceux qjoi avaient le maikeur da^ « fY)fr les plus petits rapports avec vous^ mais mima » encore avec des indi^férens que vous a^ez été cher" » viagit^cinqiieues de distance du lieu ak ^W M^érïes foé par ordre du roi^ où vous avez été les chei^ » cher, dis-je, pour les insulter sons les prépe^tes les » plus frivoles* Les témo^^oa^ de reconnaissance que ^ vous avez donnés à votre femme dans le temps qu'elle >) travaillait avec quelque espoir de succès auprès die ^ votre &miUe^ dont elle était parvenue à se concilier » l'estime, Tarnitié et la confiance, qu'elle travaillait,

dis-je, à adoucir votre sort, ces témoignages se ré* 41 duisént à des insukes dont foi été té/miriy ayanth jp un billet insolent qu^ vous lui avez fait pm'venir

BU IIONn>ll HE VIHCENKES. tjl

» pendant mon séjour à Paris^ Revenu en Provence, » n'ajani plus attcan moyen de rétablir des afiBûres M que vdns trouvies le secret de gâter tous les jours de » plus en plus, même dans vos différentes prisons, tout il le pabHc a vu avec un étonnement é^ a son in- » dignation, que, dans un mémoire imprimé et répandu » sous votre nom^ vous avez l'audace et la mechan-: » ee^ iHroce de difiCsuner votre femme par des cahnh' »mes et des réticences plus offensantes et plus ca^ n' lomnieuses encore. Après la distribution de œ <» mémoire, vient l'enlèvement do madame de Monnier, » avec laquelle vous aves vécu publiquement en Hol*- » lande comme avec votre femme, d'où s'ensuit un I) jug^ement, qai, tant qu'il subsiste, vous ôte au moins » votre existence civile. Ma fille serait insensée, si, »> d'après la connaissance de votre caractère, et après n ks insultes publiées qu'dle a reçues de tous, elle n donnait les mains â une réunion qui ne peut lui pn>» aj mettre qu'une vie très-malheureuse, et, d'après mon M n^inionj vrab&nbiablemeni les eatastr^hes les )i pittsfimestes; mais cet ékigneraent fondé pour toute » réunion ne nous portera point à agir pour pro^ » longer wtre captmsé; c'est à votre père aeul d'en n prolonger ou d'en abréger le terme.. Je l'attendrai, » ce terme^ pour prendre les voies légale qui pourr « roi^ me âdre parvenir à^oustmire une nMOmumue • vmtime à vos Jkremrs. Je sois très^ché à^ajék à n vous dire des vérités que j'aurais voulu vous épar- •ft gHMor dans votre situatton ; mais elles sont néoessakes M ^ Al fust^aHon de ma /lOe, J'ai l'homiettr, «S^. » Certes si l'épitfaète d' atroce cqq vient à un écrû^ je

Utok ^pkm peut V^spg^^xfmyummafç^ à mu^

17^ LETTBES ÉCRITES

odieuse letue. Je n'y aurais pas fait une réponse pour rien, au monde, et l'indignadon qu'eUe allama en moi me fit répondre i la lettre ridicule de Dupont comme tu vas voir. Pèses*-en tous les mots.

« Je vous avoue tout naïvement, mon cher Dupont, » que je ne m'accoutume point à vous voir donner D raison a tout le monde, contre moi^ lorsque le droit » est le plus évidemment de mon coté. Prenez, quant » à mon père^ le ton qu'il vous plaira ; je suis décide » de tout souiifrir à cet ég^ard. J'ai des torts envers lui^ » et, n'en eussé-je pas, celui-là est sans âme qui pourra » discuter son droit avec son père, quand celui-ci dira : » /e pardonne à mon JUs^ Mais que diable m'est M. de » Marignane pour que je m'abaisse à tout propos de- » vaut lui ? M. de Marignane est un assez médiocre » gentilbonoune que je crois homme d'honneur. £n cette » dernière qualité, je l'estime. Je suis homme d'hon- » neur et de qualité ; nous voilà, je crois^ au pair pour » les devoirs 4c bienséance. Qu'y ajoute notre alliance? » Il est le père d'une femme qui porte mon nom. Je n lui dois honneur, politesse et prévenance à cause de » cela. J'ai &it plus pour lui; je lui ai écrit une lettre » soumise et respectueuse, parce que j'ai des torts, » plus apparens que réels, mais enfin des torts avec » lui. Il débuta avec moi, il 7 a vingt- sept mois, par M une lettre fort iusuleiite^ j'en répondis une très-Dio- » dérée. Âujourd.'hui je lui écris une lettre afiectueuse^ M et il me répond par un tissu de mensonges, d'inju- » res et de calomnies. Et vous qui ne savez rien de » mes a&ires ( il y parait à votre lettre d'aïqourd'hui)^ » vous ven^ décider, du haut de votre trà>unal, que » ses griefs paraUserU fondés. Et à qui paraissent-ils

DU DONJO^^ DE VINCENNES. Ij3

» ainsi? à vous qui êtes encore à daigner vous instruire

» des outrages que j'ai reçus dans ma domcslicité.

» Je parle net. Quand j'ai offert à madame de Mira- » beau de me servir^ j'ai cru la servir moi-même^ et » consommer un acte de {générosité j car je ne reçois » pas de service de qui m'a offensé que je n'aie Jbien i> sincèrement pardonné^ et il jr a quelque mérite à » pardonner ce que j'ai souffert. Que le public^ le sot )) public^ dont je ne me soucie pas plus que je ne l'es- » time, me croie de grands torts envers madame de «Mirabeau^ je m'en moque; ma conscience^ qui \''aut » mieux que le public^ me dit fort intelligiblement N qu'elle a rompu volontairement^ et la première, tous » les nœuds qui nous unissaient; et que, dans Je droit, »je n'ai qu'une épouse^ qui n'est pas elle. Si j'ai con-- » senti à retourner avec elle, et mémie à lui '&ire des » avances, c'est que j'ai cru que c'était une manière » courte et noble de recouvrer mon existence; j'y joins » un autre motif anjourd'iiui^ celui de satis&ire mon }) père, qui serait bien changé, si les projets de famille » et Torgueil du nom ne pouvaient plus rien sur lui. » Mais je n'ai jamais cru que madame de Mirabeau pût )) être, en aucun temps, quitte envers moi, quoique je » sois bien convaincu qu'il convienne à la noblesse qui » est dans mon cœur^ autant qu'à la bonne politique^ » de me regarder comme son obligé, si elle me tire » d'ici. De là à convenir, aussi lestement que vous l'as* a surez> que les griefe de M. de Marignane sont fondés, » iljr a, ma foi, loin. Il a bien, lui, quelques raisons » d'être mécontent, et il peut être injuste sans injus- » tice, parce qn'iHgnore, grâce à ma discrétion^ tous »les sujets de plainte que j'ai contre sa fille; mais il

Il n^en a pobt poiur dire des duretés et des fauolenoes

» à un infortuné. Vous, vous me molestez trop et trop long-temps^ cela me fait du mal^ei. j'aime mieux » votre amitié sans aervices^ que vob services avec tant »de morosité.

j» Autre diatribe <}ui tient le reste de votre l^trei Ji Jusqu'ici, à votre avis, je n'ai été obligé qu'à demaiii' >i der pardon à tout le monde à genoux; maintenant » fl me faut demander mon pain« Saches qoe vous ne n savez rien en ee genre ; sachez qu'il n'y a en que de n la malignité, et non point de la diiEculté^ qui ait e fût obstacle à l'arrangement de mes affidres. Saches » qu'avec 14,500 livres de rente que j'ai, je puis payer nies intérêts de mes dettes (les usures réduites)^ et navoîr lOyOOO bvres de rente, fiaches surtout que » moi, qui ne suis point économiste, et qui serais fort a lâché de Fêtre pour di& mille raisons trop hwgues à a déduire, je ne regarde pmat k siibsisCanoe, mais la » liberté comme la première des lois^ parce que je sais a mourir, mais non pas être esdave; que je ne feraii » pas là moindre démarche qui me répugnât pour le a (Iq0 grand intérêt pécuniaire^ pas plus que pour le a plœ petit ^ et que, si l'on ven£ avoir la bonté de me » tirer d'ici avant que je sob aveugle, je ne demande- }> rai, dans aucun cas, du pain a personne. Je me a mocme de ma naisseace. Je sms un homme de que* » lité comme tant d autres, et bon gentilhomme, comme ^% ils ne le sont pas tous ; mais, de tous les hommes de a qualité da monde, je n'en connais pas un qui vaiDe » les grands écrivains qui ont gagné leur vie avec leur a pkuiie. El quelle plus noble et plus légitime pio-^ }) priété que ceUe de ses pensées? Mm enfin^ je maosm

DU DONJOW DE VINCENNES. IjS

»ici Mir iinetopposiuoji treA-gfatoite. Ce n'est pmt » h Gea de m» nojrer en calcnls pécaoiaires^ surtoui É via«à-vis d'un homme à qui l'on iie peut dire ses rai- É moA) fans qu'il eiid au maiiifestef mais madame de » Mirabean peut fiiîre ce qu'elle voudra^ et moi mre » sans elle décemmeut. Je serai riche à une époque V que poisse le oiel reculer^ indépendammeju de ses » biens et des biens de ma mère. A propos dé celle-dy D je vous prie qu'il n'eu soit jamais question dans vos a lettres^ parce que je ne pcâs ni ne dois en parier M conmie tous en parlez^ et qtie j'ai bien asteKr des ji querelles que vous me faites^ sms me charger de m celtes des autres. Si Ton avait Taulu^ il y- a loiOf-^ m temps que j'aurais îrrévocabiemenl son bien^ que je )} n'ai jamais désiré de soû vivant.

n Je m discuterai point aivec vous si fiiieQnqtie a meuMme affaire d'éclat est noyé sans retour^ si le» >i deux tiers des hommes qui régissent V£urope^ ou 9iqmy jfQ^aenl on ràle> n'en ont point eof st «aadacnft n de Mbabeau ne pourrait pas el ne demil pds forcer n la main à son père, ie vous promettrai volontiers de a ne pas le lui demander : je VMe prom^trai^ de plus^ )>de Bo jamais faire de Méœok'es pour des mi^tres^ >} et de ne jamais recevoir un sou marqué d'eiL&^ paiTce « que je sai» un peu trop ce qu'osenâ les rbîs pour w ¥Oubir être leur satellite ; mais je vous dirai qu'il est a^ dérisoire^ dur et cruel d'écrire à an bomm^ : M ami^priezàf^ouxnmdamewieteikdesfi^m^ttre w à même devom donner des en fans de ses laquais j )) afin que, viom ayez de quoi vivre i ou vous Jerez » iHiaucQup mieux de rester &t prison ; car vom u pourriez pas vivre ailleurs honorablement. tJl^i^t

» par ma foi, la substance de votre lettre, et cela ne » laisse pas qae de &ire une épitre bizarre. Moi^ qui^ » dans ce moment^ n'ai pas un habit, montre mon cul D £sLute de culotte, et marche, à la lettre, pieds nus » dans mes souVers, parce que je n'ai point de bas, » et que si, avec 600 Uv. qui doivent me suffire à » tout, et même à ce que vous ne pouvez imaginer, n j'achetais des effets, je ne pourrais point avoir de 11 livres , et que sans livres je serais bientôt mort ou M fou, ce dont je n'ai nuUe envie ; moi, dis-je, dans ce » magnifique étal, je me moque de tous les habits bron dés du monde, et je ne voudrais qu'une chaumière I» et mifle écus de rente pour être le plus heureux de» n hommes. Voyez comme les calculs pécuniaires me i> séduiront.

» J'attendais de Vous des lettres pour la province ; h vous ne voulez pas les faire ? eh bien ! je ne les ferai n pas non plus, sauf celle de mon oncle, parce que )) ceci entre dans mes plans de tout faire pour mon » père. Pour les autres, que le diable les berce ^ ils ne i> veulent pas de moi, je ne veux pas d'eux. Ce que je » regrette, c'est le reste de ma jeunesse, que j'aurais » voulu donner à mon père ^ ma vue qui est perdue, A si un an de cessation absolue de tout travail ne lare- » met : imaginez si cela se peut ici. Mais, après tout, » j'en sortirai; et je he sais pas trop s'il me plaira abis » de n'avoir point de mémoire. M. de Marignane veut » plaider, je sais mieux plaider que lui.

» Ce qui m'afilige vraiment, c'est que mon pauvre » père refuse une satisfaction bien douce dans des » craintes et des vues tout-à-fait chimériques, et qu'il » fyssù dépendre le sort de son Sis, et peut-Aure celui

» de sa propre vieillesse^ du caprice d'une p et

» d'un homme sans volonté^ qui, pàr cela même, a là » méchanceté de tous ceux qui rentourent. Qu'il me » fasat exiler auprès de lui^ qu'il méjugée par lui-même, » qu'il m'éprouve; quand je ne lui servirais que de » valet de bassc-coui, encore coûterais' je moins à sa » bourse et à son cœur.

» Vous moquez-vous de moi quand vous voulez que » j avoue que /'ai élé un tyran chez moi ; que je me I) suis fàit une affaire sous le prétexte le plus frivole, J9 quand j'ai régenté un homme qui avait insulté ma )) sœur dans une promenade publique (vous remar- » querez que M. de Marignane était alors tout-à~fait )} pour moi, ainsi que tons les honnêtes gens de la }) province) ; qu'un billet où je répondais A toutes les » infamies que Ton débitait de moi dans Paris, ou je >i priais madame dé Mirabeau de se rendre chez M. de >) Malesherbes pour articuler ses griefe contre moi, ou » déclarer qu'elle n'en était point Tauteur, est un billet » insolent \ ou que je suis ou je serai un assassin : » car, que veut-il dire autre chose par ses funestes ca- » tastrophes, par mes fureurs, etc., etc. î Eu vérité, , » je vous loue de votre sang de macreuse, s'il est vrai )) que vous soyez mon ami, et que vous lisiez (la diffai> mation) tout cela de sang-£roid i pour moi, je n'y ré- » pondrai pas, mais je trouverai toujours étrange cette )} phrase : Sur ce point ^ vous 11 avez de ressource que » le désaveu, et sur les autres que VaJveu.

» J'aurais écrit sans répugnance à madame de Mira-- . » beau, parce que je sais que madame de Vence n'est | n pas capiible de me tromper. Mais je n'aime pas » les longueurs éternelles, et pour votis envoyer une Y vt. la I

Digitizea by GoOglc

178 LfiTTUBd ÉCRITES

» lettre au bon ange^ que vous me renverrez corrigée^ » et qufî ainsi arrivera à sa destination dan» un mois^

» cela n'en vaut pas la peine; ainsi je n'écris pas, ptilsqiie vous n'avez pas voulu écrire. Je n'écris bien que n ce que je pense; Vons me paraissez dans tonttl Oftte » affaire inlinimeni plus près de l'opinion de M. de Ma- I» rignane et de sa fille que de la mienne. Voiis de^ » vez donc écrire infiniment mieux séloii leur ciceur, » outre que vous êtes plus sage^ et en ceci plus froid » que moi.

» H fallait que vous eussiez du temps à perdre pour M employer deux alinéa à me demander une de vos i> kttres, et à négocier cette importântë reâtillitieit)

91 qiie ni Sophie ni moi n'aurons sûrement point envie » de vous refuser. Adieu, je vous attends avec impa^ n tience; Car vdos fttes meiUeuir à causer qu'à fire, aa M moins dans vos lettres^ veux vous demander Il une fois pourquoi vous répugnez tant à vous dé>- » cltrer peur moi, tandis que mon père, sdlott Vdtis, 9 désire la réussite de nos projets. Pardonnez eette lon- 1» dfue épitre, que vous trouverez sàtement fin mani- » feste ^ ft^îs je suis comme ^phie, je ne sak dke Aes n raisons qu'en les disant. »

. C'est en répcmse à cette lettre que Dupont m'écrit k grand n** II, que je joins ici d'autant plus voldnliers que le bon ange ne la pas mais renvoie-le-moi vite; car les InrouiUolis ponir madame de Mirabeau et M*, de Marignane^ ^^^^^ avoir besoin d'envoyer iiiees-

sanunent à mon oucle^ j sont, et je n'en ai point de eofne. C'est là qiie tu riras de tout Torgn^, de toute la dcraison de Dupont. Mais ce dont lu ne riras point,

e'est que l'on ait été assez méchani pour détnûre toutes

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les bonnes dispositions où il éiaii^ tn l'asSuraDt ipe Je tonaig d^écrire dc âdre présenter à la reine iln Aimokè

contre lui pour ma mère» Je né sais absolument poiat comment (^tromper mon père de oette &ble âbeurde^ puisque Dupont a la pusitlanimiié de ne pde s'en diar*ger. I^fûus fûmes une grande heure sans nous entendre; lui me fiûsant des reprodies> moi crojrmit qu'il paDlait de ^ancien mémoire, et admirant sa mauraise foi» Enfin nous nous entendâmes^ Juge de mon indignation et de ma douleur» Le bon ange n'a point du tout pris cela comme je l'aurais oru > il â trouvé que j y mettais trop d'importance ; mais il ne sent donc pas que tout l'univers ne croirait point à cette oalomniei que je n'ed sm's pas plus avancé^ si mon père n'est pas détrompé. Or, je ne connais pour cela qu'un moyen, que j'ai proposé à Dupont^ el qu'il n'adoptera point) c'èst de le déclarer ouvertement mon partisan, mon défenseur, et la partie de quiconque me calomnie aussi indignement | il ne me fitti^aît à moi que ma haine naturelle de toute injustice pour faire une telle démarche ; mais on ne doit point l'attendre d'un demi-'ami dominé par le respect humain.

J'ai rc<j U depuis une lettre de mon oncle, dont je né t'envoie point copie^ patce qUe je i'âi fiiit passer à Dvk* pont, n my parle du pardôn dé Bion père poUr mes tort5 personnels envers lui ; du refus qu'il fait de me rendre ma liberté sans garant^ des risques que courrait^ lui^ mon oncle, à se porter commS lel; des indignités dont madame de Cabris a pajé ses bienfaits envers sa famille; ce qui le décide encore flm à la neutralité. £n général, sa lettre est d'un homsie sensible, mais aigii^ el qui lutte çontre lui-même en refusant 3 mais Je ne

l8d LETTRES ÉCRITES

désespère point, à beaucoup prés, d'en tirer parti

Mon Dieu! que je suis donc las de tous ces détails! Répondons seulement à ta lettre.

Je suis fort content de la lettre de ta mère, et, dans cette occasion délicate, elle s'est conduite raisonnablement et convenablement. Je ne sais que te dire sur ta fille. Laissons débrouiller encore quelques circonstances. '

Je n'en sais point assez pour te prescrire la conduite à tenir avec le tuteur de ton en&nt. Consulte des gejas de loi, et ne £iis rien dans cette afËdre qu'avec leur avis ; après cela, si ta mère crie, ta seras bien foi te, et tu auras du moins des raisons à opposer à du bruit.

U est certain que cette addition de preuves que cherche M. de Monnier est sinf^^iilière; mais je crois, moi, que ses recherches ne sont relatives qti'à l'existence du ptemier en&nt qu'on te suppose, et qui deviendrait en effet très-inquiétant pour madame de Valdhaou, puisque son état serait inattaquable.

Je crois qu'il n'y a point de sûreté i chercher à 6ter au& Ruffei toute inspection sur cet enfant. Le crédit frit tout en France, et il se consomme journellement des horreurs qui font frémir la nature, et que Ton ne regarde que comme des choses de convenance toutes simples. Le procès-verbal de M. d'Ëstamg, dont tu as sûrement entendu parler, doit faire trembler tout individu qui demande son état.

Je crois comme toi que c'est l'histoire du chevalier qui a donné à M. de MarvlUe l'idée de te parler de notre correspondance. Mais il est beaucoup plus que possible qu'il le sache d'ailletirs , et une phrase du bon an^e me

BU DONJON DE VINCBNNES. l8f

l'a .soupçonner. Pour mpi^ je me suis tenu stricterment à mes instracdoiis^ et j'ai ignoré tout ce que tu fiûsais, âàm et pensais.

J'aime beaucoup ton ^bbesse -, tout ce qui t'aime m'intàresse..., et cependant il est si &cile et si doux de t'aimer ! Mon Dieu ! qu'elle soigne donc ta santé. Et

ta Victoire Ah ! Victoire, rends-moi ma Sophie^

et je t'aimerai tant I... Chère, chère amie 1 donn&-mpi cette preuve d'amour de te soigner, de te ménager, de ne plus écrire que ta santé ne soit parfaitement ré tablie. Hélas! hélas! qui devinera les angoisses dpnt je suis dévoré? qui daignera y compâtir.** Les gens de sang-froid croient que ]es amans sont fous... Us ne sont cependant que sensibles.

Je t'avoue que la conduite de Dupont ne me paraît ni plus amicale, ni mieux raisonnée, ni plus généreusi^ qu'à toi ; mais j'en reviens toujours à dire qu'il n'est pas obligé à ce qu'il fait, et qu'ainsi je n'ai pas le droit de prendre de rhumeur contre lui pour sa lenteur et son éternelle indécision, mais bien pour les sottises qu'il me dit ; et tu vois que, dans ma dernière lettre, je ne m'en suis pas fait faute.

Je pense comme toi que je n'en mourrais pas de douleur, quand je ne nie raccommoderais ni avec M. de Marignane ni avec sa HUe ; et qu'ils ne sont pas du tout nécessaires à mon existence. Mon père s'entête, par amour-propre, à ce que je crois, parce qu'il craindrait que la restitution volontaire de ma liberté ne fi&t de sa part une rétractation de tout ce qu'il a dit et fait, et un désaveu ou plutôt un aveu Je l'excès de sa sévérité^ mais qu'^ puis-je faire? je marche avec des tortues^ il faut me mesurer à leur pas, ou

i8a XiiTTÀEs éeuma

me résoudrô à rompre voyage^ ce qui ne serait pasprod^t. . î

Il faut avouer qu'il est très-possible, et même probable cpiç ce conte borgne d'un mémoire, eic. ^ ait arwèti tout eouFt Dupont^ etdbttigë les boimeis disposl-^ tlons de mon père. Cependant c'est une manière bizarre de jiiger son fàs, que de lui imputar une action Iftclié et folle, sur une prétendue resseniMânee de stylé. Toict deux inventions successives^ qui^ si elles étaient bien dévoilées à mon père, devraient lui faire soupçonner qii^on a accumulé sur moi bien des faussetés dans ma vie, et qu'an nombre de ses préventions il en est de bien peu fondées; mais encore une fois, tant que Dupont craindra de paraître, tant qu'il n'opposera que <les ipsinuadons à des déclamations, des palliatifr à du fort tranchant, des conjectures â des' assertions calomnieuses, nous resterons où nous sommes, au moins dé ce côté; et, malheureusement, cette âchue néjfjodation barre toutes les autres, parce que Ton dit : Quoi de plus raisonnable que de le raccommoder avec sa femme a^.. . '

A tes momens très-perdus, et quand tu auras dii temps de reste, tu me feras plaisir de me faire passer la collection de tes lettres à Dupont : il n'eu est pas digne, le bel-^piit qu'il est ; et il ne me les^ montre toujours point, ce qui est fort ridicule^ et moi, je ne veux rien perdre de ce que tu écris. Le bon ange a oublié de joindre k ta lettre celle de Dupont ^e tu renvoies : je la lui redemanderai.

' J'ai peur que la maladie de Dupont ne'soit contagieuse, et que M. Boucher n'ait hérité de ses préventions contre les têtes et les cœurs chauds : il ne me parle plus que de mon imagination, qui va trop vite.

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ou OONJEOH DE TINCEJVNES. l83

pas Ejtcuse?;, je vous prie : on ne me mande, on ne m'im-

pv^t» qu^àm ioiauûfis; et je vais trop vite^ en m'en ii^f ra- ^^mnt, en repoimant areo une force très^modéréeJ itar- pieu hénmc les {grâces d'état ! Pour moi, je n'entends f» 9 mQum fiOff^OHÛPU, quand il m question d'bon-* m Wnv, de liberté, d'amitié, d'amour. Biais si le bon ange

lacie «iH^it deyettir ministériel aussi Oh ! ma foi ! je ne

Véi mmPm plps à ^uel mint me vouer. Mais je te prie, ma

bonne Sophie, de si bien te délivrer de ton aigreur m contre le lambin Dupont, en lui donnant un libre cours }fli dans les lettre^ que tu m'adresses, qu'il n'en reste pas ji trace dans celles que tu lui écris ; car, encore uiie fois»

^^ryi^çs sont gratuits et volontaires; ainsi nous |L n'ifQlV pa9 le droit de les évaluer rigoureusement*

Épri^kd vite sur cette bourde du mémoire.

Je ne sais pafi «i le bon aiiige ne croit pas un tanti-

}M m% 0mm» de l'autre monde. U a pe^ être ca-

0 pudUy et regrette celte robe ; cependant elle est asses h sak* Toiyaur^ ei^t-il ique si la dévotion le point, il doit

nor^ regarder i^oiome de grande réprouvés; maje s'il

^ vise à notre converrion, qu'il nous réunisse ; je ne cen«>

y nais que cettQ manière de nous iaire croire à la justice

de la Providence»

; Chère n.i«i! la a«n«UHUe, le. prétentions que».

^ voudras à la méchanceté , il n'en sera pas moins vrai que

^ la pbéftopiàQie le plus jétoansmt que j'aie observé dans k

1 eœur humain, c'est l'alliage de sensibilité extrême et d'égalisé parfaite qui est en toi. ïy ai réfléchi bi^n des fois ; je ne l'ai point encore compris ; et cmx i qui j'es parle, Dupont par exemple, aiment mieux m nier la possibilité que. de tenter de l'expliquer.

. £n eibt> il nte paraU que le bon angft esâ aaseX' ga>-

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l84 LETTRES ÉCRITES

lanl pour un ex-capucin^ et qu'il se connaît en reliques. C'est sans doute pour prix de sa dévotioQ qu'il a trois ou quatre enfans^ sans ceux à venir; et m vois bien qu'en effet ses reliques sont aussi efficaces que jolies. Je te prie cependant d'attendre que tu sois fort vieillie pour le prendre pour ton directeur; caril est fort bel homme^ et précisément de ces saints njr touche qui affectent d'être sans conséquence^ pour vendanger â leur aise Ja vig^ne du Seigneur.

Tu verras^ dans le n" 11^ que Dupont a déjà fait les affaires de six rois. Assurânent on est mitnstre à meilleur marché.

Mon amie ! tu m'attendris aux larmes quand tu me parles de ce temps si court ou nous jouissions du pré* sent et de l'avenir. Hélas ! c'est que nous ne devinions

pas celui* ci Cependant nous sommes loin d'être

échoués, et; après la tempête^ nous trouverons le port; mais songe donc^ alil $onge donc que pour cela il fàut vivre : conserve-toi, conserve ta santé, ta beauté : ô Sophie! n'attente pas à mon bien, à mes trésors, ou dis-moi de mourir.

Je crois, mon amie, que, pour élaguer certains détails, lu t'es trop abstenue toi-même de faire une profession de foi fixe et invariable à ta mère^ je ne dis pas précisément sur moi (il faut à peu près la lui laisser deviner), je dis sur tes affaires. Cela peut se faire aâéctneusement, modérément, respectueusement : alois on part d'un point fixe dont on ne s'écarte plus ; et enfin elle prendra sou parti.

O mon amante ! que tu es savante dans Fart des vengeances! Quoi! pour réparation d'honneur tu ne m'olfres qu'un fils qui me re^emble parfaitement! Ahl

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DU DONJON DE VINCENNES. l85

je n'appellerai jamais de cet arrêta et le plus juste des

tribunaux n'aurait pas si bien prononcé Oh ! non ;

deuX; ce n'est guère; mais tu sais si c'est ma &ute! tu sais si mon insatiable vengeance fûblira jamais. O bonheur ! yiéns^ viens recevoir le prix de tant d'amour. Hélas ! ce n'est qu'en me rendant plus heureux que tu veux étré payée d'avoir âdt ma félicité. £t ces deux êtres qui n'aspirent qu'à s'aimer^ se voir^ se réunir...^ pourquoi conspire-t-on contre leurs vœux? quel mal fontrils? ils sont prêts à renoncer à tout autre rapport ^ que peut-on donc en redouter?

. Tu aurais pu et dû te dispenser de parler de l'inoculation de la petite à cette folle d'Émilie; mais enfin cela est passée et j'espère que^ grâce aux soins du bon ange^ sa sotte indiscrétion n'aura point de suite. • Tu as fort bien fàit^ quoi qu'on en puisse dire^ d'ébruiter ta maternité. Ton silence était peut-être la seule chose qui pût nuire à ta fiUe^ parce qu'il était un aveu indirect que tu n'avais point d'en&nt de M. de Monnier^ et tu avais même en l'impru^nce de le dire formelle-^ ment. La voilà réparée^ car sûrement tu ne varieras plus. Madame de Auffei criera ; mais snr quoi ne criet-elle pas? II est certain que de toutes les manières possibles de divulguer un secret^ il n'y en a point .de meilleure que de le confier à des femelles^ cela vaut mieux même que les trompettes de la ville. C'est la méthode de M. le chevalier de Moans^ il a confi^^ sous ksecret, son. roman à tout le monde^ et surtout aux femmes, nommément à mesdames de Montmort, bellemère et belle-fille. Je réponds que la première est une des plus huppées caillettes qu'il y ait dans Paris. M. Ict chevalier ajoutait quelques détails atroces. Par exemple,

Vis^9^h ^orge t^èi-j^iâ^>nAi9 tu h àétmàst»»**^ Moi^

çqniF hfi^t ^ 6$mir m p&mu à m monstn Ta

^§ les h^im^ yeux et h plus belle carnation du mQU^imm je forai kim da ne pa« le laifiw? veiur^ lAiQg^Ml)|p9» ou |n t'<^ jsmmîiw- La pmmer mat ^'U BFéji^^i^d avoir dit au médecm, p't^t qu'il se hosar* ^i»r la paritla» qui lui farautÎMaii; au mpiut ipia fa sani^ nii ^^0urait aucun péril. Enfin je no saici pan eonif* map t il n'a p0« u an^bé le mû t £i ^ s'a^t pfs dit omn beaur IràFQ, Toute! £68 borraun prouvaut ^eu avec qoeUa exactitude il te peindra, si on lui demande ton sjgnu* l^uu^ut» puisqu'il parla de ta gorge^ que tu couvres et aafèM Wiiamip plui qu'uua viarge^ at que je t!à H^UDUe et même soupçonnée que le jour de mon bon^ heur.,ii Quel lUûUAtral at que je le hais I £h iiefiï tu ^^a^ que Dupoui a trouvé afitta histoire fan pen imr partante au moment où nous Tavong prié de détrooiT -pm mm père- Qepaudw^ t il uous aiaii» dii«i(41; resdu le plus grand senrioa de déBarmer odui-KUt QepiBuhnt il u'ûst pas hn d'aocurd avec lui-^mmufii car il m's anué» dans la fiouTeiiatioiij) qua mou pèca safiiic c%UQ histoire avant que lui^ Dupont, allât au Bigoon. l^e. irfiiSfiUÛiueat ile mou pèr^ n'était dune pfs biea

impétueps.

Personne n'ignore que je suis à Vincennejs, et on le dit pul^liquamQut dans le .château> où il n'y a qu'une da^ qui n'a un fktax connu, ei qui, quoique ma par renie, et i\utr^fois me trouvant à son gré, s'embarri4iïi>e p^u de iuoi aujourd'huii au moins je U ficoia*

lia da^ue qui prétend qu'antpe mon père ei moi aoni gîff^ageçns tout l'univerS;^ ne refuserait pas de faire

^M^pa n)}oso pour mà, « aUa s'en «ouvenait; mail

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DU DONJON D£ VlIiCENNES. 187

fonle? EOe a un ouvragfe de Hall qui pourrait oêpen^ l'en faire souvenir, et ja ae te propiau^ paf de ue

paûlt li^lw delà lui vokp.

Je ne sais pas où tu prends que Portât dêê droits sur unç femme pour Tavoir amusée ? £n vérité^ tu es donc 4b i/smfA ITastabs das^ Sabinas ? la crois t^av«ir conté que l'abbé de i3ernig, aujourd'hui cardinal, et . jbngrtâipips la plufi jralôuceux ^ihampiqn du plergfé^ aa foi n'Mt pas paaifirav^ant rtoenduk uoa faiiimo'«ii< visr à-vis, et eu tous les bons procédés usités en pareil eoAf hom pracadas réitérés chez çUa au sortir de la Toiture , y reiouraa la l^ndaoïaiii à sa toîlatie^ et voulut jouer avec une jolie gorgo, sm laquelle il crayail avoir, des droits, La dame repoussa avec beaucoup da SartaM-lms légers-^ l'abbé, cpiifoiida) lui rapésenta qu'il ne croyait pas l'offenser, aprè* le^ bontés qu'elle biiaii^it tamoigfiées la veilla... a Gomoiant^ oQmxmnlf m moiinaur, dieda dama, aamBarooa pns cela pour dai « avances? « Tu vois qu'avee les belles daines il ae faut compter sur ripo^ at. qu'on doit absoliiim^t tomber aD|oaii9a|^d'niia fiotta.p«lite promdale aamiM td, ai l'on a la bétise d'aimer r.es vertus bourgeoises, 2)om<r jaéêB fidélité, oomtomoej nacçnnaissané^e , qui /oat ^ilcr les ^aada <koifls..

Dupont s'est douté que tu fera js quelque nicha à mon kàfe, at ja vois^u'ii t'a deviuae avam moi*. It nia aak jti^ tu arais d^ l'asprir^aoïniiia ^ons lis anges ait I) tous les diables, et plus que lui et plus que inoi ; et •*y que tu itais j£oii.42i^pabia da faire q/OLskpiti aspiéglaiM a.désola|it(e à.M. jle^ahaviiBer.n ' . . Ve. i§ iaeha poipt cootre las visites da ï^I^ do Eougfa»»

l88 LBTTKBS ÉClliTES

mont ; il y a plus de trois semaines que je ne l'ai aperçu 5 et en tout; il ne m'en* élooffe pas.

0 Sophie ! Sophie 1 tu le sais bien^ qu'il n'en est point de tes caresses qui nuisent à ma santé. De Faveu même des médecins, le célibat est un de mes plus grands maux; et mon cœur me dit mieux que leur science que r^ence du bonheur est un poison lent qui me tue; mais, chère aniie ! ta sauté est en ce moment ma pensée habituelle, ma pensée dominante; toi seule peux te ibire une idée de mon inquiétude, en te mettant à ma place ; mais, je t'en prie, je t'en supplie au nom de l'amour et de ta fille^ n'écris qu'un mot^ si tu n'es pas très-bien. Garde mes lettres, pour les copier à lokir* tie bon auge m'accorde cette faveur ; il ne te la refusera pas^. et bien moins dans un moment où . tu souffres. Je lui demande que ceci parle après -demain, mardi 12, et je compte trop sur sa bonté pour en douter. Mais £akis-lui écrire un seul mot par l'abbesse ou victoire, avec ton nom seulement de la main, si tu as encore de la fièvre. Tu te brûles le sang, chère amie. Ah! ce n'est pas le £eu de la fièvre qui doit circuler dans tes veines. Rassure-toi sur moi. Je n'ai, quoique malade en ce moment, précisément que de l'inquiétude^ et, par un effet bizarre, niais très- ordinaire chez moi, mes urines, ma vessie et mes reins s'en sont ressentis à l'instant ; depuis que je te sais malade, j'en ai souffert; mais je souffre surtout de ce que tu me l'as caché. Que cela ne t'arrive plus, chère amante, et que je sache que ta te promènes, que tu te distrais, que tu as recouvré la santé et ta beauté. Mon amie, ton cœur et ton esprit ne sont que trop en contention; si tu y joins encore une application forcée de corps, et nn gemre de

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OU i)6NJ6K i>E vin\:ennes. rÔg

vie mabatii; tu te tueras... £t tu ne veux pas mourir saos avoir revu Gabriel. Pour rboi, j'avoue que j'aime la vie, depuis que j'ai recouvré l'espoir de me retrouver dans tes bras..; Adieu, adieu, ma Sophie j ne sois point inquiète de moi. Je serai guéri au moment ou ta le seras. Baise, baise ton petit amour y ûh I s'il sentait comme moi son bonheur, si je pouvais un instant prendre sa place, mes brûlantes caresses t'auraient

bientôt guérie Oh I quel mal que Fabsence, où le

présent même nous échappe I Adieu, mon amante.

Gabriel.

Je ne t'envoie point de vers^ quoique j'en aie; assurément tu n'as que trop à lire, à copier, à écrire. Ne balance pas sur la saignée, toutes les fois qu'une fièvre paraîtra le moins du monde tendre à Finflainmation.

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