‹ Lettres à une antre inconnueChapitre 15 sur 29 · XXX AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXX AVANT-PROPOS

rence, vous recevrez cette réponse : « 11 était fort impie, matérialiste outrageux, ennemi personnel de la Providence, Il niait Dieu, et, nonobstant^ il lui en voulait comme à un maître. »

Or, c'est là mot pour mot ce que nous dit l'auteur de Colomba en nous racontant son ami Beyle. Impossible, au moral, de se ressembler davantage, et « cependant, écrit Mérimée, sauf quelques préférences et quelques aversions littéraires, nous n'avions peut-être pas une idée en commun et il y avait peu de sujets sur lesquels nous fussions d'accord ». Ils passaient leur temps à se disputer de la meilleure foi du monde,

AVANT-PROPOS. xxxi

chacun soupçonnant l'autre d'entêtement et de paradoxe; au demeurant, bons amis et toujours charmés de recommencer leurs discussions.

C'est qu'en effet, tout en s' aimant beaucoup, ils étaient faits pour ne jamais s'entendre; sceptiques tous deux, ils l'étaient

chacun à sa manière. Homme d'imagination et de premier mouvement, Beyle avait un de ces scepticismes d'idéaliste qui sont capables de s'iriser de toutes les nuances et de tous les feux prismatiques de l'arc-enciel, tandis que Mérimée avait un scepticisme grisy le scepticisme froid, imperturbable du critique.

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