‹ Lettres à une antre inconnueChapitre 14 sur 29 · XXVI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXVI AVANT-PROPOS

sentent attirées par cet éternel besoin qu'elles ont d'aller aux découvertes.

Mérimée s'est peint lui-même dans son étude sur Henri Beyle ; ceux qui l'ont connu le ressaisissent là tout entier, et, pour les autres, ils ne trouveront jamais où mieux se renseigner. Sur le sujet des femmes, la théorie de Beyle est la sienne, cela va sans dire, et son seul regret est de ne l'avoir pas inventée.

« Une femme peut toujours être prise

AVANT-PROPOS. jlxvii

d* assaut, et c'est pour tout homme un devoir d'essayer.

Ayez-la, c*èst d'abord ce que vous lui devez.

» Si vous vous trouvez seul avec une femme, je vous donne cinq minutes pour vous préparer à l'effort prodigieux de lui dire : « Je vous aime ! » Dites-vous : « Je » suis un lâche si je n*ai pas dit cela avant » cinq minutes! » On réussit une fois sur dix, mettons une fois sur vingt ; est-ce que le charme d'être heureux une fois ne vaut pas la peine de risquer dix-neuf affronts et même dix-neuf ridicules..., etc., etc. »

Après l'amour, la littérature :

xxviii AVANT-PROPOS.

« Plein de haine pour la recherche et la prétention, il était impitoyable pour les écrivains qui s'appliquent à rapprocher des mots surpris de se trouver ensemble, à polir leurs périodes, à donner aux pensées les plus triviales un tour bizarre qui fasse effet. Nos grands prosateurs du xvii® et du XVIII® siècle étaient de sa part l'objet d'une admiration sincère et bien sentie, il les relisait sans cesse afin de se préserver de la contagion. »

Est-ce bien à Tauteur de la Chartreuse de Parme qu'un pareil discours s'applique, et Mérimée écrivant ses propres commentaires parlerait-il autrement de lui-même?

AVANT-PROPOS. xxix

Et ce trait, quel charmant aveu dépouillé d'artifice I

« Pour lui, la poésie était lettre close ; souvent, il lui arrivait d'estropier des vers français en les citant. Cependant, il était sensible à certaines beautés de Shakspeare et du Dante qui sont intimement unies à la forme du vers. Il a dît son dernier mot sur la poésie dans son livre De Vamour : a Les » vers furent inventés pour aider la mé- » moire; les conserver dans l'art drama- » tique, reste de barbarie. »

Maintenant, demandez à quelqu'un ayant connu Mérimée quels étaient ses sentiments en matière religieuse, et, selon toute appa-

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