‹ Lettres a SophieChapitre 14 sur 31 · LETTRE CXV · texte numérisé non relu

LETTRE CXV

A LA MÊM£.

9 janvier 1779»

Je reçois ta lettre du i^^ janvier^ chère amante,

et ton inquiétude m'afflige infiniment. Il est certain que ma santé n'est pas bonne, et je crois qu'elle ne peut pas l'être dans ma position^ et avec les tonrmei»

• Un baiser.

^ d'esprit et de cœur qui m'agitent ; mais an fond le

danger n'est pas imminent ; et j'en reviens à cette ^* phrase cruelle pour l'amour, et cependant rassurante : Cela n'est que douloureux. Je suis obligé de suspendre les bains. Le froid est trop rigoureux, et je me '^^'^ suis senti <juelques dispositions à ces catarrhes épidémiques qui mettent tout le monde au lit. J'ai donc en- ^ ragé depuis deux jours ^ je ne m'en trouve pas plus mal, et si je dormais, je serais assez bien \ mais je ne dors point, et Toung a eu raison de dire que, send>lable aux hommes corrompus, le sommeil fuit les malheureux, ne visite que ceux que la fortune caresse, s'éloigne d'une aile légère de l'infortune, et ne s'abat que sur des paupières qui ne sont jamais mouillées de larmes. Chère amie, ne provoque pas les miennes en en répandant de prématurées. Calme-toi, ma Sophie, Je ne suis point mal, et je me soigne. J'ai eu dans les derniers jours de l'année un doux restaurant : j'ai vu le bon ange et M. Lenoir. Celui*là est resté long-temps ^ avec moi. Tous deux m'ont comblé d'amitiés ^ tous deux m'ont exhorté à la patience : et ce ne sont pas des formules vagues et stériles ; c'est le mot d'un intérêt éclairé et actif. M. Lenoir m'a demandé des lettres pour M. de Maurepas et le duc de Nivemois. Celle-là a été renotise ; celle-ci reste suspendue par la maladie de M. Lenoir, qui n'est, je crois, qu'un gros rhume, lequel se dissipe. Tu verras que je ne suis point ingrat ; car, pour une ' lettre que lu m'envoies de ton amoureux Dupont, je ^ t'en envoie trois, l'une desquelles est directement pour ^ toi, et m'a été confiée par lui-même. Tu as là un galant I bien indiscret. Je lui ai envoyé en réponse la substance de ma lettre à mon onde, et quelques phrases assez

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278 I^ETTRES ÉCRITES '

sèchea sur les flonpçonB qu'il prétend que l'on* a conçus

au Bignon de ma connivence avec ma mère. Il me semble qu'il est bien odieux d'imputei* à un homme une si lâche duplicité^ quand^ en toute sa vie, il a (ait tant de preuves de la plus inflexible franchise. Je crois pas non plus qu'il y ait la moindre bonne foi dans ces soupçons ; et il me parait assez étrange que^ pour motiver d'avance leur opiniâtreté, Dupont commence déjà à récuser^ au nom de mon père, ie témoignage de la police, qui seule peut inspecter ma conduite.

Je ne m'étonne pas que ta aies trouvé absurde h

lettre démon oncle; elle Test en effet; et de plus, il y a beaucoup de dureté, parce qtie comme c'est par mon père qu'il m'écrit, il veut apparemment se mettre à çon ton. Tout le monde sait que nos rois se di^pemeut trè^cavalièrement des sermens faits à leur sacre; qae leur droit de faire grâce est limité^ et l'est nécessairement, parce que nos législations sont atroces, et la proportion des délits aux peines totalement renversée par le despotisme qui nous régit : tout le monde sait que le roi fait le même serment pour ie duelliste; et â qéel duelliste ne pardônne*<t«*il pas? J'ai exposé tout çela a mon oncle avec beaucoup de force, et, comme je le dis à Dupont, ma lettre est d'un homme qui dit : « Maïs si vous me prenez pour un imbécile qui ne coB' » naisse passes droits, ou pour un adulateur qui veaiile » vous gagner à tout prix, vous vous trompez fort. » Mai8 line erreur non moins consiclL-rable cl non moins injuste, c'est celle où t'a jetée la lecture de ratrocc mé'^ moire de cette Cabris. Assurément elle ment si impudemment iiur touâ les faits qui sont a la connaissance;

que tu âurais pu te tenir eu garde contre ceux qu'elle allègue pour déshonorer le bailli ; et une Messafinè qui vante la pureté de ses moeurs, une femme fu^jitive qui se jacte de son amour pour sou mari^ ne doit pas inspirer une grande confisûace. A y a mieux : il n'est pas une personne de bon sens^ qui^ même sans être in* struite^ puisse^ avec un peu de réflexion^ être la dupe de ce mémoire» D'abord il porte tout entier sur une hypocrisie très-évidente. Qn'est-oe que ces feints mé-^ nagemens pour mon père^ tandis que l'on attaque avec tant de fureur son jprocureur fondé ? Ensuite il n'existe pas une senlè preuve de tout ce que l'on avance contre le bailli de Mirabeau 3 et c'est du prétendu refus de paiement d'une somme que^ de leur aveu^ l'on n'a jamais que fait espérer, que l'on fait découler cette haine virulente qui a porté aux plus odieux excès un honuue connu, pendant qnarftnte aiis^ dans lés plus grandes places, par la plus rare intégrité. Je te demande si cela a l'ombre de vraisemblance ? Je te demande si ces soliloques dignes de Satan^ que l'on attribue au bailli, ne sont pas une invention diabolique, destituée de toute preuve? Ils l'avouent eux-mêmes^ que cette haine est mpraisemblable ; il âdlait donc l'af^uyer d'atitre chose que d'un roman. Je puis te certifier d'abord que le premier fait, base de toutes les déclamations de nia" dame de Cabris, n'a pas l'ombre de la vérité, je veut parler de la promesse des 3o,ooo livres. Il est vrai que mon père fit espérer que le bailli, si sa nièce méritait ses hontà, pourrait âdre pour elle ce que la marquise de Vassan avait fait pour madame du Saillant. Les-at-elle méritées, ces bontés? Je vais te le dire, moi, la véritablé cause de là haine de iliedame de Cabris 000-^

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a8a I^TTAES £CBJX££i

tre le baiDi. Les premières amours de madame de Cabris, devenue femme^ oui été. M. de Goiirdo% cou^ germain de son mari, et elles commencèrent trms mois

après son mariage^ c'esl-à-dire quinze jours après son arrivée à Grasse. Mon oncle lui en parla plus en ojic)q prudent et tendre^ qui sentait que de ce prenûer pas pouvait dépendre le bonheur de sa vie, <juen casuiste austère. Cabris était libertin ; sa femme^^ commeitoutoei les infidèles, a£Schait une extrême jalousie ; mon onde voulait modérer ses fougues. Toutes ses leçons furent si mal reçues^ qu'il s'ennuya bientôt de la tàcheiquâl s'était imposée de veiller sur le début de sa nièce \ Grasse, et retourna à Mirabeau ; cela ne Ta pas .eiopêïï ché, dans le voya^^e qu'elle y fit plusieurs mois après pour s'y réunir à moi, de témoigner à cette jeune folle les plus tendres bontés. Je suis très-certain qu'aloU? les Cabris se gardaient bien de parler de l'engageiiMaide mon oncle, qui n'avait rien promis. • ^

La lettre de mon père n'inculpa que lui^ mon pei?e, qui est très-apte à donner des espérances pour des certitudes, lorsqu'il s'agit de conclure une bonne aitalre. La dénégation du bailli a toujours été formelle^ Il if cité ses amis ; il a cité ses propres lettres à M. de Cabris père. Qu'a-t-on àlui dire? Madame de Cabris confond exprès les dates, rapproche 1771 de 1773, pour lier les deux prétendues époques de la haine du bailli. Enfin elle bataille avec la plus odieuse fausseté. Dès 1772, madame de Cabris avait levé le masque et d^ pouillé toute pudeur. Dès 1773 elle captait hautement l'héritage de ma mère. £st-il fort étonnant que mon oncle ne la traitât plus amicalemet^?^ Avait-il grand tort de parler jdu prêt lait en iyimou^ftgWC^WT

Dlgiiizcd by d.

DIT novsofC m vikc^nkes. ii8t

î(ie(> mencer le grand et fatal procès, comme d'un procédé coBi indigoe? Qui n'en a pas pensé ainsi? Quand on sak, comme nous, à quel point cette femme perfide a des-^ presï servi et trahi sa malheureuse mère, quand on connaît eau tous les ressorts de ses infernales trames^ on devrait meri frémir d'horreur en voyant avec quelle hypocrisie elle cas cherche^ d'un bout à Tautre de ce mémoire^ que ma leiR communiqué Dupont^ à faire cause commune avec elle^, m â se donner pour l'infortunée victime de son amour âlial. Et c'est toi qui donnes la moindre créanc^aux b inculpations de cette créature^ dont le moindre vice à. est d'être une prostituée!... J'en parle sans ressentie ai ment personnel^ quelque mal qu'elle m'ait fait -, msâa, sur mon honneur^ je ne connais pas un être plus per-» [^ii vers, ni une probité plus respectable que celle de mon fjr oncle. Certainement je n'ai pas deux poids et deux mei sures ; certamement toute invocatian de lettre de cadiet

me parait un crime de lèse-nation, et je n'approuve ^ pas. plus celle de ma sœur que la mienne^ quoiqu'il y ,f ait entre nous^ j'ose le çroire, une fiirieuse distance* ^ Mais du moins elle a été jugée et condamnée ; et pouji vait-elie ne pas l'être! C'est quand son mari est fou>

que cette femme, qui couchait avec son ou ses amans^ jj sous ses yeux mêfne, qui vivait avec lui dans un état I de guerre ouverte, qui l'avait fui publiquement, escorl tée d'un homme méprisable avec qui elle vivait sans le I moindre ménagement 3 c'est au moment de la démence,

quelquefois frénétique, d'un mari autrefois si chéri,

qu'elle accourt auprès de lui ! Mais quand? quand elle , est chassée de Paris, où, n'ayant pu se raccouiuioder I avec son père aux dépens de sa mère, elle s'était

raccommodée avec sa mère aux dépens de son père;

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282 Lettres écrites

quand elle a épuisé par ses honteuses dissipations toutes ressources, et qu'elle compte administrer librement, sous le nom d'un fou, cinquante mille livres de rente! De bonne foi, ce retour étail-il bien méritoire? Cette lettre de 1776, pour laquelle son mari l'autorise à aller à Paris, doutes-tu qu'elle se la soit fait écrire après son retour à Cabris ? Ne sais-tu pas que depuis plus d'un an ils ne s'écrivaient pas ? Madame de Cabris a voulu s'approprier au moins la jouissance de la fortune de son ^ari 5 cela est évident, et en vérité elle ne lamentait pas. Il eût été tout aussi indécent de lui bisser l'éducation de sa fdie. Belle éducatrice qu'une femme qui, sans respect pour sa fille et son enfance, la fait apporter dans le lit qu'elle partage avec son anaant!...

Finissons ces tristes réflexions, que je pourrais pousser à l'infini. Mais, en vérité, madame de Cabris en impose assez impudemment sur les faits qui nous sont relatifs, pour que tu ne croies pas légèrement ceux des détails desquels nous ne saurions être instruits. Cette indulgence qu'elle a eue pour moi, pour moi à la conduite duquel elle na jamais donné les mains, t'at-elledonc rendue si favorable à sa cause ? Elle a oublié, cette femme aux mœurs pures , la lettre éloquente que je lui écrivis en 1775 pour la détourner de fuir avec M. de Brienne, cette lettre qui t'a fait verser des larmes, et qui prouve que je ne règle pas mes conseils et mes opinions sur mes intérêts et ma conduite, mais sur les règles éternelles de la justice et de la vérité. Elle a oublié, cette sévère moraliste, qu'elle m'a poussé

à t'enlever long-temps avant que la nécessité nous ail forcés à prendre ce parti violent ; qu'elle nous a fait dix plans d'évasion , desquels elle se mettait toujours

DU DONJOIf DB VINCBNNES. 283

^^^^ d6 moitié^ et que ce n'est qu'aa moment où il fidiait '^^^^ Dons ftendre deux on trois oetits louis, et tes efifets^ que '^^ son indulgence a eu un terme,.. Laissons en paix ^ cette malhenrense^ bien punie de son incondaite, à qui

je ne ferai jamais ni ne souhaiterai de mal^ mais qui en a trop dit de toi^ et nous en a trop fait pour que je

puisse ja^iats lui pardonner. Je te prie de croire sur ^" ma parole que mon oncle est un homme aussi honnête ^ que sa nièce l'est peu.

Tu me parles de l'accord £ût entre les Caraman et

nous coitime intéressant un commandeur de Malte, ^ qui travaillera eu ma faveur pour prix des éclaircisse- ¥ mens que tu demandes : mais^ mon amie, c'est- un fa- ^ got que l'on t'a fait. Si ce commandeur était ami ou - parent dés Caraman, il ne serait pas embarrasse d'avoir

ces renseignemens. Cet accord intéresse trop M. de Ga-

raman pour que les papiers qui le constatent ne soient ^ pas en règle. Si c'est leur ennemi, je ne peux point,

surtout dans une situation aussi précaire que la mi^ne,

donner à un inconnu une notice désagréable à des gens E- considérés que mon père a avoués ses parens. Ils ne < sont pas plus Riquetty que le Grand-Mogol; je le sais

bien^ et toute la France le sait aussi ; mais ce ne sem > à moi à y voir que quand je serai chef du nom.

U n'y a pas à balancer de défendre ta fille contre » 1 'attaque très-mal conçue du marquis de Monnier. Ce ^ dilemme est sans réplique : elle gagnera ou perdra ; si ^ die gagne, c'est pour toujours^ si elle perd, les Yal«t dhaoïi li'oiit rien gagne du tout, car elle a trente ans ! pour avenir. Autre raison importante ; il faut conseiv 1 ver des fends au tuteur, afin de pouvoir, au besmo, t se passer des Kuffei. Soutiens donc Charmeaux de

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â84 UTTIUSS iCRITES

toutes tes forces; mais tu as la dans Chab. im pauvre écrivain. J'aimerais beaucoup mieux certains aotresy

mais point de lu Croix. Qaant à son déplacement, j'en ai parle à mon ami le bon ange^ qui^ toujour^^en iantemant un peu, s'eii est expliqué d'ailleurs «tec «on amitié ordinaire. Mais^ comme riea n^avance^ il faut que tu lui reparles encore, et que tu pries pj^esioit et simplement ensuite mademoiselle Diot de faire sevrer ta fiUe^ puis la conduire à tel couvent; que s'il s'ensuit un reftis, tu réclameras en justice Im^àim que tu as sur ton enfant^ et que tu as d'autant plus évidenunent qu'elle n'a point d'aïeul paterneli Joiui verrons comment les bons et les mauvais > anges s'^a tireront. M. Boucher rit en lisant ceci; mais moi, je n'en ris pas^ et je trouve qu'il est un peti .àir qa^ea nous force, malgré nous, à faire de notre fille mîe paysanne. Quant à moi, je ne puis m'en mêler, piiis-. que je ne suis son père qu'aux jeux de Vajm€m;i4atàk toi y tu ne dois pas t'endormir sur cela. Je voudrais, par exemple, que l'on n'écrivit rien dans ton affaire que je ne le visse. Qae ne prends-tu Élie-de-Beaomont ou Garât pour écrire pour elle? Celui-ci est fort jeune^ mais il mojitre bien des talens et de la sensibilité.

Tu as deviné à merveille mon énigme, et tu es grande connaisseuse en feit de baisen. Ah ! qae ne puis-je entretenir tes talens ! Hélas ! on ensevelit l»en long-temps notre savante théorie. Je crois cependant que À les Ruffei comptent bien fort sur l'impossibilité du recouvrement de ma liberté, ils se trompent infiniment. Si ma santé résiste^ ceci finira ; mais un pareil si est quelque chose d'asseit triste à vider.

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DU DOITJON DE VINCBimES. ÔfSS

Mes Contes sont entre les mains du bon ange^ et se-

» • ront^ je crois^ bientdt sons presse. Ta anràs le premier

exemplaire.

'ifli Adiett^ chère amie I je te demande un peu de tran-

i»t quillîté sur ma santé^ et même sur mon sort. Quant à

e^li celle-là^ je crois que l'on va me faire monter à cheval^ (OU et c'est le grand remède^ du moins M. Lenoir j a h consenti sur-le-champ et avec plaisir; mais il faut bien \f des réflexions à M. de Rougemont pour vouloir ce si que ses supérieurs veulent* Quant aux afËatires^ j'ai dans lu; m. Boucher un ami aussi zélé que Dupont est un raidi sonneur impatientant et inutile (j'attends incessam- |Bi meni celui-ci) ; et M. Lenoir m'a dit que M. de Maucj repas lui-même trouvait ma détention bien longue.

Ah! ma Sophie^ s'il connaissait tout mon amour^ elle

\$ le lui paraîtrait bien plus. Adieu ^ ma bien«>aimée; je

|î t'aime comme tu le mérites^ comme tu m'aimes^ conmie

i je le dois^ comme je le puis^ car tu emploies toutes

% les forces de mon âme.

"S. Gabriël.

Il . ^ •

j Songe à mon cachet.

Il • . '

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^86 LETTRES. ÉGBIVES

LETTRE CXYI.

▲ LA MÊM£.

s4 janvier 1780*

La lettre qae le bon ange a bien voulu joindre i k

tienne; ma lendre enfant, répond à Farticle le plus important de ta lettre^ et qui parait avoir électrise ion imagination sulfureuse* H me mande que tn lai as écrit successivement pour mettre ma Me dans un couveat^ mais que, voyant d'un coté le sevrage nécessaire; et de l'autre mes projets d'inoculation, ignorant même qu'il y eût un couvent de choisi, il avait eu peine à ar* ranger ton empressement, il ajoute à cela qu'il ne pourrait annoncer le couvent que comme choisi par mademoiselle Diot^ qui n'a pas une grande comidération auprès du magistrat, ni de ses agens ; qu'on serait même étonné qu'elle ait pu être engagée à faire des démarches; car sa correspondance est ignorée. En conséquence, il a imagine, avec beaucoup de sagesse et de raison, que mademoiselle Douay nous offre un meilleur moyen, qui parait sans inconvénient. Elle est mécontente, dit-il, des reproches de madame de Ru<Sm et du président son Jactotuiiiy et elle demande à ûêire plus chargée de rien. Le bon ange pense que, toi loi écrivant (à mademoiselle Douay) de dire tout cela au magistrat, et de lui proposer le couvent de TlMifant- Jésus, en ajoutant que c'est ton désir, et que tu es pour-

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m DOVJON DB tutcennes. 687

vue du consentement de ta mère^ tout s'arrangera hci-^ lement. Je lui réponds que son idée me parait très-sage^ et d'une exécution convenable et facile. Je lui représente qu'il n'a pas dii s'étonner qu'a/aat tant et tant de sujets de se méfier des Rnffei^ et ta mère t'insinuant en douceur qu'elle va chercher un couvent pour ta fille^ tu te sois e£&ayée et hâtée. Le vrai est cepen-

i dant que ta crainte est prématurée^ et que très*pro^ bahlement cette phrase de madame de Ruffei ne cache

ji aucune intention suspecte; car enfin elle pouvait s'op->

k poser, dès le premier moment, à ce que tu te mélasses

ii du choix d'un couvent, au lieu qu'elle t'en a donné la « permission pure et simple. Mais, mon amie, avant que i de passer à cette discussion, je yeux profiter de Tocca** u sion que me donne une phrase très-honnête, mais très- I expressive^ du bon ange, pour dessiller tes yeux sur le

compte d'une amie bien indice de toi et de ta cott<* 1 fiance^ et à qui je ne te vois jamais donner sans regrets I la moindre commission ; car quel honneur peut te faire une telle correspondance, et quelle prise même ne don* nerait-elle pas sur toi à tes ennemis ?

Je ne sais pas précisément, ma tendre Sophie, ce qu'est mademoiselle Diot aujourd'hui; mais je sais qu'elle a été une très-vile traînée, et je doute que, de si loin, l'on puisse revenir à l'honnêteté* Je te, parle de science certaine, et tu vas le voir. D abord, mademoi-* selle Diot avait quinze ou seize ans, lorsque, Ta/aut ^^t^ii peine deux heures en ma vie, j'ai '^u l'honneur de ses bonnes grâces les plus intimes. Elle n'était trèscertaini&ment rien moins que novice alors -, c'était un cùuifsiàr'tB^kf^t^gueux, mais très^manégé, et elle servait de modèle autant ^^e d'écolière chez le peintre ou elle

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était. C'est cependant là^ à ce qu'il me semble, le plus beau moment de sa vie ; car, assez peu de mois après, un de mes amis, que je crois de tes parens, c'est-àdire du moins ses prétendus père et mère, je veux dire M. de La Tagnerette, administrateur général des postes, Ta fait venir pour un écu de six francs, autant de fois qu'il l'a voulu, rue des Deux-Écus, chez un boulang-er, où nous avons quelquefois fait ensemble des orgies de jeunes gens. J'ai su que depuis, un scélérat, mais trèsprécisément un scélérat obscur, nommé Gérard, l'a prostituée pour gagner de l'argent. Ce roué de marquis de Louvois, l'un des plus noirs, des plus brutaux et des plus dissolus monstres qu'ait vomis la France, et le plus grand coureur de mauvais lieux qu'il j ait à Paris, a fait maintes et maintes parties avec elle. Enfin un ami de Fontelliau, et cet ami ne lui fait pas d'honneur, car c'est le sieur Lescaze, inspecteur de police, des hauts faits duquel tu peux avoir entendu parler, et que l'Ami des hommes ne loge apparemment au petit hôtel Mirabeau que pour faire distribuer plus commodément et plus rapidement les lettres de cachet qu'il a obtenues j ce Lescaze, dis-je, a été long-temps son chevalier. Tu sens, mon amie, que, d'après ces anecdotes, dont je te suis garant, on peut, sans calomnie, et avec toute justice, lui supposer des milliers d'aventures, et la regarder comme une vraie prostituée. Je ne sais qui est un certain comte de Vallora (car tout le monde est comte maintenant) avec qui elle vit dans ce moment (ou plutôt qui couche quelquefois avec elle; car elle vit avec le public, et il j a tel soldat que je connais, qui a des droits sur elle, et l'aiTeie et la tutoie en pleine rue), mais il j a furieusement à

DU D0V30V DE Y IlVCBffIfES . 289

pai;ier 91e. rhamme qui avoue une telle maitresse esc lui^mâme une furieuse espèce. Je t'avoue, ma Sophie^ qu'en pensant à tout cela, en me disant ensuite : C'est celte traifiée4À à qui SQphie écrit nm chère amie^ mon cœur se serre. Tu me demanderas sans doute pourquoi je ne t'ai pas donné des explications plus lôti^ Pourquoi? p£^*ce qu'enfin il n'était pas imposait>le que cette fille ne fut revenue au bien, et que je ne voulais pas lui faire tort, outre qu'elle pouvait se démasquer eller-mème; mais .quelques informations, et surtout le ton de M. Boucher, qui n'est pas léger, mais au contraire un homme très-indulgent, très-sage et très-circonspect, me convainquant que ladite demoi~ sdle est loin de sa conversion, je fais mon devoir en te détrompant. Je sais, mon amie, que les filles les plus dévergondées^ lorsqu'elles veulent capter l'intérêt d'un e femme Iionnéte, pazlmit fore bien sentiment \ je sais de plus qu'un cœur aimant comme le tien est aisément la dupe de ce jargon. Mais voilà le bandeau leyé, et je compte sur une rupture insensible, mais prompte, dajus laquelle tu ne dois mettre ni reproches ni mépris : quelques lettres, mais seulement de loin en loin, dégagées de tonte espèce d'af&ires et de commisnons, le conduiront là.

Cette étourdie t'a déjà &it une scène cruelle^ une autre fois elle a pensé te compromettre très-essentiellemfi^nt avec M. X4enoir ; et quelle idée voudrais-tu que. l'on prît dans un couvent de la mère d'un enfent recommandé par mademoiselle Diot? Le parti quc'iious propose le bon ange n'a aucun de ces inconvcniens. Écris, à mademoiselle Douay, avec beaucoup d'amitiés et do remercimcns, co qu'il te conseille. Dcdommage-la, pai .

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