‹ Lettres a SophieChapitre 5 sur 31 · LETTRE CUL · texte numérisé non relu

LETTRE CUL

A LA MËM£.

a 4 septembre 1779*

Gronde^ gronde^ charmante amie ; c'est à ton tour ^ et tu devrais plutAt encore nous persifler que nous gronder ; car le coule borgae dont tu te défends n'a pas Tombre du sens commun ; mais si je ne te trouvais

pas plus jolie quand tu grondes que quand tu es douce, je ne voudrais pas être querellé , car, au fon.d> je n'ai jamais cru cette histoire; et, quoique je ne puisse rien répondre à la relation formelle de Dupont, mon cœur disait non ; mais comment oser accuser ou même soupçonner un frère de la plus vile des bassesses, sans\en avoir la preuve la plus constante? En vérité, j'en suis encore à concevoir comment l'idée d'une telle fable entre dans l'esprit sans indigner le cœur, et comment un homme est assez pervers pour oser s'avouer à luimême le projet de nuire à un infortuné dont il n'a reçu que des services, et à qui il est uni par les liens les plus étroits du sang? et tu voulais que j'eusse Tidée de le lui imputer I Je me perdais moi-même dans la foule de peiisces contradictoires qui m'agitaient ; mais le bon ange peut me rendre témoignage que le premier mot de ma lettre, en recevant celle de Dupon t, a été : J)/e jugez point Sophie sans L' entendre j mon cher ami, J'ajoutais dans cette micme lettre : Je parierais ina téie

DIT DOKJON DE VIMCENNES. l45

que ce nest point elle que le chevalier a vue; je pu'^ rterais aussi^ mais moins cher, qtielle ne lui a point écrit; mais, mon amie, tout le monde ne te connaît pas comme moi ; et^ eu t'écrivant ainsi^ je pouvais te faire croire que je té suggérais un mensonge ; il valait mieux laisser venir réclaircissement, et t'écrire dans le sens de tout le monde. Moque-toi donc de Dupont; mais ne te moque pas de moi, pas même du bon ange, quoiqu'il ail cru bien sérieusement cette fadaise. Mais veuxtu savoir comme il répare son erreur ? en m'envoyant en quatre jours deux de tes lettres. En vérité, à ce prix, je voudrais qu'il eût à réparer tous les jours. Cela me rappelle la manière dont les sénateurs de Venise punirent une fois le célèbre et immortel Galilée. Dans le cours d'une visite de TUniversité de Padoue par les trois procurateurs de Saint-Marc^ qui forment un tribunal spécialement établi per la riforma delh studio di Padoa^ un des collègues de Galilée, qui était jésuite et jaloux^ l'accusa en pleine assemblée^ lui présent^, d'entretenir une fille à Padoue, une autre à Gamba^ ratâ^ où il allait passer les jours de congé^ et une troisième à Venise^ où il Élisait de fréquens voyages. Interpellé par le magistrat de répondre à cette accusation, il dit simplement qu'il avait des besoins, que ces besoins lui étaient communs avec son accusateur, et qu'il ne s'était jamais embarrassé de la manière dont son accusateur les satisfaisait. Sur cet aveu, les ri/or" nuUori en ajrant conféré, le président prononça que, vu l'insuffisance des appointemens de l'accusé pour fournir à ses besoins, la république les doublait, eu l'exhortant à en £iire bon usage.

' Rien n'est plus net que ton plaidoyer, ma chère

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