‹ Lettres à une dame blancheChapitre 3 sur 10 · SEPTIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LETTRE

m /unrier HHC.

(^uc les soirées vous paraissent longues, je ncn doute pas, chère madame amie, fjuand, après avoir passé une journée à riiApilal, vous êtes enlérmée à Ker-Avvclio, la bien nommée Maison du Vent. Vous écrivez vos lettres ; les journaux de la localité sont vite lus et l'on se perd dans ce réseau de nouvelles et de contic-nouvelles barbelées. Vous ne savez pas quoi lire ; les livres intéressants sui- l;i f,nnMre, vous les avez tous lus ; vous en voudriez lire (|ui ne parlent pas de la guerre, pour vous distraire, non dans le sens frivole du mol, mais dans le sens étymologique : vous « tirer » de la guerre. (Cependant, le plaisir que vous y prendriez vous pai'aitrait sacrilège.

Comment lalre ? Vous n'rtes pas lu seule à qui pareille chose airivc.

Les soirées sont longues aussi à Paris, (juand «m reste enfermé chez soi. J.e seul remède est de s'imposer, comme une tâche, une lecture qui devient bientôt une habitude et un besoin. Il faut choisir un long ouvrage, un auteur (pii soit assez loin dans le temps et assez haut dans l'humanité, pour qu'on ne soit pas tenté d'en vouloir à la littérature de paraître indiflerentc à ce qui nous occupe, pas plus que nous n'en voulons à l'indiltérente nature. Je connais des personnes qui ont adopté ce moyen d'échapper pour quelques heures aux tristesses de l'heure présente. Elles s'en trouvent bien ; celle-ci a pris Plutarque, celle-lii Montaigne, une autre Shakespeare, luie autre Balzac, etc.

Vous aviez pensé à écrire votre journal ; c'est une excellente idée. Mais vousneme le montrerez pas ? C'est votre afi'aire. Vous désespérez d'atteindre à l'émotion d'une Noëlle Roger ? Là n'est pas la question. Ecrivez-le pour vous, votre journal, c'est l'essentiel. Je suis bien de votre avis :

CCS Ctir/irt.s il une injii iiiicrc <(»iil iiii lisic atlmilable. (Tcsl sous riiilliienco (!•• paiciU livres tia- (liiils. r(''{>:iii(lMs dans le lUdiidi- l'iilitT. (|iic les [(f'iiplos liiiiioiil par déteslcr la pierre. (|ii Ils la \ <ni(li(tiil impossible. Vous sa\ez de i|inl [xiids lui ilans l'aholitiori de j'eselavaife aux l'Jals-Unis le livre de Mrs Bcceher-Slowe, celle 6V/.sc ih^ l'oiulf I uni (|iii fit coider laul de larmes. I'!i c esl |)eiii-èire iiiir Iriiiine encore (]ui •'•criia !<■ hi-au livre sensible i-l duidoureux (|ui seia le |)laidover le plus eificace ((tnlre la i(uerre. Mais, avani loul. u'esl-ce pas .' il iaiil am'aulir le miliiaristne allrmaiul.

Les lemmes \t)iil Ires bit-ii i-ii <-•■ momcnl. .le \ais \ous apprendre une nnuvelli' ipii \»ius leia plaisir : noire amie M"'' '/anla vient dèlre nommée, en rcmplaccmeni du titulaire malade, professeuide phil<»sopliie dans un ^rand lvc<'<' de Paris. \ oilà de rt-xti-ljcril lémilllsnie. \ ous mmis rappc" le/, au prinlcnips de lîH'i. eomnif cela sembir loin ! nous allâmes la voir el I entendre défendre sa tbèse en Sorbonne, um- belle ibèse sur la Renaissance tin sloieisnir. ( Iflail un i;rand evéne-

ment : la première femme qui ambitionnait, en philosophie, la toque de docteur ! Les aniiféministes s'indignaient ou, plaisantins, raillaient, blaguaient ; mais ses élèves, les étudiantes de la mutualité Maintenon, étaient toutes frémissantes d'espérance et d'orgueil. Elle passa sa thèse brillamment, et rien n'était plus émouvant que ce jeune visage sous des cheveux prématurément argentés... Comme ils disaient, ces cheveux, le travail, les veilles, la tenace volonté... Ces jeunes cheveux blancs, ils semblaient poudrés par la philosophie ! Au printemps de 1914, quand ils voyaient des jeunes filles s'en aller, d'un j)as grave et léger, à la conquête des grades universitaires. les galants pensaient : qu'elles se contentent donc d'être de tendres bacheleites, comme au bon vieux temps, et qu'elles ne soient pas bachelières. Les traditionalistes pensaient que des femmes agrégées sont le signe d'une société qui se désagrège. Ils oubliaient tant de femmes humanistes de la Renaissance. Kl Dante ne reconnait-il pas aux femmes « cette noblesse d'àme qui se caractérise par l'aptitude à la j)hilosophie » ? N'a-t-il

pas voulu (jue Béatrice lui s;i lumière ilirologique ? Kt Sociale, qui n'ëtail pas un primaire, j imagine, ne dédaii^nait pas de pariei- philosophie avec la ilame do Mantinée. Mais une lomine, docteur en philosophie, cela d(''|)assail en général, au vingtième si«"'cle, avant la guerre, les bornes de la condescendance masculine.

J'aurais bien désiré d'assister, au lycée B..., à la première leçon de M"*" Zanta. Va je songeais à la première leçon du professeur Bouteiller, au lycée de jVancy, qu'a si bien évoquée Maurice Barrés dans son beau roman des Dcracinés. Peult^tre se trouvait-il. l'autre jour, dans la classe de |)liilos(>phie. un jeune homme, lutur romancier, (|ui t'voqucia plus tard cette première leçon au lycée B...!' Il dira le frémissement de curiosité (|ui devait agiter ces jeunes cerveaux.

Ah ! la première classe ! ce premier contact entre le professeur cl des t'-lèves. ipii ne sont [)lus des enfants : ee sont «les minutes importantes, parlois (h'cisives. Mais je suis bien traïupiille : notre amie aura th-ja lail la «•onquète spiiilufijf île ses jeunes disciples, |-.i puis elle loiir dira de belles

choses sur la morale, science régulatrice de l'activité humaine, science de ridéal. Elle les exhoiteraà se spiritualiser; elle leur ilira aussi de belles choses sur le stoïcisme.

A propos de stoïcisme, l'autre jour, chez M'"'*de Séranges, j'ai rencontré le général de M... Comme on en était venu ;i parler de la colère, le général déclara que c était une laiblesse de se mettre en colère. Une jeune dame avoua qu'elle sentait parfois monter à son cerveau des accès de rage auxquels elle ne pouvait résister. Alors le général lui dit avec la plus belle sincérité : « Eh ! bien, madame, quand vous sentirez venir un accès, lumez une bonne pipe ! «

Pour en revenir à notre amie, voilà donc une femme, professeui' de philosophie dans un grand lycée de Paris. Et l'on rencontre des gens qui disent que rien ne sera changé après la guerre ! Ce sont, le plus souvent, il est vrai, des gens d'un certain âge, ou bien qui sont vieux avant l'âge. Mille transformations sont en train de se faire.

Une des plus considérables ne viendra-t-elle pas du rAle que les femmes auront joué ? Les

(•flairnisfs. hicn t'iilciidii, aiirmil idiisttliclt' Icuis jxisliioiis. Des lonuiK's. aiiliehMS limicles, dociles, iiiiroiit j)ris corisrlrnce dr Ir-tii- lor<;r cl ()liysi(|Uf <'l moralr. 'l'cllo ItMiinic ([iii. dans iiii l)r)[>ital. une ambulanco. iiiio. O'iivic, iiiif iiidiislric on un commerce, aura lait preuve d'inilialivc et deniélhode, se sei'a montn'C ca[jal)le d'orj,'aniser, de diriger et, ce qui est plus difficile, de durer, de tenii-. cette femnu' acceptcra-l-ellc. ajxcs la ^'ucirc, il'êlre en tutelle drins le niariaj,fe. en inci^alilc" tlans la sociéli- :' Plus d'une se sera rendu compte que. la plupart du temps, dans le civil, la femme vaut bien llunume.

l n stiii- de raiitctmnc dcrinoi, je me trouvais, à iin/c lieuies. sur le IJoulevard. 11 pleuvait ; Impossible d'avoir un ia\i. Les chaulleurs étaient inléi^raux et conscients. (]elui-ci n avait plus d'essence : celui-là avait mal aux dents ; un autre n'allait pas de mon <('(ti'. (tu. |ilut<'>l, car, t'videtnment, j'étais dans mon tort, c'est moi (pii n allais pas (lu sien ; un (piatriéme laissait flotter mollement son volant sur ses quatorze coursiers et ne daiiijnait même pas répondre. Ce fut une femme.

une cochère, qui eut pitié de moi et consentit à « me charger» dans sou pauvre fiacre jaune... découvert ; son cheval était une petite jument blanche qu'elle appelait Nini, et son chien, une chienne à longs poils qu'elle appelait Bergère. J'étais leseul homme dans ce fiacre ou dans cette « bagnole », dirai-je, pour rester dans le genre.

Je ne voudrais pas généraliser, ni élever cette modeste aventure à la hauteur d'un symbole. Pourtant, ce soir-là, je songeais que bien des jeunes femmes, à l'arrière, auront montré plus de courage et de bonne volonté que beaucoup d'hommes à qui l'âge assurait une tranquillité, une sécurité qui n'était pas exempte do devoirs.

Veuillez lire ici, chère madame atnie, mes sentiments respectueusement affectueux et toul dévoués.

m itii:mi. i.i.iriii

IllîlTlÉMh: LKTTKE

/ 7 jnnricr l !) Kl.

K(;nclcz-m<)i colle jiislice. clièro madame amie, (|ue je ne vous «ii p.'is oiicdrc taper, ou. si vous Il aiuiez pas ce mol. (|ue je ne vous ai encore si}^nal(i aucune inloilune. Vous laites beaucoup (le bien : vous soulagez de iKindneuses misères et, prisonniers en Allemajj;ne ou soMats sur le front, vous avez de nombreux rdjeuis. Mais avez-vous votre aveugle ? Une dainr (|ui s Occupe d'une belle (Tuvre : /e f>)i/<'/- du soldat aveui^lc. ma emmené voir (piebpies-uns de ces malbeurcux. celte semaine, chez eux, à leur loyer ; rien «pi'à Paris, ils sont près il une centaine et, en France, les uns disent (juinze cents, les autres dix-huit cents. Songez à tous ces hommes plongés avant la mort

dans I éternelle nuit ! 11 semble bien que ce soil la mutilation la plus cruelle, la plus atroce. « Puissiez-vous jouir de vos yeux ! » disait la sagesse antique, et, dans l'idée que les hommes se font de la mort, la pensée qui domine ce n'est pas qu il ne parleront plus ni n'entendront plus ; mais c'est qu'ils ne verront plus jamais la lumière du jour. Ah ! madame, quand la tristesse vous enveloppe, quand les pensées sombres vous envahissent, dites- vous du moins que vous jouissez de vos yeux. Sur votre rivage breton, par les grandes baies vitrées de Ihùpital, par les fenêtres deKer- Avvelio, vous voyez la mer et le ciel changeants, les sept îles, la lande, la côte de granit ; de l'aube au crépuscule, vous voyez, grise ou dorée, la lumière du jour et, dans cette lumière, les êtres et les choses.

.le suis allé voir ceux qui ne voient plus rien. I.a dame m'avait dit : « Voulez-vous commencer par les résignés ou par les désespérés ? » Vous devinez ma réponse : « Par les résignés. » Je ne vous raconterai que trois visites, trois cas qui m'ont paru typiques, car il y a bien des nuances

iKuis ces icsigiiali«)iis cA dans ces désespoirs. A Monlrougc, dans un petil logement d'ouvrier, très propre, G... vit avec sa fcmnio, une jeune fdle qui l'aimait et (ju il a épousée, au printemps dernier, alors qu'il était aveugle. G... a vingt- (|uatre ans, il en parait dix-huit : maigre, pâle, blond, mais quelle douce énergie sous cet aspect Irélc ! Sur sa veste d'artillL-ur, il a la croix de gueire et la médaille militaire. Il ne se plaint pas; il a fait son devoir et parle sans rancœur. Il ne soull're pas, maisil songe à ceux (juisouflrent. Derrière les verres noiis de ses lunettes, il distingue s'il (ait jour ou s'il fait nuit, s'il est sur une place ou dans I ond)i<' des maisons. \'A il s'estime encore heuicux! — oui — (|uand il se compare à c<'ux ([ui ne peuvent plus laire cette distinction. Il était ouvrier électricien. ()\\r va-t-i lairc .' Avec sa petite pension, il vomirait s'en aller vivre à la campagne. Mais la pension est minre et il ne peut pas travailler, et il n sa belle-mère, très vieille ! Encore une (ois, nulle plainte, nulle récrimination. Nous admirons cet enfant résigné. Nous le félicitons d'avoir « un bon moral » ; La Roche-

ioucuull [jeiiserail (jue nous Jui savons '^it', surtout, de ne pas mettre à vif notre commisération. Mais comme on voudrait ]c rassurer, l'assurer contre tout souci matériel !

Maintenant, à Courbevoic, nous voici chez 1

Il est seul ; sa femme n'est pas là ; elle est repasseuse et tiavaille au dehors. Nous lui disons que nous venons prendre de ses nouvelles; il nous répond que c'est bien aimable de notre part, — évidemment ! Il nous fait asseoir dans une petite salle à manger, quasi bourgeoise. L... est un homme de trente-cinq ans, gros, court, brun, l'air très intelligent. Il reste debout et va et vient, de l'autre côté de la table, le long du mur, sur un espace de deux mètres : va-et-vient d'une bète en cage ; mais n'est-il pas en cage ? Il ne dit rien pendant quelques instants ; puis, tout à coup, il se met à nous parler des aveugles. Il connaît son sujet; il y a réfléchi; il n'en parle pas, je vous assure, comme un aveugle des couleurs. Pendant une demi-heure, il nous a fait la plus belle conférence. Il nous intéresse, il nous émeut, il nous convaincrait si nous avions besoin d'être con-

vaincus. (Jet ouvrier ajusteur parle avec tacililé, il est plr)C|uciit. Il ne récrimine pas; mais il raconle (les choses vécues, des choses vuCvS, si l'on peut dire, vues intérieurement. 11 propose, des solutions raisonnables, sans optimisme ni pessimisme, sans chimères. Et il nous dit à peu près : « On admire généralement que les aveugles ne soient pas si tristes que ça ! Détroni[)ez-vous ; nous sommes encore plus tristes que ça ; seulement, nous faisons des efforts de volonté in- (^royables pour ne pas penser à notre malheur. Alors, il faut nous aider à n'y pas penser. Si, à la pensée afireuse de ne plus jamais revoir le visage de ceux que nous aimons, de notre femme, de nos enfants, de ne plus jamais revoir le ciel, ni les arbres, \ient s'ajouter cette préoccupation : ma femme, mes enfants mangeront-ils ? alors, nous sommes bien lorcés de penser ([ue nous sommes aveugles. » »

Et il nous parle des métieis qu on apprend à ses compagnons d'infortune, métiers (jui, dans la plupart des cas, ne peuvent pas nourrir leuiaveugle, aussi habile qu il y devienne.

— .Sf) —

L... nous dit encore : « Ma l'emme est repasseuse; si elle pouvait s'établir chez elle, au lieu d'aller travailler chez les autres, je pourrais l'aider, plier du linge, etc., surtout je ne serais plus seul toute la journée et je penserais moins que je suis aveugle. Oui, si l'aveugle est marié, donnez au ménage de quoi acheter un petit fonds de commerce ; au lieu de donner deux cents, trois cents francs par an pendant dix, vingt, trente ans, qu'une œuvre comme la vôtre donne tout de suite la somme nécessaire pour un modeste établissement. S'ils réussissent, ceux que votre œuvre aura ainsi obligés rendront petit à petit cet argent, considéré comme un prêt. »

La nuit était venue ; la petite salle à manger s'emplissait d'ombre; mais L... ne s'en apercevait pas et il continuait à aller et venir le long du mur et à parler dans la nuit et dans sa nuit.

Nous avons terminé nos visites par le désespéré ! C... est un jeune agent des ponts et chaussées : donc, une certaine instruction. L'appartement, les meubles, ses vêtements indiquent une certaine aisance ; autour de lui, nulle trace de

inisèie ; mais quelle misère en lui ! Il est assis dans un fauteuil; il a contiiiuellement des gestes nerveux ; son pied remue, ses mains s'agitent sans cesse. \ toutes les consolations que nous essayons de lui glisser, — plus ou moins adroitement, — il sourit amèrement. Une jeune parente est auprès de lui, patiente, attentive, dévouée, toujours prèle à lui faire la lecture, à le mener à la promenade, au concert ; mais il n'aime ni la lecture, ni la promenade, ni la musique. Il ne veut rien apprendre ; il ne \eut rien savoii- : il sait (ju'il est aveugle et cela lui suffit.

Il répond à peine à nos questions ; il faudrait que nous lussions aveugles nous-mêmes pour ne point voir que nous l'e.xcédons. Nous nous taisons : nous sommes devant reniuii et la nuit, le silence et le désespoir.

Mais C... est une oxccpti(Mi. Songeons à tous ceux qui conservent un cspoii- de iclalil bonheur, à ceux en qui veille une lueur intérieure. Ils ne peuvent pas combler leurs modestes vœux de petit établissement ou de vie tranquille ii la campagne avec la jjcnsion que l'I-liat leur alloue. Kt

puis la reconnaissance de l'Etat s'exerce par une administration, une machine. El c'est forcé, cela ne peut pas être autrement. Mais l'on songe à ces appareils que l'on voit dans les gares : mettez deux sous, vous aurez tel avantage ; mettez vos deux yeux et vous aurez une pension. On reconnaît la bonne volonté et même la générosité de TEiat : il a tant à faire ! Mais, à côté de la reconnaissance d'Etat, administrative et lointaine, il faudrait une reconnaissance plus chaude, une sollicitude plus présente ; des attentions, des prévenances ; une consolation, une piété plus sociales, plus humaines.

Il faudrait que chaque soldat aveugle eût sa marraine, non pas la marraine gentille et, si l'on peut dire, courante ; mais la Marraine, avec un grand M, capable par ses propres moyens, ou avec le concours de quelques amis, d'assurer à G..., par exemple, une vie tranquille à la campagne ou bien de permettre à la femme de L... de travailler chez elle. Combien y a-t-il d'aveugles? Je n'ai pas pu obtenir un chiffre exact : on dit quinze cents, dix-huit cents, mais quand

ils seraient deux mille, ne peut-on pas trouver, en France, deux mille personnes jouissant d'une certaine fortune et surtout de leurs yeux, deux mille personnes reconnaissantes, pour |)enser aux soldats aveugles?

La reconnaissance ! Ne doit-elle pas ôtre la vertu essentielle de la France nouvelle qui sera, non pas seulement à ses grands hommes, mais à tous ses hommes qui l'auiont ch-fendue, surtout aux amputés, aux mutilés, aux aveugles, la patrie reconnaissante ?

Le Foyer du soldat m'cu^le demande des Marraines, chère madame amie, et, en vous remerciant d'avance, je vous prie de lire ici mes sentiments respectueusement adt'clueuxet tout dévoués.

Ml \ ii.Mi. i.i:th;i

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