LETTRE (CXIX
ay mai)» i^So.
Xe &is trèshagréabkment mes pâques^ ma bdlect t^d^e ^pphie ; bon ange m'isiivQie U lettre pour pénifaspci^ de tou$ qies péplvés. Â ce compta je pourrai
pécher beaucoup encore ; car cette pénitence me conviept infiniipent.. Tu es une béte de protéger le mémoire 4e Cii^ans; tu es une bête de le défimdre : aifisi te
voilà deux fois bcte^ ei ce n'est pas trop mal pour une fgi^. ^. Bpucb^ a paru un peu ébouriffé du ts^m, qu'il t'^vpîe pependaai. Certes^ s'il afail ?u Vsxol^ TaotTS fait p^r le conseil qui t'a été donné par rautorité, il trouyer^it ]& ip^A inûaimei^^ ^ge et modéré. .U fem qujS c'est une chose p^ensante pour bien des gens^ que dje p^rçti^r à in^oduire une bâtarde dans une famille j et je le pense coimne lui : aussi n'est*K:e point du tout mon intention. Mais je ne le trouve pas d'accord avec lui-même (et je le lui dis)^ quand il craint qu'un tel mémoire intercepté ne déplût, Cette interception est une chose très-improbablC;, pour ne pas dire impossible. Ce n'est pas aujourd'hui que Ton intercepterait notre correspondance : si on avait eu à le faire> cela serait fait depuis long -temps. 20 La moindre phrase d'amour blesserait infiniment plus les Ruitei que tous les conseils processif da monde. 3*^ N'est-
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ce pas rautorité qui a fait diesser tous les acte^ tei^da^l; à établir in^d^moiseUei 4e Monnier (dc(6^ pQ^: 1(9 dire m fasamh mal trcwfé$, màH feits^ peu âéçeim ■ et très-déplacés). Mais, si l'autorité a jugé à propos de donner çe( état à 19. fille, ou (le ^'e^per de le iui 4on<ner^ comment pourrait-ellc! troiiyeir pi^uyab quel'on tra« VfiilJât CI) suite de ses données? Cela ne peut pas s'expli-? quer bien cl^iirepient^ ce me sembla* Quoi qu'il ^ ugit, M. 9pnaher trouve que tu $iorais pu ^t dû denumder
^ \m conseil, et moi, je trouve que tu aurais dû en prendre ^ un ^ cor^ pour en démoder, conime oi]l t'en doii- ■ sera que de Taveu des Jinffei, qui dîcterpiit ce qu'ils * voudront, ce qui ne peut te convenir avec la disposi-? K tien cpntiauelle où ik sont de te trpmper^ et Ig& ar-r ^ rière-vnes et motife au moins trèsnsuspects que nous n , leur connaissons, ce n'est point du tout leur conseil I qu(e tu dois prendre. Tpi^oprs est-il que le mien ne I jamais de âdre Gàbriel^Sophie m^deiiuûseUe de Mour ' nier. Ma délicatesse, ma raison, ma conscience et mon amour y répugnent. Je pen^^y contr^il^e (^t je l'aï dit assez formellement pour que Vf.. Boucher puisse s'en souvenir), que tu dois, pour faire un bon accommodeuient^ prendre tous les moyens po^bles de rassurer lesYaldhacm sur Favenir de cet enfant 5 mais jusque là^ elle doit leur servir d'épouvantail ; il faut, sans trop les eÛSrayer^ les tenir ea respept^ ie$ rendre circonspects; et c*est; n'en déplabe à M. BoucheTf ce que je gcvhs avoir préparé par mon mémoire, qui n'attaque point les Yaldhaon^ ni M. de Monnier^ et qui ne te met point en avant; comme cet âne bâté de Ghabans (donné fie«pendant pour conseil par la police) avait &it au point le pbis indécent et h plus hostile. Au reste^ il ku^ bien.
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3l6 LfiTTllBS ÉCRITES
malgré que Toa en ait^ se reposer sur notre çxohïié et nos inténtionsf car je soutiens et maintiens que Gabriel-Sophie sera mademoiselle de Monnier, si nous le voulons. Je crois donc mériter quelque créance^ quand je dis : Je ne le veux pas. Mais si le tuteur ne fournissait aucune défense; si on laissait les Valdhaon envahir tout par leurs procédures^ comme on la trop fait, il arriverait, que leur confiance en doublerait^ et leur audace aussi ; 20 que tu en serais beaucoup plus âprement persécutée par les Ku£fei ^ et que, comme ils haïssent ta fille, qui est la mienne^ ils la feraienit mourir de faim, où relèveraient en servante, le jour où ils ne iai croiraient plus de ressources; et c'^t ce ^ tu ne veux ni ne dois vouloir; c'est même ce qui, t& ou tard, à moins que je ne périsse ici, entraioerait 4e grands inconvéniens : car il n'est pas d'être moîiiir vindicatif que moi ; mais je me craindrais moi-même dans des intérêts si chers à mon cœur. ' ' ' -
Quant à ce que tu dis, qu'il faudrait les effrayer avant que de tenter l'arbitrage^ je suis de cet avis aussi, mais non pas par un mémoire public, mais par un mémoire manuscrit, que le nég-ociateur leur montrera comme prêt à publier, et qui sera fait avec tout 1 art possible. Alors, en le commentaut, en leur faisant voir les enfers ouverts, on leur fera désirer de ne pas couiir les risques d'un procès qui, fût-il mauvais, ce que je ne crois pas, judiciairement parlant, ne serait pas lèpre-' mier mauvais qu'on aurait gagné. An reste, il n'est pas mal à propos que tu fasses sentir à ta mère, avec modération et décence, mais formellement, que tu ctàiii* . drais beaucoup moins de voir ta fille dans les mainèlla tuteur que d^ius certaines autres. Il faut certainement
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DU DOMJON DE VIMCEKNES. ZlJ
qo'eUe nous ait suscité des ambages; car M. Boucher
ne demanderait pas mieux que de nous servir à notre gré dans une chose aussi simple que le couvent où doit ïtre âévée ma fiUe^ s'il ne se voyait pas contrarié : or, il me semble que la décision est bien lougue à donner, et que l'on cherche à gagner le temps où ta mère a dit que l'on pourrait la mettre dans le sien. An reste^ c'est ton affaire, et tu as pris la bonne marche^ mais persévère.
J'ai ru Dupont, et il m'a dit tout plein de choses,
dont quelques-unes difficiles à écrire^ et d'autres toutà-fait impossibles. £n général^ il est tâtonneur. Il me l'a paru moins cette fois, mais c'est qu'il commence à voir que cela m'ennuie tout de bon. Quant à mon pèi e^ je sais de lui une conversation qui prouve ou qu'il fléchit ou qu'il veut le &ire croire pour gagner du temps. Il lui est venu de plus l'idée bizarre^ et;, je crois, tout-à-fait neuve, d'obtenir que je fusse quelque part à Paris en chartre privée, pour s'assurer de ma santé, et y remédier. La coinuiission qu'il sollicitait au conseil pour le paiement de mes dettes lui a été absolument refusée. Il a fait casser par un arrêt du parlement de Paris celui que le parlement de Provence a rendu en kveur de mes créanciers. Le parlement de Provence, à son tour, a cassé celui du parlement de Paris, et réciproquement ; de sorte que voilà trois arrêts rendus de part et d'autre : la suite^ je l'ignore. Dupont, qui est parti pour le Bois-des-Fossés, et compte voyager dans le mois de mai sur la frontière d'Espagne, m'assure bénignement qu'il n'j a que lui qui puisse réussir à niç tirer d'ici. Quoi qu'il en soit, on peut dire
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3l8 LETTRES ÉCRITES
tqp'il né se bâte pas. Sur qaéli)aes propoë de MôA je me suis décidé à récrire encore une fois à M. de lbffigiiatie> en prenant pouf texte ina 8anté> et k dé^^ daratîon de mon père que lui seul ( M. de Marignané) peut m'obtenir quelque chose^ ce que mon père loi verrait volontiers sdlicitei** Il &tit épuisèr tomeë hà vmës de modération, de conciliation et de patience, et ne pouvoir pas être accusé de précipitatioii^ quand le parti qui suit est extrême et triste.
Je n'ai point de rhume en effet ; mais, pas plus tàrd que ee itiàtin^ j'ai craché du sa&g; assez aboâdamùient. feu ai Féilda aiissi dans lés selles^ et j'y prendrai gardé. Quant à mes urines^ sans être bonnes^ elles sont moins flutttvai8es> ek à inetore le temps s'est rélâcbé^ à mesure (ju'il ift'est possible de suer, je suis mieux. Poiir Vei, £anfâu^ persévère dans tes remèdes, je t'en conjo^^ et; ^aud ils tèi répugnent^ dis-toi i C'est ftiar tranquilliser mon Gabriel, c'est pour lui conserver son amante^ et lui préparer un bonheur pur. Hélas 1 mofl eaÊÊAtf la Santé ëst mi trésor que nous pottons dtats un vase d'argile. Nous ne saurions trop le soigner, ce vase si fragile^ qui infltie tant sur l'âme et sur le biea->
ét^tfs
Je t^etivoie le relevé de quatre ou cinq élégies réodftigées. Tout mon TibuUe est fini. AssUrémeut je ne t'enverrai pàs leë hôtes, qui sont fort augmentées, éi presque refaites à neuf, mais je joindrai aux élégies ddte d'Ovide sur la niort de son ami : c'est la pliis
touchante qu'il ait faite. Quant au manuscrit que tu demandes^ je l'envoie au bon ange^ avec prière de te
le ihire pâsèer. Ûatde-le le moins qué tu potttite. h ne
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DU nOItSM DE VÏKtfeNNES. '3ï^
' :^ jmisjr joindre ni la seconde partié^ ni la feuille que j'ai ^ ^1 retirée dtt corps dé Voûivàge. Gé s6nt de^ choséë dé
nature à té que M; Bdoehei' ne poissé léi pàsser. Hélas I mon amie^ c'est en prison qu'on a besoifi de 'A Éé battre leB ÛAùùé pour être gai^ èt de se foÉ*cc^ à Tétre. W Sans cela on setait bientôt décônragé, et inôrt Od fbti. ^ 2' Au reste^ ma Conç^ersion est beaucoup plus plaisanté % que Farapilla. C'est > ôoiis nné ëcorce très-^pdlissoiiiié^
une peinture citante , et ttièrUé assez niOf^Ie^ dé hôs k mœurs et de celles de tous les états. Les femmes de m eovï, les rèligiei^eâ et les moines y sont snrtotftt ti'aitéë ;n à souhait:
0 Assurément tu es une maligne créature, avec ton $ idée de âûre ûdre des yets à une tiôné; èt la àatis&e^ k tîon, l'étonnement qu'elle a de son talent, est tout-àt fiait drôle. On iie dira pas de celle-là ce que madame
Lasséjr disait de l'abbé TerràisôH : « Il n'y a qa'ttti Il il homnîe dé beaucoup d'esprit qui puisse être d'tmé r: » pareille imbécillité. » * k Ge qtie tu me dis du mariage de la velive dé Rt>us-^
seaii m'indigne tout comme toi, et je ne puis pas côii- ^ ceyoir qu'une créature si vile ait inspiré à ce grand
hmmne l'envie de l'associer à son tort. Hélas I ton cooif patriote Crébillon n'avait pas tort de répondre à ceux
1 qui lui demandaient pourquoi il était toujours entouré ( de dbklàu : « C'est d^nis que je connais leÀ hônmiés. n
Je t'âssure, mon amie, qu'on aurait tort d'avoir plu» i mauvaise opinion de ton sexe que du nôtre. C'est une manie de tous les témps que je n'ai jamais approuvée. Poètes, orateurs, historiens anciens ou modernes ^ tout semble conspirer à en faire la satire. Homère fait dire à Agamemiion que tien n'est plus méchant ni phià im-
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pudent qu'une femme. Il est vrai qu'Agamemnon avait de justes raisons de se plaindre de la sienne. Non-seulement elle lui avait été infidèle, tandis qu'il faisait la guerre aux Troyens ; elle l'avait encore fait assassiner à son retour, et ceci est trop fort. Mais ce n'est pas Homère tout seul qui se répand en invectives amères contre les femmes ; on les a traitées avec une impolitesse vraiment cynique. Un fondateur de secte, nommé Séçère, a poussé l'absurdité et la grossièreté jusqu'à dire que la femme était l'ouvrage d'un mauvais génie. Eh! mon amie, c'est nous qui faisons les femmes ce qu'elles sont ; et voilà pourquoi elles ne valent rien. Ce sexe aimable est d'ailleurs encore notre bienfaiteur^ en adoucissant et pénétrant un peu nos cœurs arides. Il est certain que, toutes légères qu'elles sont, elles ont plus de sensibilité que nous; et, sans sortir de l'exemple scandaleux que tu me cites, si les concitoyens de Rousseau n'avaient pas été assez durs pour le laisser mourir de faim/ sa veuve aurait-elle commis une telle bassesse? J'ai appris deux anecdotes de Rousseau, qui ano^mentent mon respect pour lui. Il conservait soigneusement ce que lui rapportaient ses copies de musique, et s'en servait pour soulager d'honnêtes gens dont il connaissait les besoins. C'est un secret qui n'a transpiré que depuis sa mort. Dans sa dernière retraite, il prenait soin d'une bonne femme de village, et Ton a trouvé cette pauvre paysanne, accablée de la mort de J.-J. Rousseau, à gémir devant le tombeau de son bienfaiteur. On lui a demandé ce qu'elle faisait là. Hélas ! a-t-elle dit, je pleure et je prie. — Mais M. Rousseau n'était point catholique. — Il m'a fait du bien : je pleure et je prie. On a eu beaucoup de peine à retirer celte bonne
DU DOJffJOK m YIHCEZVNBS* 3ilt
femme de Bon occupation. Ah ! cette âme simple et sensible connsdt la vraie religion. Mais le voilà donc^ ce prétendu égoïste^ cet homme dur, cet impitoyable misantrope^ que ses lâches ennemis déchirent plus que jamais après sa mort. Trop bom^^ trop faibles^ ou trop Corrompus pour s'élever par la pratique, par la spéculation même à la hauteur de sa yertu^ ils tâchent de la flétrir de leoiB mains impures.
Non, ma, belle dame^ non , je ne monte point à cheval par ce beau temps^ parce que ma chetfol, qui est un jument, est toute prête d'accoucher^ et j'ai trop de respect pour son état et {son innocent poulain^ pour les tourmenter.
Mais, oui, je crois assez qull me serait très-possible de te rendre dévote^ et que tu embrasserais sans réipugnance mon ordre^ qui an re^ 'serait très-mitigé... O mon amie 1 il y a long-temps que tu as prononcé tes vœux sur mon cœur : il les a payés de tous les, Âsm. Nous sommes l'un à l'autre, à toiis les titres, unis par tous les nœuds 5 et ceux de la religion ne servent ordinairement qu'à relâcher les autres. JN^e soyons donc pas saints, mais soyons toujours amoureux. Ah I c'est de grand cœur que je renouvelle chaque jour le serment de l'être toujours de toi.
J'ai prié le bon ange, s'il avait touché quelqu'argent, de t'envoyer trois louis. Mande-^noi si ta as les deux
premières élégies du second livre;
LETTRE GXX.
A LA MÊME
Je reçois, ma tendre amte^ une lettre de toi dont on
a effacé la date, et qui, à plus d'un titre, m'a donné de vives inquiétudes» Je l'atteodais depuis long-tetnps, car le bon ange nous a accoutumés à plus de bontés; mais nous devons croire que ce sont les circonstances qui le génenV ^ftaod il. diminiKid, le^ ui^^r^ties de sa biea- T€ffiancc; et en ^t^ txm silence même a été aassmmé pour moi par toutes les. at,teQtion0 de y^àù^. Mais il ne tue parlait point de itoi ; je mignais pour ta santé; je craignais les intrigues Ruffei, et même celles de ma famille : car, dans une lettre précédente, mpn onde m'a diiformeUeinent qu'il savait que j'entretenais am toi des liaisons qui ne pouvaient qu'inquiéter sur la vé- j rité de jmcfs diapaaitionsf de .sorte, qn'à l^ur avis nos ( première preuve de résipisoeoce devait itte la plus noire et la plus lâche des trahisons. Je n'ai rieu répondu à cet article de sa lettre; mais l'espèce de négo- ,ma|ion ^tt'tl ihié faisait entamer en m^me temps en , .Provence me: dQimait à penser que mon père aurait pu^ sous le prétexte d'aplanir les voies, obtenir do moins la suspension de notre correspondance. J'ai soupçonné, je soupçonne encore^ qu'il la sollicitée; et je crois qtic c'est une obligation de plus que nous '
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DU DONJON DB VINCENNES. 3â3
avons à M. Leiioir et à M» organe^ que TAihi des
hommes Tait demandée vainement. Au reste^ ce prétexte est à peu près détruit $ car M. de Marignane vient^ par sa réponse à une lettre très-honnéte de moi^ où je lui disais que mon père m'avait mis à sa merci^ de barrer toute négociation. Voici ce qu'il m'écrit avec son honnêteté ordinaire : « Je ne prétends, tnon**- » sieur^ et n'ai jamais prétendu m'arroger le plus petit » droit sur votre lib^ té. J'avais en l'honneur de vous » le déclarer très -formellement dans la lettre dont » vous vous plaignez comme d'une vive réprimande; » vous avez pris pour telle l'énumération fidèle des » griefs que ma fille et moi avons contre vous j j'ai clé » forcé de vous les rappeler couuue des raisons mal* » heurensem^t très^valables, qui nous feraient ëter- » nellement persister lun et l'autre dans notre opposi- ») tion de toute réunion d'elle à vous. C'est à quoi je n bome^ monsieur^ toutes mes prétentions vis-a-'Vis de » vous : ces prétentions sont appuyées sur des motifs M si graves^ que je ne doute nullement de leur succès I» auprès des tribunaux» Je n'ai nul besoin de recourir » à Faulorité du roi : c'est M. votre père qui Ta invo- » quée pour vous sauver de vous-même; c'est donc à n Im que vtms deVes recourir. Je désire qu'il trouve w le terme de la punition assez long; et qu'il prenne » asses dé confiance eu vous pour risquer l'épreuve M que vous proposisK. Je vais lui fiiire paner votre lettre* » J'ai Thonueur, etc. d
Il est un peu dur^ je l'avoue^ de s'entendre parler ainsi au sujet d'une femme contre laquelle on a plus de preuves écrites de sa main qu'il n'eu iaut pour perdre dix fenmies; il est dur de se voir menacé d'être
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3î4 LETTRES ÉCRITES
traduit devant les tribunaux par celle dont on peut prouver juridiquement l'adultère^ et mille autres perfidies bien plus criminelles. Pour elle^ à qui j'avais écrit aussi avec dignité, mais avec onction et douceur, elle ne s'est pas donné la peine de me répondre; c'est plus commode et plus court. Il est de fait pourtant que mon père a ce qu'il a demandé, à savoir la non-opposition, et même en quelque sorte le consentement de M. de Marignane à ma demi-liberté. Je sais bien que, comme ils sont tous de mauvaise foi, il va dire que, puisque M. de Marignane s'oppose à jamais à une réunion, 'et que ma liberté a toujours dépendu, dans son opinion, de cette réunion, je n'ai que faire d'une demi-liberté qu'il ne peut m'accorder comme acheminement à ma liberté entière. Mais je suis las de tant de tergiversations; et en suite d'une lettre que je vais écrire à mon père, où je lui montrerai que je me suis prêté, envers les Marignane, à tous les ménagemens qu'il a paru désirer, et où je lui demanderai si l'opinion de M. de Marignane est donc un jugement sans appel pour son fils et un sujet du roi, et si le refus de réiuiion à madame sa fille est un arrêt de mort ; en suite de celle lettre, dis -je, où je tacherai de ne lui laisser aucune échappatoire, je demanderai tout simplement et trèsopiniatrément un arrêt, soit des juges ordinaires, soit de commissaires, pourvu que M. Lenoir soit du nombre, qui m'apprenne enfin pourquoi je suis prisonnier depuis sept ans; car voila le point fondamental de mon affaire, que mon père s'efforce toujours de faire perdre de vue, et qu'ainsi je dois soigneusement rappeler : c'est que ton affaire, dont il n'est point juge, n'est pas la mienne envers lui; c'est que tu n'as été enlevée qu'en
Digitizc. . , . .oogle
DU DONJON DE yiNCENNES. 32^
octobre 1776^ et que Von a attenté à ma liberté dès le
commencement de I774« le gouvernement commence donc par juger si en 1774 j'avais mérité que l'on attentât à ma liberté; A surtout je n'ai pas fait jusqu'en 1776 tout ce qu'il fallait pour qu'on me la rendit. Ensuite^ mais seulement ensuite^ vient ton affaire^ laquelle sera jugée gradable on non graciable, a me supposer condaumé^ et ce n'est qu'alors que mon père 9 sous les vains prétextes d'bonnenr de sa maison, etc., etc., pourrait invoquer l'autorité pour me soustraire à la rigueur des lois^ laquelle je dois être décidé avoir encônme^ avant de perÂre mon existence* Je sais qu'on peut répondre à cela, comme à bien d'autres choses, comme à tout^ à coups de lettres de cachet ; mais je défie que l'on y réponde autrement. Probablement l'humeur de mon père est fort augmentée. Ma mère vient de gagner son procès relativement à ses biens paraphemanx ou extra-dotaux. C'est ainsi qu'a commencé le grand procès ; c'est ainsi que recommence celui-ci : mais dans le premier elle eut la simplicité de ùixe une transaction sur arrêt, avant l'appel, et retourna dans ses terres : à peine jr fat-elle, que mon pèrerefusadetenir la transaction, etc'est alors queM. du Saillant écrivit à sa belle-mère; de la part de son beaupère, que, si elle venait à Paris, elle serait arrêtée aux barrières. Grâce à M. de Malesherbes, cette menace n'eut point d'effist, et le procès recommença. Mais sa funeste demande en séparation de corps le lui fit perdre, et ttt sab par quels moyens. U est clair que ce dernier succès va fortifier mon père, animer ma mère; ainsi plus de conciliation à espérer. Et qui en souffrira? moi.
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3»6 LETTRES tmins
Yoilàj^ fldon wâé, l'aperçu géoémk de mes aftùmi dont je ne puis te donn^ le détail^ parce qu'il 8(h rail très-Yolumineux 3 parce que j'ai tout plein de raisons d'être plus rés^é que jamais sur les détails^ Tu peux être sûre seulement qu'après ma lettre à ojon père, qui sera décisive, je pousserai, avec toute kvi^ gneiir qui m'est naturélley nses résolutions et mes plans) m^i^ je 3uis aux fers, et la voix qui se plaint ici est celle gui crût dans les désens. -r i^^l^
Quant â tes afiaires, je t'en parlerai très-peu. Éfibr s'eoimélent iofiniment^ et^ puisque je ne puis pas te dire itôtteoiettt moB avis, je ne te dirai rien,
garde seulement de faire trop ou trop peu; c'est cela qui gâte presque toutes les a£^es. Céder quoi que ce soit, en oertaines eirconstaBcas, c'est livrer tout; ffé^ charner à des riens, c'est aussi quelquefois mettre le tout en compromis; juger le moment de résister de vive force et celui d'éluder le combat, c'est la base dé succès. Au reste, il ne faut point prendre à la lettre certaines pbrases fimuulaires de M. Boucher^ quiadesdûvoirs et des raénagemens de place à garder. Il rirait lair-meme, si nous pouvions causer avec lui, de la di»^ ttncûon qu'il a mise entre asfoeat comultant el oNritf à consulter : il rirait du détour qu'il prend pour prouver que des actes dressés par des personnes envog^ées par la police à cet effets ne peuvent pas être dits avok été dressés par ordre de la police 5 il conviendrait surlottt que Y<m ue peut^ sand la plus affinfuse iniqoité> refuser i des détenus la permission de faire leurs afiwrei, de cou$tater> d'assurer l'existence des droits de leurs enfims, et qne^ lorsqu'il est question d'une détenine daiis une prison aussi subalterne que celle où tu
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Dtr DON^OZÎ DE TIlfCENNES. 327
ét^y imQ telle iniquité ae^^it uniquement imputable à <ju1» M police^ iffii j esi maiiresse ab«olae : je n'en dis pa» de pleii! même des prisons d'Étal proprement dites^ telles <]ue
^ik celle-ci.
leii . Ceque tumcimandesdeMauYaisetestsarpreaant et Qteb loquiétant ; cependant peiu-ètre est-il à propos de gar- .
4^ qvielqijLeô laesujres avec lui j; ce qui se peut ^us lui mi donner fan^t, vi ançnn ayis qui puisse être dangereux ;
au contraire. Il est au reste plus que probable quMl y .
^ dans son fait plus de pusillanimité que de trahison^ p puisque les informations qu'il t'a données sont vraies^
y et qu'il ue t'a menti que sur ses coramuiiicaLions avec 'ont le tuteur. U me ^emble^ au reste, que madame de Ruf^ p fei ne doit connaître aucune de tes liaisons à Pohtar-
lier; car tu sais combien elle est amie de M. d'Ogni^ njl et quelle inquisition c'est que la pos(e ep, f'rai^ce. Quant fi>n4 de l'afhire^ je crois canune toi que notre vo-
lonté ou rien, c'est la même chose, si le tuteur est ^ ferme : mais, comme pourrait prendre des voies ^ pour lui imposer silence^ c'est à toi à voir alors ce que ji tu dois faire pour ta défense et celle de ta fille, pour I conserver «fur elle quelque juridiptioni et à choisir en ^ conséquence des conseils; car ne compte pas sur les I uuens : outre qu'ils ne peuvent pa^ faire loi pom^ toi I ^ matière. Mg^^ jp^'abstiendrai^ djÇ^qmais de t'eu ^ ' donner i cet égard. Que cela ne t^pédie pas.de me , mettre au fait du courant,
. Pour r)ùstràrei de Targent, eUe est bomic^ e^ ce ^ qu'elle te laisse moins craindre que les Butfei ne te , u^eueQt le mwççixé à la main. Je voudrais, juçiq fiaûe^
que lu convinsses avep M. Boucher '4«^,^ire inoculer
cette enfant ayant qu'on la plaçât dans un couvent
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^dconque. Il serait un peu fort que Ton te di^pi|li|t jusqu^u droit de décider sur l'inoculation, de tàH^ faut. Et qu'a-t-on à t'objecter^ dès que cela ne coûtera pas un sori aux Ruffei? Finis cela^ je te priei voilà k saison où la petite vérole est à craindre. Pour mpi, cTid à ma liberté je ne veux plus me mêler que d'aimer ta | fille; mais si je la recouvre^ cette liberté, nous venons s'il y a une autorité sur la terre qui puisse disposer, â ton insu^ et malgré toi^ de ta ûlle^ dont le père estcon^ testé. Dieu sait si je suis dans la disposition lâT^^jAi ferme de ne chercher aucune pierre ni pour moi ni pour les autres ; mais^ malgré toutes mes bomies lésâè ludons^ j'ai bien peur que Ton ne me force au combàtj et certes^ si cela est, je me battrai bien.
' L'afflnence de sang dont je t'ai parlé, et qai s'est terminée par quelques saignemens de nez, n'est rieii du tout, ma tendre amie^ que l'effet naturel et nullement inquiétant du printemps. H en est tout eiatièéM du dépérissement de mes jreux, qui est aggravé à un point incroyable^ quoique j'écrive infiniment moins; je n'espère plus sauver cet organe; je me contetttèilii de prolonger son affaiblissement* Je te supplie de me | parler avec détails de ta santé; eDe est depuis hng^ temps très-entamée, et je crains la révolution du printemps. £n général tu es beaucoup trop laconique soi tout ce qui t'intéresse personnellement. C'est cepeiiv dant le seul exercice agréable que je puisse faire ici de ma sensibilité, que de m'intéresser jusqu'aux plus petites minuties de ton journal, i .i;;^?'
Je mande à M. Boucher que je le prie de me renvoyer mon manuscrit, s'il ne te le ùàt pas passer* C'issr | un ouvrage auquel j'attache quelque prix, moi qui iâ»
DU DOKJOK DE VINCËKKES. SsQ
01119 pas snjet i en donner beaucoup à ce que j'tons^
îto^ et je ne veux pas le perdre. S'il te Fenvoie^ je le prie e ^ d'en expédier la lecture et la copie le plus que tu pouri nli ras. Je t'adresse aujourd'hui, i** le reste dés élégies retouchées^ 2° les sujets de cartouches et culs-de-lampe m que j'ai. composés pour TibuUe; 3^ l'élégie d'Ovide sm sur la mort de TibuDe, dont j'ai joint à mon ouvrage ip la traduction ^ 4° les corrections à faire aux élégies \m dont je t'ai envoyé le relevé. Quant aux changemens lii et additions très-considérables que j'ai âiits aux notes^ li tu ne les auras que sur l'exemplaire imprimé. M Mon amie, le tort que tu reproches à notre nation, à et qui en est un bien réel, dont elle s'est rendue coupable envers presque tous ses grands hommes^ tient à notre dé&ut absolu de caractère et d'énergie. U £iut ia traiter les légers Français comme l'on traite ces es- 1^ tomacs fsdbles et délicats^ auxquels on ne permet qu'une B pedte quantité d'alimens à la fois, et ne pas nous offrir il ni trop de rapides succès^ ni trop de titres à notre ad- K miradon, parce que nous savons nous engouer, mais B non pas admirer. Nous ne voyons point par nos yeux, jj nous ne pensons point d'après nous ; nous n'avons ni f caractère, ni originalité, ni génie par conséquent^ car i l'emprdbte et le sceau du génie est Foriginalîté, lors- I qu'elle est accompagnée de raison et de goût. Je ne I parle pas des individus ; certes nous avons eu de grands, de très-grands hommes, et nous en avons encore ; mais c'est le siècle, et non le terroir, qui a fait ces hommeslà : le terroir, dis -je, et je compte dans, cette exprèsâon^ pour la plus grande partie, le gouvernement. Nous u'oârons aux artistes, et le plus souvent aux gens de lettres, pour prix de leurs veiUes, que des applau*
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33o LETTRES ÉCEITES
dissemens de mode ou d'habitude , fruits passagers d'un vain caprice. Ceux que le plus grand talent ne tourmente pas resteront toujours médiocres ; les autres seront toujours malheureux. Certainement laLeauté en tout genre tient beaucoup aux mœurs et aux circonstances. La beauté physique elle-même n'est-elle pas soumise aux caprices des sens, du climat et de l'opinion? Mais, en poussant ce raisonnement, on anéantirait le beau dans tous les genres possibles. Un art fait des progrès lorsque ses moyens s'augmentent, que sa carrière s'étend, que ses objets s'agrandissent j et nous nous rapetissons sans cesse. Les productions d'un art sont d'autant plus belles, qu'elles atteignent à un but plus reculé, plus important, plus difficile, et qu'elles donnent le sentiment du beau à des hommes plus exercés et plus délicats, pour qui l'énergie, la variété, la chaleur n'auront jamais rien de capricieux ni d'arbitraire. Chez nous, tout est mode et caprice. Comment veux-tu que les arts et les sciences n'y dépérissent pas ? . ( Il <
Pour les femmes, peu d'hommes les connaissent mieux que moi, et je sais combien de mal il y a à en dire^ mais ce mal, nous en sommes les promoteurs; et, aprèsy avoir bien pensé, je dis, à très-peu près, comme le cardinal de Bernis :
D'un <exe digne qu*on Tadore,
N'exagérons pas les travers ; Sans lui, rhomme serait encore Farouche au milieu des déserts ; * Oui, les femmes qu'on déshonore.
Même en voulant porter leurs fers, > ■ Sont les fleurs qu'amour fit éclore
Dans le jardin de l'univers.
DU DOI^JO^ Dit ViJSOgMMES. 33l
Aureste^ ne i*m pr^ds qu'à toi si je ne puis
juger sévèrement le sexe cpû t'a produite.
'^;k Pour moi^ chère Sophie, tu as réduit ma philoâoiDilÀ phieetmaprofessioiidefoiàceci: Toutn'estçu'erreur^ ®t hors les sciitimens que tu m'inspires ; voilà ce qui me ^-A console dans les fers^ voilà ce qui fera mou bouheur Bl^ an sem de la liberté^ et ce que j'ai juré pour jamais M» sur un autel y on y comme tu dis si bien^ on ne fait \m point de faux sermens. Adieu ^ je t'adore, ô ma bien* eit!|i aimée I OcHme^oioi bientôt de tes nouvelles, je veux il;! dire de celles de t^ santé^ très-détailléea.
Gabriel.
ifl • ès
' LETTRE CXXL
Mon amie, le moment est venu de me prouver la fj[ £>rce et l'étendue de ton amour. Certes j'en ai déjà I reçu des preuves sans nombre et bien- obères ; et ce^ pendant tu a as point encore été soumise à une épreuve si délicate. Tu le sais^ p mon amante l la teadressfi de Gabriel est sans bornes^ triais die a Ions les caractères d'ardeur et de fidélité qui composent son être. Rassuré par la ferme conviction que mon coeur n'exige que ce Uibat qu'elle paie, je me isfoirais peu aimé, si je ne l'étais pas uniquement, si quelque objet dans la nature
pouvait te distraire de ta passion^ .ou te rendre diffir
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332 £ETTa£S ÉCRITES
dles les plus grands sacrifices Mais, mon Gabiid,
doutes-tu donc qu'un sacrifice, quel qu'il soit, quand il t'est offert, me soit une jouissance? Voilà ce ^me répond tout bas ma tendre Sophie^ en lisant^lË^ÉÉÉÉ Non, mon épouse, non, bonheur de ma vie, idole de mon cœur, je ne doute pas de ton courage, je sais qu'il ne coûte rien à ton amour ; et cette idée a soutenu le mien dans ce moment où il me faut te demander ee dont j'ai à peine la force de te donner l'exempk^^ Chère amie ! loin de nous les ménagemens des âmcs pusillanimes. Notre enfant n'est plus 1 eh bien! je te reste : tu m'aimais en elle ; rends-moi tout Ymèm ^fà tu lui portais, et que ton affection, jusqu'ici divisée^ se concentre en un seul objet. . . 0 mon tout I d mon bien ! je vois tes douleurs, et tu sais si je les partage... Hélas! je ne puis de même mêler mes pleurs aux tiens !... l'amour ne peut imposer silence à la nature, mais il peut et doit la consoler j il peut et doit obtenir qu'un découragement funeste ne nuise pas à ses plus dam intérêts, à ta santé, à ta yie. Fms-moi donc le sacnGoe) non pas de ta douleur, mais de ses égaremens. Verse dest larmes; répands4es dans mon cœïa; '6pÈ^âistm regrets; mais n'en aiguise pas la pointe, déjà trop acérée, par une opiniâtreté qui t'arracherait à tes devoirs, désespérerait ton ami, et lui ferait prendre en horreur la vie avec laquelle tu dois le réconcilier. Tu le peux seule, ô mon ange ! Un crêpe affireux voile à mes regards le bonheur ; toi seule, qui le soulèves tmljours, peux le déchirer tout-à-fait. Tu vois quel est mon sort! tu vois à qnettes épreuves fêtais destiné! Veax^u que ma seule consolation, la conviction d'itri inûniment aimé, m'échappe encore? Oui, je aoirais
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m DONJCMf VINCENNCS. 333
ûft(i être aimé £AU>leiiient^ û la mort d'im enfuit^. anqud^ soît,e hâas ! nous ne comptions pas smrrivre^ mais que nous iceji savions cependant né de la condition des mortels^ te oti& rendait sourde à ma voix^ à mes consolations^ à mes k,'à caresses...^. Je sais quel bonheur tu te promettais^ de jes| cet enfant^ et quel plaisir c'était pour toi de projeter sut le * • Mais oserais-tu dire ou croire qu'il n'est pfais 1^ de bonheur pour toi dans le monde^ quand tu peux Dijil tout pour le mien^ quand j'existe, quand je vis pour 4} toi, quand je touche peut-être, an momont de t'étre \g, rendu?... Ojmon amie! nous sommes déjà trop payés J pour regarder la mort comme la plus bellç invention de la nature. A combien de maux peut-être elle a dé- , < robé ta fille ! C'est donc sur nous qu'il faut pleurer ; j et les pleurs que commande l'amour de soi ne doivent pas long-temps prolonger la douleur^ quand un sentiment plus tendre et plus noble lui ordonne de se If calmer.
Hélas I ma Sophie^ je te disais il y a quelques mois ^ ces paroles touchantes d'un ancien : Les fîinéraiUes des I enâuis sont toujours prématurées, lorsque les mères y ^. assistent. Cette idée est vraie et touchante. Mais corn- ^ bien de mères .se désolent sur leurs enfans yivans ! et ,^ di»-moi A tu pouvais, loin de l'être, t'acrêter sur la li^ mite de Fexistence et du néant, et lire an Kvre des dès* ^ tinées? Réponds-tu qu'en voyant la longue liste des |j maux qui t'attendaient, tu voudrais exister? lion, si , Pon teroffirait sans le dédommagement de notre amour. I £h bien ! cet amour te reste ; cet amour me console j d'une vie dssue d'alarmes, de périls et de douleurs. , Que dis-je? il me les fait oublier en me ramenant à toi, i à toi dont je n'étais pas digne, et que je n'aurai jamais
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trop chèrement payée... Sophie, ma chère Sophie! je te conjure, et j'espère que tu ne refuseras pas au plus tendre des amans, à qui tu n'as jamais rien refusé, de mettre un terme à tes regrets, et même d'apporter dans ceux qu'il faut bien t'accorder, une modération qui calme mes inquiétudes sur les suites qu'un si fatal événement pourrait avoir pour ta santé. • ' . i
Tu me plaindras, sans doute, d'être obligé de te donner cette cruelle nouvelle. Hélas ! si j'eusse pu te la dire en te serrant dans mes bras, nos cœurs, en s'unissant, se seraient mutuellement fortifiés ; mais l'absence aigrit tout. J'ai balancé si je te dirais sitôt quelle perte nous avons faite ; mais la crainte que tu ne reçusses ce coup d'une autre main qui ne saurait pas te l'adoncir, ma confiance en ton courage, la haute opinion que j'ai de ta tendresse, et qui ne me laisse pas douter que la mienne ne supplée suffisamment à cette privation terrible, m'ont engagé à te parler sans détour. Ah! Sophie ! ton ami n'est pas moins malheureux que toi lorsqu'il s'occupe de tes chagrins.
Je serais inconsolable si tu n'étais qu'une amante vulgaire. Hélas î me dirais-je, voilà un de mes liens, et le plws sacré de tous, rompu. Mais je te ferais injure de penser ainsi. L'amour et l'honneur nous unissent indépendamment de tous autres motifs, de tous autres devoirs, de tous autres objets j et il n'est au pouvoir ni des humains ni de la nature de relâcher nos noeuds, aussi long- temps qu'elle nous laissera la vie. Si nous sommes destinés à presser dans nos bras de nouveaux gages de notre amour, nous pourrons porter sur eux un regard plus serein. Un certain nombre d'enfansdoit payer tribut à la mort ; elle a frappé le premier fruit
de notre temdresse^ non&ideYOïis, noua poayoii& espérer qu'elle ëparg^Qeraleaaati:^4 ;^< O mon amiel nous aveu» éprouvé de plus grands malheurs. C'est sur nous-^ même», et une parùe détachée de nom, que Tinfortune s'est exercée quand dUe nous a arrachés fiin à l'autre. L'amour, l'espoir et nos bienfaiteurs ont cicatrisé cette plaie profonde | ta noavelle blessure doit être en^ core plus, facile à gaim.
Ah ! ma généreuse Sophie, ne m'accable pas du nquyeau tourment de tes souffrances oti de tes dangerà) ne nous punis pas tous deux de notre infortune ^ n'ang^ mente pas tes propres maux. Pleure, mon enfant, pleure; mais non pas sans modération et sans mesure; que la douleur soit douce et tendre comme toi. Tu n'as pas joui de la douceur de voir long-temps ta fille, de la tendresse de ses embrassefuens, des eai!essds de son enfance... Hélas! que regrettes-tu là.'* Tu n'en serais que plus malheureuse^ et si je t'envie le plaisir de l'avoir embrassée, c'est que je voudrais avoi? autant de motifs de regrets que mon amie.
. Si les pleurs fléchissaient le destin^ je te dirais : Chère amie^ pleurons ensemble^ pleurons des larmes de sang; que tous nos jours se passent dans le deuil^ toutes nos nuits dm la tristesse et l'insomnie ; notre douleur est utile à ce que nous aimons. Mais les gémisMonefls ne raniment pas les morts ; il ne faut donc pas se laisser emporter pour eu& à une violence nuisible a ceux qui leur survivent. Ne nourris pas ton ohagrin trop amer, trop naturel^ mais qui ne durera qu'en proportion de ce que tu sentiras le plus vivement ; or, j'espère, et je crois^ et je demande, en té couvrant de mes baisers et de mes larmes, que ce spit ton amour pour ^noi que
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tu sentes et que tu veuilles sentir le plus vivement
Oh ! qu'ils sont durs et insensés ces parens qui, au lieu de se hâter de jouir de leurs enfans, de se livrer à eux sans délai, d'épuiser réciproquement toute leur tendresse mutuelle, au lieu de profiter du moment présent, qui leur appartient à peine, les vouent, les oppriment, et se réservent, pour un avenir qu'ils ne verront pas, des réparations dont la fortune ne leur laisse que le projet vain et déchirant !..... Eh bien ! les enfans de ces êtres-là vivent pour souffrir ; et ceux des mères
tendres sont moissonnés au berceau !
Ce n'est pas le moment de te parler affaires, ô mon tout ! Ces intérêts si médiocres, si tièdes auprès des grandes affections de l'âme, ne me touchent pas plus que toi. Je dois cependant t'ôter un de tes chagrins, qui paraît t'avoir vivement émue au moment où lu écrivais ta dernière lettre. Mon ami M. Boucher, qui partage vivement notre perte, m'avait écrit, avant que de la savoir : « Ne prenez point à la lettre les précau- » tions que je vous ai demandées sur notre correspon- » dancc. Laissez-vous confier tout, ne répondez que » ce que la prudence pourra vous dicter ; longez sur » les points importans et délicats qui font connaître » votre touche. Je ne vous dis là que ce que vous savez » aussi bien que moi, et ce que vous-même avez prati- » qué. » — Ces mots, pleins de douceur, de sagesse et d'amitié, doivent t'ôter tout soupçon que Ton veuille te priver du secours de mes avis. Au reste, lu n'en as que trop perdu le besoin, puisque la seule propriété qui te restât, et qu'encore, au mépris de la justice et de la nature, on te disputait, t'est enlevée par le sort.. Je te supplie de ne point écrire dans ces premiers mo-
DU DOKJON DE YIUCENIIES. 337
mens à ta mère. Elle ne peut pas partager ta douleur; et toi^ tu ne peux pas sentir assez cela : mais^ mon adorable amie, la donlenr même, doit être décente^ et il ne faut pas aigrir des maux déjà trop dévorans.
G mon amie ! ce n'est pas toi que le regret de ce que tu n'iBiB plus peat rendre injuste pour ce qui te reste. Envisage ton amant, et songe combien la fortune t'a épargnée même en te maltraitant^ et tu avoueras qu'il te reste pins que des consolations. Voilâ, 6 mon tout ! ce qui m'a fait supporter ma douleur^ et ce qui me donne la force de t'écrire peu d'heures après aToir reçu une nouyelle qui a serré mon cœur an point de m'inquiéter; car tu me £sds aimer la vie. J'ai beaucoup pleuré depuis^ et yoilà ma poitrine soulagée mais mon âme ne le sera que quand j'aurai ta promesse de tout sacrifier à l'amour^ et de chercher dans son sein le remède à tes maux, sans m'en cacher la profondeur ou l'activité . Écris-moi bientôt, ma Sophie-Gabrielle^ je te répondrai à Finstant, et M. Boucher voudra bien te faire passer ma lettre. Hélas ! tu recevras toujours trop tôt celle-ci 5 maïs je n'aurai jamais la tienne assez vite. '
Adieu, ma bien-aimée : montre-moi ce courage que j'attends de ta grande âme. Élève-la au-dessus du deuil où elle est plojigce^ el ne pense qu'à FaDiour éternel et inviolable que mon cœur t'a juré^ que mes tendres caresses te répètent^ :et sur kqinel nul bras ne peut attenter.
Ta fiUe n'a pu résister aux convulsions de dents. Sa nourrice est, dit«on, inconsolable. Je prie M. Boucher de lui donner le peu que je puis en cette triste