VI
Digitizea by GoOglc
pas que Dupont ne soit un iiomme très-honnête et trèsadroit ; ce n'est pas non plus qu'il ne reconnaisse dm M. Boucher ces deux qualités-là; mais sa manie est de mettre de la politique à tout, pour s'exagérer sa propre importance; et, comme il regarde M. Lenoir comme son irréconciliable ennemi, il veut se méfier de tout ce qui a sa confiance. Tout ce manège et ces folles préventioiis déplaisent à ma véracité et à mon âme pénétrée de reconnaissance. En général, mon âme, qui, si j'ose le dire, est sensible et délicate, s'indigne des obstacles injustes qu'on m'oppose, des motifs malhonnêtes qu'on a quelquefois l'air de me croire, des rivaux qu'on me donne, de quelques-unes des récompenses que l'on promet, même de certains éloges qu'on m'adresse, et enfin de tout ce qui semble marquer qu'on n'a pas de moi l'estime que je crois mériter. L'ingénuité est encore dans cette âme calonmiée par des gens qui ne sont pas faits pour l'apprécier. Mon cœur se montre tel qu'il est, parce qu'il n'y a rien en lui qui m'oblige à le cacher. Il se peint sur mes lèvres, dans mes yeux, dans mes expressions ; et, quand on est ainsi, on s'offense, on s'afflige du moins, de ne pas voir tout entier celui de ses amis : Dupont, qui n'a pas la même énergie de sensibilité que moi, et à qui les affaires ont donné une enveloppe qui altère son caractère naturel, ne sait pas traiter avec moi ; mais il est bon diable et moi aussi, et nos différends ne seront jamais longs ni fort sérieux. . -^'^^
Il n'en est pas de même, ma belle datne, de celui que je vais avoir avec toi. Tu sais que, dans aucun temps, tout dérangé que je suis, je n'ai voulu qu'on fil des dettes 5 et je trouve on ne saurait plus mauvais que,
ou D£ VINCEJEINES. 355
tandb que m fiaâf la plBtitë iiii|attrée> et ériês Uvp, trop, ^uand je t'envoie quelques sous^ tu empruntes à d'au«^ tres^ Gela ponrndt aTtnr de» saites sâriettfieâ tki£mé. 'Quelqu'une de ces religieuses n'aurait qu'à être !n« quiète^ écrire à ta mère^ celle-ci croirait que tu fais je ne W8 quel emploi de ton argent ; c&t teê cher» parent
sont un peu comme mon père, ils comptent bien ce qu'on dépense, mais non pas ce qu'ils donnent. Je te prie doncy mon cbèr àmoar^ de tue dire' tr^MiaSv^
ment à quoi montent tes dettes et tes besoins. M. Bondier^ qui cmint avec raison de mal vendre la montre dans un pays oàf on tegofge de fetebtftmt^ slie charge ue Le le demander^ afin d'arranger en conséquence mes pauvres finances* Je le prie de partager entre toi et mon copiste^ auquel en&r il fiititdes à-compies^ ce qui me reste, et de t'envoyer deux louis tout de suite, ^près quoi, comme ià^me faudra quelque petite chose ^oflst^ et qu'on ne peut pas pousser l'épéedans les ràtis à un libraire qui n'a encore rien vendu, nous parta-* gérons le prix de la montre^ quel qu'il soit. Je lui dis, ee qui est titè^^viai^ que tu ia hait, à cause de celui qui te l'a donnée ; que je ne suis pas^ moi, dans le cas de la porter, parce qu'elle a été à toi^ et peut être reconnue^ et qu'afosi âous s'y anrona nul rcfgret. lé ne crois p
qu'il te convienne, maintenant que notre pauvre petite est morte> de travailler autrement que pour ton pM*^ sir* ( A ce propos^ fidsHnot une botme toilt eu eotej
comme la dernière que tu m'as envoyée, cl que j*ai tant baisée. Fontelliau la trouve charmante^ et je n'ai pa$ . pu ni vofdu la hti donner^ parce qu'il y a de teê ebè^ veux ; mais je lui ai promis que tu aurais la complaisance de lui m &ire nue autre. ) Demaudonmoi donc
tout luâTement oe qn^fl te fim ; il seriiait im pea dur qne
je n'eusse pas la préférence sur tes béguines; €t situ crois moins me gêner^ tu te trompes fort: car^ outre rinqoiétnde^ si j'étais accoutunié à te Toir ayoaeravec ingénuité tes besoins^ j'écouterais les miens^ ce que je ne ùk, ni ne ferai^tant ^e tn tergiverseras cow ta Êûs, folle que tu es! ♦ '4
Quant à ton grand projet, je ne te dirai encore rien de décisif, chère amie à tendre 1 parceqneK Boor' cher, qui a souvent des bouffées d'ouvrage étouffantes, ne s'en est pas encore expliqué avec moi ; parce qu'à la tournure que prennent^mes affiôres, j'aieinie de voir venir. Si elles s'accélèrent, c'est de tous les inçiden^ le plus &vorable pour les liennoBrr Sabord parce qu^ilfeM que Ton filâsse avec les Honmer poor moi, ce qui entraine la discussion de tes miétèts; eusuite parce que tu ne doutes pas plus qaè moi qae^ quand les Valdhaon seront forcés de ci oh e à ma résorrection, ilsnes'arrangent.£nconséquence>i]isinueqDd* que chose dé ton projet à ta mère> sans fouviir tomà-fait, ce qui sera il imprudent, et par rapport à elle, et | relativement à la poste ^ mais dis-lui que, comme tout édat fâcheux, tout souvenir triste est inutile à léreit- 1er, tu penches à un accommodement, Restitution de ta dot, quittance des intérêts passés, et que l'on. ^ compte avec toi; 2<» renonciation à tous tes diMy mpyennant. 1200 liv. de pension et ta garde-robe (on l^acdDrderà paç cette condition, et je crois que ta tfen peux départir); 3** suppression absolue de la procé^ dure 4^ engagement de ta part à rester au couvent durant la vie de M. de Mcmnier, sous la conditioa (ie liberté entière à ton veuvage. Voilà ce que tu doisde-
DU DÛi^JON DE VINCENNES. JOJ
mander^ en montrait à mots couverts que tu n'as pas ^i^i pear^ et que tu te battras irïl faut. Puisque ta mère
- s'est bien conduite dans cette occasion^ c'est^ plus que jàinaîs, le cas de lui inontrer dé la tendresse et de là confiance : charge-la donc de cette négociation, et priela de s'en charger ; il me semble que cela est assez d'accord avec ses intentions. Le moment de négocier est venu, puisque le grand obstacle n'csl plus ; mais qu'elle n'en charge pas son maladiroit et malhonnête tatillon-
f'ê neur Marviile. Tu es majeure^ oa ne peut t'engager sans
li;!"! ton aveu 5 ainsi celle maïque de déférence ne t'expose à rien. Voilà, ma bien-aimée^ mon avis -, je le soumets à
é M. Poucher^dontrespiit estcondliateur^sageetrompn
ft aux affaires.
gf Le dernier trait du Alarville est de la fausseté toute ^ naturelleà lui^ et dans une circonstance ou ii avait trop
Li5i de tort pour dire la vérité. Cela ne vaut pas la peine
0 que l'on s'en fache^ et certes^ si l'on voulait heurter toutes les pierres que l'on trouve sur son chemin dans
ce bas monde ^ on se ferait mal, et on perdrait du temps^ \i car le chemin est raboteux.
^ H y a une histoire récente plus tragique que celle de ljf la comtesse d'Harcourt. Je n'en sais pas encore tous les détails. C'est une fille de condition devenue enceinte^ b - et qui avait concerté sa fuite avec son amant. Le jour ^ même où elle était résolue, l'oncle de la demoiselle y appelle eu duel le jeune fou^ qui n'a pas la force de rei; &ser, du moins pour cette journée : il a joint à la âu- ^ blesse d'accepter le rendez-vous celle de l'avouer à sa
1 maîtresse. Leurs projets n'en subsistent pas moins les ^ mêmes, et l'heure est prise à onze heures et demie du \ soir, sur le Pont-Royal, où la demoiselle devait se
rendre en fajfBsmne, et le j^ne homme en carrosse. U a la démence de dire à catta iofoitunée s à (xm heures sonnantes^ je ne suis point arrivé, c'est que je fierai mort ; elle perd a«saa& la tête pour le croire^ ar-* rive à onse heures, attend la demie dans les plus af» fr^uges angoU^es^ et se précipite par-dessus le parapet; lorsqu'elle sonne ; le jeune insensé asrÎTe un ioatant après,.., et il ne l'a pas suÎTiel
Mon ; amie, c'est moi qui t'ai donné ton enthousiasmé pour Rousseau^ et je ne m'en repens pes. Ce
ne sont point ses grands laleiis que j'envierais à cet homme e^Ltraordinaire, mais sa yertu> qui fut la source de son éloquence et l'âme de ses ouvrages. Jel'ai coq* nu, et je connais plusieurs personnes qui Font pratiqué* U.&i^ toujours le mâme^ plein de droitorej de franchise et de simplicité, sans aucune espèce de &ie, ai de double intentjipii^ ni d'art, pour cadrer ses dé- £mts^ ou monirer des vertus. On doit pç^donneripeat-^ être, à ceux qui l'ont décrié, de l'avoir ipai connu; tout le monde n'était pas fait pour concevoir la sublimité de cette flme, et l'on n'est bien jugé que par seii pairs. Quoi qu'on pense ou qu'on dise de lui pendant un siècle encore (c'est l'espace et le terme que Tenrie laisse à ses détracteurs), il ne fut jamais peut-^treun homme aussi vertueux, puisqu'il le fut avec la persuasion qu'on ne croyait pas à la siuciérité de ses écrits et de ses actions. U le fut malgré la nature, la fortune et les hommes, qui l'ont accablé de souffrances, de revers, de cabmnies, de chagrins et de persécutions^ il le iiit avec la plus vive sensibilité pour l'injustice et les pei-» ues3 il le fut enfin malgré des faiblesses que j'ignore, mais qu'il a, dit-on, révélées dans les mànoires de
sa vie. U arracha mille fois plus à ses passions qu'elles v!ùui pa lai déidMr. Decié p«iit*âlre de. Fâme incoK^ ruptibie et vertueuse d'un épicurien, il conserva dans ses mœurs la ri^ilé du stoickme. Quelque abus qu'on puisse âûre de ses propres confessions, elles prouvèroni toujours la bonne foi à'm homme qui parla comme il pensait; écrivit comme il parlait, vécut comme il écrivait ^ et mourut tel qu'il avait vécu.
Adieu, ma chère et unique amante! adieu, le bonheur et la vie de mon àme^î ^ooeia ferai pai» attendre des nouvelles bonnes ou déciflives, quand j'en aurai; tu peux m'en croire.. Je t'adore, et je croif? que cette passion si éprouvée^ si justifiée»^ si Jégitiiaei paut dér* fier le sort.
Réponds honnêtement à Dupont ce que tu voudras. Je t'adresse mon premier volume de Bocçacey et les sujets d'estampes; tu me ïenverras le tout; je n'ai que celte copie, et mon mforme brouillon; mon homme est trop occupé pour Hm, im^ une, et celle*^ là ne te reviendri^t-^e pas ë.vec tout moi ?
36o LETTRES ÉCRITES