‹ Lettres à un amiChapitre 3 sur 13 · AVANT-PROPOS VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS VII

M. Rousse nous a appris lui-même comment étaient nées, avec un de ses confrères, des relations d'où devait sortir l'amitié de toute sa vie.

« J'avais alors, écrit-il l, un ami que j'avais connu aux jours de ma jeunesse. Nous avions achevé ensemble nos études de droit et nous étions entrés ensemble au barreau, sans qu'il y eût d'abord entre nous d'autres liens que les relations et les habitudes d'une camaraderie bienveillante.

«.Peu à peu, pendant les trêves de nos plaidoiries et de nos discours, nous avions échangé quelques propos oùperçaient, par endroits, des échappées de littérature, et, qui pis est, de poésie. A ces éclairs de rhétorique, à je ne sais quel tour d'esprit inquiet et rêveur, peutêtre « à ce petit signe au cœur » dont parle le doux Anacréon, nos « génies » jumeaux s'étaient reconnus, et s'étaient pris d'un mutuel attrait. Tous deux, nous plaidions avec nonchalance et nous rimions avec furie. Ses odes valaient mes élégies; et croyez bien que, même à nos yeux, toutes nos œuvres mises ensemble ne faisaient pas la monnaie d'un vers des Orientales ou G?eRolla. Mais j'aurais tort d'en médire; car j'ai dû à ce travers innocent une des amitiés les plus solides, les plus constantes et les plus tendres qui aient honoré et charmé ma vie.

« Henri Vesseron était des Ardennes, dune des

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