B\BU
facile courage d'affronter le choléra pour rire de Paris ?...
Puis, allez de ma part chez Frinzine et demandez-lui s'il m'enverra des épreuves avant le 6, époque fixe de mon retour à Paris.
Et Jouaust ?...
Un long article sur les Vieilles Actrices a paru au Constitutionnel. Littérairement l'article (il n'est pas signé) ne signifie rien, mais il signifie par le ton et par la considération qu'il exprime. Qui, diable ! a fait cela ? Je l'ai lu de hasard, car je n'ai pas reçu un seul Constitutionnel depuis que je suis à Valognes.
Dites-le à L..., entre deux caresses à la chatte, pour qu'il fasse cesser cette irrégularité.
Adieu, je vous laisse entre les deux pattes de la chatte.
27 nov. Mercredi.
Miss Louise,
4e Lettre.
Si cela peut s'appeler une lettre !
J'ai reçu ce matin la lettre d'argent de M. de G..., mon cousin.
Donc, c'est bien.
Je me porte comme un acier. Il ne fait aucun froid, mais un temps entrecoupé de soleil et de pluies, — les larmes d'une femme qui pleure bien !
Vous n'aurez que cela aujourd'hui. Je n'ai point de chat dont je puisse vous envoyer profusément des nouvelles. Ah ! si GrifFette existait encore !
Avez-vous porté au Gil Blas Y Amour impossible (à la note corrigée) pour G...?...
Mon respect à Madame votre mère et à vous la plus confiante amitié.
Ah! j'oubliais votre question.
Je porte d'azur aux barbeaux écaillés d'argent, au chef de gueules, à trois besans d'or.
Le fond de l'écusson bleu, le chef rouge. Les trois besans sont des monnaies (de petites lunes) et les barbeaux sont adossés.
Lundi 2. Valognes.
Dites, Miss Louise, que l'on fasse relever les matelas, et que la portière ait fait faire cette besogne-là avant que j'arrive.
Pas grand'chose pour vous aujourd'hui,
— le bonheur seulement de voir mon écriture !
Nous avons toujours ici un temps qui insulte le vôtre, vils Parisiens ! Le nôtre est presque superbe !
Qu'on ne dise pas le jour que je reviens
— que je puisse être quelques jours incognito, comme un prince, dans ce misérable Paris...
Pas de nouvelles des É... Dites-leur mes malédictions !
Remerciez pour moi M. Emile Michelet de ses articles, en attendant que je le remercie moi-même.
Puis, serrez la main à M. Georges Z... et dites-lui que je l'embrasse sur la plume rouge de sa femme.
Ne m'oubliez pas auprès de madame Coignet, ni auprès de tous les autres de votre sanhédrin.
Voilà tout ! Les meilleures pensées sont
celles que l'on garde en soi. C'est celles-là que f ai pour vous.
Votre
Cela me rappelle B... le sigisbée B...Que devient-il ?
Rangez les livres et mettez tout en ordre chez moi, le désordonné.
En hâte et à la diable !
Le i;
Mademoiselle Louise,
Ce matin, j'ai eu un rayon de soleil entre des nuages qui avaient des croupes... comme les femmes n'en ont pas, et votre lettre. Voilà mes deux sensations passées. Il est trois heures, voici mes sensations présentes.
Promené dans le jardin, dont j'ai cueilli la dernière rose, chiffonnée et crispée par ces premiers souffles d'hiver devant lesquels elle se rétracte. Le bassin du bout de la grande allée est tari, verdâtre, et rempli de feuilles sèches comme le tombeau de Roméo et Juliette, à Vérone, qui rendait lord Byron
si triste. Ma foi ! Je ne suis pas plus gai que lui !...
Voici ma sensation future : je dîne chez R... ce soir. J'y ai dîné hier, ou plutôt soupe ; car on dîne à huit heures.
Autrefois j'étais fat, à présent je suis modeste; abominable sensation ! Je l'ai maintenant presque toujours. C'est une expiation d'avoir été fat.
Vous, votre sensation qui sera actuelle dans quelques heures, c'est d'aller ce soir chez madame R... Vous êtes plus heureuse que moi ! Vous ne lui direz pas mes pensées, mais vous la verrez, et quand je la verrais, je ne les lui dirais pas non plus !
Elles me dominent trop pour que je continue cette lettre, honteuse des ratures et des surcharges dont elle est constellée. La pluie recommence, les belles larmes dont je suis épris sur les joues de mon pays, mais qu'on ne baise plus (on, c'est moi,) sur les autres joues... Chienne de modestie !
Adieu, à demain. C'est l'heure de R... II a dû vous écrire hier au crayon.
Vous voyez ! Je mets a demain.
LE JeilleS DE NORMANDIE