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LETTRE CXVIII

A L4 MÊME

5 mars r 7^0.

Mais^ ma Sophie, où diable ton Ghabaiis a-t-li marché? Peut-on être plus béte, plus cheval^ plus enragé que d'aller te mettre en cause de la manière la j^lus plate^ la plus indécente^ la moins vraisemblable, avant que tu aies une défense prête? et toi^ où.a(d-tu la téte d'envoyer ce mémoire sans me l'avoir communiqué, contre ta parole et mon avis formel^ tandis que^ sur ton exposé même^ je vois qu'il est absurde? Ce plat écrit^ qui n'est pas même coloré, te met i couteau tiré avec les Valdhaon, ferme la porte à tout accommodement, à tout arbitrage ; et est-ce cette sacrée bête qui te gagnera ton procès, dis-moi? Faits, moyens, tout est faux, plat, mal trouvé, mal contourné. Mon amie, je vais t'en faire uo, moi, qui ne suis ni avocat ni procureur; arrête siv-le-champ cette monstrueuse platitude, et écoute ce que je vois au premier coup-d'œil, d'après ton exposé, qui me donne très-bien a deviner cela même que tu ne dis pas.

D'abord la déclaration de guerre à M. et madame de Valdhaon est de toute bêtise, de toute platitude, n ne fiiut point rendre ces gens -là irréconciliabies; aux yeux de la loi, ils ne sont point les adversaires, et ils auraient raison de Téire. Mais au nom de qui sont Yi. ao

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3o6 ^ iCTTiiES Écnms

les procédures.^ — De M. de Monnier? — Eh bien! les adrersdirâs në Bônt jpoint indërtains^ ët M. âeValdhàofi n'y est pour rien^ et toute figure de rhétorique qui tendra à le mettre là dans un mémoire légâl est aussi plate que celle de ton fine Ghabans.

Parlons d'eux; l'animal va^ je le vois d'ici, rappeler l'ancien procès. £h! mordieu^ ne voilà-t-il pas un iait qui ya bien à te cause? Mais enfin ce n'est que plat; c'est toujours quelque chose.

11 ne tnanquèra pas dë joindre là> pnià^ tii tencb qu'il s'élit si hien ëoutena de ce i}ne tu M âB dt^ tes bons procédés pour les enfans des Yaldhaon^ ÀUtr^ jilaiitudë^ ce qui est boii pour le public nè l'ést pàii pour les juges. D'ailleurs, qu'en conclura-t-il? Eàt-4î6 là la cause de tés divisions avec M. de Monnier? Voilà dë qui itofift importé. Et fera-t^n jaillir dë là la jalousie de M. de Monnier? Et celte jalousie jiistifièrâltelle aux jeux des lois ta fuite .'^ Et n'est-ce pas à la fuite qilë tiëttt ia naissance dé ta fille?:.. Maisiro^dëné comme cela esthète; comme cela sera turlupiné d'importanoe^ comme^ au lieu de jeter de l'odiétii sur M. de Monnieir et te lâvër> il y a un iolnmë de phisantecieé à faire.

iKaid ëë fa'est là que pëloter^ en attendant pârïië^ voici le beiiti. G'èst Fhistoilre de ta fuite. — Màdàmë de Monnier Sôrt seule, elle passe en Suisse. — Elley trouve M. de Mirabeau que d'àutrës msôns y avaiéiit béhoi' tement conduit. — Ahî pardieu, j'fen suis bien aise. D'autres raisons 1. eh ! quelles sont-elles, chien maudit? ^ Cé n'est pàs mon affiiire. — Ehl de par tond tes cinq cônt mille diables, pourquoi les allègues-tu . ^.. Mai^ siiivons.

B0 nùlXSOS DE TINCENNES. 36^

Wi Un cœur qiiî désavoue ce que la main signe. . . d'est Val ma foi tout aussi touchant que trai. é . Quoi 1 ton iiiaH eijii ëst Tenu â Anist..? Quoi ! tu és Vélitié en Suisse tbnt exprès pour coucher avec hii?...Oh! tria fol^ jusqu'ici ôh m'avaittrdtivé une ioiàgination fettile ; tuais |)ardieti^ mdns Chàbahs itlè rendrait qnitizêj et bis^tté. Vdtlâ BEI est rude* . . Mais^ mon amiô^ songe donc que j'ai coûché avec qllelqa€£^ céûtàlnës de fetiih^, ét c|uë l'on në perstiàdéta pas à tiiie sèinle qtie Ton qtdttë iii6n Ut^ èt 11^ que l'on fasse deux ou trois cents lieues tout ôiptès iji ptrut allér eoluiher àvec tm Vieillard. -^Mâls dii â ttt des gens à sà lirrée. ^"^eti kùnré^ ma fel ! ebninie A 'ij^ tu n'aurais pas pu faire porter la livrée de tori rhéû au premier veira. — Biais la lettre?-— £h ! £ût-on tin en- 'in fimt avec titie lettre?

ij. Ta groi^èesse vient là à tnerveille, si cela se peutj ^ mais les ûviddà eo-héritiers ti'y Viendront janiais bien,

cal* ils n'y ont qtte âiiré.

^ Mais quel tissu d'absurdités que tous ces calculs ! I l'en frémis. Quoi! des chag^s qtd retardent uû àc* y dôuebément? Cé mdnrienf est phjsiôién âaitirémént. I Ordinairement ils les avancent, mais cela était néces* saire à sôii sujet. Mais enfin, je veux lônt ce ^'il veut'; j régarde donc s*ll ne faudrait pas encore garnir son râ- I telier de chardons. Quoi! madame de Monnier^ qui I vient de donner à son mari la preuve la plus forte de i réconciliation, et de faire un enfant avec lui , restera à Amsterdam avec moi, couchera avec moi-même, pour, appareniiÉienl, que je là défende des Asvenans;..... quelle impudence ! quelle bêtise ! quel torrent d'invectives cet in^me mémoire n'attirerait-ii pas dans une

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3o8 lETTRES ÉCRITES

réfutadon ?....; El c'esi toi qui soutiendrais de parais

moyens — . fi! c'est une horreur.

> Tu appelles principes l'acte du baptême^ etc. Est-ce un principe ou un moyen ? — Oui^ oui^ c'est un principe; car on ne fait jamais faire un extrait de baptême à sa guise^ et ce serait une chose inouïe qu'une femme donnât à son mari par cet acte un en&nt qui ne serait pas de lui. Et pourquoi ces précautions qu'il se vante d'avoir prises, la sacrée bête qu'il est, si l'enfant est de ton mari? Certainement, si nousvouUons sontemr éterneUement la légitimité de ta HUe, les actes du baptême nous donneraient des moyens \ mais je ne veux pas éleVer une barrière éternelle à tout accommodement^ et, sans nuire à ma fille, je me garderai bien de te sacrifier à la défense de M. le tuteur. On croira tonjoan que ces moyens sont fournis par toi, ou au moins d'aocord avec toi. Que faire donc; Ce que je tâcherai de fiure; mais non pas assurément ce qu'a fiât Chabaos, dont le raisonnement veut dire^, en bon français, que son père est son père; et ce père, je veux que le diablie m^emporte tout<4-l'heure, si, d'après son mémoire, on doutera que ce soit moi. Je ne doute pas que Finfernal âne n'ait remonté jusqu'au déluge, pour s'appuyer de dtalions et de textes. Je ne perdrai pas mon temps à l'y noyer. J'aime fort qu'il vienne défier M. de Monnier d'all(%uer le motif d'impuissance. Effectivement, M. de

Monnier, qui b ily a quarante ans^ doit b toot

de même aujourd'hui, et faire en 77 un enfant parce que, trente-sept ou trente-huit ans auparavant, il a eu une fille de sa première femme. Si j'étais l'avocat de M, de Monnier, et que je voulusse me mçquer de Cba-

DU DOKJOir DE VllfCeNMBS. 3o^

bans^ comme assurément je le voudrais^ je me servirais de sa dissertadoD^ et lui demanderais froidement qui lui a assuré que la première fille était de M. de Monnier^ puisqu'il est impossible de donner des preuves de la conception. Il serait assez bête pour me répondre : paterest^ etc.^ comme si cela rendait un homme puissant quand il ne l'est pas.

Saîs-tû qae racceptation d'accompagnemeni est

encore d'une force! Hare et sublime effort d'une

imaginative à nulle autre pareille.,. Une femme fiiit de la maison de son mari. Où fuit-elle? Dans un couvent, en lui intentant un procès. Mais une femme trouve un homme par hasard (et dans les termes où nous en étions, et après ce qui s'était passé à Pontarlicr et à Dijon, qui, grâce aux parens respectifs et au mari^ n'était pas un secret)^ ce hasard^ di^je, l'a fait s'accoster d'an homme de qualité, fuir avec lui, changer de nom , le suivre à Amsterdam , y vivre comme mari et femme (tu sens bien que cela se prouvera au procès); et M. de Monnier suppose gratuitement..

Eh non ! c'est une simple promenade Diable I ce

mari-là n'aime pas les voyages*

Quel diable d'arrêt le sot vient-il me citer ! Quoi !^ quelle espèce! Où trouve-t-il des rapports? Le mari alléguait des moyens d'absence, son service chez madame la duchesse d'Orléans. Ce service était à Versailles ou à Saint-Glond. Quoi ! un mari ne peut venir coucher à Paris avec sa femme , après avoir iaii son service ! Il ne peut aller la voir ! Y avaitp-il une imposnbilité à ce que la femme vînt le trouver? S'était-elle enfuie? étaient -ils brouillés lors de la conception? y avait-ii un procès d'intenté^ etc.^ etc. ? Maladroit

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I90nçll ^oyez plutôt waçon, ç'wt YQtre tàm*

Je crpi^i mpp amie, que tu augures^, par les reprocha que je fymm À Vimtmt m ^impk ^

que j'en trouyeraÎ9 à je lisais toiit le mépioire, let qiieje tray^illa^se H'^^fei^^i En voili MTPp lo^g sur ce Sjjjpç. Je prie te hm aage 4^ te feire pamr à l'înst^i lettre. Donne contre-ordre à Pont^irlier, Attends mon mémoire; (s( livi:^ pas ua j[mt ^ ce^ fpail^eiu:^

éçpv^Ueitf9 que j« Vaie yp.

Je trouve assez simple que tu aies été impatientée de Isj. marche do Dupont 5 et n^oi aussi, je i'ftv^ étÇ; Iç suis ; niais je 4i3simQle< Il pn'a Êût rhoopear me dou^ ner un i^o^ veau projet pour me faire passer à la maiine.

Que le hon I)ieu le héoii^e ! 1} me cite Teiempl^ de Bougainville* Mais BougaipviUe ne s'y est soutenu qu*à £)j:pe de ^ epeyoir donner d^ çopps d'épé§ ; et iuoi; onM ragrémeoti on dirait que je ne puis vivre euUe

part. Il me parle aussi loujoiu's de louvoyer^ de res^ te^* en panne, etc,;, e;c.| eufia çQ^ kfH^ métaphores ac» coutumée^t J'ei reçu auissi qne lettre polie, mai^ tr^ froide, de M. de JNivernois, que je ne t'envoie pas, parce qu'il n'a pas encore piu à mqm Dupont de m la ^renvoyer* Je me flatte que ti^ as reçu la siemie appstijjéie de moi, et que tu lui as récrit en conséquence.

I^e bon auge m'a pa^ éeri|t m seul mot en m'en-? voyant |a lettre (et je vaiç l'en gronder de bopne etir ciç^) 'j ains ji? nq puis t'en rien djre^ Je sais seulement que tn ne paa céder à ta mère sur |e compta de ta fille; cela est trop sérieux et trop important. Ne néglige poii4 Av^c la pers4v4rA9^ç^> on vi^ à hout

caprice.

J'^ récrit à mou piicle une vraie capucinade^ dictée^

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DU DQMJOM DE yiNCEnKfiS. 3lt

doîrg; qa^ je eais, c'iBftC que je sou^e et m'enniuey

et que l'on me forcera à faire quelque coup de lêle. Qori^nernent j e 4^ teiiteriii jm^is uae évasion^ parce que Ci 3€W( témoigner une bme isgraiitiide à M. LeDoir, à mon ami M. Boucher^ et compromettre celui-ci ; que d'ailleurs cela ne mènerait à rien , et qu'eu ceci l'uliie est inséparable 4e l'honoiCd ; inais je ne promets point de ne pas tenter de mettre mon père et moi en justice^ ^ j'y iréocsirai peut-être* Je ne ycux point périr ici ûomme un forcené.

Je ne veux pas t'expliquer encore mou projet d'arbitrage^ parce que je ne me suis pas concerté avec les parties dont le concours est nécessaire. C'est par un ami et parent commun que j'ai en vue, qu'il serait proposé^ et il réussirait* M* Boucher y a objecté que l'on ne se contenterait pas d'un jugement d'arbitres^ parce qu'il n'empêcherait pas les descendans de revenir contre y mais il n'a pas réfléchi que rien n'était plus ais4 que de donner une sanction légale à un arbitrage ; qu'alors il devenait obligatoire ; et que les déclarations que tu donnerais^ et qui fonderaient Iq jugement^ seraient un lien indissoluble pour ta fille. Je tiens donc très-fort à ce projet, que j'ai plus d'im moyen de faire réussir. Mais que t'importent des détails prématurés? quand je te communiquerai ce plan, je ^en indiquerai tout à la fois les moyens avec les mesures à prendre^ et; si nous €Xi venons là, je te ferai donner ta pro* curadon à quelqu'un qui ne sera pas aussi béte qde ChabanS; et qui sera assez ferme ppur en imposer aux Valdhaon, aux Ruffei, et peut-être à plus hauts ^'eux^ Mon amie, tu devrais saroîr. que ce n'çst jamais d^é-

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3ia LETTRES ÉCRITES

chanfitement que ma poitrine me cherche querelle^ et qae de ma vie je n'eus \m rhume. J'ai pris pendant

les plus terribles froids de cet hiver, et je prends encore des bains; ce n'est pas^ quoi qu'en dise mon père, un doux plaisir dans cette saison : eh bien I je n'ai jamais ^eu pas même uu enrouement, à moins que je ue souffjrisse d'ailleurs.

Tu es une sotte de ne point m^envoyer ton TibuDe^ que j'aurais iait très-bien raccommoder. J'ai infinimeni retouché aux notes, et cet ouvrage est absolument neuf. Je n'ai pas le temps de te le faire recopier; mais voici uu relevé des élégies de mon premier hvre, avec les chàngeméns que j'ai faits. Us étaient et sont absola* ment nécessaires pour le public. La première fois que je t'écrirai, je t'enveriai mon discours préliminaire, qui m'a coâté beaucoup de peines et de temps. Voici le célèbre passa^^^e : Pour moi, que je te regarde^ ô ma DéUe^ etc., traduit en vers, pour mettre au bas de ton portrait :

Pui«sé-je, ma Sophie, à mon heure dernière, En te yoyant, ronviir ma mourante paupière!

De mes jours presquVteînts nUame le âambeâo. ~ • Heureux quand je descends dans la nuit du tombeau» Heureux d'entendre encor la voix de mon amante, De retrouTsr sa main dans ma main défaillante!

Mon amie si bonne^ nous sommes fort arriérés ^ mais je travaille tant^ que^ j'espère, nous aurons Inentôtde

l'argent. Tibulle va être livré, les Contes et les Baisers le sont^ Boccace est entre mes mains ^ et ma Coiwer" sion avance. Je âiis pour ce roman, qui est absolument neuf, et qui, si j'étais libraire, ferait ma fortune; des sujets d'estampes qui ne ressembleront, à aucunes^ et

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DU OOJfJON DB VINCENNES. 3l3

''il seront, je m'en flatte^ très-jolies. Comptez sur mes Loa- ^ tës; madame^ je daignerai vous réserver toujours quelques momens, et^ si je fais beaucoup pour ma bourse, t je ferai aussi quelque chose pour mon cœur. Si tu s veux passer sur des mots un peu fermes, et sur des . i peiotures tres-libres, mais très-vraies, de nos mœurs,^ de notre corruption, de notre libertinage, je l'enverrai i ce romao, qui est moins frivole que l'on ne croirait au i premier coup-d'œil. Depuis les femmes de cour, qui y sont cavces à fond, j'ai fini les religieuses et les filles ( d'opéi'a ^ j 'en suis par occasion aux moines j de là je me I marierai^ puis je ferai peut-être un petit tour aux enfers (où je coucherai avec Proserpine), pour y entendre de drôles de confessions... Tout ce que je puis te dire, c'est que c'est une folie singulièrement neuve, et que je ne puis pas relire sans rire.

Adieu, ma tendre bonne. Hélas ! si ton amour ne soutenait pas mon courage, il me serait bien impossible de retrouver dans ces voûtes sombres quelque esprit et quelque talent. Ainsi mon destin est de toujours tout te devoir. Adieu, ma bien-aimée; adieu,' chaniic Je ma vie; aime celui qui ne vit que pour toi.

Gabriel.

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