A MA SOPHIE
Il est arrivé le moment d une séparation éternelle, ô ma tendre Sophie I les illusioxis de ramour nous ont long-temps abusés; mais la nature ne. perd pas 'ses droits. Le poison lent de la douleur a consumé ton ami : il va mourir... 0 trop infortunée moitié de moimême ! qui t'adoucira ce coup terrible, plus cruel cent fois que celui qui m'atteindra dans peu d'heures peutêtre? car enfin, je te quitte^ et c'est une douleur bien amère; mms die finira avec ma vie* Ce ccsnr^ où tu règnes encore, ne palpitera plus, ni pour le chagrin ni pour l'amour^ et toi^ tu resteras pour pleurer longtemps ton Gabriel... Ah! Sophie, que je te plains! je suis bien moins malheureux que toi^ puisque je n'étais pas destiné à te surrirre.
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Mais crois-tu être quitte envers moi? non, Sophie^ non : ellor existe, cette chère enâtnt que me donna (on amour ^ elle vit pour t adoucir nia perte, pour t'en dédommager autant que tu peux Fètre. ËUe n'a plos.qae toi ; toi seule es sa mère, toi seule es son père; m hi dois Tamour de nos deux cœurs> Ah ! ma Sophie, que de devoiiB te restent a remplir I et que de consolatioos tu recueilleras en t'en acquittant !
Chère Sophie ! o ma Jbien-aimée l l'élue de iiK^jl^flp;! garde4oi bien d'outrager l'amour el la natm par le crime du désespoir. Souvent, dans les délires passionnés de ta tendressfa^ tu as juré de ne pas me siirTim.M ÉtaiMn mère dlm, 6 mon amante? Non, tnnerétais pas ; et si tu le croyais obligée aujourd'hui par ce méraire et coupable serment ^ tu serais aussi pusillanime amante que mère dénaturée.
Oui, ma Sophie adorée^ je lègue à ma fille tous ceux de mes droits dont elle peut hériter : je loi l^e tons tes soins, toute ta tendresse; et si je me méfiais du ppurage de mon aipante^ et de,^ condescendance pQi^ mes ardentes et dernières prières, je mourraia éém' péré d'avoir donné le jour à un enfant pour qui je ne puis rien^ et d'avoir ainsi, par une seu^ luite^ immolé là mère et (a fiUe à mon June^te amour. Ô Sophie! èff^ phie! voudrais-tu qu'une passion et 4 t^dre, et si pure^ et ^si fidèle^, fut^ à mon dçrnier soupiri mie soNuriop de repentirs cruels et de remords dévorans ? Yis, o mon amante ! donne-moi cette preijve de tendresse: vis pour serrer dans tes bras ma fiUè^pour lui parler de0onper^> pour lui dire combien il t^a aimée, combien il l'aimait, combien il l'aurait aimée.*^,. Ah\ si d^l^^jf; ^^tk terre où je vais rentrer je pou^ i:oji^p: cfmMl^r
DU DONJON DE VINCENNES. 3gg
celle célestC; cette âme sensible et tout aimante dont tu concentras les forces et l'énergie, j'espérerais un jour réunir dans mon sein ^on amante et mon enfant. . . Je ne sais, ô ma Sophie ! je ne sais : j'ai peine à croire qu'aussi long- temps qu'il existera quelque parcelle de mon être, mon amour ne vive pas. Soit illusion, soit réalité, l'âme de Gabriel et celle de Sophie, leur incomparable tendresse, me semblent indestructibles. Cette idée est consolante; elle nous promet un témoin qui juge nos cœurs, qui sait si nous méritâmes des traitemens si barbares; qui, plus indulgent que les hommes, pardonnera à nos faiblesses, et purifiera des sentimens qui ne blessent pas la vertu... Oh ! si, dans un séjour d'éternelle félicité, à l'abri des fanatiques, des calomniateurs et des tyrans, nous devions à jamais nous réunir pour nous aimer encore et tadorer! Dieu! Dieu puissant ! rends-moi mon amante : pardonne-moi, pour prix de ses vertus. Ah ! si j'ai nié ta providence, c'était pour n'être pas tenté de te croire complice des méchans ! tu sais si j'étais de bonne foi : ta faible créature n'a pu t'offenser. Pourrais- tu t'irriter contre elle, et la punir de la faiblesse de son entendement? Jette, jette du moins un regard de clémence sur celle que mon erreur a séduite : éclaire-la, protcge-la, donnelui la force de résister au sentiment de ma perte, de découvrir la vérité, de la montrer à ma tille, et de mériter d'être un objet de ta miséricorde
Hélas ! ma Sophie, cette lettre est bien longue pour le moment où il te faudra la hre. Qu'ajouierais-je de plus.^ irais-je énerver ton âme, quand je te conjure de le roidir contre l'inforlune ?.... Je me méfie de mon propre attendrissement, et je finis.... pour jamais je
400 LETTRES ÉCSUTES
finis. Ah I pense sans cesse que celui qui mouna eu prononçant ton nom^ qui te chérit du plus tendro et du plus fidèle amour^ qui ne manqua^ dans aucun moment de sa yiery pas même en idéé^'auz sentimens qa'il t'avait jnrés^ exige de ta tendresse^ et; s^ ose le dire^ de ta reconnaissance^ que tu vives pour ta filie^ qui est la mienne.
GÀBBIBL.
Fm. conjnré M. Boncher d'obtenir de H. Lenoir h permission de te remettre tous ceux de me$ papiers que j'ai jugé à propos de conserver, et ceux de mes livres que lui^ M. Boucher, ne voudra pas. Tu donneras ton portrait^ ce portrait jonché de mes baisers et couvert de meslarmes^ et mes bagues, à ta fille. Tu porteras le cceur que j'avais reçu de toi, et qui n'a plus quitte mon cœur. Tu feras mettre sur ma boîte un méddllonqai contienne ton portrait et le mien; tu obtiendras de M. Boucher de Faccepter. N'oublie jamais ce que nous devons à notre bienfaiteur et à l'organe de ses bieoÊuts. C'est encore une dette qui nons est commune^ et que toi seule pourras t'eâbrcer d'acquitter. Tâche de te réunir à ma mère^ i iona tendre mèrè^ et de lui rendre les soins que j'aurais voulu lui donner. Je lui ai rappelé ce qu'elle avait daigné me promettre pour ma fiUe^ et j'ai tenté tous les moyens de lui assurer les secon» • qu'elle ne peut plus espérer de moi. Tu ne publieras i jamais l'ouvrage sur les Lettres de cachet et les Pri- ! sons d*Étaty sans la permission de H. Lénoir. Je le loi ai promis, en le suppliant de te faire remettre ce manuscrit recopié de ma main. L'unique motif de cette demande a été- de te procurer cette comiolatîon^ d'avoir
ou DONJON DE VINCBNNES.
M tmt'ce qui reste de moi. Il j est entré si peu d^anumr
ste^: propre, que j'ai brûlé mes Mémoires, qui contenaient mxi une apologie trop forte de ma conduite^ et tout ce qui intt n'était qu'ouvrage purement littéraire^ si ce n'est TVo>eL bul/e, que tu aimes trop pour t'en priver, traduit et écrit de ma main. J'ai conservé nne partie de l'iustoire de nos amours, parce que tu l'as désirée; Fou-" vrage sur les lettres de cachet, etc.^ parce que je le croîs utile 5 qadqués morceaux et pensées détachées^ l£ ou tu glaneras quelques idées pour ma BUe j eoBn tous ]fr les fragmens ou ébauches que je t'ai successivement li envoyés, parce que tu aimeras mieus les conserver de mon écriture que de la tienne. Tout le reste a été livré 'I aux flammes. Tu me pardonneras ce sacrifice, que plus B d'ime raison exigeait de moi.
g A MA HÉRE.
f Ha chère et tendre maman, je l'avais bien prévu ; je
{ finis ma carrière, sans avoir pu ni vous consoler, ni I vous servir, ni compenser les chagrin^ que mes £sLutes vous ont causés, et vous en demander le pardon que I votre indulg;ente bonté ne m'a jamais refusé. Je ne sais, 1 en traçant ce dernier monument de mou amour filial et [ de mon profond respect, si nia lettre vous parviendra t jamais ; mais, jusqu'au dernier instant, j'espère tout du I digne magistrat qui m'a comblé de bienfaits. I Tous arroserez de larmes ces tristes adieux, ô la meilleure des mères ! Mais, hélas ! elles ne pourront plus m'être utiles. Tels furent les pleurs qu'au fond de VI. î*6
4oa LETTRES ÉcaiTsa *
ce caohot je yet^ chacpie j<flir ea postai à Tosmal* heuj^g* Pleurs etériled et csfraels, qui abattaient moa cœur^ el ne ie^soulageaieutpas 1 0 mamau ! souvent- YOfis, quelquefois de Votre audheareux filS) qni.Vûift^
chérit de toutes les forces de son âme ; mais que ce souvenir n'e9ipûisgQne.pA9 votre.vie^ déj4 trqp remplie d'amertumè» YoUlesHTOus; ma tendre aiaman, sAovm Vôtre douleiur et diminuer vos regrets j rapprochez dcv von» pe ^ili reste de moi».«. Ahl vous ii'oabliec«|i9t sans dôbte que vous avez daigné me prometti^ pour mpu t}niant> sOus de si cruels auspices^ n^^^li^g}^ tendre amour» cet enflait de Sophie^ qûB Jona îàrr* gnâtes appeler votre fille, en désirant seulement qu^dfei fut ma sceiu. Hélas ! dans quelque lieu qu'e^^^^i^i^ elle mérite l'intérêt des âmes homnètes et s&MeâfM^ | vous avez vu de trop près sa candeur, ses vertus^ son I courage^ ses sacrifices^ ses malheurs, pour ne pa& compatir à son infortune, ourdie de mes mains. Mais son enfant, est animé de votre sang, de votre vie : sa iille est la vôtre. Maman, ne l'oubliez jamab.
Peut'^-être, hélas! au moment où j'implore vos le- CQurs poiurun.aHlfe mçH-m^me, g^pissez-vous encore soi^^i^odieuse ^^^anmejfjui a ^eaytoisonné. la moitii^. vos jours mais il viendra, celui de la justice^ Puisse ma mort dessiller les yeux de votre persécuteur, et pas porter trop croeUement dan^ son âoiQ le flambeaii | du rempi mais l'exciier à réparer ses toi ta envers' ( vous ! Qu'il me soit permis du moins, au momeat pù je n'espère plus rien pour moi, de me flatter qiieyoïis ne serez pas toujours opprimée.
J'ose vous demander, ma tshère m^iman, de vous £atire rendre compte par Raspaiid, moii notaire i
eu Provence^ boouae àQni j€ vpus g^aotis le zèle ei la m pnoittié^ de voiiB faîpei vendre Qdmpievdi»*jia9 de ^eL* Mit qnes dettes d'honneur^ d'autant plo9 sacrée» que ja-^* i^i mais on ne les réclamera ea justice^ gt que mon père
ne les paierait surem^t.pad.Bana y èlre contraint* Jé
ùf!i me flaLle que vous ue laisserez pas sur ma mémoire ii,É une tache dont je n'ai pu me laver^ etdont je .suis pour-* ffL tant innoc<snt$ car devlôs-je compter sur ma cruelie m destinée?
il • Adieu, ma biea.42hère et respectable maman; adieit vi pour toujours : mt» derniers yosuf, mes dernières lar-^ iji mes sont pour vous et pour Sophie. Hélas ! elle ne peut ni plus m'entendre, mais elle ne, vous en assurera pas moins que j'ai Téou et que je montrai areo les senti*' mens de la plus profonde vénération et de la plus vive f tendresse pour ma mère^ dont je lui ^ ;dâiaftndié «eut £attr4'èirej-;s» elle sur^wi^lo swtien> la consolatrice^ ,1 la tendre et obéissante fille. ., - i
. HottORé-!GAB]»R.^I^ÈTY7
n ; . .. , . . . Cipmte de MRÀBEÀU fils, ( ■ . . .