‹ Lettres a SophieChapitre 3 sur 31 · LETTRE XCIX · texte numérisé non relu

LETTRE XCIX

A LA MÊM£.

29 août 1 779.

Je la reços hier an soir fa leltre que f ai maiig^ de

caresses^ jusqu'à l'en rendre jalouse. Ce n'est pas que je n'y trouve beaucoup à redire â cette lettre^ chère amante F car^ pourquoi en consaofer «ne ^jrande partie

à m'y copier des lettres qui^ tu le sens bien^ oui nécessairement passé dans les mains du bon ange et dans les mienaes?! Le bel- esprit Dupont^ et liiênre le bebesprit loîy quand tu n'écris point n moi, ne m'intéressent du tout point assez pour que j'aime niienx lire lenr rhétorique que ta simple et niaîve tendrèisse^ ^doiri la certitude fait mon bonheur, mais dont Fimpressîon réitérée m'est plus précieuse que tout le reste, ta pré*-

Mil

Cl de réponses, c'est que tu ne peux les avoir que par

moi, et que je le veux en tout, et dans tous les temps, pour mon guide, mon témoin et mon juge; mais ce qui de toi me revient ou me reviendra toujours, pourvu que lu Fenjoignes une fois pour toutes à Dupont, ne peut pas me remplacer les assurances de ton amour... Voilà sans doute un singulier début pour une lettre qui devrait être toute consacrée aux plus tendres remercîmens; mais je te les ai déjà faits. En recevant la réponse de Dupont à tes éloquentes et généreuses lettres, tu as reçu aussi quatre marges de moi, griffonnées bien menu, où je me livrai, dans le premier moment de mon émotion et de mon amour, à tous les senlimens que tu m'inspires sans cesse, mais que l'admiration de mes amis exaltait en ce moment. Le bon ange aura ri de ma niche; lu m'en vengeras en lui en faisant une nouvelle, c'est-à-dire en répondant à ce fragment de lettre : ainsi tu vois qu'en toute conscience je puis bien le gronder, car je t'ai remerciée et caressée auparavant, et tu n'es pas einbairasscc de l'être après, ni même pendant mon sermon ; car, comme lu me disais fort bien un jour, lu en es quitte pour me fermer la bouche par un baiser, que lu prolonges jusqu'à

ce que l'envie et la force de parler me passent Et

voilà comme les vengeances de Sophie sont implacables et redoutables!... Mais lu sais bien que j'ai l'humeur au moins aussi vindicative que loi. Tu n'en seras donc pas si légèrement absoute de ton crime, et voici une pénitence que je t'impose. Il y a long-temps, ma coupable amie, que je vois avec frayeur et regret que tu vises à l'impéniience finale. Mauvaise petite mondaine', le démon de l'amour t'obsède, et lu semblés avoir fait un pacte avec lui. Résolu de faire ton salut à

BV DOiriON.DB VINCBNNES.

tout prix, et de te faire rentrer dans les voies du salnt^ pour rentrer moi-^inéiQe en grftce auprès de ta très*

chère, irès-honorée et très-pieuse mère^ j'ai consulté divers casuistes; j'ai feuilleté les Conciles et les Pères; j'airechefohé quds étaient les plus pnissans exorcbmies^ et j'en ai fait un recueil religieux, saint, salutaire, dont j'espère t^ conversion. Le boa ange, ému des mêmes aéntioiras que moi, touché de mon zèle, désireux loi* même de contribuer à la conc(uctc d'ane si belle âme â DieUj s'est chargé de te âiire passer cette espèces de rituel; et comme il se trouve épsis et volumineux, jé crois que lu peux l'attendre Incessamment par le carrosse ou la messagerie; car le paquet est bien gros pour la poste. Lis chaque madn, et même chaque sbnr, une de ces antiennes; médite-la, pénètrc-t-en, et je ne désespère pas de toi. Tu verras que sou titre est Heures de Sophie. Ce t'est un témoignage bien évîdent,un monument durable de la sainteté de mes intentions, de la pureté de mes vœux qui tendent tous i ton bonlmr étemel, que je te souhaite an nom de

Tamour Voilà, ma bonne amie, la pénitence et la

capucinade que je te préparais. J'avais bien pensé à y joindre une petite diadplinej.mais le relieur a oublié de rattacher, et je le l'envoie à part, pour réparer sa négligence, et seconder avec ferveur mes pieux projets.

le n'ai plus rien à te dire sur le beau projet que ttt avais conçu : il est vraiment noble et digne de ton âme; mais c'est loin déjouer jeu sûr. Je t'ai dit au long toutes mes raisons, ét jfe n'ai point balancé à être de l'avis de Dupont, d'autant que c'était celui du bon ange {^adresser à une femme vulgaire une pareille kt$rel ) , (pii-n'en a pas môias senti lonite la dignité et

la délicat^ejsae de U démarcke. 0 ma Sophie i tu étonner les ajuues^ ma» tu n'étomiinras plus tw Gabsîel^ 40a époux..* il te connaît trop yen! Ecria seidemeiii A Oupout pour le presser d'attaquer direcieoii^t ma^ dame, de Mirabeaa. Ses délais ^ cet égaid me eoatl nuisibles^ et ne peuvent jamais m'être bons à' riéri. Si oa la laisse reugourdir dans Tégoisme qui loi est naturel, on la remuera diffîcilemeni par une eecdnde

secousse. Je sais bien qu'au bout de tout je puis sottk sans elle^ mais^ outr^ ces longueurs, ce parti a ausai ses dangers. Je ne i^Fenai plcK Dupont qu'à la fin de septembre. Harcèle-le jusque là ; les importunitës des : {mmes>sontaifiaables3 pelles de ampo^x^ > de l^aigreut) et s'en résistent quelquefois^ b^ailieursi c'est du moins le faire souvenir de pou9S^ mon père^ et il. est à même*

Je sois bien aise^ pour toiHtnème, que tu aies é&àt à .Diront une lettre convenable sur Timputatioa dont tu es l'objet $ mais, pour moiHnàiiie> je m'en serais £oti bien passé; car^ outre que ton suffrage à cet é^ard me sufiit>> il est et sera dair^ aux jeu$ de tous les geni d'un mfint droit et non prévenu, <faA ta passîoà n'«H« rait pas conservé ce de^ré d énergie pour un homme fui i'wait perdue de gaité de.cœiiff, ^ sm transports brûlans de 9m amour^ n'aurait pas su Étf&r Jer des procédés dont l'effet fût durable età Tépreuve de tws les traii^ de la ma%âité* Quanit au décaairagement, il n'est pas à craindrè d'une âme telle que le tienne ; mais enfin^ l'adversité jointe au temps est la grand» épreuve de l'amour; dile détruirait infaïUibletneni celui ijoi ne serait qu'une illuâ^nt Quand on s'est vu de si près^ quaud ou a subi tam de changemeos de

DU OOfUM BB raCQENlfES*

sort, tant de ce» révolutions qui mettent le cœur a nii^ et le fgnt agir iudépendammeat de l!efiprit^ on «e ecNiiudl; et m foa «'ealiiiie^ c'est assarénieiit nae preuve que Ton a quelque droit à restiine des autres. Je suis donc tirèsrtranquille sur le jugement que ke gens iKMiaélfis et capables d'impartiidité feront dé ma conduite envers toi, quand ils auront les données suf^ Asantes pour la juger. Il me semble- qu'il y a peu de jBstiee et de générosité à Dapont â ne m'avoir point montré celle de tes lettres où tu daignes faire mon apologie ; c'est sans doute, qu'il a trouvé .qu'elle te mettait trop évidemment dans son tort» Mais ^med on se pique de franchise, il faut savoir le reconnaître. Au reste^ je suis comme sûr que tu as exagéré tout à - ton désavantage^ et je ne le loi anrais pas caobé ; car je donnerai jusqu'au bout à cet homme, qui se pique d'étr<3 &mc, l'exemple 4e la véracité. Je lui aurais .dit> ee qui est vraî^ que le^ir de ta fuite hkt égalemeat conçu dans nos deux cœurs ; que si je ne le manifestai pas le premier^ c'est qu'il fallait que tu t'jr crusses de t0»»méme asses nécessitée poui^ m'en parler la pr8<mière, soit pour lever mes scrupules, soit pour me prouver ta conâance> dont je devais bien m'assurer; ear, au premier «gne de ton repentir^ je s'annis pas répoiidii de mon désespoir. Il est donc faux que ce soit.par^énéroaité quejevûlai^àtaprièce, pour t'arra* ■^er à tons les dangestp qui te menaçttieat^ O'abosd Ce fut par justice, puisque c'était moi qui t'avais exposée à ces daogers j et je le crus, si bien un a€te de jasttee, que j'en aarais fait tout autant poinriuie femme que j'aurais également compromise sans l'aimer d'ua si tendre amour (à supposer que ces deux cono^aires

6o LETTBBS ÊG&tTES

puissent s'allier). J'ea aurais fait tout autant^ diâ-je> avec cette seule eKception que je ne lui- aùfais servi que d'escorte y et que je n'aurais point habité avec elle la même maison et le même lit^ en pays étranger^ où je ne l'aurais aidée que de ma bourse et de nues amis. Ma is la vérité est que je fus au comible de mes vœux, lorsque tu réclamas mon secours; et que^ sûr de mon amante, de son inaltérable tendrésse, de son* inflexible persévérance, je ne vis plus pour elle et pour mol que le bonheur. Je crus tous mes liens rompus avec la France. . . flélas I je voulais qu'ils le fussent... JTespé^ rais de ma Sophie-Gabriel un fils qui me dédommageât ^l'avoir en quelque sorte renoncé au mien. Je ne pensai qu'à en &ire à jamais mon unique épouse, et à être, jusqu'au dernier souffle de ma vie , le compagnon de son sort. Notre espoir a été déçu... ; mais je ne me croirai jamais coupable, parce que les motift qui m'ont déterminé sont trop puissans pour que des préjugés puissent jamais entrer en balance avec eux* U est sûr que tu périssais si je ne t'eusse enlevée à tes persécuteurs; il est sâr que^ loin de fomenter ces persécutions^ j'ai donné & toi et aux tiens les mdllenrs conseils pottr prix de leurs perfidies, et que je n'aspirais qu'à ^c faire recouvrer la tranquillité dans laquelle je voulais que tu. attendisses ton veuvage... Qu'ils disent ce qu'ils voudront, j'ài fait ce que j'ai dû faite, et, les ^êmes circonstancesdonnées^ je reconmiencerais. Voilà ce que. j'eusse dit avec tout ce détail à Dupont^ s'il m'avait montré ta lettre. Il ne l'a pas fait ; j'ai dédaigné de repov^er ses grossières et injustes accusations. Tu remarqueras que c'est après avoir reçu ta lettre apologétique qu'il m'a écrit celle du 7^ ou du moins qu'il l'a

DU DOtLJOU DU VIKCENNES* Si

laissée entre les mains du bon ange, quoiqu'il avoue que tu m'aies justifia. Il y a à cela hien de la mauvaise foi, et je n'avais pas besoin de cette nouvelle preuvè qu'il n'avait destiné cette lettre qu'à M. Lenoir, qu'il croit apparemis^ent perdre son temps à les lire.

Tu crois bien que ton commentaire m'a fait plus de plaisir que sa lettre, dont cependant je lui ferai mention quand je le reverrai. Tu peux Juger par ce qu'il dit de IsL'Violence de ma réponse à sa lettre du 7, de celle qu'il m'attribue dans les deux entrevues qu'il te cite. Dans la première, il débute par me dire que j'ai manqué à ma •paraU. Assurément il Mlait que je Ifasse san ami pour ne pas le prier un peu brusquement de sortir jde chez moi ; j'en appelle à M. de Yaliage, qui ne nous quitta pmnt, de ma prétendue violence* Je parlai avec beaucoup de chaleur^ parce que je parle toujours ainsi à ceux que j'aime ; mais je ne lui dis pas un seul mot qui ne fiât honnête et flatteur; et je conservai si bien mon sang-froid, que je ménageai excessivement mon père. Quand il me revit, nous étions seiiU ; je lui di^ des cboses infiniment plus fortes, et il ne prétend pas que je me sois emporté. Je l'ai vu sept fois : celle où il dit que je m'emportai pour la seconde,il ne fut question que de mon père et des horreurs dont il avait ac^ cusé ma mère, en m'en nommant le complice, sans qu'il le crut en effet, de l'aveu même de Dupont. Croistu que fou dise ces choses-là avec beaucoup de caliM? et une élocution iroije ne te donnerait-elle pas, en ce moment, très-mauvaise opinion d'un homme ? Dupont parut touché de mes sentimens et de ma véhémence, et il dut l'être, s'il a des entrailles; puis il t'écrit gra- <f) vement quC: je me suis emporté I S'il xne connaissait^ i vt. ' 6 - j

8à iAtttCEA éCAITES

il saurait que je ne crie jamais dans la colère ; je reiH viëtserais nù mur^ je mordrais des boulets rougfes ; mais je ne crie point. Au reste, ces convulsions violentes, dont aucun homme sensible ne s'est jamais totalement préservé^ èoiil très-rates en moi, el tué foiit ml it^ grand mal. Certainement jamais Dupont, ni, je crois, toi^ ne m'avez vu dans cette situation^ mais il est d^ tlton tcm^ du ton philosophique, de taxer ks àiltreë de peu de pouvoir sur leurs passions. Peut-être peu 4'honmies ont-*ils fût plus d'efforts sar eiu-mêmes què ttoi, qui foondille de défauts, mais qui devrais eH avoiir davantage, vu les incroyables et barbares maladresses

àémaà i^èté. J6.{iaiste#?ef%v<âÉi iténté Bûfbht a

le ton plus emporté et Télocùtldn plus vive que mal, quoique j'aie peut-être autant de verve, de mouvement de dialcior^ mais ttt bais k foble des besaces. Aà reste, je sais qu'il est beaucoup plus sage que moi; pettt-étre n'en doit-il remercier que le sort, l'âge et les «tooMMA^l^. Il est aisé^'être égal ei modiké au seia

du bonheur Je ne crois pas que le bon ange soit

beaucoup iplus content que toi du ton de mon ami> qui, ^itii^têm^aèi^ a t>rls lin &i\x systània dè conduite; lié bon ange m'écrivait tout-à-l'heure, en m'envoyant ta klti^è : fc Màië, dites-^moî donè; âloâ bon ami>, éstHÏ M«fi ^hi K^t M; Dtipbtit sé ëditpèrnûs &icikè ^e, si vous sortez, il répond de vous à tout le monde? Si càA, m, il (sonnait biisti peii la iiiàrche des a&itéÉtg ëk il est près d'avoir une apoplexie d'amour-J^ropre. Qu'il soit. tranquille; ce ne sera point à son témoignage qué iltétô aftrànd tecdiits; et, en vérité, le pitblib k dispetif sera de sa (garantie. » On ne peut pas persifler avec plus d'esprit et de sens^ et il est certain que k phrase

DU DOKJON DS TIffCENKES. 63

de Dupont est bien ridicule. J'ai envoyé sa lettre, qui n'avait pas passé par les mains du bon ange, à celui^ci^ âfitt qu'il n'eii dodtàt pas ^ c'est celle dottt il so fit pré» céder à notre première entrevue, après sa lettre du 7^ « Mais, â propos, sur cpioi pense^t-dl^ ajoute le haù ang^i que M. Lenoir a le temps dé lut teedre des fUgÊsi Cb n'est même pas présumable • et, quoique M. Dupont dise avoir beaucoup d'affiûres^ il faut avoir al)solaiiicat le tétè vidé poar faire dôs songe» anssî crens* Ah miva> plus, mon bon arai^ qu'il remplisse nos vœux, et notre recoofliaissanGe doit lui servir de bouclier contre scfi teifiiirs poar le public^ qid est im sot, quand il eH question d'oblig^er un homme honnête.» C'est quand ok pense et que l'on m'écrit ainsi^ que l'on se fait aimer de toiy chère amimte ! Il est bien filatteuv et tien àam pour nous que le bon ange veuille ainsi s'associer i notre reconnaissance^ et se mettre en tiers de nolïe fiaûon. Ah I c'est bien du ploa profond de dos conlte que nous lui en donnons tout ce qu'il en peut désirer. Mais conçois* tu que Dupont veuille s'obstiner à vo^r daiis tm heân et noble procédé de lioire blen£d<èiir la piège tendu pour lui ? Il faut bien avoir la manie dè Voir à tout de la politique^ D'abord la meilleure preaVe ^e le bon ange est odnTaincti qiié M« Lenoir a wpL cCBur droit et honnête, qui veut le bien pour le bien, c^est ^tt'il ait osé lui proposer de me faire voir un hoiÉiftie qu'il n'ignorait pas lui airoir déplu. ËaeuîH^ cfèfil une singulière et belle vengeance â prendre de ^elqa'on^ que de le mettre à même de jouer un râle noble et flattecir. Quoi ! M. Lenoir èn reat à Pupdiiti il lui tend des pièges j et, pour mieux Penlft6er> il «te l'envoie seul^ sans réserve^ sans surveillant^ et lui laisse

84 LETTRES ÉCiUTES

toute libearlé de me dire, m^écrîre et me &ire écriré tout ce qu'il lui plaît ! Certes, Machiavel aurait peine à voir là une embûche 1 Ensuite Dupont veut absolument que M. Lenoir ne m'oblige que pour désobliger mon ' père. Cela fût-il^ moi qui ne sais ni composer avec la reconnaissance, ni sonder les reins et les cœurs, je n'en serais pas moins son obligé. Mais je dis que cette imputation est absurde \ car^ si M. Lenoir ne vise qu'à contrarier mon père, comment me permet-il d'entamer une négociation pour me récoaciUer avec lui? K'est-il pas évident qu'il devrait au contraire me &e : Lutte», je vous soutiendrai \ nous vous sauterons maigri lui ? Je crois fermement, et toute illusion de reconnaissance à part, que mon infortune^ qui passe de beaucoup mes fautes, a intéressé à moi râme honnête et sensible de M. Lenoir^ que d'ailleurs Tintérêt de son devoir s'y est joint, parce qu'au fiait il est le rapporteur de mon affidre, et qu'il ne peut pas, pour plaire à mon père, la rendre plus noire qu'elle n'est j qu'il ne peut pas dire que je me conduis mal, tandis que je me conduis bien ; qu'enfin la dureté de mon père, qu il voit de près dans les détails pécuniaires, a pu lui faire croire, indépen* damment de mes manifestes^ que tous les torts n-ont pas été de mon côté. Tout cela doit le prévenir pour mot; ses bien&its l'y ont encore attaché. On se complaît à son ouvrage ; et il est certain que ma vie est le sien; car je serais mort sans lui. Que conclure de tout cela en faveur de Vopinion de Dupont? Bien, en vérité, rien. Il faudrait donc dire aussi que le bon ange, qui enfin est le premier outil de tout cela^ puisque ses comptesp-rendus m'ont valu tout le bien qu'on m!a âdt, il faudi'oit dire qu'il en veut à mou père. Et à propos de

quoi 7 C'est ua absurde et injuste calcul que celui des préventions ; et je ne sais coïamejkt il se peut qu'on esprit droit dérive jusqu'à ce point.

' Je Unissais ceci^ lorsque Dupont, que je croyais au Kgnon, est arrivé^ toujours pour une demi-heure^ qne^ par grâce, il a prolong^ée jusqu'à l'heure. H m'a longtemps parlé de littérature et de livres : enfin, je Tai ra-; mené aux aCTaires, et je l'ai pressé vivement d-ëcrire. Il est très-décidé à ne le faire que de l'aveu de mon père, et je n'ai pu le tirer de ses argumens ordinaires. Enfin, je loi ai parlé clair, et je lui ai dit que sa négociation devenait infiniment longue ; que je ne voyais pas bien nettement quelles étaient ses vues ^ qu'au fond je le croyais beaucoup plus l'homme de mon pire qûe le mien ; qae je voulais du moins mériter de lui qu'il dit que je ne l'avais jamais trompé ^ que je ne lui cacherais donc pas que je ne voyais nulle espèce d'impossibilité à forcer la main à mon père; que je n'en avais nulle envie à présent; que l'envie ne m'en pren- ^ drait certainement pas qu'il n'eût échoué $ mais que^ si cela arrivait^ il devait sentir que je devais à toi, à ta fille, a moi-mérne, ma liberté; que je ferais, pour y parvenir, tout ce dont je m'aviserais, et que j'emploierais tontes les cordes, même femelles. Ceci l'a un peu remué; il a persiflé cependant, mais de mauvaise grâce. Je lui ai montré assez clairement que je n'étais pas sa dupe, n s'est mis à vouloir me prouver que je ne de^ vrais, dans aucun cas^ désirer ma liberté autrement qae par mon père. Je lui ai dit que je ne pensais du tout point ainsi. (cYous me ferez un tdrt irréparable. — Quel tort? — Celui de démentir mes assertions. — Hais on me croit donc le plus lâche des hommes^ d

Vùù suppose que je gérai cinquante ans prisonnier san^^ wéfimHijouB jPfivraifr^» me laisser %uêt mQU pluidt que de me sawrer de «es copp0? r-r- Qui. ^ Qmxà hkn vous £me pe «eniimeat ! pouir moi, ne %tu4» point le cm au codb». --fT Yon^ 00 xéiismf ppint ainei. — Je crois le contraire. Le dernier qui parle a toujours rai^n avec M. de Maurepas. — OuU&§ qu'il est dee gene qui peuvent faii ftdre youloir, il n'eg^

pas cLernel. — A sa mort, tout sera en confusion. Le fildiiSfiinûDt mr^ le hoquet^ et qui sait ce qui arrivera? ^ Ikns ?0tre hypothèse mémey qui sak ee qod

riyera pas ? »

lÀràfim'^ ii »'est beaucoup dfi]i4Ui4 Avec Tair foj^ mmkÊe, et Véme de deviner mon secret» erois btep quiQ je n'ai rien perdu de ma bérénité, et que j'ai persisté sur le mÊme toQ clair-obscur^ Enfin , ii e«t p^rti mi» j^assaUemem: «mécontent, à ce qui m'a paru, mais m^ pjFomeitani: de partir inereredi, d'être lejeudxàBpis-ler F0i8i^^ et d'eUer otmàxm h «leniedi au Bigoou* Aus^tât de retour chez lui, il m'écrira. Il m'a dit qu'il n'ay$it fieo xeçu de xai« pre^umaisi cependant que^ r^pevant pat le eoomer du mardis qui amve te meroredi ft

^ea, tu aurais pu lui récrire, du moins par celui du «s^djcfidii Uik répoQ$iç« Pa4e^ce> mm recomn^ii^de-ll^ ie mp mwtfm tes lletti^t ^ Je sim trè^ de tou avis

d'écrire à madame de Mirabeau des choses qui la toU" ^kf^ plutôt qii^ 4^ ççUes qui V humilient ^ H 7 aurait, MMde la quelque injustice à lui mander de oelle^l)i dans un monieiu où elle paraît avoir eu un mouvejpcni bP4i^é(^î,mais comme ce mouv^e^^ ne n^'est mxvm que par we voie que je ne puis pas cit^^ tu 9ÊS^\Àk^J^ j/e dois a^endre qu'elle ngip le £^e sen^

dh-n^èffke* Alors je te promets d'empjojer tout mon m à l'epcoprager . Je le disais à Dupont } U grand polift est de me mettre à même de loi écrire encore^ afin d? pfolongef l'effet <ju'a produit ma preouère lettre. — J« ne sais guère plus que toi ce que mon oiicle ffiit â Aix« Je sais qu'il déteste Paris ; mais je crois aussi qu'il y a eu quelque froid dans la domesticité de mon père.

l/fûn amie, voici la copie d'une petite note que le bon ange avai^ attachée à l'endroit où tu me dis qu'il hut que Ijss liuâisi sachent qu'il est question de m^ liberté, u Je pense au contraire qu'il faut biep s'eii garder : dans une affaire de concâliation^ il faut tâcher d'éluder les observations qu'on ne manquerait pas de ûire^ et, dans tous les cas, il ne serait pas encore temps de fidre la moindre ouverture â cet égard ; du ^oins je le pense. » £n effet, le3 Kuifei auront biej^ ^ssez peur quand ils me sauront dehors, IieuT: e^. donner d'avance. MandeJeur setdement ce que je t'ai dit, pour leur prouver que ta signature fQ\xr nous denx t'intéresse phis que ^loi, qi)0 Fpn tirerait bp«^ d'affaire sans cela, si l'on voulait; et qu'ainsi pela n^ me délivrera p^s, si mpn père s'y refuse.

Il y a très-'grande apparence que ton bospit^lii^^ ne restera point è Saint-Manr. Elle m'a fait dire aur jûur4'hui^ avec beaucoup d'hpnuêtet^ pp»r toietpouf moi, q^'îl lui s^ait à» toute împQjs^i{ité dspe ^jias^ ger de ta fille là, attendu qu'elle y éprouve tous las jours de nouveaux désagrémeps, qiui l'oajit qntièremeot d^ten^in^ a retourner dans s^ niaiso^n, ^ on Is^ 4^ sire. f3Ie se récrie beaucoup sur ce qu'on lui jet dit d^ ma pju-t, que je ne souûrirais j^fnai^ que ^ §11^ ffu ^ Pr . ; que, lorsque tu lui proposas de lui -doppér ç^l^

marque de confiance et d'amidé^ tu lui avais mandé

que tu voulais que ce fût chez elle qu'elle Felevât ; que quand même on lui rendrait à elle la vie dure à Pr., cela n- influerait jamais sur l'enfiant; que si elle^ Sainte- Sophie^ restait à Salnt-Mandé, elle ne pouvait élever ma fille dans une cellule ; qu elle serait donc contrainte de prendre un appartement à feu; que ce seul objetlà irait à 200 liv., qui, jointes aux 3oo liv. qu'elle donne à présent, feraient âoo liv., sans compter la pension de la petite, qui va à sSo livres, sans compter le bois et le vin, que les religieuses ne fournissent point à celles qui sont en chambre; que pour être entre quatre murs, nourri assez frugalement, il en coûterait donc 7^0 liv. 5 qu'au lieu de cela elle ne demanderait pour tout à Pr., même pour Fentretien de la petite, que 4oo liy. Tout cela est bel et bon ; mais j'ai mille et mille raisons pour ne pas vouloir que mon enfant soit à Pr., où je ne vois pas d'ailleurs comment madame de Sainte-Sophie pourrait la garder de sitôt, puisque, presque nécessairement, elle sera soumise à une pénitence ecclésiastique. Je sais qu'à Saint-Maur, ma fille, à la laisser au commun, ne nous coûtera pas, l'entretien y compris, plus qu'à Pr. Or, je suis peu effrayé pour les premiers temps de ce qu'on appelle les classes, parce que la maîtresse est une amie intime de. Fontelliau, qui y a sa fille. £lle serait donc très-survrillée, indépendamment même de la recommandation que ne me refusera pas le magistrat; mais il mç semble entrevoir, par une tournure de la lettre que m'écrivît hier le ton ange, qu'il ne serait pas impossible qu'on te la donnât. Prie-le donc de s'expliquer clairement là-dessus, et écris à M. Lenoir. Â propos

DIT DONJON DE TIiraSNNES. 8g

d'un plan que j'ai donné au bon ange pour faire inoculer ma fille pai' Fontelliau^ et tout près de lui Fon-

telHaii^ plan que le bon ange a trouvé très-pralicable, il me dit : « Voyez si la lettre de Sophie ne tous fera

n pas décider à retarder un peu. » Cela ne peut tomber que sur la proposition que tu me fais que made^ moiselle Diot te l'amène. Mais si nous obtenons la grâce précieuse, dont je serais reconnaissant toute ma vié^ que celte chère enfant te fïit confiée, nous pouvons te l'envoyer de mille autres manières que par mademoiselle Diot, et j'aime bien mieux qu'elle soit inoculée^ presque sous mes yeux, par un homme dont je connais le talent, qui m'est attaché, que dans ta petite ville, où tu n'as que des ânes. Fontelliau, qui est trèsflatté de la confiance de M. Boucher et de ia mienne, ira, un de ces jours, reconnaître l'état de l'enfant, et m'a dit (ce que j'ai entendu avec plaisir) : Si je l'ino* cule , ce sera à la manière de Sutton, et certainement je ne serai pas seul^ parce que vous ne pouvez pas suivre ma manœuvre, puisque vous n'êtes pas libre. Je crois qu'il faut te délivrer de cette inquiétude, te préserver des âneries de tes artistes, profiter de la circonstance heureuse qui nous met à la portée des secours de Paris, et dépêcher cette besogne, qui n'est rien, mais dans laquelle on meurt comme dans tout autre temps, et qu'ainsi il âiut £sdre prudemment. La nourrice suivra la petite. Son lait pourra nous être très-utile. Le bon ange fera un marché avec le mari; Fontelliau n'en veut point entendre parler. Il se charg;era de loger et nourrir la nourrice, tellement à sa portée qu'il y sera, s'il le Êiut, la nuit et le jour.

J'insiste pour que l'on sache dans le public que in

^ mèfâi t<m silence peut faire un Vfè^nf^cheMX incidsqi 4w le prficè^ de ta fiU^. il» càbr^ pae cepeod^i; mur <]ainQ de Ruffeî que tu nesijusbes si tu faura^. Ce serait cependapt unç t^iw^^ rai^PO pour te la r^fi^er^ que d'^égim qaa m ep aotoirment «a mère. ^ U pe

semble que mademoiselle de la R. se connaît peu tm ampui^r Comi^^t djernapiie-t-oa à deux geus qui pre^ tei^deolt avoir une passion Vm pour l'autre^ ca que l'un des deux ferait si l'autre se noyait devant lui? Le doute, aa pareil cas, eslt plus outrageant pour celle qili }'a conçu que pour celie à qui on l'adresse. ~^Tél me parles si souvent de dévotion depuis quelque temps^ qua je crois qua m aa réeUamaat coBjuriS avec le boa ange pour me rendre un saint. Ta vas en juger par ma profession de foi; que tu m'as déjà demandée deux jbis, et que je n'ai jamais eu le temps de te fdre^ parce

que toutes ces discussions, immenses à faire^ difficiles à rés^jQ^^i:» a'apprennept, après tout, qu'un gros rien, l4 To^i veut être de bomie foi. Un ancien ^lilosophe, interrogé par un roi sur resseiice de la divinité, demanda du temps ppury répondre. Le délai expiré, il en demanda un autre. Enfin y pressé dé s'expliquer^ 3imoiiide dit à Hléron : a Plus j'examine cette matière

^ et pln^ je la trouva aurdessus de mou întelligence...» Je crois que Simonide a bien dit. «—Veux-tu de grands ^t de be^M^ m^BÏ Raciae te dira eu parlant de Dieu ;

Et Toilà m) admirable vers, mais une mauvaise définition. A'eux-tu quelque chose de plus grand et de ff^oim Ydgf^e? lis cette inscriptioii que Hutarque dit

BMifMf Dis rvfmsms.

avoir été gravée sur le temple de Sais : « Je suis tout n qui a été^ c4 q»i est^ et ce qui sera ; et nul d'w^ n IdÊ mortds n'a encore levé mon yoUe... ;i Eu effet, on ne peut faire un aveu plus sublime d'une invincible ifpofmce. Je t'enteads bîeo d'ici, toi qui marches pas à ^as, et ne crois point snr parole. Il fandrait, disHta, sans doute, prouver qu'il y a un Dieu, avant d'expliqi|^ ee que c'est que Dieu. Peutrétre l'un n'est-^il guère • plus frdle que l'autre; car te démontrer r^dstence de Dieu, en faisant attention à la nature de l'être infiniment pariait et à ses attributSi c'est^^à-^dire par une démonstration &ecte, par des raisoniieinens tirés de la nature même du sujet, c'est supposer l'idée de rinfioi, qui est inconcevable -, c'est m^re en fait qui est en question, et ces sortes de preuves sont tout au moins insuffisantes. — Démontrer rexistence de Dieu par celle du monde et de l'univers, c'j^trà^dif e indireçtemrat, c'est une tâche bien difficile; car les lois simples qui dérivent de la forme imprimée à la matière néc^itent M^n un premier mou vendent ; jce premier mouvement sera^t-il Dieu? Il &ut çonvepir qne cette première cause est très-inconnue, trèsobscure, et par conséquent de nulle application, nulle utilité dans les choses humaines* Vous ne connaissons point de cause f^éncrale, si Ton entend ce que l'im doit rigoureusement enteadfQ fiHf ce« V^çi^, à savoir, me loi qui i observe dans tom h$ phéno^ mènes. La cosmologie, ou la science du monde ou de TuaivepTS, en tant qu'un être composé, est jusqu'ici, une science trop bornée, trop dépourvue de &its et de principes, pour embrasser la nature sons un seul point

4e yue. (Qe mot àfi native dema^deia^Lt 4is^(^

92 WTtmS ÉGMTKS

tion.) Eh ! que valent les démonstrations tirées des lois générales de l'univers, aussi long«temps qu'elles seront si incomplètement connues? Cependant les preuves sensibles valent cent fois mieux en ce genre que les discussions métaphysiques, où tout est sujet à dispute^ où Ton s'abîme sans s'entendre j et si, ce que je ne crois pas, l'existence de Dieu est un jour irrécusablement prouvée, ce sera sans doute par les phénomènes généraux. Les expliquerons-nous jamais? J'ose dire que non. Nous ne connaissons, nous ne connaîtrons que des phénomènes particuliers.

Si l'on ne sait pas évidemment qu'il j a un Dieu, juge des elGforts de ceux qui prétendent conodtre sa nature. Les anciens supposaient la matière éternelle, parce qu'il est évident que, puisque quelque chose existe, quelque chose a toujours existé. La matière et la forme, principes simples et généraux de toutes les choses, composaient, selon eux, certaines natures simples qu'ils nommaient élémenSy des différentes combinaisons desquelles toutes les choses naturelles étaient formées. De là à faire de la nature, du grand Tout, Dieu, il n'y a pas loin assurément ; et c'est, à mon avis, ce qui est au moins aussi raisonnable que le reste.

L'argument du consentement unanime des nations^ en faveur de l'existence d'un iMeu dont on parle tant, ne prouve rien, mais rien du tout^ car ce consentement unanime n'est pas prouvé, et c'est une question de feit parfaitement insoluble. 2^ Il faut peser et non pas compter les suffrages dans une matière qui exige tous les efforts de l'esprit humain. £hl qui le pourra jamais? 3° On sait comment la superstition s'est introduite chez la plupart des hommes ; et il est plus qu'é-

DU DOlfJON DE yiNCBlfNES. 98

vident et unanimement convenu que tous les cultes sont de &brication humaine; car toutes les . Dations

n'exceptent que leur croyance particulière.

Mais enfin que penses-tu? me dira peut-être Sophie. T.a-t-il un Dieu? n'y en a^t-il pas? Se méle-t-il des affaires de ce monde? ne s'en mêle-t-il pas? Ici je te répondrai naïvement ce que je t'ai répondu et ce que je te répondrai bien souvent : Je /iVi sais rien : ce sont quatre grands mots; crois-moi. Je n'en sais rien^ et peu m'importe^ parce que je suis assuré qu'il m'est impossible d'en savoir plus que je n'en sais, et que ma bonne foi^ mes sentimens^ mes intentions, ne sauraient déplaire à Tétre infiniment juste, s'il en est un. Je ne sais ni s'il existe^ ni comment il existe ; mais je sais que le bien moral, utile, et même nécessaire à Thorame, indispensable à l'organisation et au maintien de la société^ est oblig[atoire pour tout être raisonnable, et mèine.i^ sez fréquemment inspiré à tout être sensible par son institutiouj dont il faut bien se garder de négUger les inspirations. Je sais que, s'il est un Dieu, l'homme juste et bon lui sera agréable. Je sais que, s'il n'en est pas, l'faonune juste et bon sera souvent le plus heureux et le moins agité, et qu'alors même qu'il, sera persécuté et malheureux, le témoignage de sa conscience adoucira ses maux^ que des remords envenimeraient, comme

Ml

méchans. Je sais que j'en serai mieux avec moi-même, et plus aimé de mon amante, quand j'aurai été vertnenz : cela me suffit pour idolâtrer la vertu^ et ces sentimens droits et simples, ces opinions estimables et salutaires, ne peuvent jamais faire de mal ni à . moi ni aux autres;.,.. Ne va pas croire que cette Icmgue mo-

fdé soit une fflitieiine de ton gros ritaeli Non^ il est plus gai ; mais je te la deyans une fdisj et sârement je n'y reviendrai de ma vie^ que je ne radote j car j'àî tout dit.

Pousse le Marville relativement à ta fille ; il faut démêler cette fusée. Non-seulement tu ne dois pas paraître eonsentir à perdre ta fille de Tue ; mais madamè de Ruffei est très-capable de te tendre ce piége^ pour conélure de la tranquillité que tu en sais des nouvelles par idHevrs^ et que^ par conséquent^ ta corresponds j oda serait très-dangereux. •

• Te voilà encore à radoter^ et cela m'impàliente^ H; dfe Marville il'aunitt très»*cBrùmemént pas nsê

donner im ordre par écrit à Tabbesse pour que tu n'éetivisses point à M. Lenoir^ qui n'amrait pas souffert cet insolent conflit de juridiction ; et ta inèeby si elfe eût été assez folle pour demander cette défense aux gens en pkee, en eût été bafouée. U est très-^ possible que Lenoir autorise^ pour certains sujets gangrenés et mcurables^ les directrices ou directeurs des maisons de force à soustraire leurs lettres^ qui éoraseraiedt iaûd'» lement ses préposés ; encore je ne crois point à cette autorisation : mais il n'est pas croyable qu'on mette à U «eiieî de qui que ce soit, mémed'tîne mère^ une femme de ton espèce, majeure et mariée.

W /a raûon.o il faiidrait qu'il en eut pour «y mettré^ . ce Hougemont; mais je t'ai d^à dit qu'il ne peut rkn eontre moi, et qu'il me ménage beaucoup. C'était trèsdiSéreni la première annëey où je foisais la bete# Jus^ qu'à ce que le bon ange me connût, eet hoihme poussa la barbarie avec moi jusqu'à me laisser quinze jours stt» CQcre^ plumes^ papter cl Uvres^ quoique M» Lenoir

lia eût fait doiiDer par BrianchoQ (moi témoin) Fo^drê de me lésêer éesite tant que je tonûtsisi Les huit pre-« ^ iniers de ces quinze jours je crachai le sang, et ne pris exactement que du lait. J'avais la fièvre^ des hémorrki^ j^eê dotft ttt Sàk bien Itt eatftô, et l'oil né mé proposâ pas même le chirurg;ien-major. Mais je le dis et te répète que; grâce à notre ang^e tutelaire^ je suis aussi bien (fae je piiiê l'éti-e ioi.

Souviens-toi que je n'entends à aucune composition pour ton sommeil. Je M yeux pas^ sous quelque pré^ texte que ce soit^ què tù tmvailles la nnii. En tdtit té^ po^e-ioi, je t*en supplie, et songe que tu n'auras psà toujours vingt ans.

Sûrement le silence de M. Boucher ealomnié ta fille. Elle a de l'esprit plus que les quarante académiciens de Paris, qui, disait Piron, en ont Gomne quatre; dlé sait déjà tèuies teë langtiès^ et a beatlconp de lalénft^ méSà èlle a la malice ou la modestie de les cacher. Patience i tu juges bien que Fonteiliaa va me dire trèd esatte*^ Ment fti elle me fesiiemble.

Je ne sais pas ce que diable tu me rabâches avec teà bandes; quelquefois le bon ange me les envoie, et je les garde sans scrupule pour les baiser; d'autres fois, comme ces deux dernières, il ne me les envoie pas^ et je m'en console. En général jé sais combien les bandes et toutes leurs propriétés intéressent le beau sexe ; pour moi, je n'en suis guère que tourmenté... Adieu, belle amie; il &llait bien que je finisse par des polissonneries cette lettre où je t'ai âiit denx sermons : ma f^ravite m'eût étouffé. Je ânis plus tôt que je ne comptais, parbe que Dupont man estomac ioa'ont arriàré^ hinà. en nie pnmut imei beure^ celai-U, qui i^ett |m|9

Ig/S LETTRES ÉCEITES

eu très -bon ordre^ grâce aux pêches et aux melons, en me rendant impossible, par les chaleurs qu'il fait, d'écrire la première heure après mou diner. Il faut d'ailleurs que j'écrive encore un mot au bon ange, quoique je lui aie écrit une longue lettre ce matin, et je veux que ceci parte demain de bon matin, afin que notre bou ami ait le temps de le lire et de l'expédier mardi, le tout pour t'annoncer mon rituel, que tu baiseras comme une relique, entends-tu ? Une diable de brune, qui n'est ni ne sera ma maîtresse, me l'a tait emprunter, et je n'ai pu refuser. Le bon ange prétend qu'il recormatt là ma galanterie pour le beau sexe y ainsi, pour ma consolation, je suis persiflé.

Adieu, mon cher et tendre amour. Ne me copie plus des lettres dans les tiennes ; envoie-moi celles de Dupont seulement, et ordonne-lui de montrer tout au bon ange cl à Gabriel 5 et ne vole plus ton époux, ton tendre époux, qui t'adore de toutes les forces de son âme, et ne conndt de bonheur que dans l'amour, ses projets, ses espérances, ses dons, ses faveurs, sa fidélité, ^ constance.

GjkBRIEL..

LETTRE G

A LA MÊME

9 septemlire 1779.

Oui, en vérité, tu Tentends bien, et voilà une beOe complaisance qui me vaut un supplément de deux pages et demie bien petites, bien courtes, écrites biea

ou DONJON DE VINCENNES. 97

large... Eh ! à quoi un supplément^ je te prie? H y a dix-ûeuf jours que je n'ai eu de lettres de toi -, c'est donc une lettre qu'il me fiillait^ et non un aupplément* Et ce M. Tange^ que tu prétends que nous occupons^ nous lâ donne belle^ de substituer des billets à des lettres^ en vérité il n'y a dans tout ceci que nous d'at» trapés^ et tu comptes fort mal. Ce n'était pas la peine de me faire attendre quatorze jours^ du 25 août au 7 septembre^ un petit billet assez doux^ mais qui né vaut rien du tout pour un amant affamé. Je le croîs bie% que tu es contente, toi qui venais de recevoir une longue lettre de Gabriel; c'est alors que les cadres étaient un supplément; mais moi, je prends ta lettre pour rien du tout ^ elle me donne la soif de Tantale^ et voilà tout ce que jy gag^ne. Si ce monsieur avait tant de plaisir à relire nos lettres, il nous en ferait écrire davantage^ mais c'est de Feau bénite de cour dont il f asperge ; et tu deviens^ ce me semble^ Êtcile à endormir.

Au lieu de te gronder de ce qui n'est point ta iaute^ je vais te transcrire une belle missive de Dupont, qui devient tous les jours plus ridicule et plus girouette; mais^ conune cette lettre entraîne une explication importante, et pourrait amener une rupture entre lui et moi, à laquelle je ne me refuserai ni ne me prêterai, je te renvoie, ainsi que ma réponse. « 3 septembre. Mon }) premier soin^ en arrivant ici (il est chez lui), mon » cher comte, et avant de faire aucune démarche au » Bignon, est de vous écrire au sujet de notre dernière j» conversation.

» Je vous aurais écrit dès lundi passé, si mon travail VI, 7

n oi'eàt entraîné de manière que je n'ai pas eu le^

» temps de dormir depuis que je vous ai vu, jusqu'à » juo^ départ, et n'ai pu partir que. mercredi à on^ » heures du soir.

D J'ai trouvé, dans ce que vous m'avez dit, des demi-' » projets de guerre nouvelle avec voire père> qui pe, » cadrent ni avec le repentir dont j'ai cru vous voir n pénétré, ni avec les dispositions que je veux recon*. » naître dans un homme que mon cœur aime par in- D stinct, mais que ma raison ni mon caractère ne me » permettraient pas d'aimer davantage, si je ne croyais » pas pouvoir et devoir l'estimer.

)3 Non, mon cher comte j si vous vous Imaginiez que » vous eussiez pu expier, par quelques peines et qi^el- » ques malheurs que ce soit, le délit de l'ouvrage oontre }) votre père, sur lequel vous avez craint l'autre jour 9 de me laisser jeter les yeux^ je ne pourrais pas vous I» en estimer.

» Une telle guerre de plume, et par la voie de l'im- » pression, me parait au moins ( il avait écrit beaucoup » plusy et l'a effacé) aussi atroce que celle qivon peut » £dre Tépée à la nouàin. J'en serais, à la place de votre » père, beaucoup plus irrémissiblement <tffensé qu'il M ne me l'a paru lorsque je lui parlai de vous il y a six D OU sept semaines i et je n'ai rien trouvé de plus res- >} pectable que les dispositions à l'indulp^ence que j'ai >^ vujBS alors dans son cœur. Mais comment me hasar-

derai-je à cultiver ces dispositions, dont j'espère votr^i » résurrection physiqtie et morale, si je peux douter » que votre cœur soit vraiment et complètement » dans le ças de les mériter? Il ne dépendrait pas de

DU DONJON DE ViNCRNNES. ^^Y

^ 11101 d'dimer ^ ^fe .M'vijc capable voloMÎTOi )» MetteK^^YOUs dans la tète que vous n'arez ailteii

}} mo^en de recouvrer Texistenoe civile .^ccompQgaéa n de quelque honneur, ei de reconquérir ^eHimedes » cœars honnêies^ qu'en ayaul un repoudlr couatam» j» ment prpuvé par les faiu. ' «

» Si nos àimsamhes étaient lualbeureuisas, oela maaàà » triste, mon ami ; il faudrait les recommewcer, en Va-»< » rier la forme, persévérer au fond, mais persévérer à ^ £^nouic. C'est pour mus aujourd'hui^ et joaqu'a la a raort^ vis-à-vis d'un père tellement outragé, la seule 3^ attitude coQvenable, la seule décente qui puisse voua n procurer la pitié^ l'estime et le zàle d'amia propre» a à vous servir.

» Je connais beaucoup mieu^ que vou^ le Inondey a et les affiiirea, et les honuaas^ oro/eR mt. la parole » de- l'amitié que l'entreprise de forcer la main a votre }} père est absurde^ qu elle n'aurait aucuu 3uccà:»> qpe a lea demi-ifsivelirs que vpua pourries attendre mèa neraient qu'à vous compromettre. ' . » Même à torts égaux, le public et les gens ^n place a i^jfit tjpujQiii^, pouF lea pères eojatre les enfims, et ila »ont raison; maïs étes-vous dans le cas des tcnrts a égaijix (oh non! j'en ferais bien iaoh^)? et pourrie^^ a vous &ire, dana la vu« d'obcemr votre liberté malgté » votre père, aucune démarohe qui ne renfemi&t^ ne » supposât et n'exigeât de^ discours et des émta xpâ a aggraveraient vos torts? Té.

a Si vous aviez le malheur de réussir, vous ne sor- Jti tiriez qu'avili, odieux aux âmes nobles et tendres, a odieui; i vous-même, Il ne iaut; pas sbtrer dans la | a 9P0QdQ pour y ehercher le m^ris -, ee if'eat pas ftt

n aliment pour Totre cœor. J'aime mieux la prison; et » s'il ne me reste que cette alternative, je me renferme M et je meurs*

» Je crois que votre choix serait le mien ; mais je » suppose à notre place un scélérat qui ne voudrait » que la Hbeciéper/às et ne/as, et pour qui la honte » des moyens ne serait rien. Eh bien ! il serait trompé » dans ses vues, il aurait la honte et n'aurait pas la » liberté*

» Ce que je vous dis là est de simple observation » philosophique ^ mais crojez, mon cher comte, que » la raison est toujours d'accord avec la conscience. Il » n'est presque pas nécessaire de philosopher, il faut )) sentir. Sentesi donc, vous saurez sûrement quel est le Il râle d'tm fils qui diffame son père, un p&re estimé.

)) Vous n'auriez pas renoncé à ce rôle, si vous n'a- » viez pas renoncé à tout moyen apparent ou réel, » iHusoire ou possible lafe hajbrceria main.

)) Il ne faut point se lasser de solliciter son indul- » gence, et de suivre toutes les voies qui peuvent » vous y conduire. Je vous y sei*virai avec un zèle que Drien ne pourra rebuter; mais je n'aurai point ce M zâe, et je ne pourrai vous servir à rien, si je n'ai pas p l'assurance la plus inviolablement saorée que, même D en cas de malheur, vous ne vous permettrez jamais ji rien de contraire au profond repentir que je vous » aurai supposé, que j'aurai attesté, dont je me serai » rendu garant.

I) Ck)nmient oserais-je médire etm'avouer l'ami d'un » homme, duquel je saurai qu'il ne tient qu'à une cir- » constance de plus ou de moins, au malheur d'une » position plus fâcheuse en soi qu'injuste, pour lui

BÙ JOOlTJOlr DE TIlIGEmBS. lOt

» faire faire une guerre itérative et mortelle à sou » vieux père ?

j) Vous Tôyez que votre réponse m'imporie. Je Fat-* » tends, et jusqu'à elle je me tiens coi.

» Il n'y a point de dureté dans cette lettre^ mais la » vérité et la fermeté que je vous dois^ et que je me » dois. Vous direz que j'ai plus de cette juste fermeté » loin de vous que de près : j'en conviens. £n présence, » votre clôture m'apitoie^ les guichets sont une pré* » lace attendrissante; mais, rentré dans mon cabinet^ » il faut revenir avec courage à la raison et à la justice.

» Taî reçu une lettre de votre amie, dont je ne sois )j pas content. Je fais de mon mieux pour vous servir, » mes très-beaux enfans, et crois mériter d'être seul I» juge de la manière. D'ailleurs je n'ai point de temps » à perdre en manifestes. Je suis écrasé de devoirs. » Prenez courage, et que votre courage soit terme, » patient, doux et tendre. Adieu, et aimez-moi. »

Je crois que personne ne disconviendra que cette lettre soit captieuse et malhonnête. Je n'y trouve aucun symptôme de bienveillance et d*amitié. Je n'y vois qu'un homme qui veut retirer son enjeu, et qui ne voudrait pas le dire^ qui est tiède, et même pusilla* nime, injuste, et, ce qui est pis, de mauvaise foi, et qui n'ose rien être de tout cela, masque levé; mais qui voudrait me conduire à lui mettre le marché à la main par des phrases dures, qu'il ne me sait pas naturellement d'humeur à souffrir. J'ai réfléchi, et j'ai cru qu'il était convenable et sage de lui parler avec toute la franchise, mais aussi avec toute la modération possible : 1^ pour le mettre évidernujent dans son tort en cas de rupture^ pour conserver tous mes avantages, et

WQ MfnSBS ÈCMXtËS

j'en ai eu infiniment depuis le commencement jusqu'à la ân de notre correspondance -, 3^ pour ne paa tnau-^ ^èr de reconnaissanoe^ légère à la vérité^ ^'^^ à ses dehors d'amitié^ qui n'ont rien produit^ mais qui {iefiTeiit avoir été sincàres. £n conséquence je réponds ;

Votre lettre était en Térîté, mon cher Dupont^ tout nau moins fort inutil.9^ car je m'étais ei^pliqué très- A nettement avec vonsf mab si c'est> conune oda en â » tout l'air, une audience de congé que vous me » donnez^ je vous sfyprouve ; car il faut être franc » dans ce monde^ et vous allez voir que je le suis au-^ » tant que je me pique de Têtre.

» Votre lettre roule sur deu& points. Le premier est n rémotion que vous a faite ma conversation dernière; » le second est la demande que vous me faites de ma » parole inviolable et sacrée que^ même, en cas de » malheur, je ne me permettrai jamais rien de con" D traire au profond repentir que vous m 'avez supposé» » Ces épithètes, inviolable et sacrée, sont oiseuses et j» redondantes ; car je ne connais point d'autres enga* » gemens que ceux-là^ et je ne voudrais pas que vous » arrondissez vos phrases aux dépens de l'estime que » vous devcK à im ami, et même tout simplement à N un homme, à la parole de qui vous vous fiez^ puis* D que vous la demandez. Quoi qu'il en soit^ voici ce » que je réponds :

I) L'émotiou que vous fit ma conversation dernière « ne vous est venue que de m'avoir mal compris. » P^ous a^ez cru voir, pour me servir de vos propres >i expressions^ dans ce que je vous ai dit, des demi'* )) projet» d» guerre nomette avec mon père, qui ne i) cadr ent ni avec le ifepentir dont vous avez cru me

DU DONJON DE VlNCENNES. lo3

I» ifoitpénélféy ni avec les dispositions qué vousvoùr^

» lez connaître dans un homme^ etc.^ etc.^ que vous » vous proposez de servir. Je n'eus jamais^ depuis ma » détention; et je n'ai point ces projets. JTai écrit contre ïi mon père un pamphlet nulleracnt atroce^ comme il » vous plaît de le nommer, et ^ui ne contient que des » yérités^ vérités dures qu'il est mal à moi d'avoir w diteS; et que je me repens d'avoir voulu publier^ car D elles ne Font point été; mais ce n'est pas ma faute^ v ainsi je n'en suis pas moins coupable. Je ne vous » refusai point cet écrit l'autre jour, et je ne vous D l'aurais pas refusé, si vous me l'eussiez demandé^ » quoiqu'il me parut peu convenable de le laisser lire » même à vous. Je vous dis seulement que je ne poun vais pas vous remettre ce volume relié, qui est le )» recueil de mes premiers et très-médiocres essais, i) parce que l' anecdote^ etc., que j'en voulais arracher » s'y trouvait. Vous auriez dû, ce me semble, trouver » honnête et naturel ce sentiment et cette sincérité. >> Quel que soit mon repentir à cet égard, et il est très- » réel, je ne conviendrai pas d'avoir commis un parri- » cide. Une guerre, Vépée à la main, contre son peré, » est un parricide, c'est-à-dire un forfait qui n'est pas » sans exemple, mais qui fait hérisser les cheveux, et n gémir d'être homme. Cependant vous osez dire » qu'une guerre de plume est au moins aussi atroce j» que le serait la guerre d'épée. £n vérité, mon ami, j» les déclamations vagues peuvent égarer bien loiiï, )) même les bons esprits, et vous rougirez de celle-ci » quand vou3 y réfléchirez; mais ce n'est point 14 ce â que l'ai voulu vous dire. A cette époque tristô ët » douloureuse, où j'ai écrit contre mgn père, vous bu-

Io4 LETTRES ÉCRITES

» vez ce qui me fit prendre la plume. Je «os que j'étais D accusé par mon père d'un crime abominable, d'avoir

» souillé son lit... A cette idée^ mon sang se glace et ji ma main s'arrête... On me demandait vengeance; on » la demandait dans le délire de la colère et de la dou- » leur. Ce sentiment contagieux s'empara de moi. J en criyis, j'écrivis amèrement, mais sans toucher au » cruel motif de mon emportement^ et sans me nom- » mer. Peut-être aurais-je paru bien plus excusable aux » yeux du public, si j'eusse fait un manifeste complet )) et avoué. Une voix secrète m'arrêta, et j'en loue et ren merde maconscience. J'écrivis en vingt-q[uatre heures » le mémoire pour ma mère , qui est infiniment plus )i fort que le pampliet, et le pamphlet qui n'est g^uère » qu'une satire httéraire. J'aurais pu employer des N crayons beaucoup plus vigoureux, surtout travaillant » de premier mouvement... J'ai toujours aimé mon » père; et ce sentiment involontaire^ que je haïssais » alors, m'a toujours retenu.

» Je crois, et je dis^ parce que je le crois, que l'ac- » tion d'avoir écrit coutre mou père est impossible à » justifier en bonne morale, mais qu'elle peut s'excuser » par les circonstances. Vous aurez beau dire et ba- » tailler contre votre propre pensée, j'ai été indigiie- 1» ment vexé, calomnié, persécuté. J'ai la conscience » de ce que j'ai souf fert. En vérité, je ne dirai pas que » je n'ai point expié cette fiaiute, parce que je ne le crois )) point ; mais (je ne sais pas comment sont les autres j» hommes) l'expiation ne détruit point en moi le re- » pentir. J'ai &it à vingt ans une très-grande faute j>* contre la morale. Tout le monde l'ignore ; car je fus j) plus heureux que je ne méritais de l'être, et l'offensé

J>U BOirJON DB VlNCEJflŒS. io5

» est mort. Certaineraent beaucoup de malheurs m'ont » purifié^ depuis^ du délit de m'étre J>attu ajant tort^ et D le sachant. Eh bien ! cette fiiute me bourrelé encore. N Ce n'est pas au milieu d'un repentir que j'avoue^ » que je me donnerai matière à de nouveaux repentirs; » c'est un trop triste oreiller : ainsi je n'écrirai pas » contre mon père, c'est-à-dire je n'adresserai point » au public des manifestes oiTensans contre lui. Mais i> veuz-jem'interdire la défense légitime de moi-même? » Cette question rentre dans le second point de votre » lettre^ et la réponse n'est point douteuse.

M Nouyje ne le veux pas* La défense de soi^ de sa a réputation, de son honneur, le recouvrement de sa » libei té, de ses droits civils et sociaux^ sont le premier » devoir de tout être sensible^ et il est coupable^ s'il » ne remplit pas ce devoir. Je vous le dis avec quel- » que douleur, mon ami ; vous avez pris dans les gran- » desaâaires^ etdansles méprisables cours daNord(ce8 » deux derniers mots sont oiseux), une teinture du des- ^ potisme ministériel qui opprime ce mondesublunaire^ » et qui a fort perverti vos principes^ et ce sentiment )) intérieur qui plaide chez tous les hommes en faveur de » la liberté 3 vous n'avez jamais voulu entamer ce sujet w avec moi^ parce que vous sentez fort bien que vous y) ne seriez et ne pourriez qu'être battu ^ et aussi parce » que vous êtes trop honnête homme pour soutenir » sérieusement une thèse réprouvée par votre con- » science. Vous aimez mieux éluder les difhcultés, et » vous jeter dans de belles déclamations morales qui » ne prouvent absolument rien^ &ute de base et d'ap- » plicatiou. Quelquefois plus adroit^ vous substituez le

ko6 unass écaitmt

h eentiment aux raisons^ et vous m'attendrissez. Mais ji mesymx retombent bientôt sur mes chaînes^ et des jt ohatnes^ indignent tout cœur honnête, tonte &me ïi élevée. 0 mon aipi 1 ne faites pas nombre parmi ces p «idayes sophktes qui ont deux poids et deui^ mesu- » rcs, qui mettent tous les devoirs d'un côté et tous les iî droits de l'autre, qui trafiquent de la morale, de la Il justice^ de la liberté de l'espèce humaine... Voua n'i^ » gnorez pas qu'on est souvent et très-souvent coupable » d'obéir ^ que le plus grand des attentats que l'homme » puisse commettre envers lui-même, c'est de déférer 1) à des ordres, à un gouvernement qui, lui otant 9 l'exercice de sa volonté, de son opinion, de sa con- » science, peut mettre i chaque instant le crime au » nombre de ses devoirs. Vous savez cela, et vous ap- II prouvez et, défendez celui qui naturellement y dé- >i fàre, mais qui les invoque! O vous qui traitez un M écrit^ même modéré, quoique répréhensible, de ^ crime airocej et qui l'assimilez à un parricide^ penn sezi^yous qu'un malheureux esclave, qui est hors de » la société^ hors de la puissance des lois qui la régis- M sent et qui ont été impuissantes pour lui^ tient de la n nature et de la justice ie droit de tout faire, je dis Il toutf sans exception^ pour rompre ses chaînes? pen- II sea$-yous qu'un despote quelconque, un geôlier et un » marchand d'esclaves sont trois êtres dévoués au pol- M gnard de celui qu'ils tiennent dans les fers, s'il a le » moindre espoir de les briser à ce prix?.. . Voilà de la » chaleur, mon ami ; mais ce ne sont pas des décla- •n mations, c'est de la raison et de la vérité philosophie n quement et rigoureusement démonnr^es. Vous le

» savez aussi bien que moi, et vous m'afflige» de tou* n jours l'oublier vis-à-vis de mol, parée que vous tôt n faites suspecter votre bonne foi.

)) Quel est le résultat de tout ceci ? Il n'est point m amphibologique. Je vous ai promis^ et je vous pro* >i mets d'honneur de ne pas faire une seule démarche » tendant à ma liberté, que vous ne l'approuviez et ne » la dictiez, jusqu'à ce que vous m'ayez dit : Je renoncé » à l'obtenir. Je promets cek^ dis-je^ sous la condition )} que vous vous engàgerez à votre tour à ne pas me » tromper^ car enfin, si vous espériez cent ans, moi » je ne veux pas être cent ans ici. Si vous échouez sanï » retour, je ne promets point de ne pas lenler d'au-^ A très voies, et je me croirais coupable de le promet^ » tre. Je ne me servirai jamais^, je le jnre, que de )) moj^ens légaux et légitimés par toutes les lois divines D et humaines ; je ne renoncerai point à me sauver d'un » despotisme quelconque^ paternel ou autres car ils )} sont tous deux au moins également odieux.

n Voilà, mon ami, un engagement non équivoque ■>) que j'avais pris verbalement avec vous, et que j e signe » volontiers. Je le contracte de sang-froîd t ilestfer- » mement arrêté dans mon âme, soit que vous m'aban* » donniez à mon sort^ soit que vous continuiez â me » servir j et je me crois sur qua mon dernier jour je ne » me repentirai pas de l'avoir formé. Après ceci, H » est assez inutile de discuter le reste de votre lettre; » de vous demander si l'agresseur ne doit pas slmpu- ')> ter les suites de l'agression; si un homme doit avoir ^ » quelque droit personnel d'attenter sur la liberté d'uli ^ » autre homme; s'il a le droit de refuser le pardon » avant de s'être assuré^ par un examen sincère^ sll

loS ' LETTRES ÉCRITES

» n'est paff complice des dâits qai l'ont offensé ; si » roiifensé peut être juge de l'offenseur ^ si un honnête » homme^ même impartial, peut ne pas s'abstenir dans » sa propre cause^ à moins qu'il ne prononce que pour }i se condamner lui-même... Je vous demande pardon^ » mon ami; mais avant que de &ire de belles phrases « et des exclamations attendrissantes^ il faudrait ré- » pondre pied à pied à ceci et à bien d'autres chon ses... Hélas I tels sont les trop fréquens exemples qui » semblent légitimer la tyrannie des lettres de cachet, >) qui accréditent cet arbitraire odieux c[ue des citoyens I) tels que vous, estimés et estimables, et qui même » ne manquent pas de patriotisme, ne rougissent pas ït d'invoquer ou d'approuver, au mépris des lois, de la » magbtrature et du droit des gens.... Ohommes! ne » serez-vous donc jamais las d'appeler la tyrannie par )i vos maximes inconsidérées, ou votre fol enthou- » siasme, ou vos lâches flatteries, ou votre stupide » crédulité? Ces préjugés funestes, celte pusillanime » docilité, cet égoïsme aride, ces complaisances vénar- » les qui infectent toutes les classes de la société, en- )> hardissent les puissans que l'opinion publique, dirigée i> vers le bien, effiraierait, retiendrait, entraînerait, in- » struirait peut-être. Vous vous vendez vous-même j D vous souffrez en attendant la catastrophe, et vous I» souffrirez encore lors du terrible dénoûment... Mais^ » mon ami, je prêche un converti. Vous savez mieux » que le secret est la véritable égide de la tyrannie que » c'est au milieu des ténèbres dont elle ^enveloppe j» qu'elle aiguise son glaive et rive nos chaînes; quin- » voquer des ordres illégaux, des jugemens arbitraires, nif des punitions secrètes, c'est outi ager lanature, la jus-

BU DONJON DE VINCENNES. lÔ^

» ticCy les lois et la nation. Tout cela change-t-il quand » il est question d'un jGIs? Je vous laisse le soin de ré- » pondre à cette question ; mais je parierais ma vie que » vous jie ferez jamais enfermer aucun de vos enfans.

» Je ûnis cette lettre^ déjà très-longue ; mais il me » fiiot encore vous dire un mot. Je crois, je pourrais » jiicmc dire^ je crains, que votre amitié et vos pré- » ventions ne vous exagèrent le crédit de mon père et » la difiCbulté de lui forcer la main. Hélas ! mon ami^ )> la réputation et l'estime qu'il avait acquises sont fort » chancelantes. Je le dis en gémissant^ parce que j'en » Bvàs trop sûr^ et de trop de côtés^ pour en dontert » C'était ma propriété, c'était mon bien que cette ré- » putation. Poiu-quoi désirerais-je de le perdre i Je ne » puis le recouvrer complètement qu'en rentrant en » grâce auprès de lui; mais, en vérité, je crois qu'il » se ferait honneur à lui- même. 11 n'est pas vrai » que les gens en place soient toujours pour les pèrûs )) contre leurs enfans ; ils savent trop bien qu'il est de » mauvais pères. £t^ si ce que vous dites était réel^ » que serait devenu^ pour vous citer un exemple ré- » cent et terrible, cet infortuné de Poillj, qui, traîné » par une lettre de cachet dons une ignominieuse pri- » son^ pour le dédder à entrer dans le cloître^ où là i> barbare prédilection de sa mère pour son aîné vou- D lait l'ensevelir; forcée par une autre lettre de cachet, » de prononcer les voôux pour sortir de son cachot ; » frappé d'une nouvelle lettre de cachet, lorsqu'il veut D réclamer contre cette violence; délivré^ après dixn neuf ans de captivité, par le ministre^ . qui avoue w enfin avoir été trompé ; enfermé de nouveau lois-

IXQ LETTRES ÉCRITES

Y» qu'il redemande son bien> et délivré encore avec Vb^

» veu d'une surprise faite à rautoriic j balloué ainsi » pendant irente-sept années de persécutions, vient en- » fin de revoir la lumière et la société^ après avoir été, H les deux tiers de sa vie, la victime de ses parens et ^ 4es ordres arbitraires?.. • Cet ei^emple et beaucoup r d'autres prouvent que si le {^gouvernement veut re- ^.tejair le cordon, il veut aus^i savoir comment on >r renoue* £t certes, s'il était permis aux ministres de se » jouer ainsi de la liberté des hommes, et de se justi- >) Her eu confessant leur erreur ^ si des précautiqns bar- II bare^, prbés sur des io£ormations si légi^es e( si Un^

» tives, étaient un ressort nécessaire à radministration, M il nou^ faudrait vivre continuellement suspendus en- ^ tre le désespoir et la mort. JËn ùn mot, je suis mal? M heureusement de cette classe d'hommes que le crédit )i gouverne absolument; mais le crédit est variable^ et » je ne 9ni9 ni de nature ni d'espèce à être oublié..

» Je puis avoir dispose trcs-légcrement de ma vie » aj^trefiâs ^ mais je vous demande pardoyo^ mon a^i it elle n'est plus à moi : je ne dirai plus ; me rm-^ 1) ferme et je meurs. Sur, à niou prenaier. pas dans j» monde, de faire baisser la tête, plus par ma «our A duite que par mes regards, à quiconque aurait psé .» j^e prépare]^ du mépris, j'ai mis dans ma tête dç ttjreçouvcer ma liberté^ de la recouvrer surtput ei9 .» conquérant le cœur de mon père, et dans la vue

4/<'|dcucir sa vieiUesse, de la rendre heureuse pa^ ji^atteadfissantr^entir de-m'Avoir méçonnu. S'il mç » ferme à jamais ses bras et son cœur (ce que je ne j) 5;roir4ji paj^ légèr^fQeiH)^ je ^wirai^ mai$ jç iji'<;»U7

» Ipltiem p<wi je les dois à d'uutres^ ânxqiieb les » Sens êAoréê de rbooneiir et de la reconmûismM

w m'unissent*

y Au reste^ mon çhdr luni^ vous metitc» im peu trop » légfànemeBt en &it ce qui est en question ^ en assa^ » rantqae je n'ai qu'un moyen de recofiquérir r^Siimo » des cœurs fionnéie^MhudriitfomcdA quejereiufls »> perdne, et en vérité cela ne m'est pas prouvé, U mé )) ïcst au contraire que des gens estimables et res- M.pectables me témoi^ent^ outre de Fi^iiéret fit dfti » l'amitie/ une estime très-Katteuse. Vous qui parl^,! M. je doute qu'au fond de votre âmQ yoM m'en re£u- ^ siez; ou plutôt^ si j'en doutais^ ne me àkm pas » ce que je suis ei serai toute ma vie^ votre sincère: » ami. — J'avoue que vous me paraissez diâicilç eu< 0 stylei puisque les manifystes de mon iimi^ vous mt D nuient. Je lui recommanderai de ne pas vous sor^ » pharg^er. J'attends une réponse décisive a ceue let*-- D tre^ 4Itti est mon dernier mo^ »

. Yoilâ^ ma cbàre amie^ ma lettre^ ou 3 y a peut-être beaucoup de iautes de style, parce qu'elle. est écrite, fi^tà Ja l)àte et copiée de mém^^ qfi0,p n'^i pair le temps de relire ^ mais qui est bien ni^blement et {or** tement pensée. Je me croijs siîr que tu l'apprpuvera&p car, au bput^ il fa^ finir^ et ne pas pajer les choaeei plus qu'elles ne valent^ Je ne romprai pas le premier> mais je ne me laisserai ni/déâer ni voxer* . ' ' J'ai maintenant assez envie de laisser sans, tépoùati ton billet, car sa brièveté me choque la vue. Cepeéff i dant il iaut que je te parle de ^.iUi^^. L'idée de la j ftire inociftler par Fontëlliau m'est venue avant loL JM | bon ange Fa aduptcc^ et a aiitcwrisé sa.vi«ie i la Saris; |

ÎÏ2 LETTRES ÉCRITES

car il faut bien examiner un sujet avant qae de le son-

mettre à cette opération. La petite est très-bien portante^ d'une constitution trèsrsaine^ de la plus belle CBinadon possible^ et assez vigoureuse ; mais sans cet excès qui est plus dangereux que désirable. Elle sortait d'un dévoiement venu à la suite de ce que la nourrice appelle petite-vérole volante^ et qui n'est qu'une ébullition^ germe, ou symptôme de germe de dents, £lle n'en a que seize ; les alvéoles sont gonflées, et elle va en faire ; c'était une raison sans réplique pour suspendre l'inoculation. C'en est une aussi pour ne pas pens^ à la tirer de chez sa nourrice^ qu'elle tète encore^ ce qui me fait et me fera grand plaisir jusqu'à l'inoculation inclusivement, fontelliau la reverra en octobre; mab nous voulons que la dentition soit sinon parfaitement finie, du moins absolument suspendue^ avant que d'aller en avant. Je te dirai maintenant ce que tu cherches des yeux; demeure long-temps : ta fille est très-jolie, donc elle ne me ressemble pas; aussi ne me ressemble-t-elle pas plus qu'au grand marnamouchi. Mîtis en revanche^ connais-tu ce mauvais' petit morceau d'ivoire que j'ai tant baisé^ et que je baise encore? eh bien! ce petit morceau d;ivoire est en très-laid le portrait de ta fille, ce qui ne m'étonne points parce que cette image frisée ne te ressemble aussi qu'en laid. Bref^ la ressemblance est firappante^^ dit Fontelliau, et si frappante, qu'entre mille enfans il- £eût reconnue. Mais comme je suis à peu près son père^ die a d'autres rapports avec moi; et les voici : elle est turbulente, méchante et bruyante coruine dix légions de diables, tape des pieds, crie^ tempête, je ^ çrds même qu'elle jure. . boit du vin^ et en boit si

OIT DONJON BB ViNCENffES. Il3

bien que FoutelUau a été obligé de lui ôter son gobelet^ qu'elle avait à moitié vidé ; dit sans cesse : Je veux, fe veux y je veux... panpan^ pan,,. Ne voilà-t-il pas une riche Jang^ue ? £lle y ajoute popa^ maman; embrasse fort familièrement les hommes; appelait Fontelliau son papa de pays; le battait lui et la petite Thérèse^ s'il caressait la petite Thérèse^ etc.^ etc.^ etc. Ne voilà-t-il pas un charmant sujet?' Somme toate^ elle est espiègle, maligne, vive comme une salamandre^ mais bonne . enjfant^ donnant tout d'elle-même^ mais aussi prenant ce qui lui convient^ même des brioches grosses comme elle; c'est la loi de la nature. £lle s'est laissé très-paisiblement examiner sa petite mâchoire et son joli petit corps, qui estblanc comme la neige, et ou il n'j a pas un bouton. Sa taille est trèsdroite et bien prise ; ses sourcils et ses cils noirs, ceuxci fortlon|o;s; une foret de cheveux châtain foncé qui seront bientôt noirs; de forts jolis traits, puisque ce sont les tiens^ et plus réguliers ^ mais des jeux qui ne sont ni les tiens ni les miens ; car s'ik ne sont pas petits, ils sont encore moins grands. C'est assez béte à elle, fontelliau trouve que c'est une charmante en- &nt^ et je le crois bien^ puisque c'est ta fille; mais jusqu'ici, ne t'en déplaise, ma paternité est assez mal prouvée... Ah! Sophie^ pardonne-lui de te ressembler : mes vœux sont comblés, et elle me sera bien chère. Eh ! comment le plus tendre amant eût-il été un mauvais peintre ?

Je crois, tout comme toi, que ce serait fort bien faiit de nous mettre ea même cachot, et peut être quelque jour le proposeras-tu à madame de Rijffei. Peu • Yi. 8

Il4 LETTRES ÉCRITES

BÊ^y; C3K>]9-tu qu'elle y tope? elle ferait fort bien, car

nôus lui laisserions après tripoter tout ce qu'elle voudrait... Mais les péchés... ? les péchés ! nous ne ferions guère <jae réaliser ceux de notre imagination ; ainsi il njr aurait pas grande différence; s'il y en a, elle serait à l'avantage de notre salut, car maintenant nous dërirons de toutes nos forces d'en commettre, et si nous étions ensemble, nous aviserions aux moyens d'éteindre un peu ces déôrs criminels. Pour moi, si . Ton veut me donner cette compagne de captivité^ je consens à ne demander de ma vie ma liberté. Te senstu le même courage ?

Finakmentyjînalement tu es la fille de monsieur ton très-cher père, puiscjue finalement tu veux ce que tu yeux. BÂais je crois que tu me demandes ce que tu as maintenant : or il est des offrandes que je ne puis pas doubler aisément, du moins loin de toi... Ah! dims tes bras la piété ne s'use jamais, et les sacrifices se succèdent sans qu'on ait l'envie ou le temps de les compter. .. Mais n'est-ce pas ton bréviaire que tu deoiandes.^ £h bien t demande-le à ton ange, si tu ne l'as pas; car il Ta lu • et tu peux le remercier^ car sans lui il ne serait pas si orné et si beau. Pour tes mystères, je te les laisse fidre volontiers ; jamais tu ne te cachas de Gabriel que pour augmenter son bonheur et ses plaisirs, en les aiguisant du charme de la surprise. Mais s'il est question de Gabrielle-Sophîe, comme le dessin de M. Lenoir me le fait présumer, j'aimerais mieux un portrait, du moins en pastel, qu'un dessin, qui rend difficilement Pexpression et la vie de Pâme, je veux dire la physionomie. Mademoiselle Diot ne

DU DONJON D£ VINCENNES. tl9

peînt-dle point mi pastel ou en tninidtnref E3lè M

ion bonne dessinatrice^ et je crois qa'elle sait mieux que dessiner.

Bfadame de Remignj a g^mvë ttop d'MeaitoliM dtfns sa mémoire j pour que la mienne jr tienne une grande place. Si elle est insolente^ elle trompe mon opidioii particulière sur elle^ mats non pas mon Ofrinion gfënérale sur les femmes à mauvaises mœurs^ qui croient totijonn que l'austérité de lettre discouid et de léoA jugemens plâtre lenr conduite; cé ^ n'est '^tA ^ue pour les sots.

Certainement ta feras très^bten de né rien hasarder du côté du Bignon. De tout temps le msSstitt de la maii. son a été un très-grand i>>quisi te ur^ et son ûls cadet n'est rien moins que circonspect et prudent par uatiM^. Cependant, s'il écrit honnêtement) et qu'il doikiie ilH avis important^ il faut Taccueillir comme il le méritera^ Ta mère t'a donc envoyé mie lévitique? £h bien I ma Sophie, je te nomme ma grande-prêtresde. Ta stds A quel dieu, dans quel temple je sacrifie; et je crois que tu devineras quelle victime... Oh I quand pourra^^t-dlê tomber sons le couteau bràlant et sacré qni cdnstUM à la fois et le prêtre, et Tidole^ et l'autel?

Je dédre pltfs que je ne l'espère, que ta tirets qdetqnè parti du voja(j;e de M. le conseiller d'état. Tu es aisé-, ment la dupe de son jargon ; mais tu ne le seras plus, du moins sur les choses essentidles, et le rsste s'ttRf angéra. Mais je serais fâché que tu Oubliasses FexpKcation que tu te proposais d'avoir sur ses perfides instructions, et aussi sur la ridiculité avec laquelle on t'accorde^ comme une grâce, ton droit indisputable d'écrire wjls, gens en place. Je te prie aussi de tirer au clair

Il6 LETTRES ÉCRITES

l'histoire de la Doûajr* Certainement il y a du dessein à

ce silence, et il serait dangereux de ne pas éventer ce dessein.

Le départ de madame de Sainte-Sophie n'est rien

moins que sûr ^ mais ma fille nous donne du temps. Je doute fort qne Ton nous fasse à tous deux tant de plaisir que de la mettre entre nos mains. Madame de Ruffei hurlera, et l'emportera. Il faut même éviter à M« Lenoir des importunités à cet égard, pour peu que le bon ange te dise que cela n'est pas faisable. Nous la placerons, d'ailleurs, le mieux que nous pourrons. L'inoculation se fera incognUo ; mais on la saura assez tôt pour la payer.

Adieu, tendre amante. Ixidépendamment du cerli-^ fical de santé que me dorme Dupont^ tout chez moi se porte à merveille^ excepté mes yeux, qui périssent et si bien et si vite, que je ne prends plus la peine de les ménager; car à quoi bon? Quoique je me trouve aujourd'hui déjà beaucoup trop généreux envers toi, c'est ^Wo/zce que je te prodigue tous les tendres baisers que tu comptes bien prendre quelque jour, et moi donner quelque jour ailleurs que dans mes lettres. GeUe-ci serait plus longue, si je n'avais pas voulu t'enyoyer le très4>eau dithyrambe aux mânes de Voltaire, qui vient de remporter le prix de l'Académie française. Û m'a tué mon temps et mes yeux, et ma lettre....

Mais en mérites-tu davantage? Non, et ce n'est que pour faire pénitence que je t'embrasse.

Dis donc au bon ange qu'il est un fripon.

Gabriel.

m DONJON DE VIirCENNBS. llj

A LA MÊME

II septembre 1779'

Mon amie^ je ne puis être bien reconnaissant de tes intentions^ mais jé' ne puis a^usn que te gtonder, et sérieusement, de Fétourderie majeure que tu as faite, et que j'apprends à l'instant. Voici ce que Dupont m'écrit sur ce Sjujet, après m'aYoir donné des nonVelles assez bonnes, et qui m'ont attendri sur mon père, qui a parlé de moi avec sensibilité et dignité : cr U se croit d'autant plus obligé, dit Dupont^ de de^ » menrer neutre entre madame de Mirabean et vous, )) qu'il est instruit, par une incroyable imprudence de » Sophie, de toutes ses relations avec vous. Je ne ta » gronderai point, mon ami, elle prend mal mès re*- » mon trances, fruits de mon zèle et de mon attache- » ment pour elle et pour vous. Mais grondez^la vous- )} même un peu sérieusement; c'est une lU^erté qu'un » grand attachement autorise, et voilà pourquoi je ne » mfen faisais pas £aute avec vous. Imaginez-vous que )» cette pauvre et charmante folle, active oommé le » feu, mais imprudente comme la grêle, s'est avisée » d'écrire à votre frère, qui est à Montargis^ et de lui » demander à le voir. Il a pris un chevàl de poste, s'est M rendu à Gien, a vu un médecin qu'elle lui indiquait, » et qui l'a bit eqtrer chez elle déguisé èa la^piais> aur

148 IiSTTRKS éCHITK» ^

» tant que son gros ventre comporte le déguisement. n ÎÀ, die lui a parlé^ avec le plus grand pathétique^ » et la plus profonde inatilité et le plus effroyable }i danger, des lettres que vous écrivez, de celles que » TOUS avez reçues, de tous les détails qui vous re* » gardent, et dont il est clair qu'elle n'a pu être in-

struite que par vous. Je tremblais qu elle n'eût parlé » de moi, et, pendant le récit de cette équipée, j'étais » sur le gril. Maïs il paraît que j'ai eu le bonheur d'être M excepté de ses indiscrétions. Votre iirère lui a dit qu'il irtiû pouvail lien, que voua plaindre* Us sq sont «éi-

parés, et il est revenu riaiit aux éclats, et faisant de Mi grandes plftisanteria^ sur cette aventure de roman.

C'est uù garçon qui ne manque point d'esprit, mais w chez qui le physique a détruit le moral, et qui est }) l'être le moins romanesque qu'il y ait au monde. Il Dr est d'ailleurs, par sa position, l'homme qui a le plus

grand intérêt que vous restiez où vous êtes ; mais la Ht pcudenca de Taimable Serbie est toujours de se jeter » à k^uenle du loup^Jf. votre père a^ait envie d'en « écrire à M. de Nivernois et à M» de Mauyepas, pour » demaiidec.qiiW nui fin à: des communications qui » •élaieHicCMftlre la règle, et qui pouvaient vous écarter » d'i^ retour sincère à y os devoirs, et vous mettre par » «conséquent dans le cas de prolonger voue détention. » Je lui ei représenté que cela ne mènerait à rien ; que yé si vûua^aviez été fav^orisé par quelque intriguç i|ul>xtoheriie^rdesi ordres supérieur» n'empêcheraient pas

que la ohose ne continuât, et ne feraient qu'ajouter » aux animosités, de sorte que, dans cette singulière » positionj.la seule chose à faire, pour un homme aussi >» sage (]ue lui, était de feindre d'ignorer entièrement

j» et ce qiu:4u»t arrivé à ion fib cadet^ 6i les «|Oxr€B-

}i pond an ces qu'il paraissait qu'on avait permises à «on » aîné. Je l'ai ramené à ceue opinion, et ice n'esi ft^s » un point de peu d'iaportanoe pour Sophie^ poor » yous^ et même pour les petits désagtémens qui eu»- » «ent pu en résulter pour M. .Lenoîr et M; Bouolier» » A ce dernier égard, je suis tranquille^ parce que je aEÛs M. Lenoir aussi coiuplètement autorisé qu'il puisse l'être. Mais tu as joué i pair ou non notre earrespoa*dance^ parce que eertainement M« de Maurepas^ sur la plainte de mon pere^ eût pris de riiumeur^ et leùt défendue. . t ;

Ce n'est pas tout. Comment a»«ttt pu voir le ohavalier sans mon aveu ? De deux choses l'une : il pouvait me servir^ ou il ne le pouvait pas. S'il le pouvait^ c'était bien le moins de sav^nr si je voùlais lui avoir cette obUg^ation, comment je voulais la lui avoir, si je ne craindrais pas qu'elle le brouillât avec mon fè^Qp et que je ne me visie la cause d'un nouveau trouble dans ma mille. S'il ne pouvait pas me servir, et que tu l'aies cru, •tap étourderie n'a pas de nom« C'est au point qiie.j^ ne puis me persuader la vérité de la t^tion. du ohe*^ valier, qui est fausse en un point, puisque c'est lui qui te fait soUiciter de lui donner un moyen de t'écrire* Mais comment l'as-tn vu? dans quelle circonstance? pour irriter ta mère, embarrasser le ministre, et nous reculer tous deux? Cela est inconcevable ^ et le bon ange, qui, avec raison, est mécontent^ ne l'est pas autant que moi. Je te prie de songer que ce doit être un inviolable secret que celui de notre correspondance^ autant par reconnaissance et respect pour Tadministratioii que pour notre intérêt. M. Boucher se repent

I30 LBTT&ES ÉCRITES

presque de m'avoir permis d'entrer en matière avec toi sur mes affiûres personnelles. 11 est dur de faire repen-* tir un ami de s'être laisse vaincre par Tamitié.

Dupont m'ajoute en P. 5. qu'il ne t'écrira point encore^ parce qu'il a trouvé dans ta dernière des tournures désobGg;eantes et des imprudences, qu'il n'a mé^ ritées sous aucun aspect^ dit-il. Il est dans nos moeurs^ 'ajoute-t*il> et dans mes principes, d'êue toujours de la plus grande honnêteté et d'une galanterie respectueuse avec les dames. Il ne faui leur écrire que lorsque l'on est content ou calme. Au reste, dit-il encore, ces petites et légitimes humeurs ne changent rien ni à son zèle, ni à son estime.

Ceci n'est rien, mais le reste est beaucoup : expliquele-moi sur-le-champ, et nettement, je t'en prie. Je te supplie encore de ne plus rien écrire ni faire sans nous consulter. Adiéu, ma tendre amie. Ton activité me touche 3 j'idolâtre ta tendresse 5 mais la tête est plus folle encore que la mienne. Voici un supplément bien grave à ma lettre d'avant-hier ; mais sache en revanche que nos affaires vont bieû. Je te dirais bien encore que ton Gabriel t'adore^ mais ce n'est pas une nouvelle.

Gabaiël.

BU DONJOM DE VINC£N2f£S. ISl

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